Bientôt des banques P2P en France ?

Le secteur bancaire est un secteur très particulier. On y cultive le secret avec encore plus d’attention que chez les diamantaires. Je suis ainsi très surpris de ne pas avoir lu d’articles ou de billets sur le phénomène en cours dans les pays anglo-saxons : la banque P2P.

Le principe est assez simple : désintermédiation + réintermédiation. Comprenez par là que des services en ligne proposent maintenant à des particuliers de se financer entre eux, ils font ainsi sauter l’intermédiaire jusque là indispensable, à savoir la banque. Mais rassurez-vous, ils prennent quand même une commission au passage (nous parlons bien du web 2.0 où rien n’est réellement gratuit).

Des services comme Prosper aux Etats-Unis ou Zopa en Angleterre sont ainsi les pionniers d’une nouvelle forme de place de marché où prêteurs et emprunteurs se rencontrent au sein d’un écosystème redoutable : les emprunteurs décrivent leur situation financière ainsi que leur besoin de financement, leur solvabilité est alors évaluée par un système expert qui les classe dans une catégorie à laquelle correspond un taux d’intérêt qui est lui-même fonction du risque. Non seulement ce système est ouvert à des emprunteurs qui n’ont plus accès au système bancaire traditionnel (car jugés trop instables financièrement), mais en plus il permet à des prêteurs de prendre un peu plus de risque pour éventuellement gagner plus. Les taux d’intérêt pratiqués sont alors bien plus intéressants que ceux pratiqués par les établissements traditionnels : une différence de 2 à 3 points (gloups !).

Il existe d’autres services similaires à ces deux-là, mais si je vous donne tous les liens d’un coup vous n’aurez plus le plaisir de fouiner dans l’index de Google ;-)

Je tiens à préciser que nous sommes bien dans le cadre d’une banque P2P et non C2C puisqu’ici il n’est pas question de prêt entre deux personnes, mais plutôt entre un emprunteur et une communauté de prêteurs. Ce système est bien pratique car il permet de lisser le risque de non-recouvrement.

Pour en savoir plus sur ces services, je vous recommande les articles et podcast suivants :

Aux banquiers qui pensent être à l’abri de ces services, c’est-à-dire à ceux qui pensent que les utilisateurs de ces places de marché sont le rebut de la société, laissez-moi vous parler de cette étude très intéressante publiée par Deutsche Bank Research en Août 2006 : Financial services 2.0: How social computing and P2P activity are changing financial research and lendingShow Abstract (format PDF, 175 Ko).

L’auteur nous éclaire sur un point qui me semble essentiel : la typologie des utilisateurs. Sur le schéma suivant, est représenté le nombre de prêts réalisés par Prosper en fonction de la catégorie de solvabilité (AA pour très peu risqué et HR pour très risqué) :

PropserFundedLoans

 

On constate ainsi que la plupart des prêts accordés le sont à des emprunteurs ayant une solvabilité bonne à moyenne. Comprenez par là que les utilisateurs de ces plateformes ne sont pas des mercenaires mais plutôt des gens comme vous et moi qui sont juste à la recherche d’un meilleur taux. D’autres facteurs doivent très certainement rentrer en ligne de compte, notamment l’accueil traditionnellement réservé aux emprunteurs lambda (comme vous et moi), du type : désolé mais nous ne prêtons qu’aux couples de fonctionnaires (ceux qui ont déjà contracté un prêt immobilier savent de quoi je parle).

Conclusion : le modèle économique des banques P2P est viable et surtout il s’adresse à une typologie de clientèle qui est traditionnellement délaissée par les établissements bancaires. La question à laquelle il va falloir maintenant répondre n’est pas : est-ce que ces modèles vont venir s’installer en France, mais plutôt : dans combien de temps vont-ils s’installer en France. Et encore une fois, l’avantage ira à celui qui dégainera le premier, parce que le besoin est là et parce qu’un marché ne reste jamais très longtemps vierge, surtout à l’heure du web 2.0.

Un commentaire sur “Bientôt des banques P2P en France ?

  1. Pour répondre partiellement à la question dans le commentaire #5 : pour ZOPA, lors de l’inscription, on doit approuver les « Zopa Principles » qui disent entre autres : 2.1 To register with us you must meet our Eligibility Criteria. This means that: (a) you must be an individual, at least 18 years old, living in the United Kingdom; and (b) you must have a current account in your own name with a bank in the United Kingdom. On ne peut donc pas prêter de Belgique ou de France.. dommâge :-)

  2. Le SEPA est un ‘framework’ Européen initié par l’EPC qui vise à harmoniser les pratiques européennes notamment dans les moyens de paiements / la monétique (émission de CB, Virements, Terminaux de paiements …etc) – Le Zopa à la Française sera très certainement tributaire des textes discutés en ce moment (mais ce n’est pas le seul élément … ) – Benoit

  3. je reprends le concept de Charles Nepote sur le fait que l’on n’arrive pas à relever les signaux faibles… c’est pour cela que les techniques de nano-publishing (cf The Economist en parlant de la révolution blog, wiki etc.) ont donné naissance aux techniques du nano-marketing. Ce sont toutes les techniques du Web 2.0 orientées Marketing 2.0 et y’a un blog pour ça http://nano-marketing.eu Du coup, l’expression qui me marque le plus dans cet article sur les banques 2.0 et le P2P c’est ce qu’a réussi à l’échelle de la planète HSBC avec son blog « Your Point of Vue » cf http://nano-marketing.viabloga.com/news/hsbc-cross-channel-customer-experience L’un des fondamentaux du marketing notamment dans la finance c’est la qualification de bases de données, de profiling etc… on est en plein dans le NNM et le content c’est du UGC (moi je préfère CGC pour consummer generated content). Un autre attribut de banque 2.0 et finance 2.0 c’est l’usage très précurseur des flux RSS par les banques, notamment BNP Paribas dans l’une des ses newsletters de private equity etc… Bref: n’arrêtons pas le P2P à ces phénomènes de micro-crédits et peut-être qu’un jour prochain l’environnement sera plus favorable par ce que le législateur sera lui aussi 2.0 ! Cheers, Gil

  4. En fait un prêter pour un rendu et vomi (heu!! et demi pardon). cela peut être valable, mais qui va gérer, ne risque t on pas la dérive maffieuse, à cour-terme peut être pas mais qui sait, une fois que tous devront à tous, il faudra bien garantir les prêts. mais je ne suis pas défaitiste, ça fonctionnera peut être. fric333

  5. J’ai l’honneur que je parler avec vous , monsieur je suis un étudiant avec une cas trés grave , la pauvreté fait bloqué la vie de mon famille ,et à cette temps j’ai stoppé mon étude , je souhaite votre aide . mon compte : CCP5823290 CLE 16 ALGER je souhaite que vous envoyez l’argent en court de temps , et quand vous avez investigué j’envoie mon carte étudiante.Et je vous remercie .

  6. « En effet, comme le définit la Banque de France : «il est interdit à toute personne autre qu’un établissement de crédit d’effectuer des opérations de banque à titre habituel».
    Bien, mais n’oublions pas qu’aucune loi n’interdit à quelqu’un de prêter de l’argent à un autre et il me semble que la Tontine n’est pas illégale !
    Donc…
    ;o)

  7. Etranger aux pratiques bancaires françaises que je juge très médiocres en terme de qualité-prix, je voudrais savoir s’il existe des textes de lois régissant la qualité des relations entre le client et l’établissement bancaire.

    Ma banque, le Crédit Agricole de … (*) se permet de ne pas tenir compte de mes instructions, de ne pas exécuter mes ordres, de ne pas reconnaître ses erreurs et … de me menacer de dénoncer le prêt habitat conclu en 2004, sur 18 ans.

    D’un autre côté, le recours au Médiateur n’offre aucune garantie de voir respecter le droit légitime à imposer à cet établissement un devoir de résultat et une éthique professionnelle, outre un comportement honnête, précis et respectueux du droit du contrat. En effet, les limites imposées par la procédure qu’il agréée et les limites du poids de son intervention relève du dol en ce sens qu’il permet indubitablement le maintien du statu quo, voire une aggravation des relations contractuelles banque-client !

    Gérant de banque pendant 30 ans en Suisse, je sais de quoi je parle … les pratiques ici sont à ce point sottes qu’il doit certainement y avoir des limites légale à leur exercice …

    Merci de me donner quelques tuyaux, svp.

  8. Je trouve que c’est une très bonne initiative, cela permettra aux particuliers d’avoir de meilleurs conditions de financement et aux épargnant un meilleur taux que celui du livret A.
    Plutôt que de laisser dormir son argent sur un livret A, autant en faire profiter d’autres avec une rémunération supérieure.

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