Connaissez-vous le jeu de foot Virtuafoot Manager ? Il s’agit d’un jeu de gestion d’équipe de foot qui existe depuis maintenant 5 ans. Trois particularités me poussent à en parler sur ce blog : C’est un jeu franco-français (cocorico !), qui connait un très beau succès et qui a mis en place une stratégie de monétisation diversifiée tout à fait intéressante.
Ce jeu existe donc depuis 5 ans, soit avant l’apparition de Facebook en France. Il a su conquérir près de 350.000 joueurs avec un noyau dur de 30.000 joueurs actifs. Conçu à la base comme un casual game indépendant, Virtuafoot Manager est maintenant parfaitement intégré à Facebook. Selon l’auteur (Aymeric Le Corre) , l’intégration avec Facebook a permis de convertir quelques milliers de joueurs supplémentaires, mais l’impact reste négligeable. Par contre, s’il devait créer un nouveau jeu en ligne, il n’hésiterais pas une seconde à l’héberger sur Facebook car les leviers de viralisation / fidélisation y sont très puissants (le jeu ayant été conçu il y a plus de 5 ans, son gameplay n’intègre pas les mêmes astuces « sociales » comme le proposent les productions de Zynga par exemple).
Le modèle économique reposait sur des bannières publicitaires jusqu’en 2009, date à laquelle l’auteur a décidé d’en confier la monétisation à un acteur spécialisé (Sublime Média) qui l’a aidé à entièrement revoir le modèle économique, la décision majeure étant de basculer en freemium. Le résultat est très convaincant et mélange toutes les techniques de monétisation existante. Malgré quelques protestations venant du noyau dur des joueurs qui craignaient une altération du gameplay, ce changement de modèle c’est effectué sans accrocs et permet maintenant de diversifier les sources de revenus :
Le modèle économique de Virtuafoot Manager intègre donc les sources de revenus suivantes :
Vente d’emplacements publicitaires (bannières et autres encarts)
Possibilité d’habiller le site aux couleurs d’un annonceur (ici le jeu FIFA10) ;
L’abonnement à l’une des trois formules (Classique, Premium, Gold) ;
La vente d’items virtuels à l’aide d’une monnaie virtuelle ;
Le placement de produits (chaussures, ballons…) ou de contrat de sponsoring virtuel pour les annonceurs ;
La possibilité pour les clubs d’être présents de façon officielle dans le jeu (à ce jour les équipes de l’OM, du LOSC et de Lens sont représentées) ;
L’organisation d’évènements à l’accès payant (comme par exemple la Coupe de France Virtuelle qui vent de s’achever et qui a été réalisée avec le soutien de la FFF).
Comme vous pouvez le constater, les leviers de monétisation sont nombreux et permettent de diversifier les sources de revenus (sans pour autant dénaturer le gameplay). L’éditeur du jeu précise qu’il y a 9% de joueurs payants (pour un taux d’abonnement de 1,6%). Des statistiques tout à fait dans la moyenne de la profession, mais qui montrent l’intérêt de ne pas tout reposer sur l’abonnement ou le display. Lors d’une discussion téléphonique avec l’éditeur, ce dernier m’a précisé que les négociations en direct avec les marques ou les annonceurs sont assez complexes et prennent beaucoup de temps. Il a préféré s’adresser à des intermédiaires comme See U In.
Voici donc une belle réussite pour ce jeu sans prétention qui démontre tout de même la viabilité d’une stratégie de revenus diversifiée. L’éditeur continuera de faire évoluer le jeu pour apporter plus de sophistication dans le gameplay (afin de contenter les joueurs réguliers) sans toutefois complexifier la prise en main (pour ne pas rebuter les nouveaux).
Merci à Aymeric, Romain et Jérémie pour leur disponibilité, ainsi que les infos et chiffres qu’ils ont accepté de partager.
Cette semaine se tenait l’édition 2011 de Google I/O, la grand-messe annuelle du géant californien. Beaucoup de nouveautés ont été présentées lors de cette édition, des nouveautés qui confirment l’ambition de Google ainsi que l’architecture de leur stratégie de diversification. Les revenus colossaux de Google sont en effet très majoritairement générés par le moteur de recherche, mais cette vache à lait ne durera pas éternellement. Voilà pourquoi ils sont en train de préparer l’avenir en fignolant les briques d’un écosystème numérique qui mélange services et données dans les nuages, terminaux alternatifs et réintermédiation. Les équipes de Google travaillent-elles dans la bonne direction ? Certainement, car cet écosystème est également le modèle choisit par d’autres géants comme Apple, Microsoft ou Amazon.
Chrome et Android préparent l’après-Windows
Voilà près de 20 ans que Microsoft domine l’informatique personnelle avec sons système d’exploitation Windows. Une domination incontestée qui a fait la fortune de la firme de Redmond, mais qui arrive à la fin de son cycle de vie. Ce n’est pas tant la concurrence de Mac OS ou de Linux qui menace Windows, mais plutôt la fin de vie de l’ordinateur individuel tel que nous l’avons connu. Les récents progrès réalisés sur les smartphones et l’émergence de nouveaux formats comme les netbooks et les touchbooks ont fait prendre conscience aux utilisateurs qu’ils n’avaient pas forcément besoin d’un ordinateur traditionnel (écran + clavier + souris + Windows) pour consommer des contenus et services en ligne. Les terminaux alternatifs sont en effet en train de grignoter des parts de marché aux ordinateurs traditionnels (49% of Indians only access web through mobile) et de prendre une place toujours plus importante (cf. 2011, l’année du point de bascule et De la place des smartphones dans notre quotidien).
L’ambition de Google est donc de préparer l’après-PC en proposant à la fois une alternative aux systèmes d’exploitation traditionnels, mais également aux logiciels (Apple, Microsoft, Google, Adobe à la recherche du nouveau paradigme des logiciels). Son plan repose sur Chrome OS et Android, des systèmes d’exploitations de nouvelle génération censés remplacer « les systèmes d’exploitation conçus à une époque où le web n’existait pas encore » (et vlan !). Plus que des systèmes d’exploitation, Chrome et Android sont des interfaces entre les services de Google et ses clients. Avec les Chromebooks et la game Nexus, Google essaye de maitriser le dernier maillon de la chaine.
Les premiers Chromebooks seront commercialisés en juin 2011
Ne pensez pas que Google est seul en course, car Apple travaille également d’arrache-pied à la réalisation de cette vision : L’évolution de l’informatique traditionnelle (cf. Pourquoi iOS est plus disruptif que vous ne le pensez). L’idée n’est pas de proposer des smartphones ou des touchbooks plus puissants ou performants que les ordinateurs traditionnels, mais plutôt de faire comprendre au grand public qu’ils peuvent consommer des contenus et services en ligne sans avoir besoin d’acheter un ordinateur. Pour cela, la stratégie d’Apple repose sur ses trois produits phares: iPhone, iPad et Apple TV.
Google procède avec une approche similaire, mais plus ambitieuse. Il y a d’abord les Chromebooks qui seront commercialisés le mois prochain et qui transforment la vision des cloudbooks en réalité commerciale : Des ordinateurs allégés, versatiles, sans logiciels ni anti-virus… (cf. Google announces Chromebooks from Samsung and Acer, Available on June 15th). Mais pas seulement, car avec Chrome (le navigateur), Google est en train d’infiltrer les ordinateurs traditionnels pour y évangéliser la vision d’une informatique de nouvelle génération avec des contenus et services entièrement disponibles dans votre navigateur. Une fois les utilisateurs convaincus que leur navigateur peut devenir leur système d’exploitation et ils peuvent alors se libérer de la contrainte de Windows (ou de Mac OS).
La nouvelle version de Google TV propulsée par Android
Mais l’ambition de Google ne s’arrête pas là, car ils veulent aussi faire d’Android une plateforme pour les objets connectés : Android@Home, Google Gets Serious About the Smart Home. Android servirait de passerelle pour pouvoir piloter les appareils électriques de notre quotidien (lampes, radio-réveil, grille-pain…) en exploitant un nouveau protocole de communication sans fil : Android@Home, la domotique nouvelle génération. La vision de Google est donc de se positionner sur l’ensemble des appareils utilisant de l’électricité (ordinateur, tablettes, téléphones, TV, appareils ménagers…).
Google dans votre foyer avec Android@Home
Dans le même esprit, ils proposent déjà une couche logicielle pour les compteurs électriques intelligents (Google PowerMeter), il ne manque plus que les véhicules pour compléter le tableau ! (visiblement un chantier sur lequel ils travaillent également : Google Lobbies Nevada to Allow Self-Driving Cars).
iTunes fait des envieux chez Google et Amazon
Apple nous a démontré la viabilité de l’écosystème iTunes et l’intérêt de maitriser la chaine de distribution. Avec ce qui nous a été présenté cette semaine, l’objectif (à moitié) annoncé de Google est de mettre en place son propre écosystème (cf. Google Chrome OS = iOS + iTunes), un modèle moins fermé et reposant sur la communauté.
Le modèle économique de l’hypothétique écosystème de Google reposerait sur trois sources de revenus :
L’intermédiation, qui consiste à distribuer des contenus et services en captant une marge (Android Market et Chrome Web Store pour les applications, YouTube pour la VoD…) ;
L’hébergement de données (avec Google Drive et le tout récent Google Music).
L’approche de Google sur ce dernier point est remarquablement subtile : plutôt que de se bagarrer avec les labels pour commercialiser des morceaux musicaux, Google se propose plutôt d’héberger vos fichiers. Une astuce très maline, car plutôt que de dépenser des efforts considérables pour capter une toute petite marge lors de la transaction, Google préfère faire payer les utilisateurs à vie pour héberger et distribuer ces fichiers (qu’elle qu’en soit l’origine). Une très bonne façon de rentabiliser ses data centers avec en prime la possibilité de mutualiser les morceaux musicaux (en procédant par dédoublonage).
Vous remarquerez qu’Amazon est en train de fignoler un modèle similaire avec une chaine de distribution intégrée (Amazon > Kindle), de l’intermédiation à très grande échelle (Marketplace), des données (IMDB, SoundUnwound…) et de l’hébergement (AWS, Amazon Cloud Drive).
L’enjeu de cette course est de s’imposer sur le créneau du personnal cloud, l’informatique dans les nuages pour le grand public. Pour le moment les grands acteurs du web ne sont pas encore rentrés dans une phase de conquête agressive, mais l’arrivée prochaine de l’offre de music on the cloud d’Apple devrait accélérer les choses : Apple Could Win the Cloud Music Game Thanks to Google and Amazon.
Microsoft et Facebook sont à la traine
Dans cette course à la transformation, deux acteurs sont très nettement en retard : Microsoft et Facebook. Tout d’abord Microsoft car du fait de leur héritage à gérer (des centaines de millions de clients Windows et Office), ils ne peuvent pas avancer au même rythme d’innovation que les autres. Initiée par Ray Ozzie, la transformation de Microsoft est un processus extrêmement long, mais qui suit son cours. Largué sur le grand public, L’offre de cloud computing de Microsoft pour les entreprises a fait des progrès considérables. Je pense ne pas me tromper en disant qu’ils ont quasiment rattrapé leur retard et qu’il leur reste de gros atouts à sortir de leur jeu. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, Microsoft est un diesel : Long au démarrage, mais terriblement endurant. Vous pouvez critiquez Windows Phone 7, mais ne vous avisez surtout pas de sous-estimer une société capable de sortir 8,5 milliards de $ en cash dans une période post-crise. S’ils sont capables de racheter Skype pour un tel montant, qu’est-ce qui les empêche de prendre le contrôle de SalesForce ? (un exemple au hasard) (quoi que…) (moi je dis ça, je dis rien…)
Qu’en est-il de Facebook, l’étoile du web ? Facebook est une coquille vide, j’ai déjà eu de nombreuses occasions de m’exprimer sur le sujet (cf. Rétrospective sur les 3 dernières années de Facebook), là n’est pas le sujet de l’article. Je ne vois pas bien quelle va être la place de Facebook dans les écosystèmes que j’ai décrits plus haut. Ou du moins, je ne vois pas bien dans quelle mesure Facebook va avoir son mot à dire face aux géants de l’internet qui vont encore accentuer leur poids. Le problème de Facebook est que cette plateforme sociale s’est créé un écosystème où tout est gratuit pour les utilisateurs. Avec une telle posture, comment vont-ils faire pour dégager des revenus importants là où les autres acteurs ont su « éduquer » leurs clients (et collecter leur N° de carte de crédit) ? N’oublions pas que plus la base d’utilisateurs de Facebook grossit, et plus les charges d’exploitation sont importantes (650 millions d’utilisateurs = des dizaines de milliards de photos et vidéos à héberger et distribuer). Pour le moment nous ne connaissons pas avec précision les revenus de Facebook (ni ses charges d’exploitation), mais son modèle me semble bien instable dans la mesure où tout repose sur les profils des membres (or nous savons que la mécanique de ciblage comportementale est polluée par le phénomène de travestissement des profils).
De plus, en optant pour un modèle économique qui repose principalement sur l’exploitation des profils, donc des données personnelles de ses utilisateurs, Facebook sera toujours critiqué pour sa gestion de la confidentialité. Et les choses ne risquent pas de s’arranger, car ils préfèrent visiblement dénigrer la concurrence plutôt que de clarifier leur position : Facebook Loses Much Face In Secret Smear On Google et Facebook-Google Privacy PR Smear Is A Campaign In An Epic, Escalating War.
Le futur se construit dans le secret
Google, Apple et Amazon sont donc en train de façonner les modèles économiques grand public de demain. Mais contrairement à Facebook qui partage sa R&D (notamment avec le Open compute Project), ils sont très discrets (euphémisme).
La raison de cette discrétion est toute simple : Ces futurs modèles économiques reposent sur des contenus et services payants qui sont plus proches de notre Minitel que du web tout gratuit. La fascination actuelle du marché pour Facebook est ainsi la distraction dont Google, Apple et Amazon ont besoin pour cimenter les écosystèmes qu’ils sont en train de mettre en place. Certes, ces écosystèmes reposent sur de la facturation récurrente et des micro-transactions, mais est-ce un mal ? Après tout n’est-il pas légitime que tous les acteurs d’une chaine de valeur puissent gagner leur vie ?
En conclusion je dirais ceci : le web n’est pas mort, loin de là, par contre les contenus et services gratuits sont condamnés à moyen terme. En tout cas ils le sont avec les écosystèmes numériques que sont en train de finaliser ces différents acteurs (Google, Apple, Amazon et Microsoft dans une certaine mesure).
Ce midi j’étais invité sur le plateau d’Adobe Live (dans le cadre de la Creative Week) à m’exprimer sur Flash vs. HTML5. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet est encore d’actualité (lire à ce sujet mon article publié en début d’année dernière : Pourquoi HTML5 et Flash ne peuvent être comparés), ou plutôt que la confusion règne encore entre ce qu’HTML5 est censé apporter et ce que Flash permet de faire en complément. il faut dire que la dispute entre Adobe et Apple l’année dernière n’a rien fait pour éclaircir ce débat plutôt technique.
Je profite donc de l’occasion pour apporter quelques éléments de réponse :
Flash est un complément d’HTML, les sites « Full Flash » sont en fait des modules Flash encapsulés dans des pages HTML ;
Une très grosse partie des bannières publicitaires utilisent Flash, pas de Flash = pas de revenus publicitaires = pas de contenus gratuits ;
Depuis près de 12 ans qu’il existe, Flash est devenu un standard de facto ;
Les spécifications d’HTML n’ont pas évolué en 10 ans, les intégrateurs ont donc compensé ce déficit d’innovation par une utilisation accrue de Flash ;
Même si l’on peut diffuser de la vidéo via des lecteurs HTML5, les lecteurs vidéos en Flash ou Silverlight sont beaucoup plus performants (adaptive streaming, incrustation de zones interactives, manipulations…) ;
Flash est présent sur 99% des ordinateurs, soir un taux de pénétration supérieur à celui de javascript.
C’est très certainement ce dernier point qui peut mettre tout le monde d’accord : le marché n’est pas encore prêt pour un déploiement massif d’HTML5 car les navigateurs d’ancienne génération sont encore majoritaires (Internet Explorer représente encore 48% de parts de marché). La société Periscopic a ainsi publié récemment une très belle infographie sur le sujet : Our Research into Flash and HTML5: Which One is Right For Your Project?. Les statistiques parlent d’elles-mêmes :
Ces chiffres sont confirmés par d’autres sources comme Stat Counter :
Ceci étant dit, ce n’est pas parce qu’un navigateur ne supporte pas HTML5 qu’il ne peut pas afficher une page en HTML5. Il existe ainsi des librairies javascript pour adapter le code à la volée et proposer un rendu acceptable. « Acceptable » veut dire que vote page HTML5 va s’afficher avec quelques petits défauts de mise en page et sans les possibilités de CSS3 (typo spécifiques, coins arrondis, transparence, transitions…). Afficher une page HTML5 dans un navigateur n’est donc pas un problème technique, par contre, cela peut provoquer des désagréments que les internautes peuvent mal interpréter. J’ai ainsi récemment fait les choix de refondre tous mes blogs en HTML5 / CSS3 et j’ai reçu de nombreux messages de lecteurs me disant « Votre site ne s’affiche pas bien« . Si, mes sites s’affichent très bien dans des navigateurs modernes, à eux de faire la mise à jour !
HTML5 et CSS3 offrent ainsi de nombreuses possibilités pour remplacer Flash par du code standard (HTML 5 + CSS 3 = une révolution pour les interfaces web), mais il faudra avant cela régler le problème de fragmentation des navigateurs : Les navigateurs modernes n’utilisent pas le même moteur graphique et génèrent des différences en terme de rendu. L’étude de Periscopic également ce problème de compatibilité :
Donc au final : Adopter HTML5 revient donc à faire un pari sur l’avenir car le rendu des différents navigateurs n’est pas encore stabilisé et car il y a encore de nombreux conflits de standardisation (WebGL, H.264…). Mais de toute façon, personne ne vous force à choisir entre HTML4, HTML5 et Flash. Vous pouvez ainsi réaliser un site en HTML5 intégrant la contrainte de dégradation élégante et proposant des modules enrichis en Flash s’ils sont pertinents.
N’allez pas penser que je suis partisan d’un camp ou l’autre : Je crois aussi bien en l’avenir et l’utilité de Flash qu’au potentiel d’HTML5 (qui j’utilise inconditionnellement pour mes blogs). Je suis surtout intimement persuadé que Flash et HTML5 ne sont pas concurrents et qu’ils vont continuer à se compléter. Vous pourrez donc profiter d’Angry Birds en HTML5 et Civilization World en Flash.
MàJ (06/06/2011) : La vidéo de la table ronde est ici :
J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur les nombreux usages des tablettes ainsi que sur leur approche disruptive de la consommation des contenus et services. Il n’empêche que malgré l’âge respectable des tablettes (plus de 10 ans), nous n’en sommes qu’au tout début de l’exploitation des possibilités de ces terminaux, et notamment en tant qu’écrans secondaires. La nouvelle mouture de l’iPad offre ainsi la possibilité de se connecter à un écran TV HD. Jusqu’ici rien de révolutionnaire, si ce n’est les premiers usages pour les jeux : Real Racing 2 HD (iPad) Gets Full 1080p TV Out Support.
Dans cet exemple, l’iPad sert donc à la fois de joystick, mais également d’écran secondaire en affichant le tracé du circuit. Nous avions déjà vu ce type de couplage avec d’autres consoles de jeux (notamment la PSP si je ne dis pas de bêtises), mais la versatilité des tablettes ouvrent dans cette voie d’innombrables possibilités : Is the iPad Launching the Two-Screen Revolution?.
J’avais anticipé dans un article publié l’année dernière l’utilisation des tablettes comme support de visionnage pour les séries TV ou films. La chaine TV VH1 propose ainsi une application pour enrichir ses contenus vidéo : With CoStar App, VH1 Experiments With iPad-Aided TV Watching. L’application donne accès à un certain nombre de contenus additionnels (photos, news, résumé des épisodes…) ainsi qu’un support d’interactions sociales pour réagir en cours de visionnage des programmes (agrégation de tweets et updates Facebook).
Cette application donne accès à un très grand nombre de photos et illustrations, mais également à des fiches détaillées des engins utilisés dans le film ainsi que des vues à 360° des décors. Le tout étant synchronisé avec le visionnage du film : l’application vous propose les contenus additionnels disponibles pour la scène que vous êtes en train de regarder.
Est-ce une nouvelle façon de recycler les bonus des DVD ? Peut-être, en tout cas ces premières expérimentations ouvrent potentiellement la voie à de nouveaux modèles économiques : films distribués gratuitement sur les réseaux P2P et contenus additionnels payants via des applications.
Dernier exemple d’utilisation des tablettes comme élément secondaire, la série d’applications lancée par Adobe : Hands On With Adobe’s Photoshop Touch Apps. Trois applications sont ainsi proposées à la vente pour transformer votre iPad en palette tactile servant à mélanger les couleurs ou à accéder à de nombreuses fonctions (respectivement Adobe Color Lava et Adobe Nav).
Là encore il n’y a rien de révolutionnaire, car le constructeur Wacom propose déjà ça avec sa ligne Bamboo, mais c’est la versatilité de l’iPad (et des tablettes en général) qui peut en faire un parfait compagnon pour les applications de productivité.
Encore une fois, nous n’en sommes qu’au tout début de l’exploration du champ des possibles avec les tablettes, mais ces quelques exemples nous démontrent un potentiel gigantesque.Vivement la suite !
En début d’année je parlais d’un phénomène de débisounoursisation (abandon de la vision « Bisounours ») et il semblerait que cette tendance se concrétise avec de nombreux débats atour du ROI. Le retour sur investissement de quoi ? Un peu de tout en fait : des médias sociaux, des sites d’achat groupés, des applications iPhone et iPad… mais le sujet qui nous intéresse plus particulièrement est celui du ROI des initiatives d’entreprise 2.0. Comme toujours, ce calcul est loin d’être simple dans la mesure où l’investissement n’est pas forcément quantifiable et où le retour ne se mesure que de façon subjective. Dans ces conditions, nous sommes en droit de nous interroger sur la pertinence d’un tel calcul…
L’issue de ce problème insoluble semble être d’accepter que le ROI ne s’exprime pas à l’aide d’une valeur numérique fiable, mais plutôt d’indicateurs qualitatifs. C’est en tout cas l’approche choisie par McKinsey dans ce très bon article : The rise of the networked enterprise: Web 2.0 finds its paydayned. L’article présente ainsi la synthèse d’une étude menée sur ces quatre dernières années auprès de 3.250 cadres dans le monde entier. Les bénéfices des applications et pratiques sociales sont ainsi regroupés en trois domaines :
La collaboration interne (accès plus rapide aux savoirs, localisation plus précise des experts, réduction du coût de communication…) ;
La relation client (amélioration de l’efficacité du marketing, de la satisfaction client, réduction des coûts…) ;
Les interactions avec les partenaires et fournisseurs (amélioration de la rapidité de circulation de l’information…).
Les bénéfices des outils et pratiques sociales
Le tableau est assez complexe à déchiffrer, car les auteurs de l’étude isolent la valeur médiane sur chacun des trois domaines, ors, les entreprises participant à cette étude n’ont pas forcément pris des initiatives dans ces domaines. Cette correction nous révèle ainsi un autre aspect des pratiques sociales : elles se cumulent et permettent d’augmenter les bénéfices de la collaboration. Pour plus d’explications au sujet de cette étude, je vous recommande la lecture de l’article d’Anthony Poncier : Entreprise 2.0, le ROI enfin calculé et validé ?.
Nous avons également vu récemment la société Socialcast qui a publié un article et une très belle infographie sur le sujet : How to Calculate the ROI of Enterprise 2.0. L’auteur fonde ses calculs sur un prix de revient des social softwares oscillant entre 3$ et 5$ par mois et par utilisateur, les gains de productivité / créativité engendrent un retour largement positif.
Le ROI de l'implication des collaborateurs
L’argumentation de l’auteur de l’article repose sur trois leviers et propose une méthode de calcul du ROI pour chacun d’eux :
Une meilleure implication des collaborateurs (les plateformes collaboratives et sociales permettent ainsi aux employés de s’impliquer au-delà de leur fiche de poste et de bénéficier d’une reconnaissance sociale en conséquence) ;
Un plus faible taux de démission (avec une meilleure implication dans la vie sociale de l’entreprise, les collaborateurs développent un attachement émotionnel) ;
Une augmentation des ventes (les pratiques de collaboration internes permettent de faire circuler l’information plus efficacement, donc d’avoir des collaborateurs plus réactifs et plus proches de leurs clients).
Tout ceci peut vous sembler un peu naïf, mais on trouve tout de même dans cet article des arguments et calculs simples à comprendre et mettre en oeuvre. Idéal pour un premier travail d’évangélisation.
Il y a ensuite les données fournies par Accenture : ROI of Enterprise 2.0 at Accenture. Ces données nous donnent quelques éléments chiffrés sur le dispositif de collaboration mis en place : 100.000 profils renseignés par les collaborateurs, plus de 10.000 blogs créés par an ainsi que 1.600 groupes spécialisés, près de 15 M de conversations par messagerie instantanée et 140.000 session de desktop sharing par mois.
Ce dispositif a apporter au cabinet de conseil trois types de bénéfices :
Une réduction des coûts (de communication avec la VoIP, de déplacement avec la vidéo-conférence) ;
Une augmentation de la satisfaction des collaborateurs (moins de temps à chercher la bonne info / personne = plus de temps pour faire leurs missions = moins de pression) ;
Une amélioration de la relation client (l’information qui circule plus vite rend les consultants plus réactifs et permet de mobiliser plus rapidement les bonnes personnes avec les bonnes compétences).
Là encore, le ROI est difficilement quantifiable (à moins de passer des jours à collecter les données relatives à l’implémentation de ces différents outils). Par contre, les collaborateurs ressentent un bénéficeévident (« j’ai trouvé l’expert dont j’avais besoin en 15 minutes, avant ça m’aurais pris 2 jours« ).
Je vous propose ensuite cet article et l’illustration qui va avec (à intégrer à vos présentations) : Maslow’s ROI Hierarchy for Enterprise 2.0. L’auteur y explique que les bénéfices mesurables sont ceux qui participent le moins à la transformation de l’organisation, et inversement : la collaboration, la souplesse et l’innovation engendrée par les dynamiques 2.0 sont fortement bénéfiques à l’organisation, mais très difficilement mesurables (du moins avec des indicateurs chiffrés de type : « Combien ça me coute ? Combien ça me rapporte ?« ).
La pyramide des besoins pour l'Entreprise 2.0
Pour finir, je vous recommande ce très bon article de Richard Collin (Vers la next entreprise, l’entreprise en mode beta) et cette excellente citation de JP Rangswami que j’adore : « Je n’ai jamais vu de document décrivant le ROI des toilettes, pourtant nous en avons tous besoin en entreprise« .
Au final, l’argument du ROI n’est qu’un prétexte pour ne pas endosser la responsabilité de la décision de changer les habitudes de travail. Il suffit d’un peu de bon sens pour comprendre que les organisations à l’ancienne (fonctionnement en silos, objectifs et primes individuels, concentration des savoirs sur des individus isolés…) favorisent le mercenariat et paralysent l’innovation.
Ceci étant dit, si vous parvenez à faire comprendre à vos interlocuteurs que le ROI ne se calcule pas de façon formelle, ils vous trouveront d’autres prétextes pour ne pas changer leurs habitudes (« Les autres ne sont pas prêts« , « Un changement dans ce contexte nous fragiliserait« , « Cela pose de gros problèmes de sécurité et d’exposition de données confidentielles« …). Armez-vous de courage, car la route du changement est longue et il vous faudra beaucoup d’énergie pour faire sauter les verrous psychologiques et vaincre la résistance au changement. Mais le jeu en vaut la chandelle, car les dynamiques collaboratives en entreprise améliorent beaucoup de choses, et surtout le quotidien des travailleurs du savoir, VOTRE quotidien !
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