Vers de nouvelles expériences d’achat et de consultation

Voilà près de 15 ans que le web est disponible auprès du grand public. En 15 ans il s’est passé beaucoup de choses, mais pas tant que ça finalement. Regardez par exemple des sites comme Amazon ou Ebay, sont-ils véritablement différents de ce qu’ils étaient il y a 15 ans ? Certes, il y a bien eu des refontes (cf. Amazon et Ebay changent ENFIN de sites web), mais la logique de navigation et la présentation des offres est quasiment la même. La mise en page de ces deux sites est en effet directement héritée de ce qu’était le web à ses débuts : un média essentiellement textuel. Il y avait bien évidemment des images et des tableaux, mais la façon dont sont structurés l’information et les contenus n’a pas eu à évoluer, tout simplement, car ça fonctionnait bien et que les internautes s’y sont habitués. La priorité des éditeurs de contenus, fournisseurs de service et marchands en ligne a depuis le début été d’enrichir le contenu : Toujours plus d’articles, de fonctionnalités et de produits.

Nous sommes maintenant en 2011 (bientôt 2012), et le point de saturation est atteint depuis longtemps, aussi bien en terme de volume de contenus que de nombre de fonctionnalités. Bizarrement, les utilisateurs avertis n’en veulent pas plus, mais moins, car moins de contenus = plus de facilité à trouver l’information et moins de fonctionnalité = plus de facilité d’utilisation. En d’autres termes : Lassés par une course à la quantité, une partie des internautes sont maintenant à la recherche de qualité, et ils sont prêts à changer de crèmerie pour cela.

C’est sur ce postulat de départ que j’ai pu observer la montée en puissance d’une nouvelle catégorie de startups qui misent avant tout sur l’expérience utilisateur pour se différencier et prendre des parts de marché à des mastodontes que l’on croyait inattaquables. Nous ne parlons pas ici de remplacer Google ou Amazon, mais de parvenir à séduire une infime portion des utilisateurs (0,1 %) qui suffiraient à rembourser les investissements et assurer la viabilité de l’opération. Là où les acteurs historiques se sont fait les champions de l’exhaustivité et de l’efficacité, ces nouveaux acteurs prônent avant tout la simplicité d’utilisation, la scénarisation des contenus et le plaisir d’usage.

Pour moi tout à commencé avec cet article publié sur le Smashing Magazine où m’auteur dénonçait le manque d’originalité dans la mise en page dans blogs : The Death of the Boring Blog Post. Puis nous avons vu arriver Cooliris, une technologies d’enrichissement d’affichage : Le web dans un écrin avec Cooliris. Perçu comme un gadget, voire comme une aberration ergonomique à son lancement, ce plugin a néanmoins su imposer sa vision : Cooliris, A Web Browsing For The 22nd Century.

Plus récemment, j’ai pu observer une vague de nouveaux services proposant une expérience beaucoup plus qualitative que les acteurs traditionnels, et ceux quel que soit l’activité :

  • Qwiki, qui propose une interface de recherche révolutionnaire qui met une sacrée claque à Google (Qwiki inaugure l’avenir de la recherche sur terminaux alternatifs) ;

    Qwiki
    L'interface de recherche de Qwiki
  • Flipboard, une application iPad qui reformate les articles des autres et vous fait vite oublier votre Yahoo! News ;

    Flipboard
    Votre magazine personnel sur votre iPad avec Flipboard
  • Discover, une autre application iPad qui donne un coup de jeune aux articles de Wikipedia ;

    Cooliris discover
    Wikipedia dans votre iPad avec Discover
  • Hipmunk, un moteur de recherche de billets d’avion à l’esthétique ultra-séduisante qui ringardise les Opodo et autres eBookers (Hipmunk, la nouvelle référence de la recherche de vol) ;

    Hipmunk
    L'interface de recherche de Hipmunk
  • Think Quarterly, la revue mensuelle de Google UK qui ridiculise les newsletters ;

    ThinkQuarterly
    La superbe ergonomie éditoriale de Think Quarterly
  • Yoyo, la toute nouvelle boutique en ligne d’Amazon qui apporte un grand bol d’air très frais au commerce en ligne ;

    YoYo
    La nouvelle boutique en ligne de jouets d'Amazon
  • BankSimple, un nouveau concept d’intermédiaire bancaire qui vous redonne envie de consulter vos comptes en ligne.

    Banksimple
    La nouvelle interface bancaire de BankSimple

Recherche, information, tourisme, commerce en ligne, banque… tous les secteurs d’activité sont potentiellement concernés par cette « remise à niveau qualitative ». Certains des exemples cités précédemment sont des expérimentations lancés par les acteurs historiques eux-mêmes, mais d’autres sont des nouveaux entrants, voire de simples intermédiaires. Et c’est très certainement ça qui m’interpelle : Outre Amazon qui mène des expérimentations intéressantes, comment se fait-il que des acteurs aussi puissants que des banques ou des moteurs de recherche de billets d’avion soient incapables de se remettre en question et de proposer une expérience en ligne plus enrichissante ? Et je ne parle pas que d’Axa Banque dont l’interface de consultation de comptes n’a pas évolué depuis plus de 10 ans. 10 ANS !

En fait il n’est pas tant question de tout casser et de faire la révolution, mais plutôt de miser sur les deux tableaux en capitalisant d’une part sur une interface sobre et efficace qui génère 99,9% du business, et une ou plusieurs interfaces alternatives pour séduire les utilisateurs les plus exigeants ou les plus blasés. C’est notamment ce que cherche à faire des acteurs comme CNN qui a racheté Zite (un concurrent de Flipboard), ou encore Engadget qui propose Distro!, une application iPad de compilation et lecture de ses meilleurs articles.

Capitaliser sur l’existant pour augmenter les barrières à l’entrée et expérimenter une expérience plus qualitative, c’est exactement ce qu’essaye de faire Google avec son tout nouveau Product Search.

GoogleProductSearch
La nouvelle interface de recherche de produits de Google

Si Amazon et Google sont passés à l’action, il est largement le temps que vous vous y mettiez également avant que des petits malins ne viennent grignoter vos parts de marché. La période est d’autant plus propice que la technologie évolue dans le bon sens (HTML5, 3D, tablettes…), à vous de saisir cette opportunité et de repenser l’expérience de vos contenus et services. Faites-vous plaisir, faites également plaisir à vos utilisateurs / lecteurs !

Décryptage de la notion de Social Enterprise

Voilà plus de quatre ans que nous parlons de l’Entreprise 2.0. En quatre années, cette notion a au le temps d’évoluer et de succomber à la vague sociale. Tout comme nous avons remplacé web 2.0 par médias sociaux, l’entreprise 2.0 est maintenant reconnue comme l’entreprise sociale. Même s’il existe de nombreux articles sur le sujet, ils sont très difficiles d’accès, car cette notion d’entreprise sociale est noyée dans le flot d’écrits relatifs à l’entrepreunariat social. Je vous propose donc de faire le point sur cette notion et d’en délimiter les contours.

Il n’existe pas de définition communément admise, mais l’on peut décrire une entreprise sociale comme « une organisation ayant mis en oeuvre les outils, processus et modèles de gouvernance permettant de maximiser sa performance au travers d’interactions sociales entre collaborateurs, partenaires, clients et prospects« . Ceci étant dit, cette définition idyllique reflète très mal les changements induits. Précisons que le levier social auquel il est fait référence est le même que celui reconnu dans d’autres définitions comme le social CRM ou le social customer : écoute, discussions, collaboration, co-création…

Pour vous aider à y voir plus clair, je vous propose de décrypter la notion de social enterprise au travers de trois prismes : celui des métiers, celui du SI, et celui de l’organisation. Il n’y a pas réellement d’approche plus pertinente que les autres, mais la social enterprise est difficile à cerner, et elle impacte quasiment tous les aspects de l’entreprise.

Un décloisonnement des métiers

Puisque l’entreprise sociale mobilise à la fois les collaborateurs, partenaires, clients et prospects, elle est forcément cousine de la notion de social business. Pour faire simple, le social business est une philosophie qui vise à unifier les pratiques de social CRM et d’intranet socialVers une vision plus mature de l’Entreprise 2.0.

 

SocialBusinessModel

L’entreprise sociale s’inscrit dans cette logique, car elle exploite le levier social auprès d’une part, des clients et prospects (social CRM) et, d’autre part, des collaborateurs et partenaires (social intranet).

Un SI plus ouvert et modulaire

Il est quasiment impossible d’envisager une modification profonde de l’entreprise sans impact sur le SI. Je ne m’aventurerais pas à broder sur le choix de changer d’abord le SI puis les habitudes ou l’inverse. De toute façon, dans la réalité l’un ne peut se faire sans l’autre.

À ce sujet, l’acteur le plus en avance sur son temps est très certainement SalesForce qui a dévoilé en début de mois une vision très aboutie de ce qu’est l’entreprise sociale du point de vue du SIThe promise and challenges of Benioff’s social enterprise vision.

Dans cette vision, le SI est donc constitué de 3 couches logiques :

  • La couche sociale qui héberge les interactions sociales avec les clients / prospects ainsi que les employés ;
  • La couche applicative avec l’ensemble des applications métiers et génériques ;
  • La couche de données (internes et externes)

 

salesforce_social_stack

Vous noterez que cette vision colle à merveille avec les différentes offres de SalesForce, mais on ne peut pas leur en vouloir, car la vision est tout de même extrêmement intéressante dans son approche holistique des interactions sociales, des applications et des données. Le fait d’héberger les données dans les nuages est de plus un atout pour garantir leur disponibilité auprès des différentes applications métier ET sociale (les ERPs ont la fâcheuse tendance à piéger les données dans des formats propriétaires).

J’ai déjà eu l’occasion de vous expliquer que le SI et les applications ne sont qu’une composante nécessaire, mais pas suffisante pour assurer la transformation effective d’une entreprise 1.0 (en silos, séquentiels…) à une entreprise 2.0 (libre circulation de l’information, pyramide hiérarchique supplantée par les organisations en réseaux…), donc je n’insiste pas sur ce point.

Une organisation centrée sur les collaborateurs

Dernière possibilité d’aborder l’entreprise sociale : le point de vue de l’organisation et des RH. Pour celles et ceux qui pensent que placer l’humain au centre de l’entreprise est une utopie, je vous incite à (re)lire l’article que j’avais rédigé précédemment l’approche Employee FirstChez HCL, les collaborateurs passent avant les clients.

employee_first

 

Point d’entreprise sociale sans une gestion plus aboutie des équipes que la traditionnelle pyramide hiérarchique. À ce sujet, j’attire votre attention sur le fait que cette approche fonctionne dans les deux sens : une hiérarchie à l’écoute, mais des collaborateurs volontaires et autonomes (cf. Le “reverse management” est essentiel dans l’entreprise 2.0 et The Social Enterprise, Welcome to the Era of Intrapreneurship). Et pour en savoir plus sur le Employee First, Customer Second, je vous recommande cette rare interview avec Anand Pillai : « Nous établissons un dialogue permanent avec nos employés ».

(Données + applications + collaborateurs + clients + …) x social

Ces trois visions vous donnent donc une idée un peu plus précise du « grand ensemble » qu’englobe l’entreprise sociale. Il s’agit bien d’une vision stratosphérique incluant l’information, les savoirs, les données, les applications, les processus et l’ensemble des participants (collaborateurs, partenaires, clients, prospects…). Cette meta-vision convergente est très bien décrite par Dion Hinchcliffe (mon maitre à penser) dans l’article suivant : Converging on the Social Enterprise. J’aurais pu vous finir directement ce lien, mais il convient d’avoir une vision plus large afin de bien en apprécier la teneur.

Les chantiers qu’induisent les transformations nécessaires sont titanesques, mais au final, tout le monde sera bénéficiaire de cette fameuse couche sociale étendue qui vise à rendre l’entreprise plus performante, plus agile, plus intelligente (cf. The smarter enterprise). Mais nous aurons de nombreuses occasions d’en reparler…

L’impact des changements de Facebook pour les utilisateurs, les annonceurs et les fournisseurs de contenu

Hier soir se tenait la grand-messe annuelle de Facebook : La conférence f8. Le moins que l’on puisse dire est que les équipes de Facebook se sont données du mal pour entièrement repenser les profils et les usages de la plateforme. Sur ce point-là, nous ne pouvons que saluer le travail réalisé. Les nombreux changements annoncés, de même que ceux de la semaine dernière, vont par contre avoir un énorme impact sur le comportement des utilisateurs, sur le rôle des fournisseurs de contenus et services, ainsi que sur la place des annonceurs. En un mot : Les règles ont changé, plus rien ne sera comme avant.

Récapitulatif des changements récents et annonces

Avant de vous détailler les annonces de la veille, je vous propose de lister dans un premier temps les changements de la semaine passée :

  • Un nouveau fil d’actualité scindé en Top News et Most Recent ;
  • La possibilité de s’abonner à un membre pour recevoir ses infos sans en être fan (l’équivalent du Follow de Twitter) ;
  • Un nouveau Ticker sur la droite de l’écran où sont affichées les notifications de l’activité de vos amis (libérant ainsi de la place pour les publications plus importantes sur la colonne principale).

Beaucoup de nouveautés ont été annoncées hier soir, il existe de nombreux articles à ce suje,t aussi je me contente d’en faire un résumé :

  • Des statistiques toujours en hausse (800M de membres, 500M de connexions journalières et 350 M d’utilisateurs mobiles).
  • Un nouveau profil pour les membres sous forme de Timeline (une sorte de scrapbook de votre vie) ;
  • De nouveaux boutons (Read, Listen, Watch…) qui vont offrir plus de possibilités que les « Like » ;
  • L’intégration de nombreux services permettant de consommer de la musique et des films avec vos amis (Spotify, Hulu…) ou de les notifier grâce aux fameux nouveaux boutons, ainsi que des journaux (Washington Post…) dont les articles pourront être lus, appréciés et partagés directement sur Facebook ;
  • Des applications plus orientées Lifestyle qui vont stimuler le partage avec vos amis ainsi que la découverte de nouveaux contenus (notamment grâce aux applications dans la timeline ou aux notifications dans le ticker) ;
  • De nouvelles permissions pour les applications qui n’auront plus besoin de vous demander votre permission pour publier une notification (une seule fois suffira) ;
  • La possibilité de faire des rapports réguliers (Reports) sur votre usage de certaines applications (particulièrement utile pour les adeptes du Quantified Self).

Pour plus de détails, je vous engage à lire ces deux articles bien écrits et concis : Facebook Announces Major Changes at F8: Here Are All the Announcements et Facebook Changes Again: Everything You Need To Know.

Par contre, plusieurs nouveautés attendues n’ont pas été annoncées :

  • Un nouveau format de Fan Page pour les marques ;
  • Une nouvelle application iPad ;
  • Une nouvelle plateforme pou les applications (nom de code : Project Spartan).

Normalement ces nouveautés devraient être déployées dans les prochaines semaines, du moins c’est ce que dit la rumeur.

Stimuler les usages pour améliorer le ciblage publicitaire

L’objectif poursuivi par Facebook avec ces changements est de stimuler les membres à partager toujours plus de contenus et à passer toujours plus de temps sur la plateforme. Ceci étant dit, prenons un peu de recul par rapport à ces annonces et essayons d’y voir plus clair sur ce que cela implique :

  • Toujours plus d’informations et de données personnelles sur les membres pour maximiser la rétention. La dernière version des profils (avec les données personnelles en haut) a permis de motiver les membres à donner plus de contexte à leur profil (le lieu de résidence, leurs études…), la nouvelle Timeline va les stimuler à remonter dans le temps et à donner encore plus d’informations sur leur lieu de naissance, date de mariage, derniers voyages… (Facebook, Timeline and the power of the past). Une fois que les membres auront rempli leur Timeline, ils n’auront plus envie de recommencer ailleurs, c’est aussi simple que ça.
  • Améliorer le ciblage publicitaire au travers des nouveaux boutons. Avec l’ancien Facebook, les membres n’avaient qu’une seule possibilité d’interaction : Aimer un contenu ou une marque (« Like« ). Avec les nouveaux boutons, les membres pourront s’exprimer avec une grammaire bien plus précise : Lire, regarder, écouter des contenus sans nécessairement les aimer. Ils pourront également déclarer leur intérêt pour un produit (« Want« ). Aux yeux d’un annonceur, le nouveau Open Graph est une authentique mine d’or, car ils vont en savoir beaucoup plus sur les habitudes de consommation des membres (What f8 Means for Advertisers: The Ability to Target Users Based on Media Consumption).
  • Des applications recentrées sur le partage pour éradiquer les interactions sociales non-monétisables. Il y a des centaines de milliers d’applications sur la Facebook Platform, des applications qui servent à faire tout et n’importe quoi. Ces applications ont fait le succès de Facebook, mais pas forcément sa fortune. Avec la nouvelle Timeline et la nouvelle orientation Lifestyle des applications, Facebook va recentrer les usages sur du partage entre les membres, donc un usage intensif du graphe social, donc une plus forte dépendance des éditeurs. En d’autres termes le message de Facebook aux éditeurs d’application est clair : « Les membres ne sont pas sur Facebook pour s’amuser tout seuls, ils doivent s’amuser à plusieurs et leur liste d’amis m’appartient (préparez vos chéquiers)« .
  • Augmenter à l’infini le temps de connexion et le CPM. Les statistiques de fréquentation de Facebook sont très impressionnantes, mais avec l’intégration de services musicaux, de streaming de films ou de journaux, les utilisateurs vont finir par passer leurs journées entières et même leur soirée sur Facebook. Plus de temps d’exposition = plus de part d’audience = un CPM plus élevé. Avec des membres connectés 12h / j. à Facebook, il n’y a virtuellement pas de limite au prix qu’ils peuvent facturer aux annonceurs.

Je ne sais pas quel va être l’accueil du marché vis-à-vis de ces changements, mais le moins que l’on puisse dire est que les équipes ne manquent pas d’ambitions.

Quels impacts sur le comportement des membres ?

Intéressons-nous maintenant à l’impact de ces nouveautés sur les membres et leur comportement :

  • Une interface toujours plus complexe. Nouveau fil d’actualités, nouveau ticker, nouveau profil, nouvelles règles pour les applications… Tout ceci fait beaucoup de choses à comprendre pour les utilisateurs lambda. Je pense très honnêtement que cela va creuser le fossé entre les utilisateurs « passifs » (ceux qui consomment et réagissent) et les utilisateurs avancés (ceux qui publient).
  • Beaucoup de cacophonie avec les notifications automatiques. J’aime beaucoup l’idée des nouveautés boutons et la possibilité de décrire de façon précise ce que l’on est en train de faire, mais s’ils déploient les fonctions de notification automatique (Coming Soon: Facebook’s Automatic “Read” Button), le Ticker des membres va être inondé du quotidien de leurs amis. Imaginez ce à quoi pourrait ressembler le flot ininterrompu des notifications de chaque page web, chanson ou actions menées par vos amis !
  • Une incitation à se mettre en valeur. J’avais déjà pointé du doigt l’année dernière le phénomène de travestissement des membres (Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs), la nouvelle Timeline risque de renforcer encore la tentation pour les membres d’enjoliver leur vie et leur quotidien en ne sélectionnant les informations, photos et évènements les plus valorisants socialement. Dommage, car cela risque de fortement compromettre la fiabilité du ciblage (ce que je déclare et publie sur Facebook n’est pas le reflet de ma personne, mais de celle que j’aimerais que les autres perçoivent).
  • Des réticences à tout partager. La nouvelle timeline est une très belle illustration de l’esthétisme des infographies (The data visualization geek behind Facebook’s Timeline). Le nouveau profil est particulièrement spectaculaire pour les membres qui vont accepter de publier beaucoup de choses et partager beaucoup de souvenirs, mais quid des autres ? Entre les membres soucieux de préserver leurs données personnelles et ceux qui sont sur Facebook uniquement pour déconner, je me demande bien à quoi vont ressembler toutes ces timelines… (cf. Sorry Facebook, But That Stuff I Share on Your Site is Not the Story of My Life).

Bref, tout n’est pas si simple : sur le papier, les changements sont bénéfiques et spectaculaires, mais la réalité risque d’être bien moins glorieuse.

Impacts pour les éditeurs de contenus et services

C’est très certainement pour les éditeurs d’applications et les fournisseurs de contenus et services que les nombreux changements vont être les plus impactant :

  • Une plus grande surface d’exposition. Non seulement les nouveaux boutons vont permettre aux contenus d’être relayés plus souvent (un Read est plus facile à partager qu’un Like), mais les publications de qualité vont pouvoir rester plus longtemps sur le fil d’actualité, car elles ont une place réservée (Top News). Auparavant, les publications étaient mécaniquement poussées vers le bas pour coller à la chronologie, ce ne sera plus le cas avec les Top News.
  • Des données précises sur qui consulte quoi. En intégrant les nouveaux boutons (Read, Watch, Listen…), les fournisseurs de contenus vont pouvoir bénéficier de données beaucoup plus précises sur qui fait quoi, quand et comment. En d’autres termes, ils vont avoir à leur disposition des statistiques d’audience avec des données sociaux-démographiques. Bingo !
  • Plus de souplesse pour coder et distribuer les applications. Nous ne savons encore pas grand-chose de la refonte de la Facebook Platform, mais nous savons déjà qu’il n’y aura plus d’annuaire d’applications (Facebook CTO: We Are Not Working On An App Store) et qu’HTML5 sera le language de référence. Ceci veut dire que les applications pourront être distribuées directement sur la page ou le site web de l’éditeur et qu’elles seront compatibles avec les versions mobiles de Facebok (pour smartphone et tablettes).
  • Une attention dégradée par le ticker. Les internautes avaient déjà la très désagréable habitude de zapper d’un contenu à l’autre, avec les nombreuses notifications du ticker, ça sera encore pire : Les membres auront le plus grand mal à rester concentrer sur ce qu’ils font / lisent / écoutent, car leur attention sera polluée par les notifications de leurs amis.

C’est sur ce dernier point que j’ai le plus de réserve vis-à-vis des changements : Ils toutes les chances de noyer les membres dans un déluge de sollicitations pour aller papillonner à droite et à gauche et ne pas se « poser » sur une page ou un article.

Impacts pour les marques

Beaucoup de choses vont changer pour les marques, et très certainement en mieux :

  • Un meilleur ciblage des membres en fonction de leurs consultations. Même si j’émets des réserves quant à la fiabilité des informations disponibles sur le profil des membres, les données de consultation (Read, Listen, Watch, Want…) vont être très précieuses aux marques pour mieux cerner le profil des membres et améliorer le ciblage de leur campagne.
  • Nécessité de repenser les logiques d’engagement et miser sur du contenu. Non seulement les règles de permission des applications ont changé (Facebook To Change App Permissions), mais en plus, elles vont avoir la possibilité d’interagir de trois façons différentes avec le fil d’actualité, le ticker et la timeline.

    Ces changements vont ainsi pousser les marques à investir dans du contenu de qualité (brand content) pour avoir toutes les chances  d’exister dans le fil d’actualisé ou le ticker (cf. Why Burberry Is Now as Much a Media Company as a Fashion Company).
  • De nouveaux indicateurs d’engagement. Pour faire simple, les marques ne disposaient que de deux indicateurs jusqu’à présent : le nombre de fans et le nombre de Like. Avec les nouveaux boutons, elles vont bénéficier de données bien plus précises sur le taux d’engagement des membres (ce qu’ils consultent, ce qu’ils apprécient, la portée de leurs notifications…).

Cela fait beaucoup de changements, mais je pense ne pas me tromper en disant que les plus gros changements sont à prévoir avec les nouvelles Fan Pages qui devraient être annoncées dans peu de temps.

Impacts pour Facebook

Tous ces changements vont révolutionner la façon dont les membres, les éditeurs et les marques vont cohabiter sur la plateforme. Mais n’oubliions pas non plus ce que cela implique pour Facebook :

  • Ça va coûter cher. Je ne suis pas un spécialiste, mais tous ces changements vont stimuler l’implication des membres, donc le nombre de contenus publiés et des interactions qui vont avec. En conséquence de quoi, Facebook va devoir investir pour redimensionner son infrastructure technique (Facebook gets a big infrastructure boost for Timeline). Facebook gagne beaucoup d’argent avec ses publicités, mais ont-ils assez de trésorerie pour construire les deux ou trois data centers nécessaires pour absorber ce pic d’activité ? Rappelons que Facebook n’est pas côté en bourse et que ses fonds propres ne sont pas illimités. La générosité des investisseurs n’est pas illimitée…
  • Les utilisateurs et développeurs d’application vont grincer des dents. Les membres de Facebook ont toujours été très virulents avec les changements, ce qui a été annoncé risque de provoquer de nombreuses protestations auxquelles vont s’ajouter celles des développeurs qui vont devoir revoir leur copie avec cette nouvelle timeline et le fameux projet Spartan.
  • Une logique de portail dont plus personne ne veut. L’air de rien, l’intégration de musiques, films et articles sur Facebook le font de plus en plus ressembler aux portails du siècle dernier (Yahoo!, MSN, AOL…) qui concentraient les services et contenus du web entier (Media companies revisit their AOL days with Facebook). Je ne suis pas devin, mais je doute que cette perspective plaise à tout le monde…

En poussant la réflexion un peu plus loin, on se rend compte que les ambitions de Facebook peuvent provoquer sa perte : En voulant intégrer toujours plus de contenus / services et en stockant toujours plus de données personnelles, Facebook se place dans une position de domination qui a de quoi inquiéter les gouvernements.

En voulant dominer le web, Facebook va immanquablement attirer l’attention de l’UE qui peut lui reprocher son abus de position dominante. L’UE a démantelé Microsoft, ils sont en train de faire plier Google, ils ne feront qu’une bouchée de Facebook. C’est là pour moi le plus grand danger de Facebook : Que les gouvernements s’inquiètent de la quantité colossale de données personnelles accumulées par une société privée financée par des fonds russes ou hongkongais. L’Allemagne a déjà ouvert la voie en imposant une charte de bonne conduite à Facebook (Should Facebook Sign a code of conduct with Germany?), je ne doute pas que les autres gouvernements vont s’y mettre et que l’UE va essayer de limiter l’hégémonie de Facebook (j’ai d’ailleurs été interrogé par France Info à ce sujet : Facebook : toujours plus !).

Mais ne nous emballons pas, pour le moment je me réjouis de ces nouveautés, car elles vont stimuler le marché et forcer les autres plateformes sociales à se remettre en question. Il reste maintenant à Facebook d’annoncer le reste des changements prévus… et aux concurrents de préparer la riposte (Twitter et Google+). J’attends la suite avec impatience.

Quel sera l’impact des tablettes low-cost ?

Si Google semble avoir rattrapé son retard sur le marché des smartphones avec Android (dont la part de marché est maintenant supérieure à celle de l’iPhone sur les terminaux vendus), l’iPad domine encore largement le marché des tablettes. Euphémisme pour un acteur qui rafle les 2/3 du marché en terme de ventes et dispose d’une notoriété spontanée de quasiment 100% ! Pour faire simple, disons qu’Apple a imposé sa machine et s’est créé une niche où l’iPad domine sans partage, les autres tablettes se partagent les miettes, mais sont incapables de soutenir la comparaison, d’ailleurs certains abandonnent comme HP, d’autres se retrouvent avec des tonnes d’invendus sur les bras (RIM Could Be Sitting On An Inventory Of 800,000 Playbooks).

Jusqu’à récemment, le marché se résumait donc entre un match entre un Apple surpuissant et un Google tentant de rallier le plus de partenaires possibles (Samsung, Lenovo…) autour de son système d’exploitation Android. Dans la mesure où Apple possède une avance considérable, le seul moyen de prendre des parts de marché est d’éviter la confrontation directe et de proposer des machines moins chères ou avec un format différent. C’est ce que font notamment Samsung et Sony.

Mais tout ceci a été récemment remis en cause avec l’arrivée d’un concurrent inattendu : Amazon. Tout comme Apple a raflé la mise en démocratisant / viabilisant les tablettes, Amazon a donné ses lettres de noblesses au e-reader avec le Kindle. Tout le monde pensait qu’Amazon resterait confortablement installé dans sa niche (moi le premier), mais il semblerait que le géant de Seattle a décidé de venir jouer les trouble-fêtes avec une tablette qui devrait sortir pour la fin de l’année. Les spéculations les plus folles circulent au sujet de cette probable future tablette, d’autant plus depuis qu’un célèbre blogueur a pu mettre la main dessus : Amazon’s Kindle Tablet Is Very Real. I’ve Seen It, Played With It.

Un prototype de la probable future tablettes de Amazon

Passé l’effet de surprise (« pourquoi prendre un risque alors qu’ils dominent leur segment ?« ), il ne faut pas longtemps pour se rendre compte qu’Amazon dispose de très sérieux atouts face à Apple : 5 Reasons Why Amazon’s Tablet Is The Only Real iPad Alternative. Je retiendrais deux aspects qui risquent de faire la différence :

  • Les rumeurs font état d’une tablette à 250$, un prix ultra-compétitif, qui pourrait même être abaissé à 200$ ou 150$ avec de la publicité (stratégie déjà adoptée pour le Kindle) ;
  • Le format retenu serait celui d’une machine de 7″, plus facile à transporter et donc plus versatile.

Sur le choix du format, les avis sont partagés, mais le consensus valide tout de même l’idée de na pas entrer en concurrence directe avec l’iPad (Amazon Is Only Launching A 7″ Tablet? Genius). Ce format intermédiaire entre smartphone et tablettes va-t-il séduire le marché ? Probablement pas les utilisateurs de l’iPad, mais très certainement un marché intermédiaire : les utilisateurs à budget limité qui ne possèdent pas de smartphone. L’avantage d’Amazon par rapport aux autres constructeurs est qu’ils n’ont pas de smartphone dans leur gamme, ils ne craignent donc pas d’effet de cannibalisation (totu comme Nook avec son Color).

Autre argument de poids en la faveur d’Amazon : Ils possèdent déjà une énorme base de clients et de N° de CB (certainement plus qu’Apple). Une marque forte, une expérience concluante de la commercialisation et l’exploitation de terminaux électroniques (le Kindle), un catalogue de contenus hyperexhaustif… tous les ingrédients semblent être réunis pour faire de cette probable tablette une réussite. Une réussite également pour Google ? Pas forcément, car tout laisse à penser qu’Amazon utiliserait une version dégradée d’Android avec sa propre interface, l’app store, le catalogue et les services d’Amazon.

La place de marché d’applications Android d’Amazon

Dans ces conditions, il est difficile de penser que Google puisse se réjouir du succès de la tablette d’Apple (Amazon’s Tablet Is No Threat To Apple, It’s A Huge Threat To Google). Qu’importe, si Google ne peut pas rattraper Apple avec ses partenaires historiques, il se servira d’Amazon pour inonder le marché de tablettes low-cost (quoi que… on se demande qui se sert de qui).

Mais ce lancement ne sera pas non plus si simple pour Amazon car ils devront surmonter les très nombreux problèmes de droits pour ouvrir leur catalogue de ebooks à l’international (Is Amazon’s knife sharp enough to carve into the tablet market?) et faire face à de nouveaux entrants (Microsoft Prepares Windows 8 for Battle Against the iPad).

Dans tous les cas de figure, l’arrivée d’Amazon sur le créneau est forcément une bonne nouvelle, à la fois pour les éditeurs (jeux, applications, livres et magazines électroniques…) et pour les clients qui vont pouvoir s’équiper pour les fêtes de fin d’année. Ça sera par contre un sacré défi et une grosse prise de risque pour Amazon qui va mécaniquement disperser ses moyens et avoir du mal à conserver son leadership sur le créneau des e-readers, surtout face à de nouveaux entrants comme Kobo ou iRiver, qui est partenaire de… Google. D’autant plus qu’Apple pourrait répliquer et rentrer dans une guerre des prix dès l’année prochaine avec une offre scindée entre le probable iPad 3 (pour le haut de gamme) et une version dégradée de l’iPad 2 (pour le low-cost).

Je serais bien incapable de vous prédire l’avenir, mais il y a une chose dont je suis sûr : La grande gagnante de cette affaire sera J.K. Rowlings, car la réédition numérique de Harry Potter (Pottermore) sera compatible avec l’ensemble des machines du marché !

MàJ (26/09/2011) : À lire chez GigaOM, la liste des prochaines tablettes à sortir sur le marché : Coming soon: A whole bunch of tablet pretenders.

Unity en orbite grâce à la NASA (et bientôt dans Flash) (et peut-être chez Adobe)

Voilà bien longtemps que je n’avais pas parlé de Unity3D, de son environnement de production et de son plugin qui progressent pourtant assez régulièrement (comme en témoigne cette superbe Substance Demo). Bref, tout ça pour dire que Unity3D est à l’honneur avec la toute dernière production de la NASA : Eyes ont the Solar System. Cette application en ligne est un environnement 3D permettant de découvrir notre système solaire sous toutes ses facettes :

Mercure

L’application est très bine conçue et permet de se déplacer en différents points de notre système solaire pour y voir les astres (planètes, lunes) et les différents engins envoyés par l’homme (les engins extra-terrestres n’y sont pas référencés). Différentes options d’affichage mettent en évidence les trajectoires des objets en orbite ainsi que les indications diverses :

Mars

Il y également possible de voyager dans le temps pour revivre les grandes étapes de la découverte spatiale (uniquement les missions des la NASA) et pour admirer sous toutes ses coutures le tout dernier satellite Juno :

Juno

Que dire sur cette application si ce n’est qu’elle est rapide à charger, très agréable à manipuler (surtout avec le mode plein écran) et simple à manipuler. Une authentique réussite qui donne un avant-gout de ce que la NASA va pouvoir proposer sur des projets plus ambitieux (notamment le prochain Astronaut: Moon, Mars and Beyond).

Ceci nous ramène donc à l’environnement Unity qui a su prouver son intérêt au marché et convaincre les institutions les plus sérieuses. Reste un problème de taille pour cet éditeur de (relative) petite taille : Le Unity Player coûte de l’argent et ne rapporte rien. C’est là où Flash 11 entre en scène et ouvre de nouveaux horizons : Unity and Flash : a sneak peek.

La dernière version de Unity (l’environnement de développement) va donc permettre d’exporter les créations vers Flash 11 et son API Stage 3D (dont la sortie officielle est programmée pour le mois d’octobre). Nous pouvons donc logiquement anticiper un abandon progressif su Unity Player au profit du Flash 11 qui supporte déjà un certain nombre de raffinements comme le moteur physique de Unity, la gestion de lumières et particules, le occlusion culling… C’est donc une très bonne nouvelle pour Unity qui va pouvoir se concentrer sur son environnement de production et partir à la conquête de nouveaux marchés comme le Japon (Unity Embraces The Heart Of The Gaming World, Launches A Tokyo Division).

L’ambition de Unity va donc être de se positionner comme la plateforme de référence pour les jeux en ligne avec la possibilité de déployer un même jeu sur iOS, Android et PC/Mac. Le potentiel des smartphones n’est plus à prouver en terme de monétisation, les jeux en flash y sont d’ailleurs très bien accueillis (The best selling iPad app on the App Store was created with Adobe Flash). Reste à assurer la distribution et la monétisation de jeux à budgets limités sur PC/Mac. Sur ce point, la montée en puissance des app store chez Apple, Chrome, Mozilla et bientôt Microsoft avec Windows 8 devrait redonner une chance aux éditeurs indépendants.

En conclusion, je dirais que le marché est en train de se structurer pour débloquer une situation quasi-monopolistique trustée par les gros éditeurs disposant de moyens considérables (plus de 20 millions de $ pour les plus gros titres). Cette redistribution des cartes (environnement de production performant et bon marché, distribution simplifiée) va stimuler les éditeurs et faire souffler un nouveau vent de créativité. La bonne nouvelle dans cette histoire c’est que tout le monde va en profiter (Pc/Mac, iOS, Android).

Je me demande bien ce qu’attend Adobe pour racheter Unity…