Google à l’assaut de votre télévision

Le sujet de la TV connectée n’est pas neuf, j’en parlais déjà il y a quelques années (Internet = l’avenir de la télévision et inversement et La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? En partie) et le débat continue, car il est complexe (TV connectée : de l’euphorie au pragmatisme). Lancée il y a un an et demi, Google TV s’installe lentement mais sûrement dans le paysage audiovisuel. Pour le moment, le taux de pénétration de Google TV est anecdotique, car d’autres systèmes lui font barrage (notamment TiVo aux États-Unis et Free en France), mais l’argument massue du système plus que gratuit (OS gratuit et partage des revenus publicitaires) va immanquablement finir par séduire les constructeurs.

En fin d’année dernière, les équipes de Google nous ont ainsi présenté une nouvelle version de Google TV propulsée par la version 3.1 d’AndroidAn Update on Google TV.

La nouvelle interface de Google TV

Au programme des nouveautés :

  • Une nouvelle interface simplifie la découverte de films et séries TV
  • Une fonction de recherche simplifiée
  • Une intégration transparente de YouTube
  • La possibilité de consulter vos photos stockées dans les nuages

Tout ceci est donc très alléchant, mais le meilleur reste à venir grâce à l’Android Market : Google TV, Take 2: Android Apps Join the Smart TV Party. Le système d’exploitation Android donne ainsi accès à des centaines de milliers d’applications qui forment un écosystème dense, inspiré de celui de Apple (Google Chrome OS = iOS + iTunes). Bon dans les faits, les applications proposées ont été pensées pour les smartphones, les éditeurs doivent donc intégralement repenser les interfaces pour tenir compte des contraintes d’affichage et de saisie (Google publie des recommandations pour la conception d’interfaces TV).

Les applications Android disponibles sur la Google TV

Concrètement, il existe moins d’une centaine d’applications spécifiquement conçues pour la TV, mais nous commençons à voir des choses très intéressantes, comme des portages de jeux (Zynga Poker Debuts On Google TV) ou des applications de social TV comme BuddyTV qui se pilotent à partir de votre smartphone ou de votre tablette. Tout l’intérêt de ses applications réside en effet dans un usage multi-écran : Vous créez un compte sur votre ordinateur, vous êtes prévenu d’un programme sur votre smartphone, vous le regardez sur votre télé tout en le commentant avec vos amis sur votre tablette (De l’intérêt des touchbooks comme écrans secondaires). Ces applications multi-écrans offrent d’innombrables possibilités qui vont bien au-delà des programmes TV (Four Stopgap Apps That Almost Fix Google TV 2.0).

Malgré les qualités de cette nouvelle version, Google va devoir faire face à une concurrence féroce :

  • Des fournisseurs d’accès comme Free qui proposent des boitiers intelligents (la Freebox Revolution permet ainsi de jouer à une petite sélection de jeux ainsi que d’applications comme Facebook et Twitter). Free a clairement pris l’avantage sur ce terrain, mais Google TV permettra justement aux opérateurs à la traîne de gagner un temps précieux et surtout de limiter les dépenses de R&D.
  • Des constructeurs de TV comme Samsung qui proposent leur propre système (Samsung et ses 10 millions d’applications téléchargées). Là encore, Samsung a pris de l’avance, mais son système va avoir beaucoup de mal à tenir la comparaison, d’autant plus que Google et Samsung sont étroitement liés sur le segment des smartphones. Nous pouvons donc nous attendre à un repli stratégique du géant coréen qui préfèrera couper son budget R&D pour faire face à ses rivaux Sony et LG.
  • Des fabricants de consoles comme Microsoft avec sa Xbox. Même si l’offre de Microsoft est cohérente, les OS de la Xbox et des Windows Phone sont encore dissociés, contrairement à Android qui propulse les smartphones, les tablettes et dont les applications sont compatibles avec Chrome OS.
  • Des autres plateformes sociales qui essayent de faire valoir leur position privilégiée entre les clients (téléspectateurs) et les fournisseurs de contenus (les chaines). Si l’on commence à voir des initiatives très intéressantes autour de la social TV avec Facebook et Twitter (Twitter Embraces Its Social Role in TV et Is There A Future For Social TV?), les plateformes sociales seront toujours dans une position très fragiles.
  • De la part d’Apple qui pourrait bien jouer les trouble-fête (Apple Plots Its TV Assault). Pour le moment ce ne sont que des spéculations, mais de toute façon, Si l’offre de Apple avec iOS est le modèle dominant, Google ne joue pas dans la même gamme de prix.

Comme si la bataille n’était pas assez rude sur le web ou sur le mobile, Google c’est donc lancé sur un autre créneau ultra-concurrentiel. Encore une fois, si les parts de marché de Google TV sont aujourd’hui très faibles (euphémisme), et si la concurrence s’organise (PayPal a créé une solution dédiée aux paiements en ligne depuis son téléviseur connecté), Google finira bien par gagner car son offre propose une intégration plus large de services (régie publicitaire, applications, recherche…) : Why Google TV will win. Ceci étant dit, la conquête du territoire national nécessitera une concertation avec les pouvoirs publics (Pour une stratégie européenne de la TV connectée), ça tombe bien, car notre président s’entend bien avec Eric Schmidt (ils ont récemment inauguré tous les deux le nouveau centre de recherche de Google à Paris).

MàJ (06/01/2012) : Nous en savons un peu plus sur les plans de Google : Google TV on track to launch around the world in 2012. Plusieurs annonces devraient être confirmées lors du prochain salon CES en fin de mois, mais nous savons déjà que des partenariats ont été conclus avec Samsung et LG pour la commercialisation de TV intégrant la technologie Google.

La nouvelle télé de LG propulsée par Google TV

De même, des accords ont été passés avec deux concepteurs de puces (Marvell et MediaTek) pour faire évoluer le système Google TV vers une architecture ARM (donc un prix de vente plus bas).

6 commentaires sur “Google à l’assaut de votre télévision

  1. Je suis chez free, avec la freebox revolution, et franchement je suis très frustré. Le navigateur est ridicule, la télé est loin d’être connectée. Je pense qu’au départ les box n’ont pas été conçues comme des PC limités mais plutôt comme des télétextes évolués.
    Franchement j’aimerais bien que Free regarde ce qui se fait chez Android et certaines distributions linux (j’attends impatiemment Ubuntu qui fera peut-être des choses intéressantes avec Unity, décrié à tors selon moi).
    Pour l’instant il faut quand même reconnaître que pour avoir ce qu’on veut il faut un peu être un hacker, l’exigence de bidouillabilité n’est pas vraiment rentrée dans les mœurs des industriels.

  2. @ Ropib > Je pense qu’il faut considérer la Freebox comme un moyen d’installer des applis et non comme un accès à l’internet au travers de l’écran de la télé. Étant utilisateur de la Freebox, je confirme que le browser est inutilisable, à moins de proposer une télécommande adaptée…

  3. Bonjour,

    Je me pose quelques questions sur la place et le rôle que va jouer la TV connectée dans notre salon.

    Tout d’abord, il y a comme une multiplication des écrans. Si je peux déjà twitter ou accéder à facebook à travers mon ordi, mon smartphone ou ma tablette, je ne sais pas si j’ai aussi besoin d’y accéder via ma télévision.

    De même, il y a une sorte de superposition des OS. Sur un même écran, je pourrais me retrouver avec l’interface de la freebox, de ma xbox et maintenant de ma TV. C’est comme avoir un smartphone avec Android, iOS et Windows phone.

    Il serait intéressant de voir de quelle façon la TV connectée pourrait enrichir l’expérience TV, améliorer notre façon de regarder la télévision.

    Dans « connectée », je vois plutôt, connexion avec mes autres app ou accessoires. Par exemple, pouvoir mettre un rappel pour regarder ma série TV favorite sur mon smartphone et retrouver celui-ci sur ma télévision ; programmer un enregistrement depuis mon travail via une app ou un site, partager le programme que je regarde sur facebook ou twitter sans pour autant être obligé de passer sur une application dédiée.

    J’attends de voir ce que Apple va nous proposer, s’ils nous proposent quelque chose bien sûr…

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