Le retour du chemin de fer pour les sites web narratifs

En des temps reculés, la plupart des sites web étaient informatifs (ils fournissaient de l’information à consulter), mais certains étaient contemplatifs. Les technologies d’animation comme Flash permettaient aux designers de créer des sites visuellement très riches dont l’unique but était de contenter l’oeil (très pratique quand on n’avait pas grand-chose à raconter). Avec la montée en puissance des terminaux mobiles, les technologies de RIA comme Flash ont été délaissées au profit de technologies standards offrant des possibilités similaires (HTML5 donne de la profondeur à la narration).

Je sais bien qu’il n’est pas très avisé de parler de « mode », mais je constate néanmoins qu’un certain nombre de sites proposent une expérience de lecture beaucoup plus contemplative. Ces sites sont en effet conçus pour être lus selon un schéma prédéterminé et non de façon libre comme les liens hypertextes le permettent. Dans le monde de l’édition, le chemin de fer désigne la temporalisation de la narration selon l’emplacement des différents éléments de la page. J’ai comme l’impression que cette notion de chemin de fer est mise en application, notamment sur le site de Slack qui se parcourt de haut en bas et de gauche à droite :

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L’agencement des différents éléments de la page fait que l’on déroule la page ers le bas en découvrant les différentes unités d’information, puis on clique sur « Next » et on recommence sur la page suivante. Dans la mesure où les textes sont courts et les illustrations percutantes, le site se parcourt comme une brochure.

Idem chez iSketchNote où les transitions et cinématiques d’apparition des différents éléments à mesure que l’on parcourt la page vers le bas font que l’on reste scotché à son écran sans avoir envie de cliquer.

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On trouve des techniques de mise en page similaires chez Mozilla ou Apple : plutôt que de répartir l’information sur différentes pages, les contenus sont empilés les uns au-dessus des autres et apparaissent ou s’animent lorsque l’on défile vers le bas.

Au final, cette approche de la conception est tout à fait intéressante pour dérouler des arguments et/ou raconter une belle histoire. C’est en quelque sorte le principe du storytelling appliqué à la mise en page et l’organisation de l’information. J’aime beaucoup, encore faut-il s’assurer d’une bonne compatibilité des techniques utilisées (Adobe et Google en désaccord sur les techniques de mise en page avancée).

Les smartphones sont notre premier écran, adaptez vos budgets et campagnes en conséquence

En début d’année je publiais un article sur l’importance croissante des smartphones dans notre vie sociale (Les applications mobiles font de l’ombre aux grandes plateformes sociales). À peine 3 mois se sont écoulés, et la frénésie est toujours aussi forte avec les rachats successifs de Viber (Japanese Internet Giant Rakuten Acquires Viber For $900M), WhatsApp (Pourquoi Facebook achète WhatsApp pour 16 milliards de dollars ?) et dernièrement la grosse prise de participation dans Tango (China’s Alibaba invests big in video chat app Tango, leading a $280M funding round).

Comme vous pouvez le constater, tout ceci représente beaucoup d’argent, des montants que l’on peut difficilement justifier avec les ratios économiques traditionnels. Au-delà des chiffres, c’est avant tout un pari sur l’avenir qui est fait en investissant dans ces applications mobiles (The Value of Facebook and WhatsApp: Connecting the Unconnected), même si 19MM$ me semble quand même être une somme disproportionnée… Les applications mobiles seraient-elles l’avenir ? Oui et non. L’avenir de quoi déjà ? Je pense que cette hypothèse mérite quelques explications.

Avant toute chose, personne ne peut contester le succès des applications mobiles de messagerie, dont les plus populaires dépassent maintenant les 400 millions d’utilisateurs, notamment WhatsApp et WeChat (cf. Cross-platform social messaging apps are making social networking increasingly competitive).

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Et ce succès semble ne pas se tarir : Line now has 390 million users with Japan and Thailand as top countries et Messaging app Line continues to see gaming growth after hitting 300m game downloads. Si les applications mobiles américaines sont encore un peu timides sur le m-commerce (ou même la publicité), les applications asiatiques sont beaucoup entreprenantes : WeChat links up with a major Chinese shopping center to launch offline-to-online purchases et 6 Social Commerce Mobile Apps for Merchants.

Force est de constater que si les éditeurs occidentaux privilégient une croissance rapide sans trop perturber les utilisateurs (WhatsApp et SnapChat sont ainsi plus pauvres d’un point de vue fonctionnel), l’ambition des éditeurs asiatiques semble sans limites, car ils rajoutent toujours plus de fonctionnalités et convoitent d’autres marchés : Why did Alibaba invest $215 million in Tango when no one in China uses Tango?.

En synthèse : les applications mobiles de sociabilisation (messages, partage de photos, jeux…) ont le vent en poupe. Rajoutez à cela les applications natives des smartphones (emails, carte, musique, navigateur web…) et vous avez des utilisateurs scotchés à leur écran toute la journée. En seulement quelques années, les smarpthones sont devenus la télécommande de notre vie quotidienne.

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À partir de ce constat, est-il encore pertinent de s’entêter à privilégier les médias traditionnels ou les ordinateurs pour vos campagnes ? La part de budget attribué aux médias traditionnels est disproportionnée comparée au temps qu’y consacrent les utilisateurs : How The Trend Toward ‘Native’ And In-Stream Ads Will Finally Unlock Big Brand Money For Mobile Advertising.

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Je pense ne rien vous apprendre en écrivant que la publicité sur smarpthones est largement sous-exploitée. La raison est toute simple : le smarpthone est devenu le premier écran des consommateurs, mais ça ne veut pas dire qu’il va remplacer les autres écrans. N’allez pas imaginer un futur proche où les utilisateurs vont abandonner leurs ordinateurs et tablettes au profit de leur smarpthone, car ça n’arrivera pas. La réalité est que le smartphone a perturbé les habitudes de recherche et de consommation de l’information :

  • les nouveaux messages (email, SMS ou autres) nous arrivent en premier sur notre smartphone ;
  • Les RDV, listes de tâches et de course sont notés sur notre smarpthone ;
  • les recherches rapides d’information (heures d’ouverture, prix, détails d’un produit…) sont effectuées sur notre smarpthone…

Le smarpthone est le premier écran que nous consultons, c’est la première étape de notre parcours d’acquisition d’informations et de prise de décision. Certes, rien ne remplacera le confort de l’écran d’une tablette ou la rapidité d’une souris et d’un clavier, mais la première consultation se fait maintenant sur le smartphone, si vous n’êtes pas présent lors de cette étape, vous sortez du cycle.

Voilà pourquoi il est urgent pour vous d’adapter votre présence sur le web en fonction de ces nouveaux réflexes (Les applications mobiles coûtent trop cher, misez plutôt sur le web) et d’arbitrer l’allocation de vos ressources et budgets en conséquence. Certes, le succès des applications mobiles de messagerie en font des supports de prédilection, mais méfiez-vous de la fragmentation de l’audience qui pourrait éroder l’impact de vos campagnes (All social apps are the same now. Are we headed toward one mega-app to rule them all?).

J’aurais aimé pouvoir vous livrer une conclusion plus facile à appréhender (ex : « WhatsApp est le nouveau Google« ), mais nous sentons tous que la situation est bien plus complexe, car il faut maintenant jongler avec 4 formats d’écran différents (TV, ordinateur, tablette, smartphone) et autant de contextes d’usages, qui se succèdent et se cumulent.

Bitcoin : la première étape d’une révolution monétaire et économique

« Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt« , ce proverbe chinois illustre parfaitement le débat en cours sur les bitcoins. La presse généraliste et la blogosphère n’en finissent plus de sortir des gros titres racoleurs au sujet de la célèbre monnaie numérique. Au-delà de la cacophonie ambiante, je vous propose de faire le point sur ce sujet délicat et de vous ouvrir les yeux sur le réel potentiel disruptif que les monnaies décentralisées représentent.

Qu’est-ce que Bitcoin et les crypto-monnaies ?

Selon Wikipedia, une crypto-monnaie est « une monnaie électronique pair à pair et décentralisée dont l’implémentation se base sur les principes de la cryptographie pour valider les transactions et la génération de la monnaie elle-même« . En d’autres termes : c’est une monnaie numérique que n’importe qui peut créer (dans une certaine limite) et utiliser pour faire des transactions (qui sont validées par un système de cryptage), mais qui n’est pas règlementée par une banque centrale. Cette décentralisation fait à la fois la force et la faiblesse de Bitcoin et de toutes les monnaies numériques qui en sont dérivées.

Lancé en 2009, Bitcoin désigne « un système de paiement à travers le réseau Internet et une unité de compte utilisée par ce système de paiement » (source : Wikipedia). Bitcoin est donc à la fois une monnaie numérique décentralisée, ainsi que tous les mécanismes d’authentification, d’échange et de transaction qui gravitent autour (cf. Bitcoin As Protocol). Pour des explications plus détaillées, je vous invite à consulter les articles suivants : Avec Bitcoin, payer et vendre sans les banques et Le point sur Bitcoin en dix questions et réponses.

Infographie sur Bitcoin
Infographie sur Bitcoin

Certains qualifient les crypto-monnaies de monnaies virtuelles, mais elles ne sont pas moins virtuelles que les euros ou les dollars, qui ne sont que des bouts de papier ou des lignes dans une base de données. Les promoteurs de Bitcoin se donnent beaucoup de mal pour expliquer son fonctionnement (cf. WeUseCoins), mais j’ai l’impression que seuls les geeks s’y intéressent réellement. J’ai personnellement un coup de coeur pour cette vidéo explicative avec cet inimitable et adorable accent québécois :

Le gros problème de Bitcoin est que tout le monde en parle et donne son avis, mais sans réellement maîtriser le sujet (cf. 50 Insane Facts About Bitcoin You Didn’t Know). Je pense ne pas me tromper en disant que le grand public réserve le même traitement aux monnaies numériques qu’aux livres numériques : on critique et on rejette sans avoir essayé et sans réellement reconnaitre les faiblesses du modèle de référence. J’imagine que vous avez dû voir de nombreux articles décrivant les adeptes de Bitcoin comme des anarchistes révolutionnaires et/ou des terroristes en puissance. Ce qui m’amuse beaucoup, car jusqu’à preuve du contraire, le dollar est la monnaie de référence utilisée par tous les trafiquants d’armes et de drogue !

Ce n’est pas parce que Bitcoin est une monnaie numérique que l’on peut la comparer à d’autres systèmes de paiement électronique comme Moneo ou Paypal. Il est possible de faire tout un tas de choses avec Bitcoin, mais nous n’en sommes qu’au tout début et nous sommes très loin de pouvoir l’utiliser comme système de paiement au quotidien. Il existe bien des distributeurs automatiques, mais dans les faits, les bitcoins sont plus utilisés comme une valeur d’investissement, au même titre que l’or : on en achète, mais on ne les conserve pas avec soit, ils sont stockés quelque part à l’abri. Dans le cas de l’or, les lingots sont généralement stockés dans un coffre à la banque. Dans le cas de Bitcoin, ils sont consignés dans un registre électronique partagé par l’ensemble des utilisateurs (en mode peer to peer).

Exemples de distributeurs automatiques de bitcoin
Exemples de distributeurs automatiques de bitcoin

Grandeur et décadence de Bitcoin

Je ne vais pas refaire l’histoire, mais disons que Bitcoin a eu une année… mouvementée. Les 6 derniers mois ont ainsi été marqués par quatre événements :

  • Une incroyable frénésie spéculative en fin d’année dernière qui a fait passer son cours de 200$ à 1.200$ (il est aujourd’hui stabilisé autour des 600$) ;
  • Le démantèlement de Silk Road, une place de marché underground où l’on pouvait trouver de la drogue et engager des tueurs à gages, qui utilisait les bitcoins pour faire des transactions anonymes ;
  • La fermeture de Mt. Gox, une place de marché japonaise qui opérait près de 70% des échanges en bitcoin, suite à l’attaque par des hackers et le vol de près de 750.000 bitcoins ;
  •  La très forte exposition médiatique de Dorian Nakamoto, un californien injustement « dénoncé » comme étant le créateur de Bitcoin (le journaliste à l’origine de l’article s’est d’ailleurs fait démonter : The Newsweek Credibility Matrix).

Tous ces évènements ont participé à la forte volatilité du cours des bitcoins.

Évolution du cours bitcoin / dollar au cours des 6 derniers mois
Évolution du cours bitcoin / dollar au cours des 6 derniers mois

Malgré tout ça, il y a toujours autant d’engouement pour les bitcoins, malgré un environnement très instable. Pour citer Pierre-Olivier Carles : « Si on ramène l’échelle de temps du bitcoin à celle du dollar, c’est comme si elle avait été créée aux alentours du XVIe siècle.  Pourquoi fais-je ce parallèle temporel stupide ? Tout simplement pour essayer de mettre en perspective ce qu’il s’est passé. Imaginez le fonctionnement des banques à cette époque, on était dans le bricolage, le rudimentaire. » (cf. L’avenir du Bitcoin après la crise MtGox).

Face à un tel engouement, de nombreuses autres monnaies électroniques décentralisées ont été lancées ces derniers mois : Better Than Bitcoin? 3 Crypto-Currencies That Aren’t Just Copycats et 6 Alternative Cryptocurrencies Compared Against Bitcoin. Même si nous ne savons toujours pas qui est l’inventeur de Bitcoin, le système de crypto-monnaie a été validé à grande échelle, c’est ce que vous devez retenir.

Les domaines d’application des crypto-monnaies

Là, nous entrons dans la partie la plus délicate de l’explication, car il faut faire preuve d’une grande ouverture d’esprit. Les bitcoins peuvent être utilisés pour tout et n’importe quoi : acheter de la drogue et des armes (c’est dit, n’en parlons plus), tout comme des produits du quotidien (Overstock.com Exceeds $1M In Bitcoin Transactions In Two Months).

Payez vos achats sur Oerstock en bitcoins
Payez vos achats sur Oerstock en bitcoins

Comme précisé plus haut, le jeune âge de Bitcoin en fait un piètre moyen de paiement au quotidien. De même, c’est un produit d’investissement très risqué, et plutôt compliqué d’accès (vous ne pouvez pas en acheter auprès de votre banque, il faut passer par des intermédiaires spécialisés). Le principal intérêt des monnaies numériques décentralisées est de fournir une alternative aux systèmes de paiement traditionnels, contrôlés par des banques qui imposent leurs règles, et plus généralement aux systèmes monétaires fortement influencés par les gouvernements.

Les bitcoins, et les autres monnaies numériques décentralisées, peuvent ainsi être une alternative pour lutter contre la fraude aux cartes bancaires (un authentique problème pour tous les e-commerçants) ou pour contourner le système de commissionnement des banques. Les taux de commission imposés par les banques et organismes de cartes bancaires compliquent fortement les micro-paiements, mais avec une monnaie électronique décentralisée, vous pouvez tout à fait envisager des nano-transactions de l’ordre de 0,0001 $.

De même, les habitants d’un pays à la situation très instable, ou avec gouvernement très malhonnête, peuvent mettre à l’abri leurs avoirs en les convertissant en bitcoins, neutralisant ainsi le risque de saisie ou de dévaluation, comme cela s’est déjà produit à de nombreuses reprises par le passé. À partir du moment où vous vous extrayez du cadre de pensée habituel, il existe une infinité de domaines d’application (Why Bitcoin Matters), et ça ne plait pas du tout aux acteurs traditionnels qui militent activement pour éviter que l’on déstabilise l’oligopole qu’ils ont mis des décennies à construire : Pourquoi les banques entrent en guerre contre le Bitcoin.

Deux exemples intéressants me viennent à l’esprit :

Souvenez-vous que Bitcoin n’est pas qu’une monnaie, c’est un ensemble de protocoles et un écosystème (Bitcoin: It’s the platform, not the currency, stupid!). Ne vous arrêtez pas à l’analogie de la monnaie électronique, la valeur d’usage de Bitcoin et de ses dérivés est encore largement sous-évaluée, car tout reste à faire.

Bitcoin est bien plus qu'une monnaie numérique
Bitcoin est bien plus qu’une monnaie numérique

En fait Bitcoin se retrouve dans la même situation que le MP3 il y a 15 ans : une technologie compliquée dont on ne voyait pas l’utilité (« pourquoi changer quelque chose qui fonctionne ?« ) et que l’on associe à des rebelles / pirates / truands. Mais la situation est en train de changer…

L’initiative du gouvernement canadien avec MintChip

Donc, Bitcoin est une monnaie virtuelle de drogués, terroristes et pédophiles, personne n’y croit. Et pourtant… une jurisprudence est en train de se développer : Norway rejects Bitcoin as a legitimate currency, will treat savings as taxable assets et « Bitcoin is money » — judge says SEC can target alleged Ponzi schemer. La volonté du gouvernement US de légiférer et du gouvernement norvégien de taxer prouvent que les usages autour des bitcoins sont à prendre au sérieux.

S’il y en a bien un qui peut se vanter d’y avoir cru bien avant les autres, c’est bien le gouvernement canadien qui, dès 2012, a lancé un concours pour développer les usages autour de MintChip, sa propre monnaie numérique : Royal Canadian Mint readies its version of Bitcoin: MintChip.

Le MintChip Callenge lancé par le gouvernement canadien
Le MintChip Callenge lancé par le gouvernement canadien

Pendant que les gouvernements se creusent la tête pour savoir comment limiter et/ou taxer les usages de Bitcoin, le gouvernement canadien a créé sa propre monnaie numérique décentralisée et lancé un concours pour stimuler l’innovation et amorcer un écosystème de développeurs. La grande différence avec Bitcoin est que MintChip est un système qui exige une authentification forte pour valider les transactions (avec une carte SD). La contrepartie est que le cours des MintChips est adossé à celui des dollars canadiens. Non vous ne rêvez pas : une monnaie numérique décentralisée cautionnée par le gouvernement d’un pays du G8.

Les cartes SD et clés USB servant à sécuriser les transactions avec les MintChip
Les cartes SD et clés USB servant à sécuriser les transactions avec les MintChip

Après plus d’un an et demi de concours, les MintChips sont quasiment prêts à être introduits sur le marché. J’imagine que l’on devrait en entendre parler très prochainement.

La révolution est en marche

Si les Canadiens ont la chance d’avoir un gouvernement novateur en la matière, d’autres pays ont décidé de rejoindre ce mouvement avec des initiatives privées ou solidaires :

Vous remarquerez que dans ces trois cas, il y a une forte volonté de ne plus subir les limitations du système monétaire. À l’image de Galléco, la monnaie locale lancée par le conseil général d’Ille-et-Vilaine, ne pourrions-nous pas envisager une monnaie numérique décentralisée solidaire à l’échelle nationale (Le galléco, première monnaie solidaire de France) ? Loin de moi l’idée de jouer les entrepreneurs sociaux, mais je me dis que ces deux notions sont parfaitement complémentaires. Nous pourrions même envisager un système de dépréciation programmé pour que cette monnaie numérique disparaisse d’elle-même au bout de 10 ou 15 ans (quand la situation économique sera meilleure). Après ça, tout est question de volonté de s’extraire d’un système que l’on pense, à tort, immuable.

Conclusion : Bitcoin n’est pas une technologie, c’est un concept, une philosophie, un moyen d’expression… Peu importe qui est le créateur de Bitcoin ou l’usage que peuvent en faire les trafiquants, l’important est d’avoir réussi à démontrer la viabilité d’un système monétaire alternatif. La boîte de Pandore est maintenant ouverte, il ne reste plus qu’à calmer les esprits (What bitcoin needs next: education and an ecosystem) et à stimuler l’innovation pour développer les usages.

L’avénement des jeux (et du marketing) multiplateforme

En continuité de l’article publié ce mois sur la très bonne santé du secteur du jeu mobile, je vous propose de faire le point des annonces de la récente Game Developers Conference qui s’est tenue à San Francisco.

La Game Developers Conference à San Francisco
La Game Developers Conference à San Francisco

Le rendez-vous annuel des développeurs a notamment été l’occasion pour le patron de Facebook de réaffirmer la priorité que représentent les jeux pour la plateforme sociale : Facebook @ GDC – Driving discovery and engagement for cross-platform games. L’intervention de Mark Zuckerberg a mis l’accent sur les statistiques impressionnantes de Facebook et sur les jeux multiplateforme :

Comme vous pouvez le constater, les jeux performent d’autant plus qu’ils sont disponibles sur différentes plateformes (web, smarpthones, tablettes…). Il devient donc crucial pour un développeur de prévoir plusieurs versions de son jeu, et pour une plateforme de fournir les outils pour faciliter la cohabitation de ces différentes versions. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Facebook a noué un partenariat avec Unity : Facebook releases cross-platform SDK for Unity games and reveals plans for Parse plugin.

Google n’est pas en reste, puisqu’ils ont également annoncé une série d’outils pour faciliter le développement d’interactions entre les joueurs sur différentes plateformes : Google wants to let Android and iOS gamers play together. Google Play Game Services est un environnement de développement (SDK pour Software Development Kit) permettant de partager des scores, mais également à héberger des parties multijoueurs synchrones (cf. les sites de référence pour les développeurs multiplateformes et Android).

Illustration des Play Game Services de Google
Illustration des Play Game Services de Google

De même, Yahoo a lancé son propre environnement de jeux multiplateformes : Yahoo launches Games Network platform for developers, new Classic Games site for Android, iOS, and the Web. L’annonce concerne la mise à disposition du Yahoo Games Network pour les développeurs et d’une nouvelle version de Yahoo Games.

La nouvelle version de Yahoo Games
La nouvelle version de Yahoo Games

Donc… les jeux sont plus rentables quand ils sont disponibles sur plusieurs plateformes. Là où ça devient intéressant, c’est que les campagnes publicitaires ou de recrutement suivent la même logique : les budgets publicitaires consacrés aux jeux sont de plus en plus importants. Rovio, l’éditeur d’Angry Birds affiche ainsi d’excellents revenus publicitaires, aussi bien pour ses jeux que pour ses produits dérivés, notamment sa chaîne ToonsTV : Rovio Finding Advertising Success on Mobile.

Moralité : si la performance de vos campagnes traditionnelles baisse, accordez plus d’importance aux jeux, ils sont un support publicitaire et marketing beaucoup plus intéressant que vous ne le pensez, d’autant plus s’ils sont multiplateformes.

Les grands éditeurs cherchent des solutions au problème des réunions

Les réunions sont une plaie, j’ai déjà pubié de nombreux articles à ce sujet. J’ai même eu la chance de donner une conférence sur ce thème :

Certes, vous pourriez me dire que certaines réunions sont tout de même utiles et que vous parvenez à rester à peu près productif en jonglant entre de la semi-présence aux réunions importantes (vous écoutez d’une oreille et travaillez en même temps sur votre portable), mais nous savons tous que c’est un pansement sur une jambe de bois. Dans la mesure où j’ai déjà abordé les solutions pour être plus productif en réunion, ou pour les esquiver, je vous propose de nous intéresser aux téléréunions.

Question : Qu’est-ce qui est encore plus pénible qu’une réunion ? Une réunion téléphonique bien sûr !

Cette vidéo aborde sur le ton de l’humour une pratique dramatiquement dégradante et contre-productive. Certes, les réunions téléphoniques sont un compromis bien pratique pour éviter aux participants de se déplacer, mais ce n’est pas une solution viable. Conscients de ce problème, de nombreux éditeurs se sont spécialisés dans les solutions de téléréunion : WebEx et GoToMeeting sont les éditeurs les plus visibles sur ce créneau, mais également des grands éditeurs comme Adobe et Microsoft, ainsi que tout un tas de startups proposant des alternatives. Toute la difficulté pour ces éditeurs est de proposer une expérience riche (partage d’écran, co-édition…) sans forcer les utilisateurs à installer des applications trop complexes à paramétrer et exploiter.

Le premier gros éditeur à rentrer sur ce créneau dernièrement est SalesForce avec le rachat successif de DimDim et de GoInstant : Salesforce Buys Web Conferencing Platform DimDim For $31 Million In Cash et Salesforce.com Reported To Buy GoInstant For $70 Million. Puis l’intensité concurrentielle a encore augmenté d’un cran avec le rachat de Meetings.io par Jive (entre autres) : Jive Software Acquires Meetings.io and Producteev To Enhance Social Platform With Real-Time Messaging And Task Management.

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Nous en étions donc rester à cette course à l’armement pour savoir qui allait proposer la solution la plus simple à mettre en oeuvre pour héberger une réunion à distance. Dans cette histoire, nous avions presque oublié qu’il existe des solutions de VoIP ou de téléprésence comme Skype ou Hangouts de Google qui peuvent également servir à faire des réunions à distance.

C’est dans ce cadre que Google a annoncé le mois dernier la mise sur le marché de Chromebox for Meetings, un kit pour faire des réunions à distance : Google Launches Chromebox For Meetings, A $999 Videoconferencing System Based On ChromeOS. Ce kit comprend une Chromebox (un mini-ordinateur tournant sous ChromeOS), une webcam HD, un haut-parleur et une télécommande (il faut fournir un écran). L’installation et la prise en main ont l’air particulièrement simples.

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Le kit s’accompagne également de partenariats pour faire converger différents systèmes (Vidyo et UberConference) : Google+ Hangouts enters the enterprise with VidyoH2O.

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Voici donc une solution simple et pragmatique pour organiser des réunions à distance avec des participants dans différentes salles, devant leur ordinateur ou au téléphone. OK, mais ne perdez pas de vue que simplifier les aspects logistiques des réunions ne résout pas pour autant le problème. Je vous invite à rester vigilant et à combattre au quotidien cette gangrène du monde professionnel.

Mannequin 3D chez eBay et cabines d’essayage virtuelles chez Carrefour

2014 sera l’année de la virtualité (La réalité virtuelle sera-t-elle le prochain eldorado des annonceurs ?), et le secteur de la distribution ne sera pas en reste. J’imagine que vous devez commencer à vous lasser des articles sur les différentes technologies de mannequin virtuel que je publie régulièrement (dernièrement avec Fits.me et Styku), mais quand se sont les poids lourds du secteur qui investissent, forcément on tend l’oreille (en l’occurrence les yeux). C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai appris le rachat de PhiSix par eBay : eBay Acquires PhiSix To Integrate 3-D Virtual Try On Technology Across The Marketplace And More.

PhiSix est une technologie développée en 2012 qui permet de générer des modèles 3D de vêtements à partir de simples photos. Ces vêtements peuvent ensuite être utilisés pour faire des vues à 360° ou pour habiller un mannequin virtuel :

La technologie PhiSix en action sur ce mannequin 3D
La technologie PhiSix en action sur ce mannequin 3D

Les équipes d’eBay prévoient d’intégrer cette technologie sur la place de marché, mais également sur les applications mobiles et même les offres du groupe, notamment Magento.

Vous pourriez me dire que tout ça est très intéressant, mais que si le mannequin n’a pas les mêmes mensurations que les internautes, cette technologie de rendu 3D ne présente qu’un intérêt limité. C’est justement là où les scanners corporels installés dans les centres commerciaux peuvent viabiliser le dispositif. Des sociétés comme Me-ality proposent ainsi des scanners en libre service (Centres commerciaux : un scanner corporel pour relancer les ventes). On trouve également des scanners dédiés comme cette cabine de prise de mesure, réalisée par mPort, qui est exploitée en partenariat avec la boutique australienne de costumes InStitchu : Une cabine, un scan 3D et un costume sur-mesure.

La cabine de prise de mesures de mPort
La cabine de prise de mesures de mPort

Enfin dans les autres applications de la virtualité, il y a les cabines d’essaye virtuelle en cours de test dans certains centres commerciaux français : Carrefour teste des cabines d’essayage virtuelles. Le dispositif est intimidant, mais les clientes sont incitées à partager les photos de leurs essayages virtuels sur Twitter pour gagner des bons d’achat. Précisons que ces cabines sont fournies par Clear Channel (plus d’infos sur le communiqué de presse officiel).

Les cabines d'essayage virtuelles en test chez Carrefour
Les cabines d’essayage virtuelles en test chez Carrefour

Vous pourriez enfin me dire que tout ceci est intéressant, mais nécessite des développements importants autour d’applications propriétaires, et je vous répondrais que pas forcément, car la 3D est en train de se démocratiser : De la 3D encore plus performante dans votre navigateur grâce à WebGL et WebCL. Nous pouvons ainsi tout à fait imaginer des bornes uniquement équipées d’un navigateur, les programmes de captation et de rendu tournant directement dans le navigateur. Ce qui faciliterait grandement le déploiement, la mise à jour des applications et surtout toutes les interactions autour des mannequins 3D et des produits (partage sur les médias sociaux, archivage associé à un compte…).

2014 sera l’année de la virtualité, j’en suis persuadé.

De la 3D encore plus performante dans votre navigateur grâce à WebGL et WebCL

L’année dernière, Mozilla avait fait sensation en annonçant le portage du moteur Unreal dans son navigateur : Des jeux en 3D toujours plus performants avec HTML5. Précisons que Unreal Engine est un moteur graphique permettant de faire de la 3D, principalement utilise dans des jeux sur PC ou consoles. Ce moteur 3D avait déjà été porté dans Flash (pour faire de la 3D en utilisant le même environnement de création de contenus 3D), et il a ensuite été « traduit » en javascript pour pouvoir tourner de façon native dans un navigateur, en l’occurrence Firefox.

Rebelote cette semaine avec le portage de la dernière version du moteur : Mozilla and Epic Preview Unreal Engine 4 Running in Firefox. En moins de 12 mois, les équipes de Mozilla ont été capables d’améliorer de 40% les performances de asm.js, un sous-ensemble de Javascript, plus facile à optimiser. Les contenus 3D (animations, jeux…) créés pour le moteur Unreal 4 peuvent maintenant être affichés nativement dans votre navigateur grâce à asm.js, qui exploite lui-même WebGL, dont nous avons déjà parlé il y a quelques années : WebGL, le nouveau standard de la 3D sur le web.

Le résultat est visuellement très impressionnant et va permettre aux développeurs de jeux de toucher une cible beaucoup plus large. Pour se faire, ils viennent tout juste de proposer un nouveau modèle de licence pour rendre son moteur plus accessible : Epic Games Tries Something New, Licenses All Of Unreal Engine 4 For $19 A Month.

Le lendemain de cette annonce, Unity3D annonce à son tour que la prochaine version de son moteur de rendu 3D pourra être exécutée dans un navigateur : Mozilla and Unity Bring Unity Game Engine to WebGL. Les mêmes technologies seront utilisées (asm.js et WebGL) pour « traduire » le moteur 3D, mais celui-ci sera toujours disponible sous forme de plug-in.

Le but de ces annonces est de séduire le plus grand nombre de développeurs pour qu’ils adoptent  l’un ou l’autre de ces moteurs 3D dans leurs prochaines réalisations (jeux ou applications). Le fait de proposer une exécution native dans les navigateurs (Firefox ou Chrome) est un plus indéniable pour séduire le plus grand nombre de joueurs sans leur imposer l’installation d’un plug-in. Si le moteur d’Unreal est reconnu pour sa sophistication, le moteur de Unity est plus simple et largement utilisé par les développeurs de jeux mobiles qui y voient un moyen de faciliter la distribution de leurs jeux : Unity 5.0 announced, with direct-to-web, plugin-free publishing.

Et comme si ça ne suffisait pas, le Khronos Group vient d’annoncer la sortie de nouvelles spécifications et versions de spécifications précédentes : Khronos Releases Wave of New Standards and Initiatives for 3D Graphics, Heterogeneous Computing and API Interop. Pour vous résumer une longue explication, Le Khronos Group est un consortium en charge des spécifications de nombreuses normes en matière de 3D, notamment OpenGL (pour que des applications puissent exploiter la puce graphique) et OpenCL (pour que des applications puissent faire des calculs en parallèle sur le processeur ou la puce graphique). Le Khronos Group est notamment à l’initiative de WebGL, l’équivalent d’OpenGL pour les navigateurs et de la toute nouvelle WebCL, une APIs qui permet aux navigateurs d’utiliser le processeur pour faire des calculs parallèles : Khronos publishes a range of specs to take GPU computing to the Web et WebCL Will Soon Let Web Developers Harness The Power Of Multi-Core GPUs And CPUs From The Browser.

Traduction : l’industrie se mobilise pour que les navigateurs soient capables d’afficher de la 3D de façon aussi performante que les applications. Ceci étant valable pour les navigateurs sur votre ordinateur, mais également sur votre smarpthone ou tablette. Illustration avec cette vidéo de démonstration de WebCL par Samsung :

Toutes ces nouvelles spécifications et portages convergent vers un seul objectif : démocratiser la 3D et la rendre accessible au plus grand nombre au travers des navigateurs web, quel que soit le terminal utilisé. Qui s’en plaindra ?