Adobe et Google en désaccord sur les techniques de mise en page avancée

Saviez-vous que les feuilles de styles (Cascading Style Sheets en anglais) ont été lancées en 1997 ? La normalisation de cette technologie par le W3C a permis de dissocier la présentation du contenu et sortir le web design de l’âge de pierre. L’intérêt des feuilles de style a notamment été démontré avec des initiatives communautaires comme le CSS Zen Garden. Mais les choses se sont vraiment accélérées avec l’arrivée de la troisième version des feuilles de styles (CSS3) qui permettent notamment de faire des transitions, des arrondis, ombres protées et surtout de choisir sa propre police (CSS @ Ten: The Next Big Thing).

Les dernières évolutions en date concernent la possibilité de définir des formes pour des éléments (Creating Non-Rectangular Layouts with CSS Shapes et Animating CSS Shapes with CSS Animations & Transitions) et de définir des conteneurs pour figer une mise en page (Killer Responsive Layouts With CSS Regions).

Pouvoir faire des mises en page aussi sophistiquée et rigoureuse que sur les magazines est un vieux rêve pour nombreux designeurs. Adobe a toujours été moteur pour promouvoir les techniques avancées de mise en page, notamment avec sa politique de soutien. Ils sont donc naturellement aujourd’hui les plus gros promoteurs des CSS Shapes et CSS Regions. Ils ont à ce sujet présenté une très belle démonstration technique, Alice in Wonderland, faisant un usage malin de ces techniques de mise en page pour scénariser le texte.

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Le résultat est tout simplement bluffant, mais nécessite un navigateur très récent et une petite manipulation : Using CSS Shapes to  Enhance Visual Storytelling. Cette réalisation est d’autant plus intéressante qu’elle vient d’un studio français (Alice au Pays d’Adobe, un conte interactif). Tous les détails techniques sont ici : Cutting edge web development with CSS Shapes and CSS Regions

Il est important de préciser que cette réalisation est une étape très importante dans le travail de lobbying mené par Adobe pour faire accepter ces spécifications par le W3C (Adobe issues CSS Web publishing prototype et CSS3 regions: Rich page layout with HTML and CSS3).

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Le problème est que, dans leur philosophie, les CSS Regions sont en désaccord avec la notion essentielle de flux de contenu (en contraignant des portions de contenu dans des zones particulières, vous figez la page). Håkon Wium Lie, l’inventeur des CSS et directeur technique de Opera, a ainsi publié un long article pour en dénoncer les limitations : CSS Regions Considered Harmful. Ses principaux arguments sont les suivants : les CSS Regions alourdissent le code avec des balises de présentation (le retour des DIVs) et perturbent le défilement naturel du texte.

 

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Ne vous y trompez pas : l’auteur n’est pas hermétique au changement, il craint seulement que ces nouvelles propriétés CSS soient utilisées à tort et nous renvoient à une époque sombre où les bidouillages de mise en page étaient légion. Du coup, d’autres designeurs argumentent à leur tour en faveur des CSS Regions et plaident pour une plus grande liberté de choix dans les possibilités de mise en page : CSS Regions Matter.

Je dois bien vous avouer avoir beaucoup de mal à me faire un avis tranché sur la question : d’un côté je suis un grand fan de la scénarisation des contenus (HTML5 donne de la profondeur à la narration) ; d’un autre côté, il nous faut IMPÉRATIVEMENT simplifier et normaliser la syntaxe des pages HTML pour en faciliter la diffusion sur les terminaux alternatifs.

Coup de théâtre le mois dernier, car Google vient d’annoncer que les CSS Regions ne seront pas supportées par le moteur de rendu de Chrome : Google plans to dump Adobe CSS tech to make Blink fast, not rich. Pour mémoire, les navigateurs utilisent tous des moteurs de rendu différents pour interpréter le code HTML / CSS et afficher les pages web (Blink pour Chrome, Webkit pour Safari, Gecko pour Firefox…). Chrome étant un des navigateurs les plus populaires, c’est donc un très gros coup dur pour les CSS Regions. La raison invoquée par Google est qu’ils ne veulent pas sacrifier les performances de leur moteur de rendu.

Ceci étant dit, l’histoire de l’évolution des technologies web est ponctuée de revers de ce style. Les CSS Regions ne sont donc pas enterrées, mais leurs spécifications vont très certainement être revues et discutées jusqu’à être acceptées par les différents éditeurs de navigateur.

Affaire à suivre…

À la recherche de la page produit parfaite

Depuis plus de 15 ans que je fais ce métier, j’ai eu l’occasion d’être impliqué dans de nombreux projets de boutique de ligne. S’il y a bien un exercice de conception sur lequel tout le monde s’arrache les cheveux, c’est celui de concevoir la fiche produit parfaite. Nous sommes tous d’accord pour dire que la perfection n’existe pas et que les objectifs divergent si vous êtes distributeurs (efficacité avant tout) ou fabricants (séduction avant tout). Il n’empêche que l’on peut quand même se poser légitimement la question. D’ailleurs je ne suis pas le seul puisque d’autres se la sont posée aussi : Ecommerce product pages: where to place 30 elements and why et Optimisation d’une fiche produit e-commerce.

Toute la difficulté de la conception d’une bonne page produit est qu’il faut faire rentrer un maximum d’informations en un minimum de place :

  • Le nom du produit, sa référence, sa gamme, éventuellement son fabricant ;
  • Le visuel du produit, le zoom, les autres vues ou vidéos
  • La description courte du produit, l’appréciation des internautes ainsi que les outils de partage ;
  • Le prix, la décote en période de soldes, les variantes, la disponibilité, l’ajout au panier, les conditions de livraison et autres éléments de réassurance ;
  • La description longue, les produits associés et complémentaires, les packs…

Autant vous dire que c’est un authentique casse-tête et que chacun a son interprétation de la fiche produit idéale. L’exercice se complique à partir du moment où vous prenez également en compte la nature du produit (on ne vend pas de la même manière une fringue qu’un produit technologique).

Bref, c’est une quête impossible. Sauf que… il est possible de lister un certain nombre d’exemples qui se rapprochent de la perfection. Chacun ayant ses avantages / inconvénients. Aussi je vous propose de faire le tour des meilleures pratiques en matière de page produit pour de l’habillement. Vous constaterez que la totalité de mes exemples est étrangère, je dois bien vous avouer avoir un faible pour les boutiques en lignes US qui sont particulièrement bien structurées.

Commençons donc notre quête avec le roi Amazon :

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Disons-le tout de suite : c’est très décevant. Malgré le fait que cette page produit exploite la dernière version des boutons d’ajout au panier, l’incitation et la séduction sont au plus bas. De plus, la colle centrale est bien plus chargée que les deux colonnes latérales. Assurément un exemple à ne pas suivre.

Pour remonter le niveau, je vous propose d’étudier le site de GAP :

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Là nous avons une page produit beaucoup plus cohérente avec une très belle construction en trois colonnes. Par contre, la photo est un peu trop petite, de même que le bouton d’ajout au panier, rédhibitoire selon moi.

Montons le niveau encore d’un cran avec L.L.Bean :

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Toujours la même mise en page en trois colonnes, une large place réservée au visuel et une très belle scénarisation de l’ajout au panier en 3 étapes. Les textes sont encore un peu trop petits et la proximité des produits complémentaires avec le bouton d’ajout au panier me dérange un peu.

Poursuivons avec American Eagle, un site que j’utilise souvent en exemple :

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Ce site privilégie visiblement la simplicité avec une réduction au maximum des frictions. Du coup, il y a quand même beaucoup d’espace blanc et la description est vraiment minimaliste.

Dans la série minimaliste, je vous propose également John Lewis :

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si vous êtes fan de grille de lecture ben carrée, vous êtes servi ! La lisibilité de cette page est parfaite, par contre elle manque un peu de relief dans la mesure où il n’y a quasiment pas de hiérarchisation de l’information.

Encore plus minimaliste, Le nouveau site de Mark & Spencer :

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Si j’apprécie énormément la petite coche qui accompagne la sélection de la couleur et de la taille avant de mettre au panier, tout cet espace blanc me fait carrément angoisser ! Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression que l’on me cache des choses sur ce site…

Tant qu’à faire dans le minimalisme, je ne peux pas faire l’impasse sur The North Face :

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Là nous avons un bel exemple de page produit 100% visuelle dans la mesure où la description et autres éléments textuels sont relayés en bas de page,  faisant ainsi de la place pour afficher une immense photo. Très bien, mais ça manque carrément de caractéristiques, d’autant plus que cette marque propose des vêtements censés être très « techniques ».

Peut-être la solution se trouve-t-elle dans un secteur connexe, à savoir la chaussure… du coup je vous propose une visite chez Zappos :

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Là encore, on se contente de strict minimum avec une photo du produit posé sur un mannequin. Certes, les larges gouttières de chaque côté du visuel mettent en valeur le produit, mais le cadre de la photo attire immanquablement l’oeil vers le bas… et les produits associés. Vous devez certainement penser que je suis bien présomptueux de critiquer le site de Zappos, mais j’ai l’impression qu’il joue dans sa propre catégorie, un peu comme Amazon (cette fiche produit est difficilement répliquable, car elle ne fonctionne que pour eux).

Ces chaussures nous amènent vers le site de Crocs :

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Là nous commençons sérieusement à nous rapprocher de la perfection avec une très belle utilisation de l’espace pour y faire rentrer les éléments essentiels tout en proposant une grille de lecture très rigoureuse afin de bien démarquer les différentes unités d’information.

Finalement le meilleur exemple que j’ai trouvé est celui d’Eddie Bauer :

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Comme pour la boutique précédente, tous les éléments importants sont là, parfaitement agencés, en un minimum de place. Ils ont réussi l’exploit de tout faire rentrer dans un cadre de 1024*768. Certes, cette limitation n’est plus réellement d’actualité en 2014, mais je ne peux que reconnaitre l’excellent travail de hiérarchisation et de structuration de l’information de cette fiche produit. Tout est parfait : lisibilité, contraste, parcours de l’oeil…

Notre recherche de la page produit parfaite s’achève-t-elle sur cet exemple ? Oui, car je n’ai pas trouvé mieux. En revanche, cette page produit ne fonctionne pas sur les smartphones, car ceux-ci nécessitent une conception spécifique (Eight brilliant mobile product pages). La quête continue… si vous avez de bons exemples, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires.

Les applications mobiles vont-elles tuer les conversations (et le web) ?

Le mois dernier j’ai envoyé un SMS a un vieil ami pour que l’on déjeune au restaurant. Comme cet ami avait installé l’application Viber sur son smartphone, c’est dans cet environnement qu’il a pu lire mon SMS. Il se trouve que j’avais moi aussi installé l’application en question quelques semaines plus tôt, mais sans réellement l’avoir utilisé. Nous avons ensuite échangé plusieurs messages pour convenir de la date et du restaurant, le tout dans Viber, qui offre par ailleurs une belle interface et des fonctionnalités sympas. Après cette expérience, je décide de m’intéresser un peu plus à Viber et commence notamment à étudier ce que l’application fait en tâche de fond. Et là, je découvre que cette application est très gourmande en mémoire et qu’elle me bombarde de notifications. Tout naturellement je la supprime et n’y pense plus.

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Le jour J, je me retrouve tout seul au restaurant. Un coup de fil plus tard, il s’avère que mon ami a eu un empêchement et qu’il m’en a fait part sur Viber. Sauf que je n’avais plus l’application sur mon smartphone, et du coup je n’ai jamais reçu le message. Finalement j’ai acheté un sandwich et je suis retourné bosser, mais ce qui me chagrine dans cette histoire est que mon pote n’a pas été prévenu que son dernier message n’a pas été distribué, et qu’ayant supprimé l’application, j’ai perdu toute trace de la conversation, et même du SMS de départ.

Cette mésaventure est pour moi symptomatique de ce que nous sommes en train de vivre : un cloisonnement des conversations et un appauvrissement généralisé du web au profit d’applications mobiles utilisant des technologies et protocoles propriétaires. J’ai toujours été un défenseur des standards du web, mais je dois avouer que la menace qui pèse maintenant sur l’internet est bien plus grave que ce que nous avons connu à l’époque où Internet Explorer utilisait des balises HTML non-standards.

D’un web ouvert à des plateformes sociales fermées

Déjà en 2010, Chris Anderson faisait le constat que le web (les pages HTML) ne représentait plus qu’une petite partie des échanges sur internet : The Web Is Dead. Long Live the Internet. Quatre ans plus tard, je me rends maintenant compte des implications de cet article. Vous noterez que je ne suis pas le seul à m’interroger sur la dangereuse évolution du web dont l’universalité et la pertinence sont mises à mal par les câblo-opérateurs (The Internet Is Fucked) et le journalisme viral (Social-Media Traffic to News Sites Has Increased 57% Since 2009 et Partage Cet Article Si Toi Aussi T’es D’Accord Avec Le Titre).

L’année dernière plusieurs voix s’étaient élevées contre Facebook et ses leviers de monétisation très douteux (Facebook traite tous ses utilisateurs comme des annonceurs). Et pourtant, Facebook est de loin la plateforme sociale préférée des Français (à 67% selon la dernière étude de Harris Interactive), ce qui n’est pas sans poser des problèmes de dépendance, surtout dans la mesure où c’est une boîte noire dont nous comprenons à peine le fonctionnement, notamment le Edge Rank (ou son remplaçant), et sur laquelle nous n’avons aucun contrôle (tout le monde n’a pas les mêmes prérogatives que la NSA).

 

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Contrairement à Twitter ou YouTube, il n’est pas possible de consulter un profil ou des contenus publiés sur Facebook si vous ne possédez pas vous-même de compte, c’est ce que les Américains appellent un walled gardenFacebook a donc déstabilisé le web en vampirisant une bonne partie des interactions et contenus pour les mettre derrière une barrière infranchissable. Certes, le web regorge de communautés fermées, mais elles n’ont jamais atteint la taille et l’importance de Facebook. D’ailleurs, nous commençons déjà à constater l’impact de cette dépendance sur les jeunes : Social media and the perils of looking for ‘likes’. Là où ça commence à devenir inquiétant, c’est quand la majeure partie des échanges se font au sein d’environnements propriétaires fermés, comme Viber.

Les applications mobiles cherchent à tuer les SMS

Au siècle dernier, les échanges numériques reposaient sur des technologies universelles : pages HTML et emails pour le web, SMS / MMS pour les terminaux mobiles. aujourd’hui, toutes les interactions se font au sein d’applications mobiles qui cloisonnent les conversations et pièges les contenus :

  • Les applications fournies par les grandes plateformes sociales (Intagram, Vine…)
  • Les applications mobiles américaines ou asiatiques (SnapChat, WhatsApp, Kik Messenger, WeChat, Line…)

Initialement proposées comme des alternatives aux SMS ou à la téléphonie, ces applications mobiles de nouvelle génération se sont imposées comme les nouvelles reines des médias sociaux en rassemblant des centaines de millions d’utilisateurs : Les applications mobiles font de l’ombre aux grandes plateformes sociales. Les éditeurs de ces applications se sont livrés à une course à la fonctionnalité pour pouvoir séduire toujours plus d’utilisateurs et couper l’herbe sous le pied de la concurrence : All social apps are the same now. Are we headed toward one mega-app to rule them all?. Que se passera-t-il quand il y aura effectivement une application mobile dominante ? Serons-nous obligés de nous conformer à ses CGU ? J’imagine que c’est dans cette optique que le conseil d’administration de Facebook a validé l’acquisition de WhatsApp pour un montant complètement délirant de 19 MM$.

Autant je suis le premier à reconnaitre la richesse fonctionnelle de ces applications (surtout les asiatiques comme Line ou Kakao, très largement en avance sur les concurrentes américaines), autant je ne peux m’empêcher de penser qu’il serait extrêmement regrettable d’abandonner un standard comme SMS (ou MMS) pour s’enfermer dans les formats propriétaires que proposent ces applications. Il existe pourtant des solutions viables : Orange libère la messagerie instantanée avec sa technologie Open Chat qui place Libon au cœur d’une stratégie de communication enrichie.

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Le pire dans tout ça, est que nous commençons maintenant à assister à la déferlante d’applications mobiles de nouvelle nouvelle génération comme TinderPheed ou encore Wordeo qui transforme vos messages en clips animés : Messaging App Wordeo Blends Text With Getty Stock Footage To Take Video Messaging More Mainstream.

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Le danger de ces applications est qu’elles incitent les utilisateurs à privilégier les images ou sons aux mots. Loin de moi l’idée de jouer les réactionnaires, mais est-ce ça l’avenir de la communication : s’exprimer avec des images ? Et pourquoi pas des onomatopées ? Serions-nous en train de régresser au stade néandertalien ? Bon OK, j’en rajoute peut-être, mais quand je vois à quoi ressemblent les échanges ou interactions sur ces applications mobiles j’ai quand même une certaine appréhension. Il parait qu’il s’échange près de 500M de photos et images sur WhatsApp par jour, combien de mots correctement orthographiés ?

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Quand j’étais jeune, pour draguer une fille, il fallait se plier au jeu de la séduction, la faire rire… De nos jours, il suffit de dégainer son smartphone, de publier un selfie, de liker et zou ! Pour paraphraser Cyrano de Bergerac : « Ah non ! c’est un peu court, jeune homme !« .

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Nous vivons dans une époque où tout va plus vite, où l’on a plus le temps de rien : plus le temps de lire (« tl;dr » = « too long; don’t read« ), plus le temps d’écrire. J’ai ainsi constater que certaines personnes avec qui je corresponds n’ont même plus le de me répondre « OK » par messagerie instantanée ou SMS et se contentent d’un « K« . Franchement, trouvez-vous normal que l’on ne s’exprime plus que par monosyllabes, likes, stickers ou selphies ?

Entendons-nous bien : je ne me positionne pas en tant que prétendant au titre de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, mais je me dis que ces applications mobiles ne sont que la résultante d’une longue dérive. Le plus incroyable dans cette histoire est que j’ai l’impression que ça ne dérange pas grand mode. Déjà que le travaille d’écoute et d’analyse des conversations était rendu laborieux avec la syntaxe complexe de la langue française, alors qu’est-ce que ça va être avec ces nouveaux modes d’expression ? Dans un monde où la communication est de plus en plus visuelles (à défaut d’être textuelles), l’analyse de la satisfaction ou du sentiment vis-à-vis d’une marque ou d’un produit va être de plus en plus complexe.

Tout est gratuit, mais tout se paiera un jour…

Mais revenons à nos moutons et à ce problème de cloisonnement des conversations. Les pages de résultats de Google sont librement accessibles, faire un audit de référencement est donc gratuit (sous réserve d’avoir les bonnes compétences). De même, faire un audit des conversations autour de votre marque sur Facebook est gratuit, à condition d’utiliser les bons outils. Qui nous dit que les éditeurs d’applications mobiles ne vont pas chercher à rentabiliser leurs investissements en facturant l’accès aux données et conversations aux annonceurs ? Autant ces applications sont très rentables en Asie, car la vente de stickers et autres biens virtuels rapporte beaucoup d’argent, autant nous savons que pour des raisons culturelles, ce ne sera pas le cas sur les marchés occidentaux. Ils vont donc nécessairement trouver d’autres sources de revenus et bien évidemment abuser de leur position dominante pour imposer leurs conditions. Ça ne vous rappelle rien ?

Internet est un média en perpétuelle mutation, personne ne peut empêcher son évolution. En revanche, il me semble important d’attirer votre attention sur le mauvais tournant qu’est en train de prendre le marché avec l’avènement de ces applications mobiles : non seulement elles appauvrissent la teneur des conversations, mais elles les piègent dans des environnements fermés. Chacun est libre de se faire sa propre opinion, mais je trouve que cette tendance représente une menace bien plus grave que les écoutes de la NSA ou les micmacs des câblo-opérateurs.

Quelles innovations pour les smartphones en 2014

Comme chaque année, les grands acteurs de la mobilité se sont réunis au Mobile World Congress de Barcelone. L’occasion pour la profession de faire le point sur les dernières tendances et innovations. Cette année ressemble un peu à l’année dernière, et à celle d’avant dans la mesure où il n’y a pas eu d’innovation fracassante. Vous noterez que je m’interrogeais déjà en 2011 sur le manque d’innovations réelles : Les smartphones sont-ils en fin de cycle d’évolution ?

Ceci étant dit, ne condamnons pas trop vite, il y a bien eu de nombreuses nouveautés, dont le très attendus Galaxy S5 de Samsung, mais nous sommes toujours dans le même registre du « toujours plus » :

En opposition à cette surenchère technologique, d’autres fabricants ont fait le choix de privilégier les pays émergents, notamment en Afrique et en Amérique du Sud : Everyone’s Talking About The $35 Smartphone et Nokia announces Asha 230 and Nokia 220 feature phones.

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Autre tendance forte du congrès : l’utilisation d’une version « basique » du système d’exploitation mobile de Google (Android Open Source Platform) pour pouvoir remplacer les services de Google (Search, Gmail, Maps…) : Nokia Forks Android In Mobile Services Push et Yandex launches free Android firmware Yandex.Kit in a bid to replace Google’s apps with its own.

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Je n’ai pas eu l’occasion de tester le Nokia X, mais force est de constater qu’ils ont réussi à sortir un compromis très réussi entre simplicité de prise en main, cohérence avec l’environnement graphique Windows Phone 8 et intégration des services de Microsoft. Un exercice de haute voltige pour séduire les mobinautes les moins aguerris et les orienter vers une expérience plus qualitative sur… Windows Phone : Nokia’s Mobile UI Mixology Serves Up A Hybrid Family Of Devices To Outshine Budget ‘Droids.

En guise d’innovation, les participants au forum ont dû se contenter d’une évolution du téléphone à double écran de Yota déjà présenté l’année dernière : Next-Gen YotaPhone Follow-Up Unveiled, With Full-Touch E-Ink Rear Screen.

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À noter : l’alliance entre Visa et Mastercard pour contourner les limitations d’usages du paiement sans contact imposées par les opérateurs téléphoniques : Visa, Mastercard just made it much easier to buy stuff with an Android phone. L’authentification des transactions ne serait donc plus matérielle, mais logicielle par le biais de la technologie Host Card Emulation uniquement disponible dans la dernière version d’Android.

Je n’irais pas jusqu’à dire que l’édition 2014 du MWC a été décevante, puisque des annonces ont été faites en parallèle, notamment deux projets très intéressants chez Google :

Autant les constructeurs présents au MWC continue sur leur stratégie de vache à lait en nous ressortant toujours les mêmes terminaux avec quelques pixels ou mégas-je-ne-sais-quoi de plus, autant Google est franchement en rupture avec des projets tout à fait innovants. Enfin ! Du coup, on en vient à espérer une annonce prochaine pour un smartphone avec un écran haptique

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai la très nette impression qu’Apple est d’une discrétion EX-EM-PLAI-RE. Même si la firme à la pomme cultive le secret comme personne et se réserve les annonces pour ses propres événements, l’édition 2014 du MWC a été largement dominée par Android, donc indirectement par Google.

Je suis plus qu’impatient de voir comment le marché va évoluer dans les prochains mois : les projets de Google, la réponse de Samsung à l’inexorable montée en puissance des fabricants chinois, le rapprochement entre Microsoft et Nokia, l’arrivée sur le marché des premiers smartphones tournant sous Firefox OS, peut-être un ultime sursaut de vie de Blackeberry…

La réalité virtuelle sera-t-elle le prochain eldorado des annonceurs ?

Si la presse généraliste s’extasie devant le rachat de WhatsApp par Facebook, une stratégie purement défensive de « suiveur réactif », les observateurs avertis auront noté que le domaine en train d’exploser est celui de la réalité virtuelle. Un concept issu des années 80 qui est en train de connaitre un come-back foudroyant grâce à l’énergie et la volonté d’entrepreneurs visionnaires : Oculus Rift ambitionne de relancer le marché de la réalité virtuelle.

La startup la plus en vue du moment est bien Oculus Rift, et son casque de réalité virtuelle est au coeur d’incroyables expérimentations comme ces portages de jeux classiques : Oculus rift Zelda game lets players take a First-Person pespective et Pokemon’ gets a virtual reality makeover for Oculus Rift. Outre ces démonstrations techniques, Oculus Rift a annoncé en début de mois EVE Valkyrieun authentique projet de jeu spécialement développé pour exploiter pleinement les capacités du matériel : Oculus Will Co-Publish EVE: Valkyrie, The VR Spin-Off Game From The Popular Space Sim.

De même, le studio Condition One vient d’annoncer la sortie prochaine de Zero Point, le premier film tourné pour être visionné avec un casque de réalité virtuelle : The Oculus Rift Will Work for Movies, Too. Eventually.

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Si ces deux exemples peuvent vous sembler encore trop avant-gardiste pour concerner le grand public, les éditeurs mettent les bouchées doubles pour finaliser des offres convaincantes à l’approche du prochain salon 3E qui devrait se dérouler en juin prochain. Non, la réalité virtuelle n’est pas un gadget qui va faire flop à l’image de la TV 3D, c’est plutôt un marché de niche très prometteur : Consumer Virtual Reality market worth $5.2bn by 2018. Le cabinet Kzero, dont j’ai déjà parlé sur ce blog, estime que près de 25 M d’unités seront vendues dans les quatre prochaines années.

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D’ici à 2018, cette niche devrait représenter un marché supérieur à 5 MM de $. Une somme qui peut vous paraitre démesurée, mais qui est certainement réaliste compte tenu des innombrables débouchés dans l’industrie ou dans les outils de simulation / apprentissage (Interactive Virtual Reality In 3-D, The Newest Learning Tool).

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Au sujet des domaines d’application, le même cabinet KZeor a publié un rapport :  12 key segments for the Consumer Virtual Reality market. L’auteur a ainsi identifié une douzaine de segments : le portage de jeux 2D, les simulations sportives, les jeux de puzzle, les applications liées aux paris, les univers virtuels générés par la communauté… Encore une fois, nous ne parlons pas d’un marché palpable (financièrement viable), mais d’une niche à très forte croissance.

Qui dit « forte croissance », dit forcément « concurrence exacerbée ». De nombreux projets de casques de réalité virtuelle sont en cours de finalisation :

Comme vous pouvez le constater, la course à l’innovation bat sont plein et l’on ne devrait pas attendre longtemps avant de voir apparaitre les premières applications pour les annonceurs : simulation, univers de marque immersif… si vous cherchez une alternative aux concours sur Facebook, la réalité virtuelle est immanquablement LA tendance de ce début d’année 2014.

MàJ (26/03/2014) : Grosse surprise ce matin avec l’annonce du rachat d’Oculus : Facebook To Buy Oculus VR, Maker Of The Rift Headset, For Around $2B In Cash And Stock. Je n’ai pas de toute sur le fait que ce rachat va permettre aux équipes d’Oculus de se consacrer à 100% à la finalisation du produit, par contre, je me demande dans quelle mesure cette acquisition s’inscrit dans la stratégie de développement de Facebook. Certes, la plateforme sociale a été un excellent tremplin pour les éditeurs de casual games (rebaptisés social games), mais je ne vois pas bien quels leviers de croissance Facebook peut apporter à Oculus (si ce n’est le financement).

Twitter affine son offre publicitaire et se prépare pour le commerce

Les semaines passées ont été particulièrement mouvementées pour Twitter :

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Donc, comme vous pouvez le constater, Twitter se fait méchamment chahuter. Un traitement qui n’est pas réellement surprenant, car maintenant qu’ils ont empoché l’argent de leur introduction en bourse, ils ont des comptes à rendre aux actionnaires. Et justement, les actionnaires ne sont pas réellement satisfaits, car les chiffres d’audience de Twitter sont largement en dessous de ceux de Facebook ou de nouveaux acteurs asiatiques : avec « seulement » 241 M d’utilisateurs actifs, Twitter est 5 fois plus petit que Facebook et deux fois plus petit que WeChat.

Mais l’équipe dirigeante ne se démontent pas pour autant, car comme tout le monde le sait, ce n’est pas la taille qui compte. Si Facebook écrase Twitter en matière de nombre d’utilisateurs, si l’on se réfère à l’importance relative de ces deux plateformes, l’écart est beaucoup plus fin : Facebook vs. Twitter, Who wins the battle for our social attention?. Comparer ces deux plateformes n’est pas un exercice facile dans la mesure où ils répondent à des logiques communautaires et sociales très différentes : Facebook est à la base un réseau social, donc qui sert à mettre les gens en relation, alors que Twitter est un outil de communication prisé par les journalistes, politiques, personnalités… Je pense ne pas me tromper en disant que Facebook est une plateforme sociale pour Mr et Mme tout-le-monde et que Twitter est un peu plus élitiste, particulièrement en France. Cette différence est fort bien résumée de la façon suivante (impossible de retrouver la source) : « Facebook is for connecting with the people you went to school with, Twitter is for people you wished you had gone to school with« . Moralité : ne vous y trompez pas, malgré une audience largement inférieure à Facebook, Twitter est une plateforme sociale incontournable : 98% of all top brands are active on Twitter.

Concernant l’exploitation que les marques peuvent en faire, les choses sont en train d’évoluer rapidement, à l’instar de ce que fait son principal rival (Facebook supprime les sponsored stories, mais améliore les options de ciblage). J’ai récemment pu discuter avec les équipes de la filiale française, et ils m’ont apporté quelques précisions sur l’offre. Il existe aujourd’hui trois offres publicitaires « officielles » proposées aux annonceurs français : les Tweets sponsorisés, les comptes sponsorisés et les tendances sponsorisées (cf. Twitter Ads).

Mais ceci n’est que la partie visible de l’iceberg, car de nombreuses offres sont disponibles en beta ou en cours de finalisation :

Il se passe aussi des choses très intéressantes pour les marketeurs avec des solutions de monitoring des conversations pour mesurer l’impact de vos campagnes (Conversion tracking for Twitter Ads) et de nouveaux outils d’analytics (Twitter Launches Card Analytics To Let Publishers Monitor Impressions, Clicks And More).

Mais le plus intéressant est encore à venir avec une offre d’intégration de fonction de commerce en ligne : Is This What Twitter Commerce Will Look Like?. Nous ne savons pas grand chose sur cette nouvelle offre de vente en ligne intégrée, si ce n’est les choses qui ont fuitées. Visiblement l’offre est très intuitive et permet de réaliser des achats à partir de tweets :

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Si les offres publicitaires en cours de finalisation sont très proches de ce que propose Facebook, notamment le Lookalike et Custom Audience, cette offre intégrée de commerce en ligne va par contre beaucoup plus loin que ce qui se faisait sur Facebook à l’époque (notamment les solutions de F-commerce sous forme de social apps). Ce qui est particulièrement intéressant avec cette solution est qu’elle est nativement intégrée à l’interface et qu’elle est étudiée pour fonctionner sur les smarpthones.

J’imagine qu’il y a d’autres expérimentations en cours chez Twitter, mais cette offre de Twitter Commerce doit être particulièrement choyée. À suivre…

Le contenu est le moteur du commerce

Pas de contenus, pas de conversations. J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous expliquer que l’importance des contenus pour exister et/ou pour vendre en ligne (L’avenir de l’internet est aux contenus, pas au SoLoMo et Le retour de la revanche du contenu – bis). Je constate néanmoins que si l’on parle de plus en plus de brand content ou de content marketing (je vous laisse chercher sur la toile les différents articles qui tentent maladroitement d’expliquer la différence entre les deux), le contenu de qualité se fait rare. Certes, créer du contenu original est une activité qui représente un budget conséquent, mais essayer d’exister par d’autres moyens est également très couteux (offres de visibilité payantes, mots-clés…).

Que ce soit pour inspirer, acquérir de la crédibilité, augmenter sa visibilité, améliorer sont référencement… le contenu est un actif immatériel indispensable à tout acteur du web ayant un minimum d’ambitions. Le commerce en ligne n’échappe pas à cette règle dans la mesure où la compétition est acharnée et où il faut impérativement se démarquer pour pouvoir s’installer durablement. Dans ce contexte, le contenu vous permet d’acquérir ou de conforter vos parts de marché. Pour certains acteurs du commerce en ligne, le contenu est un élément essentiel de leur modèle économique.

Dans l’univers high-tech, la survivance des blogs de gadgets et autres portails d’informations est assurée grâce à de l’affiliation. Dans l’univers de la mode, c’est encore pire ! Net-a-Porter ou Asos sont des exemples emblématiques de cette compétition.

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La clé de la réussite est simple : ceux qui ont la capacité de créer du contenu se positionnent en amont du parcours client. Dernièrement la tension est montée d’un cran avec la publication par Net-a-Porter d’un magazine papier : Net-A-Porter’s new shoppable magazine: is it any good?. Tiré à 400.000 exemplaires, le bi-mensuel PORTER ambitionne con concurrencer les autres magazines de mode, un sacré pari pour Net-a-Porter qui a su démontrer son savoir-faire dans ce domaine.

Cette approche radicale en inspire d’autres, à l’image de Cricket’s Circle, une communauté marchande pour les jeunes mamans qui mise également énormément sur les contenus pour gagner en visibilité et driver les ventes : A New Website Could Change Shopping For Expectant Parents.

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Si l’on part du principe que contenu = commerce, nous sommes en droit de penser que les éditeurs « classiques » ont potentiellement une carte à jouer. Et c’est le cas, notamment avec Condé Nast, le groupe d’édition américain, qui s’est montré très gourmand ces derniers temps en rachetant plusieurs sites de vente en ligne de niche comme Runaway, FarfetchRenédim, Monoqi ou en investissant dans Vestiaire Collective (une stratup française) : Condé Nast gets deeper into e-commerce, leads $20M round in French luxury resale site. Inutile de préciser que les contenus sont particulièrement choyés sur Vestiaire Collective…

Encore plus intéressant, ils viennent de relancer le magazine de décoration intérieure Domino : Condé Nast’s cult design magazine Domino is coming back as an e-commerce store. Le projet n’est pas banal, car ils comptent en fait lancer une plateforme de commerce en ligne en s’appuyant sur Projet Décor, une autre de leurs propriétés.

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Et pendant ce temps là, la majeure partie des e-commerçant se pose encore la question de savoir s’il y a un intérêt à soigner la description des produits… Je sais qu’il est facile de se moquer et que les marges sont très serrées, mais les contenus sont justement le meilleur moyen de travailler l’attachement à une marque et surtout d’augmenter la valeur perçue des produits. Certes, vous pourriez me dire qu’une stratégie de contenu n’est pas pertinente dans le cadre d’une activité de vente de produits indifférenciés ou à faible valeur, mais nous savons pertinemment que seuls les plus gros distributeurs généralistes en ligne (voir LE plus gros) s’en sortent. Pour tous les autres, et particulièrement pour les produits à forte valeur émotionnelle, les contenus sont indispensables pour exister et performer. À vos claviers !