Google à l’assaut des objets connectés avec Android Wear

En ce moment, le sujet des technologies portables est très chaud (« wearable technologies » en anglais). Surtout depuis que Google a annoncé la disponibilité de Android Wear, une version allégée de son système d’exploitation mobile : Sharing what’s up our sleeve: Android coming to wearables. Pour résumer une longue explication, Android Wear est une version adaptée d’Android pour les objets portables connectés, notamment pour l’interface utilisateur et les options de saisie.

Comme vous pouvez le constater dans cette vidéo, la communication est surtout centrée sur les montres connectées. Un choix judicieux pour vulgariser cette technologie et lui donner le maximum de portée auprès du grand public. Les premières images des futurs produits sont très alléchantes (Android Wear debuts with the LG G Watch and Moto 360), comme tous les produits imaginaires qui n’existent pas encore !

Prototype de la future montre connectée de Motorola
Prototype de la future montre connectée de Motorola

Google n’a pas l’habitude de faire dans le vaporware, mais force est de constater qu’ils ont beaucoup d’ambitions : Avec Android Wear, Google ridiculise les autres montres connectées. Le système d’exploitation de Google mise ainsi sur plusieurs atouts : des informations et fonctionnalités contextuelles (alertes et réponses intelligentes), interface vocale avec Google Now, surveillance des fonctions vitales (nombre de pas, rythme cardiaque)… L’offre est donc complète et très cohérente. Mais ne nous emballons pas, car pour le moment, tout ce que propose Google est un kit de développement : le Android Wear Developer Preview.

Les premières impressions de ce kit de développement sont visiblement très bonnes : Taking The Android Wear Preview SDK For A Spin. Il existe plusieurs façons d’afficher des alertes et un système modulaire pour les réponses vocales ou tactiles. Si l’on se fonde sur ce qui est proposé dans le kit de développement, et qui sera visiblement implémenté dans les premiers produits, les montres connectées existantes ont du souci à se faire (Pebble vs. Android Wear: A Comparison Report). Et ce n’est que le début, car Google est le roi pour ouvrir ses plateformes et laisser l’inspiration des développeurs faire le reste (ex : IFTTT comes to Android).

Entre Android Wear et le rachat de Nest en début d’année, Google a-t-il déjà gagné la bataille des objets connectés ? Non, pas réellement. D’une part, car ce qui fait rêver les geeks ne présente qu’un intérêt discutable pour le consommateur lambda (Wearables: one-third of consumers abandoning devices). D’autre part, car les constructeurs et autres industriels ne vont pas se laisser damer le pion, à l’image de Samsung qui propose également son propre système d’exploitation (Tizen for Wearable) sur lequel il compte beaucoup : Samsung Is Keeping Its Options Open With Android Wear And Tizen. Les premiers partenaires sont d’ailleurs déjà sur le coup : Sencha adds support for Samsung Tizen Wearables.

Prototypes d'interfaces HTML sur la montre connectée de Samsung
Prototypes d’interfaces HTML sur la montre connectée de Samsung

Cette bataille pour la domination du segment des montres connectées peut vous sembler disproportionnée, à juste titre. Mais ne vous y trompez pas : les montres connectées n’ont aucune importance. L’objectif de Google est de prendre de vitesse les autres acteurs du marché et d’imposer sa plateforme comme il l’a fait pour les smartphones. Ce sont donc les objets connectés qui sont au cœur de cette lutte, un marché 10 à 20 fois plus important que celui des smartphones (les projections parlent de 20 à 50 milliards d’objets connectés en circulation d’ici à 2020). Attendez-vous à ce que cette bataille se déporte vers les consortiums et autres organismes de standardisation (Consortium Wants Standards for Internet of Things).

Nous vivons maintenant dans un monde mobile

« Tout le monde va bientôt avoir un smartphone« , c’est ce que nous disait Eric Schimdt (le président de Google) il y a quelques années. Mais ses déclarations du début d’année étaient beaucoup plus explicites : « la tendance était que le mobile était en train de gagner, il a maintenant gagné » (Eric Schmidt makes 2014 predictions, says mobile has won). Comprenez par là que le débat de savoir si les terminaux mobiles avaient plus d’importance que les ordinateurs est derrière nous. Pour être exact, le point de bascule a eu lieu en 2011.

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Il s’est vendu près de 1 milliard de smartphones en 2013 : 1.000.000.000 de smartphones, et on ne comptabilise même pas les tablettes ! (Smartphone sales may have topped 1 billion in 2013). En moins de 5 ans, les terminaux mobiles sont devenus majoritaires, un record historique en matière de rythme d’adoption, détrônant ainsi le couple Windows / Intel.

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Une croissance ultrarapide dopée par les marchés asiatiques et qui ne risque pas de ralentir avec la demande des marchés d’Amérique du Sud et d’Afrique. L’avènement des terminaux mobile n’est pas un phénomène à prendre à la légère , car il est en train de redéfinir l’accès à l’information et l’outil informatique en lui-même : Postmodern computing.

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J’imagine que vous connaissiez déjà ces chiffres, je pense qu’il est néanmoins important de revenir dessus pour bien mesurer l’ampleur du phénomène.

Le smartphone est la télécommande de notre quotidien

Même si le taux de pénétration des smartphones reste inférieur à la moitié de la population française, nous avons vraiment l’impression que les smartphones sont partout. Imaginez ce que ça sera dans deux ans quand la part de marché atteindra les 75% (une projection à peine optimiste). Déjà en 2011, j’analysais la place grandissante des smartphones dans notre quotidien, et cette place n’a fait que s’accroitre. J’adore l’analogie qui dit que les smartphones sont les doudous des adultes : toujours à portée de main, grâce aux smartphones nous restons en contact avec notre famille et nos amis, nous sommes omniscients et omnipotents.

Notre addiction aux terminaux mobiles est telle que les sociologues ont d’ailleurs identifié de nombreuses dérives comportementales : trouble du sommeil (Six in 10 Brits now sleep deprived because of smartphones and computers), angoisse liée à la perte de son téléphone (La nomophobie, le mal du XXIème siècle), peur de rater quelque chose (Do you have FOMO: Fear Of Missing Out?), mode des selphies… Pire : la dépendance aux smartphones augmente d’année en année (The Rise of the Mobile Addict).

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Vous vous doutez qu’un tel phénomène ne va pas être sans conséquence pour les annonceurs et fournisseurs de services en ligne. Ces mois j’ai ainsi repéré un certain nombre de signaux forts :

Bref, j’ai comme l’impression que tout tourne maintenant autour du mobile. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la grande majorité des statups rachetées par Facebook sont des applications mobiles. Pourquoi un tel engouement ? Parce que les smartphones rendent quasiment les mêmes services qu’un ordinateur (accès à l’information et aux services, divertissements…) mais tiennent dans la poche, sont tout le temps allumés  / connectés et permettent un fort niveau de personnalisation.

Une vision occidentale déformée de la réalité

Les mobiles ont donc conquis la planète. Oui, mais visiblement tout le monde ne s’en est pas encore rendu compte. La majorité des personnes que je croise dans mon quotidien professionnel considère encore le mobile comme une activité annexe, un complément du web. Les discussions que je peux avoir avec eux sont souvent abordées par un « nous avons une application mobile en préparation« . Oui et alors, je me suis déjà exprimé sur ce sujet il y a deux ans et la situation n’a pas évolué : les applications mobiles ne font que repousser l’échéance (Pourquoi lancer une application mobile ne sert à rien).

Certes, il y a ce fameux schéma que l’on sort à toutes les sauces pour justifier le recours aux applications mobiles : Apps Solidify Leadership Six Years into the Mobile Revolution.

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Le problème de ce schéma est qu’il est trompeur : les 2/3 des usages mobiles concernent des jeux, des applications sociales et de communication et Youtube (qui est installé par défaut sur les smartphones). Est-il réellement pertinent de comparer le temps passé sur un navigateur avec celui passé sur Angry Birds ou Snapchat ? C’est comme si vous me disiez : « les utilisateurs professionnels utilisent Outlook pendant les 99% du temps où leur ordinateur est allumé, nous n’avons donc pas besoin de site web, uniquement de newsletter« . Comme j’ai déjà eu de nombreuses occasions de le répéter : les applications mobiles sont un fantasme. Envisageriez-vous de développer un logiciel PC pour votre boutique en ligne ou site web ? Non, car vous trouveriez aberrant de devoir imposer à vos visiteurs le téléchargement, l’installation et le paramétrage de votre logiciel. Pour les smartphones c’est la même chose :  tout l’intérêt d’une application mobile est de proposer une expérience de qualité dans un contexte d’usage intensif : un jeu, réseau social ou outils de communication que l’on va consulter plusieurs fois par jour à la sauvette (dès qu’on a 3 minutes à perdre).

La réalité est que seule une minorité d’éditeurs peuvent justifier le recours à une application mobile : Ebay, Ventes privées, Voyages SNCF… Pour les autres, l’attachement à la marque est bien trop faible pour justifier le recours à une application. Chaque fois que j’aborde le sujet sur mes blogs, j’ai droit à une levée de boucliers des développeurs qui m’affirment que les utilisateurs veulent des applications mobiles rapides et efficaces. Je doute que les mobinautes expriment ouvertement l’envie d’installer une application native : ce qu’ils veulent c’est acheter des chaussures, vérifier un horaire d’ouverture, comparer des prix… peu importe la façon dont ils y parviennent, l’important est d’y arriver avec le moins de complications (cf. Les applications mobiles coûtent trop cher, misez plutôt sur le web).

Rassurez-vous, l’objectif de cet article n’est pas de relancer le débat sur application vs. site mobile, mais plutôt de vous faire bien réaliser que nous autres occidentaux, avons une vision déformée de la réalité, car une très large majorité de nos foyers ont un ordinateur et une connexion ADSL. Dans d’autres régions du monde, les terminaux mobiles sont le seul moyen d’accès à l’internet, voire le seul moyen d’émancipation (notamment pour les femmes en Afrique). Il résulte de cette vision déformée un manque de discernement évident des annonceurs et éditeurs de contenus / services en ligne qui consacrent un budget encore largement insuffisant aux opérations « mobiles ». Le décalage entre les budgets alloués aux médias traditionnels, au web et aux terminaux mobiles est énorme et surtout complètement déphasé par rapport à la réalité des usages et du temps passé sur chacun de ces supports. en faisant preuve de plus de pragmatisme, il faudrait investir beaucoup plus des terminaux mobiles qui sont au coeur de la vie des consommateurs, et non la télévision ou la presse qui sont maintenant en périphérie (cf. Quel avenir pour la télévision à l’heure du P2P et du SoLoMo ?).

 

EPSON scanner image
EPSON scanner image

En fait, ce dont nous avons réellement besoin est d’une rééducation complète autour de la mobilité. 10 années de croissance frénétique et d’innovation à marche forcée ont laissé les annonceurs et éditeurs dans une grande confusion vis-à-vis de ce qu’est réellement l’internet mobile. J’avais déjà abordé le sujet il y a 7 ans (Ne confondez plus internet mobile et internet en situation de mobilité), mais je pense qu’il est temps de revoir mon discours et d’être beaucoup plus explicite.

Mobile is dead

Matias Duarte, la chef du design au sein de l’équipe Android a dit cette phrase surprenante lors d’une interview récente : Matias Duarte, Head of Android Design on the Death of Mobile. Son explication est on ne peut plus juste : l’internet « mobile » n’existe plus dans la mesure où l’on ne peut plus réellement faire le distinguo avec l’internet « normal ». Les smartphones ont fait de tels progrès et les éditeurs ont apporté de tels changements que l’on accède maintenant indifféremment à un contenu ou service en ligne avec son ordinateur, son smarpthone ou sa tablette. La dimension « mobile » est obsolète, car les terminaux mobiles sont omniprésents dans nos usages et réflexes quotidiens.

Cette affirmation est en parfaite cohérence avec l’avènement du consommateur multicanal : il se moque bien des difficultés pour une chaine de distribution à opérer différents canaux simultanément (d’un point de vue informatique ou logistique), pour lui c’est la même chose. À partir de ce constat, tout est à revoir dans la façon d’appréhender le comportement des utilisateurs, leurs besoins, la façon dont les offres sont promues et vendues, et dans la relation qui va s’installer avec la marque. L’idée n’est pas de tout faire tourner autour des terminaux mobiles, mais plutôt de les intégrer dans toutes les étapes du cycle de vie des clients.

Les étapes les plus importantes selon moi sont celles de reconnaissance du besoin et de recherche d’information : au cours de ces étapes, un prospect va prendre conscience d’un besoin (une nouvelle paire de chaussures, une sortie, des vacances…) et immédiatement commencer à se renseigner. Pour cela, il va utiliser le terminal qu’il a sous la main : son smarpthone. Le problème est qu’il est en phase de recherche préliminaire (il se renseigne de façon informelle), il n’est donc certainement pas assez motivé pour installer les applications mobiles de toutes les marques ou services qu’il va utiliser. Si vous n’êtes pas présent dans de bonnes conditions lors de cette étape, il y a peu de chances que cet utilisateur pensera à vous quand il intensifiera ses recherches plus tard sur son ordinateur. Donc oui, effectivement, on n’achète pas sur un smartphone, par contre on se renseigne et on compare éventuellement les prix. Les marques et éditeurs de services qui ne proposent pas de version mobile de leur site se voient ainsi écartés des premières étapes du cycle d’achat. C’est à ça que sert un site web adapté aux terminaux mobiles : à rester dans la course. Développer une application mobile ne vous aidera pas à y parvenir, sauf si vous vous appelez Amazon et que votre taux de notoriété spontanée avoisine les 100%.

Tout ça pour dire que la mobilité est un dossier ultra-chaud autour duquel persistent de nombreux mythes et idées reçues. Il est grand temps que les marques et annonceurs retirent leurs oeillères et s’impliquent réellement dans un processus de transformation de leur communication, outils de vente, circuits de distribution, processus internes… Je suis en train de finaliser la rédaction d’un livre à ce sujet. J’en ai déjà écrit les 2/3, il devrait sortir le mois prochain. Je précise également que mes blogs vont subir une transformation radicale pour adopter une approche mobile first (c’est la moindre des choses après tout ce que je viens de raconter).

Google+ est mort, vive Universal Analytics

La nouvelle n’a pas dû vous échapper : la personne à l’origine de Google+ vient de donner sa démission (Google+ Head Vic Gundotra Leaving Company). Du coup, tout le monde spécule sur la fin programmée de la plateforme : Google+ Is Walking Dead. Force est de constater que succès de Facebook porte ombrage aux autres plateformes sociales. Mais plutôt que de tomber dans la facilité et tirer sur l’ambulance, je vous propose plutôt d’étudier l’envers du décor et d’essayer d’anticiper l’évolution du marché.

Facebook a gagné une bataille qui n’est plus réellement d’actualité

Comment parler de Google+ sans évoquer l’incroyable réussite de Facebook : Facebook Beats In Q1 With $2.5B In Revenue, 59% Of Ad Revenue From Mobile, 1.28B Users. Les chiffres publiés la semaine dernière sont très impressionnants et surtout sans appel : la domination de Facebook est incontestable (In Q1, Facebook still reigns supreme in social referrals), et leur permet de dégager une excellente rentabilité (Facebook Blows Away Analyst Projections With Strong Earnings). Soit, mais alors pourquoi les marchés financiers ne se réjouissent pas de ces très bons résultats ? Car la dynamique de l’internet est en train de changer.

Pour résumer une longue explication : il y a 15 ans, le seul moyen d’avoir des interactions sociales était de discuter sur un forum. Puis les réseaux sociaux en ligne sont arrivés (Friendster, Myspace…) et les internautes ont commencé à tisser des connexions en fonction de leurs connaissances et centres d’intérêt. Puis Facebook s’est imposé comme LE réseau en ligne universel et a réussi à fédérer près de 1,3 MM de membres. Sauf que… cette croissance exponentielle s’est faite au détriment du respect de la confidentialité : à force de partager tout et n’importe quoi, les utilisateurs ont perdu leur identité (volontairement ou non) et privilégient maintenant les interactions sociales éphémères, voir anonymes (I’ll Tell You A Secret: Anonymous Apps Matter).

Certes, Facebook est le roi du web social, mais le web social est mort : tout est devenu social dans la mesure où web et médias sociaux ne font plus qu’un. Le partage n’est plus une fonctionnalité, mais une norme. La cacophonie ambiante atteint un tel niveau, que l’on ne sait plus trop qui est qui : les anciens médias misent tout sur les médias sociaux (ex : des chaines de TV comme TF1 ou BFM se sont transformées en gigantesques promoteurs de Facebook ou Twitter), les nouveaux médias se prennent pour des anciens (Yahoo et Amazon produisent maintenant leurs propres séries TV) et les plateformes sociales rêvent de s’émanciper (lancement de FB Newswire pour concurrencer les agences de presse et les sites de news « viraux »). Au final, la densité de publication est telle que les médias traditionnels et annonceurs finissent par éclipser les membres, ce pour quoi les internautes ont rejoint les plateformes sociales (Facebook’s friend problem: Why can’t the social network adapt to how we make and lose friends?).

La dure réalité est la suivante : pendant que les géants du web s’affrontaient pour imposer leur plateforme sociale, les utilisateurs ont petit à petit reporté une partie de leurs usages sur des applications mobiles pour récréer de la proximité et un semblant d’intimité (cf. mon article du début d’année : Les applications mobiles font de l’ombre aux grandes plateformes sociales). Ceci étant dit, Facebook n’est pas resté les bras croisés et sut opérer un très beau réalignement stratégique autour des terminaux mobiles (Facebook : des résultats en hausse et une stratégie mobile qui se renforce). Dans ce contexte, la somme mirobolante dépensée pour acquérir WhatsApp peut facilement être relativisée : WhatsApp passes 500 million active users, says over 700 million photos and 100 million videos are shared daily.

En mettant la main successivement sur Instagram et WhatsApp, Facebook a su anticiper l’évolution des usages, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, surtout d’un point de vue juridique.

Et si Google+ n’était qu’une façade ?

Le départ de vic Gundotra de Google est donc une mauvaise nouvelle, d’autant plus qu’il s’accompagne visiblement d’une réorganisation : Google to end forced G+ integration, drastically cut division resources. Tout porte à croire que Google+ en tant que « portail social » ne va pas perdurer et que les différentes fonctionnalités vont être morcelées, notamment Hangouts et Photos (The state of Google+: The whole is not worth the sum of its parts). Un changement de cap qui se justifie par l’évolution des attentes des utilisateurs (tournées maintenant vers les smarpthones) et par les réticences internes à vouloir forcer l’intégration de Google+ dans tous les produits (A Personal Reflection On Google+).

Face à la suprématie de Facebook, Google se retire de la course et préfère concentrer ses forces sur sa plus belle réussite : Android. Mais la disparition probable de Google+ en tant que portail ne peut être considérée comme un échec dans la mesure où l’objectif premier a été transformé : relier tous les services de Google entre eux et inciter les utilisateurs à s’identifier. De ce point de vue là, l’opération est même une franche réussite avec notamment l’implémentation de l’authorship et la généralisation des profils Google : Google+ won (or why Google never needed a social network). Précisons également que les communautés remportent nu vif succès dans certaines niches (geek et food).

Je l’avais déjà évoqué à plusieurs reprises dans d’autres articles, mais selon moi, le plus grand accomplissement de ces dernières années a été la fusion des conditions générales d’utilisation : tous les services de Google reposent maintenant sur des CGU unifiées qui leur permet de consolider et d’exploiter vos données de façon transverse. D’un point de vue juridique, Facebook, Instagram et Whatsapp sont des services distincts (car leurs utilisateurs ont signé des CGU différentes), alors que les utilisateurs de Google, YouTube, Maps, Android… ont accepté les mêmes CGU. Là où ça devient très intéressant, c’est que Google a également fusionné son outil de tracking : Google brings its Universal Analytics next-generation analytics platform out of beta.

Traduction : Google peut maintenant, d’un point de vue technique et juridique, collecter et exploiter les données de ses utilisateurs à des fins de ciblage publicitaire. L’important n’est donc plus d’accumuler le plus de membres, mais de pouvoir s’en servir de façon intelligente pour améliorer le ciblage : YouTube et Google+ génèreraient des visites plus qualifiées que Facebook et Twitter. Après coup, on se rend compte que Google+ n’était qu’une activité parallèle, de celle que l’on peut se délaisser, mais que le coeur de l’empire Google réside dans les profils de ses utilisateurs et dans ses solutions de tracking. Facebook peut bien fanfaronner avec le rachat de WhatsApp ou l’ouverture prochaine d’un réseau publicitaire mobile (Facebook’s Mobile Ad Network Is Called “Facebook Audience Network” And Here’s How It Works), Google sait qu’il aura le dernier mot grâce à Analytics et Android (qui raflent largement plus de la  moitié des parts de marché de leur créneau respectif).

Nous en avons déjà eu les premiers signes en 2013, et je reste persuadé que 2014 va être une année charnière : entre l’avènement des médias sociaux et la généralisation des terminaux mobiles, le web est en train de subir sa plus grande transformation. Les leaders d’hier ne sont pas les leaders d’aujourd’hui, et les leaders de demain sont petit à petit en train de s’installer sans attirer l’attention. Plus que jamais, le paysage se complexifie et il faut savoir lire entre les lignes (« connecting the dots » comme disent les Américains) pour anticiper l’évolution du marché et faire les bons choix.

Facebook essaye d’éviter le syndrome du portail en multipliant les applications mobile

Le moins que l’on puisse dire est que Facebook a longtemps cherché un moyen de s’imposer sur les terminaux mobiles. Après avoir expérimenté différentes approches, il semblerait que le morcellement soit la bonne formule : This Is the End of Facebook as We Know It. Face à l’énorme succès des applications sociales mobiles, et la pression des investisseurs, Facebook se devait de réagir pour mieux coller aux usages actuels. Les internautes passent en effet de plus en plus de temps sur leur smarpthone, mais de façon fractionnée, ils privilégient donc les applications leur permettant de faire des micro-interactions (Les smartphones sont notre premier écran, adaptez vos budgets et campagnes en conséquence).

La diversification fait la force

Annoncée en début d’année, la transformation de Facebook est en cours avec une stratégie de diversification s’appuyant sur les applications mobiles. La preuve avec le retrait récent de la fonction de messagerie de l’application mobile « générique » pour privilégier l’application dédiée : Facebook is removing messaging from its iOS and Android apps, pushing users to its Messenger app. La raison principale de cette diversification est d’éviter d’engraisser le portail et de se banaliser comme MSN ou Yahoo ont pu le faire avec le temps. Il faut bien reconnaitre que Facebook n’est plus un réseau social, c’est devenu une plateforme sociale où l’on peut tout faire. D’où la volonté de  Mark Zuckerberg de démanteler le paquebot pour gagner en réactivité.

Facebook est donc petit à petit en train de se transformer en éditeur d’applications mobiles :

  • des applications mobiles de publication et partage de photos / vidéos (Camera + Instagram) ;
  • une application d’agrégation de publications personnelles et d’articles (Paper) ;
  • des applications de messagerie et de conversations (Messenger + WhatsApp)
Les différentes applications mobiles de Facebook
Les différentes applications mobiles de Facebook

Facebook s’éloigne donc d’une logique d’intégration pour pouvoir faire évoluer plus rapidement ses applications et les exploiter de façon plus efficace. Selon cette nouvelle approche, Facebook est une sorte de couche sociale (le fameux social graph) sur laquelle repose différents services (Messenger, Instagram…). Vous remarquerez ainsi une similitude évidente avec Google et son architecture communautaire (Youtube, Blogger… reposant sur Google+).

Plus d’applications = plus de supports à monétiser

La seconde raison de cette stratégie de diversification est que les modèles économiques qui font la fortune des applications mobiles asiatiques ne fonctionnent pas dans les marchés occidentaux (The surprising business model of OTT2 messaging apps). Line, WeChat et Kakao ont ainsi opté pour une monétisation au travers des biens virtuels (stickers) et des services périphériques de commerce en ligne (ventes flash, réservation de taxis…). Des leviers de monétisation qui seraient complexes à mettre en oeuvre aux États-Unis ou en Europe, car les cultures y sont différentes et les législations plus restrictives (10 ways that free messaging apps monetize).

Comparaison des modèles économiques des applications mobiles
Comparaison des modèles économiques des applications mobiles

Le modèle économique de Facebook ne va pas nécessairement changer (offres de ciblage publicitaire), mais plutôt que de monétiser en gros, ils morcèlent pour avoir plusieurs canaux de monétisation. Vous noterez que Twitter suit un raisonnement inverse et ajoute toujours plus de fonctionnalités (Twitter Rolls Out New Profiles, Taking Another Page From Facebook). Toute la difficulté pour eux va être de conserver une expérience fluide et cohérente.

Avec cette nouvelle orientation, Facbeook nous démontre une fois de plus sa réactivité et sa très forte capacité de remise en question. Par contre, je m’insurge en entendant à droite et à gauche que Facebook innove. Il n’y a rien de neuf dans ce qu’ils proposent, disons simplement que Facebook est le suiveur le plus réactif du marché. Pour mémoire, je vous rappelle qu’en 2010 Microsoft proposait un environnement social hybride (web + mobile) tout à fait convainquant avec Kin Studio. Ils étaient malheureusement déphasés par rapport au marché…

Autres hypothèses de diversification

Maintenant que la diversification est enclenchée chez Facebook, nous pouvons émettre quelques hypothèses :

La nouvelle fonction de localisation de vos amis sur Facebook
La nouvelle fonction de localisation de vos amis sur Facebook

Il y a bien évidemment d’autres hypothèses, mais ces trois-là sont les plus probables. Je ne doute pas des chances de succès de Facebook tant sa base d’utilisateurs est grande. Par contre, pour réussir à grande échelle, le géant californien va devoir affronter à nouveau ses démons : problèmes de confidentialité et d’exploitation des données personnelles, conformité avec les différentes lois nationales ou supra-nationales (notamment européennes)…

Tout ceci confirme les propos de Matias Duarte (« Mobile is Dead« ) : il n’y a plus d’internet mobile ou de consommateurs / utilisateurs mobiles puisque les smarpthones sont omniprésents dans notre quotidien. Nous nous dirigeons vers une configuration de marché où le web, les médias sociaux et les services mobiles fusionnent. Il ne manquerait plus que la législation s’assouplisse autour des pratiques de géolocalisation et nous pourrions exhumer le SoLoMo !

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Rappel : Pensez à vous inscrire à notre formation Stratégie Médias Sociaux le 03 juillet prochain à Paris.

De l’évolution des tableaux de bord des voitures

Les tableaux de bord des voitures sont un sujet de réflexion très intéressant. D’une part, car les tableaux de bord donnent de la personnalité aux voitures, d’autre part, car une mauvaise conception peut tuer des vies. Si je ne dis pas bêtises, la notion de simplexité (l’art de rendre simple, lisible, et compréhensible les choses complexes) sort des bureaux d’étude de Renault. Bref, c’est un parfait sujet d’étude, d’autant plus avec l’arrivée de l’affichage numérique.

Jusqu’à présent, les tableaux de bord de nos voitures étaient essentiellement analogiques, comme nous le prouve la très belle collection de Car UX.

Panorama des tableaux de bord de voitures
Panorama des tableaux de bord de voitures

Cependant les choses sont en train de changer, notamment chez certains constructeurs haut de gamme qui se servent de leur tableau de bord comme argument de vente pour démontrer la capacité d’innovation. C’est ainsi le cas d’Audi avec le tableau de bord entièrement numérique de la prochaine version de sa TT : The Audi TT’s New ‘Virtual Cockpit’ Looks Incredible.Ce virtual cockpit, présenté au salon CES de lLas Vegas propose trois interfaces : Driving mode, pour la conduite courante, Navigation mode, avec les instructions cartographiques, et Media mode, pour manipuler la radio et le lecteur multimédia.

L'interface graphique de la prochaine Audi TT
L’interface graphique de la prochaine Audi TT

Vous conviendrez que le résultat est très convainquant. Les concepteurs pourraient néanmoins aller plus loin et proposer quelque chose de beaucoup plus futuriste. C’est le cas chez GM et son Advanced Design Studio qui réfléchit à des interfaces en rupture avec ce que nous connaissons : GM Concept UI.

Le concept de tableau de bord numérique de GM
Le concept de tableau de bord numérique de GM

Le résultat est très spectaculaire et nettement plus futuriste. En version animée, ce tableau de bord baptisé Elmiraj est beaucoup plus impressionnant :

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Mais la palme revient très certainement à Tesla Motors pour l’incroyable panneau tactile de sa Model S : Tesla’s Groundbreaking UX, An interview with User Interface Manager Brennan Boblett.

Le tableau de bord de la Model S de Tesla
Le tableau de bord de la Model S de Tesla

La zone d’affichage derrière le volant est plutôt restreinte, mais l’immense écran tactile de la console centrale est assurément une idée de génie. L’équipe de conception avait un cahier des charges assez précis et devait suivre un certain nombre de principes pour l’interface qui devait être intelligente, inspirante, sophistiquée et empowering (mot que je ne sais toujours pas traduire).

L'interface de la console centrale de la Model S de Tesla
L’interface de la console centrale de la Model S de Tesla

Le résultat est tout simplement bluffant : tous les aspects de la voiture peuvent être contrôlés à partir de cet écran tactile, et le rendu graphique est impressionnant. Ça doit être un vrai régal pour le passager !

Je me demande dans quelle mesure les industriels peuvent innover dans ce domaine. J’imagine qu’il doit y avoir des contraintes réglementaires en France ou en Europe (à confirmer). Dans tous les cas de figure, quand je constate l’anormale augmentation des prix des voitures de Mr tout-le-monde (citadines…), je me dis que nos constructeurs nationaux pourraient faire un petit effort. J’aime bien le système R-Link de Renault, mais vous ne trouvez pas que ça manque d’ambition ? Serait-ce vraiment trop demandé, surtout quand on connait la valeur réelle d’une voiture (7.500 € pour une Logan contre 20.000 € pour certains modèles de Clio).

MàJ (18/04/2014) : Dans un autre genre, il y a aussi ce rétroviseur intérieur qui permet d’afficher la vue d’une caméra placée sur le pare-choc arrière : Nissan Just Revolutionized The Rearview Mirror.

Amazon sur tous les fronts avec Fire TV, Dash et un smartphone

Pour beaucoup, Amazon est une énigme : immensément populaire avec ses boutiques en ligne, cette société parvient à régulièrement surprendre le marché en se lançant sur des créneaux où on ne l’attendait pas. Ça a commencé avec les livres électroniques en 2007, un segment dont Amazon est maintenant le leader incontesté (Amazon less dominant in e-book market outside UK), puis avec les tablettes en 2011 (Amazon à l’assaut du segment low-cost avec les nouveaux Kindle), une stratégie de diversification qui s’est intensifiée depuis (Amazon agrandit sa gamme de tablettes et entre en guerre avec Apple et Google). Considéré comme un trouble fête avec des produits au positionnement radicalement différents des autres fabricants, Amazon vient de frapper un grand coup ce mois-ci avec l’introduction de deux nouveaux produits qui risquent de changer la donne.

Pressentie depuis quelques mois, la set top box d’Amazon est enfin là : la Fire TV se présente donc sous la forme d’un petit boitier qui se branche sur votre TV et vous donne accès à tous les produits et services d’Amazon (films, séries TV…). Propulsé par Android, ce boitier vous permet également de consulter vos photos stockées sur Amazon Cloud Drive et d’exploiter toutes les applications de streaming (Netflix, Hulu…) : 10 Things You Need To Know About The Amazon Fire TV.

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Amazon a pris son temps avant de sortir ce produit, car les équipes voulaient s’assurer d’un succès immédiat en bénéficiant de l’expérience accumulée sur ses tablettes. Le résultat est visiblement convainquant avec un boitier très simple d’utilisation, les fonctions avancées de contrôle parental, l’intégration de contenus complémentaires (X-Ray) et une télécommande vocale, le tout pour 99$.

Cerise sur le gâteau, on peut même acheter une manette pour pouvoir jouer à des jeux distribués sur le App Shop. Ils se payent même le luxe d’éditer un jeu exclusif : Sev Zero headed to Fire TV from Amazon Game Studios.

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Comme avec les tablettes de la gamme Fire, la simplicité d’usage est donc l’argument de vente principal de cette Fire TV, et la télécommande vocale en est le fer de lance. Lorgnant à la fois sur le créneau des media players à la Roku et des micro-consoles à la Ouya, cette Fire TV a toutes les chances d’écraser la concurrence grâce à un catalogue immense et un service client au top. Vous remarquerez que la technologie est secondaire, car l’important est de proposer le plus vaste choix de contenus. Ceci explique pourquoi Amazon a lancé son propre studio de jeux (Amazon Game Studios) et pourquoi ils viennent également de racheter Comixology, la plateforme de distribution de BD numériques : Amazon acquiring digital comics platform Comixology.

Profitant de la R&D investie sur cette télécommande vocale, ils ont également annoncé le lancement de Dash, une télécommande associée au service Amazon Fresh, pour pouvoir commander en toute simplicité des produits de la vie quotidienne en scannant leur code-barre ou en les dictant pour remplir sa liste de courses : Amazon introduces Dash, a scanner and recorder for Amazon Fresh.

Autant il y avait des rumeurs pour le boitier multimédia, autant Amazon a scotché tout le monde avec cette redoutable télécommande : Amazon’s Magic Wand and the Unrelenting Race to Make Shopping More Convenient. Ce n’est pas tant sa simplicité d’utilisation qui la rend attractive, mais le fait qu’elle soit associée au service Fresh, pour lequel Jeff Bezos nourrit de très grandes ambitions : 50% de la population américaine couverte par l’offre épicerie Amazon dès 2014 et avec sa propre flotte de véhicules.

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Fort d’une gigantesque clientèle (nous parlons de centaines de millions de clients), d’un service client en béton et d’une logistique ultra-optimisée, cette télécommande est la dernière pièce du puzzle qui va permettre à Amazon de s’imposer comme le leader incontesté de la distribution et devancer son grand rival Walmart. L’idée étant de petit à petit grignoter sur l’ensemble des besoins des clients (produits culturels, divertissements, courses alimentaires…) : Why groceries could be Amazon’s next big loyalty play.

Et comme si ça ne suffisait pas, les rumeurs semblent indiquer que le lancement d’un smartphone est imminent : This is Amazon’s smartphone. On ne sait pas grand-chose de ce smartphone, si ce n’est qu’il tournera sur la version simplifiée d’Android (comme les tablettes Fire et la Fire TV) et qu’il proposera une interface 3D très aboutie.

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Les smartphones ont-ils réellement besoin d’une interface 3D ? Très clairement non. D’ailleurs, ce n’est pas la première tentative des constructeurs d’introduire de la simili-3D dans les smartphones. En fait, tout l’intérêt de ce smartphone va résider dans son prix (qui sera ultra-compétitif, comme les autres terminaux de la gamme) et son intégration à l’écosystème Amazon (notamment l’offre Premium). Je ne suis pas devin, mais j’imagine qu’Amazon ne s’appuiera pas sur les opérateurs téléphoniques traditionnels, mais va proposer sa propre offre en exploitant le principe des MVNO (Mobile Virtual Network Operator), déjà mis en oeuvre au travers de sa technologie Whispersync.

Commerce en ligne, cloud computing, livres électroniques, tablettes, TV connectée, smartphones… rien n’arrête l’appétit d’Amazon qui commence seulement à nous dévoiler son plan d’ensemble : être présent dans chaque aspect du quotidien des clients. La suite risque d’être passionnante…

Le choix des plateformes sociales dépend de vos objectifs et contenus

Quelle plateforme sociale choisir ? Voilà une question que vous vous êtes toutes et tous posée. Facebook, Twitter, Youtube, Pinterest… le choix est vaste, et l’arbitrage se fait généralement en fonction des ressources disponibles : une marque est « installée » en priorité sur Facebook, puis sur les autres plateformes disponibles s’il reste du budget (l’audience étant le critère principal pour en définir l’ordre). Pourtant, la définition d’un média planning ne se fait de façon beaucoup plus subtile : vous n’achetez pas nécessairement des espaces publicitaires sur la chaîne TV et la station de radio la plus populaire sans réfléchir un minimum à la cible que vous souhaitez toucher et le message que vous allez essayer de faire passer. Sur les médias sociaux, c’est la même chose : Facebook est un choix logique, car c’est la plateforme avec la plus forte audience, mais c’est justement cette incroyable popularité qui fait qu’il est très dangereux d’y investir tous ses moyens (il y aura toujours des annonceurs avec de plus gros budgets que vous).

C’est pour vous aider dans ce choix que le portail CMO.com édite tous les ans un guide des différentes plateformes sociales et de leur impact : The 2014 CMO’s Guide To The Social Landscape. Je ne suis pas forcément d’accord avec le choix du titre de cette infographie, car le paysage des médias sociaux ne se limite pas à 8 plateformes. Cette grille fournit néanmoins des clés de compréhension intéressantes sur les particularités de chacune de ces plateformes.

cmo_social_landscape_2014

Les différentes plateformes sociales sont analysées en fonction de quatre impacts : le référencement, l’exposition, la relation client et la génération de trafic. Voici une synthèse de cette grille :

  • Twitter est la plateforme la plus « recommandable » selon les quatre critères. Les profils commencent à être bien référencés, l’apport de trafic est conséquent, et les différents outils d’aide à la publication (notamment les fonctions de programmation et d’automatisation) permettent d’assurer un haut niveau de visibilité, que l’on peut améliorer avec les offres de contenus sponsorisés. De plus, les internautes commencent à s’habituer à ce moyen de communication pour interpeller ou être interpellé par une marque. J’apporterais un bémol à cette analyse dans la mesure où l’audience de Twitter en France n’est pas réellement représentative de la population (les « élites » y sont plus présentes que le grand public).
  • Facebook est de loin la plateforme la plus populaire, celle qui génère le plus de trafic entrant, mais le référencement des contenus est très limité et la portée naturelle des messages est en chute libre. Ceci étant dit, Facebook offre une grande souplesse dans les applications qui peuvent être greffées à une page (au travers des onglets) et propose surtout un moteur de ciblage publicitaire redoutable.
  • LinkedIn s’est au fil des années imposée comme la plateforme sociale de référence dans le domaine BtoB. Le rachat récent de SlideShare et l’ouverture de la fonction de publication à tous les utilisateurs en font un support très performant pour augmenter sa crédibilité et acquérir des leads, même si le référencement est encore perfectible. L’auteur de l’article traite de façon individuelle LinedIn et SlideShare, un choix étrange, car ces deux plateformes sont parfaitement complémentaires.
  • YouTube est sans conteste la plateforme d’hébergement et de partage de vidéos la plus populaire. Cependant,elle commence à être sacrément encombrée et la recherche est largement perfectible (un comble pour un service de la galaxie Google). Si la praticité de YouTube n’est plus à prouver, la fidélisation des utilisateurs est un processus laborieux et l’apport de trafic reste étonnamment bas pour une plateforme bénéficiant d’une audience aussi gigantesque.
  • Google+ est une énigme pour les marketeurs qui se posent beaucoup de questions, mais hésitent à investir. Pourtant, l’audience est supérieure à Twitter et l’impact sur le référencement est bien réel (notamment au travers de l’author rank). Si certaines communautés de niche remportent un vif succès, les internautes ont du mal à intégrer Google+ dans leurs habitudes quotidiennes.
  • Pinterest est le site d’inspiration le plus populaire, bénéficiant d’un très bon référencement et générant un trafic hautement qualifié pour les marques qui savent l’exploiter de façon intelligente. Les interactions avec les membres restent cependant plutôt pauvres, voire inexistantes.
  • Instagram est l’application de partage de photo la plus prisée des grandes marques. Pourtant, les usages sont essentiellement concentrés sur les terminaux mobiles et l’impact sur le référencement est quasi nul. Cette application offre néanmoins des possibilités intéressantes avec l’introduction des vidéos et des messages privés.

Même si je reconnais l’intérêt de synthétiser les caractéristiques des grandes plateformes sur une infographie, je ne peux m’empêcher de penser que ce paysage n’est médias sociaux est loin d’être complet : où sont les grandes plateformes de blog comme WordPress ou Tumblr ? Où sont les applications mobiles dont on parle autant ces derniers mois ? Où sont les grandes plateformes conversationnelles comme Reddit ou Quora ?

Comment ne pas rappeler également que l’installation d’une marque sur les médias sociaux ne se limite pas au choix des plateformes (cf. De l’intérêt de définir une architecture communautaire et sociale). Il est ainsi essentiel de fixer les bons objectifs (pas nécessairement quantitatif, mais plutôt qualitatif) et surtout d’orienter son choix en fonction des contenus disponibles : le niveau d’exigence des utilisateurs de Pinterest et Instagram est ainsi plutôt élevé, il faut impérativement être en capacité de publier des photos de qualité. Idem pour LinkedIn et SlideShare, où vous n’aurez quasiment aucune chance d’attirer l’attention avec un discours et des contenus trop « commerciaux ». J’ai vraiment l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, mais il est toujours utile de répéter des évidences comme : « On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre » ou « Il faut savoir boxer dans sa catégorie« .

Tout ceci me donne furieusement envie de mettre à jour mon propre panorama des médias sociaux. J’y réfléchis depuis plusieurs semaines, mais je cherche encore un moyen de représenter de façon simple les spécificités fonctionnelles (usages et terminaux) et les particularités géographiques (notamment l’intégration des plateformes asiatiques). La nouvelle version du panorama devrait être publiée en début de mois prochain.

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Rappel : Pensez à vous inscrire à notre formation Stratégie Médias Sociaux le 03 juillet prochain à Paris.