Je ne sais plus qui disait que le web évolue par cycle de 5 ans, en tout cas j’ai comme l’impression que tout le monde est en train de chercher le nouveau Facebook. Pourquoi ? Je ne sais pas trop en fait… Ce mois-ci, la dernière coqueluche de la blogosphère est donc Pinterest. Avant cela il y avait Instagram, Path, Color, Turntable, Quora, Chatroulette… Certes, il y a des chiffres intéressants que l’on peut bidouiller pour faire de belles infographies, mais vous ne trouvez pas que ça commence à faire beaucoup trop de services de partage de trucs sympas / mignons / rigolos ? Parce que dans le même genre il y a aussi Polyvore, ShopStyle…
Mais commençons par le commencement : Pinterest est donc un service qui vous permet de partager vos trouvailles en les épinglant (« pin« ) sur vos différents panneaux (« boards« ). Les trouvailles de la communauté sont accessibles à tous dès la page d’accueil avec cette succession d’images que l’on peut repartager (« repin« ), aimer et commenter :

Comme sur Tumblr, les trouvailles sont agrégées dans des catégories thématiques (ici interiors) :

Comme sur Twitter, chaque membre possède un profil que vous pouvez suivre (« follow« ) :

Voilà, c’est tout.
Je ne remets pas en cause l’intérêt de ce service pour séduire les hipsters de la Silicon Valley, mais vous constaterez qu’il est avant tout configuré pour partager des produits inspirationnels ou socialement valorisants. La vérité est que Pinterest engendre surtout un afflux de trafic pour les productions de luxe ou artisanales, les principaux bénéficiaires sont donc les boutiques en ligne qui vendent des produits branchés. Tant mieux pour My Red Ponny ou Petit Zèbre, mais et les autres ? J’ai comme l’impression que Pinterest est le blog lifestyle du pauvre.
On retrouve ainsi dans les boards des membres principalement des produits fantasmés. J’ai par exemple mis dans mon Pinterest une Pagani Zonda, une cabane dans un arbre et une malle de chez Fred Pinel. Ok très bien, et alors ? Que fait-on des 99 % des produits ou services restants ? Existe-t-il une chance pour que l’on retrouve des prestations d’assurance ou des produits de consommation courante dans un board ? Aucune.
Vous pourriez me dire que ce service n’est pas fait pour ça et que le système de catégories suggérées ou le moteur d’inspiration de cadeaux est tout de même très prometteur. Sur ces points-là, je serais bien d’accord avec vous, mais nous ne parlons pas d’un service grand public qui va rentrer dans le quotidien de centaines de millions d’utilisateurs.

Si l’on considère Pinterest comme un moteur d’inspiration de produits sortant de l’ordinaire, alors oui, c’est un des meilleurs de cette catégorie, mais très clairement pas le futur Facebook ou Twitter. De ce point de vue là, Pinterest pourrait être considéré comme un concurrent de Flipboard : un magazine personnalisé où vous allez piocher de l’inspiration. Le modèle semble en inspirer plus d’un car la concurrence est déjà là avec des alternatives plus classieuses (Pose), pour la vidéo (Chill), dédiées au porno (Snatchly) ou pour les hommes (Gentlemint).

Au final, nous avons donc un phénomène marginal comme on en voit tous les trimestres. D’autant plus que ces services mettent en place des leviers de monétisation plutôt obscures (Pinterest is quietly generating revenue by modifying user submitted pins), et Pinterest n’est pas le seul (The Price of Free: Path Uploads Entire Address Book To Its Servers).
Outre ces « légers » problèmes de confidentialité, admettons que ce service vous ramène un peu de trafic et que l’on puisse en démultiplier la portée en le couplant à Facebook, et après ? Le trafic est un moyen, pas un objectif. Quid de la segmentation ? Du profilage ? De la génération de conversations à valeur ajoutée ? Comme toujours, l’utilisation des médias sociaux à des fins marketing est réduit à du buzz, pourtant nous n’avons de cesse de répéter sur ce blog que le social marketing offre des possibilités bien plus intéressantes.. J’ai l’impression que tout ce qui buzz est considéré par la blogosphère high-tech comme de l’or, peut-être devraient-ils passer un peu plus de temps avec des équipes CRM et un peu moins de temps dans les salles d’hébergement…
Le meilleur conseil que je puisse vous donner est de ne pas trop perdre votre temps à identifier le dernier service à la mode qui buzz. Intéressez-vous plutôt sur des plateformes sociales plus versatiles comme Tumblr (cf. Buddy Media’s CEO says 2012 is the year of Tumblr) ou sur des initiatives d’envergure à l’image de la communauté ReBrick de Lego (Lego Launches Social Media Platform).
Bon, ce n’est pas tout, mais il faut que je me dépêche de rédiger un autre article sur les nouveaux nouveaux Facebook (les trois candidats de ce mois sont Oink, AirTime et Little Monsters).