À une époque pas si lointaine, un consensus s’était créé autour de l’affirmation que les marques, organisations et individus n’avaient plus besoin d’un site web puisqu’une page Facebook fonctionnait mieux et permettait de toucher plus de monde. Avec le recul, j’espère que toutes celles et ceux qui affirmaient ça (j’ai une liste) ont changé d’avis, car en ce début d’année 2014 la baisse de la portée naturelle des publications (organic reach en anglais) est plutôt sévère : Studies show more than 40 percent decreased organic reach on Facebook et Facebook Admits Organic Reach Is Falling Short, Urges Marketers to Buy Ads.
Il existe de nombreux articles expliquant que cette baisse du taux moyen de reach est due à un changement d’algorithme, mais ne vous y trompez pas, elle est en fait directement lié au modèle économique de Facebook : en abaissant le taux d’affichage naturel des messages, Facebook augmente artificiellement la valeur de ses offres payantes de visibilité. Formulé autrement : plus le organic reach baisse et plus les revenus publicitaires augmentent. J’ai déjà publié de nombreux articles sur la façon dont Facebook a su imposer son modèle aux marques, mais je ne suis jamais réellement parvenu à m’exprimer de façon aussi limpide que Derek Muller, un podcaster qui a récemment publié une tribune d’exaspération : The Problem with Facebook.
Dans cette vidéo, l’auteur y explique que Facebook traite les producteurs de contenu comme des annonceurs. Comprenez par là que si vous avez du contenu, il faut payer pour le diffuser sur Facebook. Cette situation n’est pas nouvelle, car d’autres s’en étaient déjà plaints en 2012 : Facebook, I want my friends back. Si vous prenez un peu de recul, vous allez effectivement vous rendre compte que nous sommes dans une situation insensée : les éditeurs de sites web se sont donné beaucoup de mal pour faire grossir le trafic sur leur page, notamment en transférant leur audience naturelle, et ils sont maintenant contraints de devoir payer pour pouvoir diffuser du contenu à leurs propres fans. C’est comme si un centre commercial proposait un emplacement gratuit aux commerçants en leur demandant de rameuter leurs clients, puis leur facturait le nombre de visiteurs qui passent devant leur vitrine !
Certes, on ne peut pas reprocher à Facebook de monétiser son audience, car ça reste une société privée, mais les producteurs de contenu ont légitimement le droit de se sentir trahis. Autant il est normal de facturer la diffusion de publicités natives à des marques ou distributeurs, autant je trouve honteux de devoir payer pour diffuser du contenu, du vrai contenu, celui sans lequel Facebook n’existerait pas. Trouveriez-vous normal que Yahoo facture son trafic à ceux qui fournissent les contenus des chaînes ? Et pourtant, c’est ce que Facebook fait depuis des années, la pigeonnade du siècle…
Autant sur YouTube ou Twitter les contenus sont diffusés librement, avec le risque qu’ils passent inaperçus dans un flot continu de nouveautés, autant sur Facebook seules les marques et les artistes les plus puissants peuvent sortir du lot (cf. Avec les nouvelles pages et formats publicitaires, Facebook privilégie les marques fortes). Et encore, je ne vous parle même pas des messages de vos amis…
Pour bien faire, il faudrait dissocier les publications des pages et des profils : d’un côté les marques et artistes, de l’autre, vos amis. Ça ne vous rappelle rien ? Peut-être la nouvelle mise en page présentée en début d’année dernière (Une nouvelle version de Facebook pour laisser plus de place aux contenus et aux publicités) ? Le moins que l’on puisse dire est que ce nouveau news feed se fait attendre : uniquement disponible aux États-Unis et pour certains utilisateurs anglophones, cette nouvelle mise en page est censée désencombrer le flux de messages et donner plus de place aux messages de vos amis. Il faut croire que la pression des actionnaires est plus forte que la volonté d’améliorer l’expérience des utilisateurs…
Dernièrement les équipes de Facebook ont communiqué sur une évolution de leur algorithme pour rééquilibrer les chances de publication des messages de vos amis : News Feed FYI, What Happens When You See More Updates from Friends. Ils temporisent en soufflant le chaud et le froid, mais force est de constater qu’ils ne parviennent pas à concilier la satisfaction des utilisateurs finaux et leurs impératifs de rentabilité (les promesses faites aux marchés financiers).
Aux dernières nouvelles, ils avaient un plan pour faire de Facebook votre journal personnalisé, votre seule et unique source d’information : With ‘trending’ feature, Facebook wants to be your personal news hub et Facebook Could Launch Its Flipboard-Like News Reader This Month. Je me demande quel va être le critère principal pour choisir la « bonne information ». Bon en fait j’ai une petite idée, mais je préfère ne pas l’exprimer, car vous allez dire que je radote…