Blogs : attention à l’effet de mode

Les blogs sont à la mode, c’est indéniable. Mais par définition la mode est changeante (cyclique diront certains). Aujourd’hui je souhaite attirer votre attention sur le danger que peut représenter la sur-médiatisation des blogs. A trop encenser les blogs, nous risquons de créer un phénomène de frustration. Il est ainsi grand temps de démystifier les blogs et leur potentiel.

Blog ou RSS ?

Dans mon travail quotidien, je suis confronté à une réalité bien cruelle : tout le monde parle des blogs mais assez peu de gens savent réellement ce que c’est. J’ai ainsi de nombreuse fois été le témoin d’absurdité du type : est-ce qu’un blog peut être une bonne idée pour augmenter le taux de transformation ou encore ce client ne sait pas encore s’il veut faire un blog ou un RSS sur son site web. C’est affligeant ! Visiblement le virus du buzz-word a encore frappé, comme si la leçon n’avait pas été retenue avec l’effondrement de la bulle spéculative des années 2000.

Éduquer avant tout

Même si le JDNet a publié un dossier sur le sujet, je pense qu’il serait beaucoup plus profitable d’éduquer plutôt que d’essayer d’enfumer avec des termes à la mode : un blog c’est quoi ? C’est une série de brèves triées par date de publication avec des catégories et des archives. A partir du moment où un site publie des actualités, on peut par extrapolation dire qu’il publie un blog (encore faudrait-il que ce site publie également ces informations sur un flux XML). Rien de très nouveaux par rapport aux antiques pages persos qui ont fait la gloire des Multimania et autres Tripod. Peut-être les barrières à l’entrée ont-elles été encore rabaissées avec des services en ligne proposant des interfaces très simples (à l’image de Blogger) et des solutions d’hébergement intégrées.

Quid du modèle économique ?

Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai encore vu aucun modèle économique qui tienne réellement la route par rapport aux blogs. Tout au plus les programmes de publicités ciblées comme AdSense permettent-ils de générer quelques dollars de revenus par mois. Seuls quelques blogs privilégiés (comme Gizmodo) ont une audience et une influence suffisamment forte pour espérer vivre des revenus publicitaires. Pour les autres, ça reste du bénévolat.

Plus une menace qu’une opportunité

Et les blogs de marque me diriez-vous ? C’est justement là où ça coince, le blog est un outil de communication extrêmement délicat à manier. Il est régit par un code de conduite et une éthique redoutable où le moindre travers est immédiatement sanctionné (voir à ce sujet la mésaventure de Vichy). Pire, quand il s’agit de d’exprimer son mécontentement vis à vis d’un produit ou d’un service les blogs se révèlent être des armes redoutables : les exemples de Kryptonite et Kensignton feront date dans l’histoire de l’internet.

Et la syndication dans tout ça ?

A mon sens, la seule et unique innovation liée aux blogs est la syndication : la possibilité de récupérer la contenu brut d’un blog pour le publier ailleurs. Ors, quand j’épluche les statistiques de fréquentation de mon site, je constate un phénomène très étrange : sur les 3.000 visites journalières en moyenne, moins de 500 proviennent de lecteurs ?RSS ou d’aggrégateurs. Très étrange, surtout que l’audience de ce site est essentiellement composée de technoïdes et de professionnels du milieu de l’internet. Que peut-on en conclure : à peine 15% des lecteurs de ce site profitent pleinement du potentiel de syndication. 15% chez les technophiles, ça doit pas faire loin des 1% chez monsieur tout-le-monde. Le véritable potentiel des blogs est donc encore largement sous-exploité.

Conclusion

Même si les blogs génèrent beaucoup de trafic et d’engouement, ils n’en restent pas moins un phénomène de mode. Je ne partage pas l’enthousiasme de Loïc Lemeur (et c’est normal, c’est son gagne-pain pas le mien !), mais je ne veut pas non plus jouer les rabat-joie : tant que les blogs restent des initiatives personnelles ils représentent un formidable outil de communication, mais dès que l’on veut en tirer un bénéfice concret, ça reste très délicat. Un peu à l’image d’un pur-sang sauvage : magnifique mais indomptable. Arrêtez-donc de présenter les blogs comme la nouvelle killer application de l’internet pour éviter de créer de la frustation et engendrer un phénomène de lassitude voir de désintérêt.

Un commentaire sur “Blogs : attention à l’effet de mode

  1. C’est amusant de voir que ton propos rejoint exactement celui que j’ai tenu récemment à quelqu’un me demandant si un blog pouvait avoir un intérêt économique pour une société.

  2. Merci pour ces propos très synthétiques. J’ajouterais qu’il faut s’attendre à un certain « Darwinisme » en matière de blogs. Une grande majorité sont morts-nés ou de trop mauvaise qualité pour espérer être lus par un grand nombre de personnes. Qui lirons nous le jour où TOUS les internautes auront un blog (si ça arrive…mais quand je vois les skyblogs…)? Peu à peu (et c’est déja un peu le cas) la blogosphère va se cristalliser (tout en évoluant) autour d’auteurs « de référence » (et sans vouloir être lèche-bottes Fred est de ceux là).

  3. Merci pour ces propos très synthétiques. J’ajouterais qu’il faut s’attendre à un certain « Darwinisme » en matière de blogs. Une grande majorité sont morts-nés ou de trop mauvaise qualité pour espérer être lus par un grand nombre de personnes. Qui lirons nous le jour où TOUS les internautes auront un blog (si ça arrive…mais quand je vois les skyblogs…)? Peu à peu (et c’est déja un peu le cas) la blogosphère va se cristalliser (tout en évoluant) autour d’auteurs « de référence » (et sans vouloir être lèche-bottes Fred est de ceux là).

  4. Effet blog, effet de mode J’adore, je jubile. Si vous ne comprenez pas cet article que vous allez devez lire, alors passez votre chemin. Extraits : A trop encenser les blogs, nous risquons de créer un phénomène de frustration. Il est ainsi grand temps

  5. Je vais me faire l’avocat du Diable et prendre la défense des Skyblogers : ils sont jeunes et naïfs, ne leur jetons pas la pierre. Je préfère qu’ils racontent des âneries sur leur blogs plutôt que de tagger dans les rues.
    /Fred

  6. Sur le faible (selon vous) taux de visites issues d’un fil de syndication : Ne serait-ce pas que l’essentiel de vos lecteurs sont tout simplement des lecteurs occasionnels et pas réguliers ? Des internautes qui accèdent directement au contenu qui les intéresse via un moteur de recherche ou un lien direct sur la toile et qui repartent souvent aussitôt après leur lecture ?

  7. J’ai une expérience différente quand à la syndication : près de 40 % du traffic de mon blog se fait sur flux RSS et Atom (10 % vient de recherches sur Google).

  8. C’est un très bon article en effet, mais ne diabolisons pas non plus à l’extrême. Ne donnons pas aux blogs plus de pouvoirs et d’intérêts qu’ils en ont. Si on ignore les skybloggers et les blogs intimes, beaucoup (comme le tien) apportent un regard critique sur l’information par rapport aux medias traditionnels, un gain de temps (beaucoup de revue de presse par exemple) et pour ma part une réactivité dans mon boulot que je n’avais pas avant… Quant à la syndication, quels sont vraiment les statitiques à l’échelle blogosphérienne?

  9. En fait, au-delà des statistiques d’utilisation de la syndication ma réflexion est la suivante : un blog ne se différencie d’un site web que s’il est pleinement exploité (syndication, commentaires, trackbacks, visite des archives, tri par catégories…).
    Tant que l’utilisateur lambda ne se sera pas approprié toutes ces fonctionnalités différenciantes alors les blogs n’auront pas révélé leur vrai potentiel. C’est comme si vous me disiez : l’avenir de la téléphonie mobile c’est la visioconférence. Depuis peu, des solutions techniquement fiables existent, mais existe-t-il pour autant un réalité économique (rentabilité) et sociologique (déploiement des usages à grande échelle) pour ce nouveau service ? J’en doute, pour l’instant ça reste encore anecdotique.
    /Fred

  10. Je partage tout à fait ton analyse. Il y a un certain temps de celà, alors que je demandais un échange de liens, on m’a répondu que je n’avais qu’à faire un blog pour en bénéficier. Ce n’est pas anecdotique mais bien révélateur. Car j’ai pourtant toutes les caractéristiques du blog : syndication, calendrier des news (désactivé, je trouve ça inutile), … Il fallait donc rejoindre la Blogosphère, la vraie, celle des Dotclear pour faire parti d’une vraie communauté. On ne fait donc plus un lien par rapport au contenu et au qualitatif, mais par rapport à l’emballage, au paraître. Je rajouterais qu’à ce rythme, le blog va vite devenir péjoratif, car le reflet de l’expression subjective d’un individu (égocentrisme, narcissime, jeunisme, …), de ses « délires existentiels ». Bref, un peu le café des lycéens sur le web : beaucoup d’enthousiasme, beaucoup de participation, tous les sujets sont traités, on refait le monde (récemment la Contitution Européenne), et puis on passe à autre chose aussi vite. L’effet ne durera pas. Ce qui n’empêche pas dans le lot d’avoir quelques fois du qualitatif !

  11. Le but d’un blog est de publier du contenu, pas de générer des revenus. Les pages persos, les jorunaux intimes, n’ont pas de modèle économique et n’en aura jamais car ce n’est pas leur but. LLM vend des outils et de l’hébergement de blog à des particuliers ou des entreprises, comme on vend des sites internet et des serveurs. Seuls lui et ses semblables en tirent un bénéfice concret. Dans le cas des entreprises qui utilisent un blog, le bénéfice est avant tout en terme d’image, de communication, de connaissance et d’échange, je pense. Les espèces sonnantes et trébuchantes pourront venir de l’acquisition de nouveaux visiteurs, se transformant éventuellement en clients. Quant à savoir si la mode passera ou pas, je crois que nous n’avons pas encore assez de recul pour l’instant.

  12. Vraiment tres bon! Je rejoins completement ton point de vue mais relativiserais juste un peu sur le fait que je pense que nous sommes en plein effet d’apprentissage autour du RSS (et ce lié a une démocratisation des blogs finalement très récente…) … laissons donc un peu d’eau couler sous les ponts avant de se prononcer sur l’avenir de ces fonctionnalités. Entre nous, je pense que tant qu’aucun gros « player » ne s’attaquera a un lecteur de flux Grand public, je doute que l’internaute Lambda se penchera sur cette fonctionnalité… Mais je reste assez optimiste sur l’avenir de tout ca :)

  13. La nouveauté aussi du blog (principale aurais-je envie de dire) est de mettre à disposition des gens des outils simples pour publier sur le Web. Tout comme un CMS, certes, mais encore plus simple car la modélisation de l’architecture du site elle-même est archi-simple (ce qui rend l’outil plus facile à utiliser). Pour les entreprises, l’avantage est de pouvoir mettre au point des outils de communication qui sont alimentés par les agents eux-mêmes, contrairement à un intranet classique. Pour les skyblogs, le danger est que ces ados n’ont pas du tout conscience qu’ils font acte de publication. Je te rejoins donc sur un point : « éduquer avant tout » !

  14. Bien frappé. Tout à fait d’accord. Je ne suis guère surpris hélas …
    Ce qui est « effet de mode » des blogs l’a été aussi pour beaucoup de choses : au début, c’est un Eldorado dont on se délecte en cercle restreint. Puis ça se démocratise. Puis tout le monde s’y met, puis ça devient « à la mode », puis ça devient une calamité.
    Il devient de plus ardu de naviguer dans cette gigantesque soupe.
    « Effet de mode ». Ca l’a été pour l’ordinateur à la maison, l’internet, puis l’internet haut débit, le peer-to-peer, maintenant les blogs, et quoi demain ?
    Envahi de publicité, internet devient aussi gonflant que ma télévision.
    Je déploie beaucoup d’énergie à vider ma boite aux lettres remplie de spam. J’ai l’impression de surfer sur un océan rempli de détritus. Quand ce ne sont pas les e-scroqueries de tout poils que l’on voit fleurir ça et là, qui servent même de support à un vocabulaire naissant : spam, hoax, phishing …
    Voilà, c’était le coup de gueule aigri d’un vieil internaute idéaliste de la vieille école qui croyait, à l’époque de « club-internet à 70F pas mois » que grâce à internet tout était encore possible, avant que la bêtise humaine s’en empare. Avoir encore cette délicieuse impression d’avoir découvert une île déserte, gâchée d’un coup par la vue des promoteurs qui débarquent et des gratte-ciels qui poussent.
    Tout ça est à prendre, bien sûr, au premier degré et-demi, mais ça fait tellement du bien de couiner un peu. »Simplifions l’Internet ». Tout à fait d’accord avec toi, Frédéric : je vais déja essayer d’apprendre, avec d’autres, à ne pas en faire n’importe quoi.

  15. Bien que je sois d’accord avec les observations que j’ai évoqué en octobre 2004 je crois qu’il ne faut tomber dans l’exces inverse. Les blogs tel que nous les connaissons aujourd’hui ne sont qu’une première étape. Je découvre chaque jour de nouvelles fonctionalités qui viendront étayer de nouveaux business modèles. Je pense que cela se fera sous la forme de flux RSS 2.0 en utilisant largement les attributs catégories. Je crois aussi que nous assistons à une trés large démocratisation de l’utilisation de l’outil internet pour communiquer. Dans quelques années les Skybloggers seront dans les entreprises avec leurs reflex « blogs ». Ils inventeront alors de nouvelles formes de communications. Quand aux effets de mode c’est un phénomène social qui se porte dans le cadre de ce débat sur la techno, mais il en est de même pour les couleurs de la décoration, les tenues vestimentaires ou les tendance littéraires. Nous sommes ainsi fait !… Pour en savoir plus, rendez-vous sur http://www.cyberstrat.net/blog.htm JC

  16. Dans quelques années les Skybloggers seront dans les entreprises avec leurs reflex blogs. Bravo JC pour cette reflexion pleinne de bon sens. Tu marques un point !
    /Fred

  17. « Quid du modèle économique » Et alors? Une idée, un concept doit-il obligatoirement se traduire en retombés économiques pour être intéressant?? Le blog c’est un peu le retour aux sources pour l’Internet. Au lieu de quelques serveurs commerciaux centraux et de millions de lecteur/consommateur passif On retrouve « l’esprit originel de l’Internet »: Tout le monde peut tour à tour être client ou serveur, lecteur puis contributeur, dans un esprit de partage où l’on progresse tous ensemble. Dans ce sens on encencera jamais trop le concept des blogs. Si on cherche de la « croissance » dans les blogs , il ne faut pas s’attendre à des retombés directes. Juste une question, combien de contrats ou au moins de contact décroché par Fred Cavazza grâce à son excellent blog? N’est ce pas là au moins une partie d’un model économique qui tien la route??

  18. Pour répondre à ta question Aurélien, et au risque de te décevoir, il n’est question dans ce blog que de l’internet et ses pratiques dans un cadre pragmatique et professionnel (au sens marchand du terme). Depuis maintenant plus de 2 ans que ce blog existe, je n’ai encore jamais parlé d’initiatives ou de projets artistiques, citoyens ou même humanitaires. Et c’est un choix.
    Le message que je souhaitais faire passé dans mon billet (et il n’est visiblement pas tout à fait passé…) est qu’il ne faut pas faire passer les blogs pour la révolution de l’internet qui va permettre aux entreprises de multiplier leurs revenus. Certes, les blogs sont un formidable outil d’expression pour les individus, mais cela reste encore très délicat pour une entreprise.
    Et pour infos, je n’ai pas encore gagné 1 centime avec ce blog, ce n’est que du bénévolat.
    /Fred

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