À quand des ebooks enrichis ?

Voilà près de 3 ans que les ebooks (et e-readers) sont commercialisés auprès du grand public. Après un démarrage timide (euphémisme), le marché du ebook est en pleine explosion aux Etats-Unis sous l’impulsion d’Amazon et de son Kindle (ils ne communiquent pas ouvertement sur les chiffres, mais il semblerait que le point de bascule ne soit plus très loin avec le lancement du Kindle 3 : xx). Mais le reste du monde n’est pas en reste avec un marché asiatique très dynamique (boosté par des géants de l’électronique grand public comme Sony ou Samsung), mais une Europe manifestement à la traine. Je ne souhaite pas rentrer dans une laborieuse explication des raisons de ce retard (prix beaucoup trop élevé, trop peu de titres disponibles, faible choix dans les e-readers…) car cela ne ferait qu’enliser mes propos dans un débat houleux. Je préfère ainsi essayer d’imaginer comment l’industrie du livre pourrait développer un nouveau type de produit : le ebook enrichi.

Un texte enrichi, mais pas de multimédia

L’idée de donner vie à une œuvre n’est pas nouvelle : L’iPad fait ça très bien avec de superbes œuvres animées comme Alice in Wonderland ou Grimm’s Rumpelstiltskin. Autant je ne peux qu’admirer le magnifique rendu de ces versions, autant je suis en droit de m’interroger sur leur nature même : Livre animé ou application multimédia ?

Quand on y regarde de plus près, cet Alice in Wonderland est plus proche du DVD-Rom interactif remasterisé à la sauce tactile que du livre électronique. De plus, cette version nécessite impérativement un écran couleur de très bonne qualité, le type d’écran qui vous fatigue les yeux et vous empêche de réellement lire à l’écran. La solution est donc à trouver ailleurs, car il n’est pas besoin de vidéos ou d’animations HD pour faire vivre une oeuvre. Nous avons ainsi l’exemple de Charlie Orr qui propose d’animer les couvertures de livres pour les rendre plus attractives : The Digital Book Cover. Nous ne parlons pas d’animation en 1080p-3D-100Hz, mais plutôt d’animations toutes simples qui donnent vie et illustrent sans nécessairement engendrer de gros coûts de production :

http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=11975408&server=vimeo.com&show_title=1&show_byline=1&show_portrait=1&color=00ADEF&fullscreen=1&autoplay=0&loop=0

Encore une fois l’idée n’est pas de faire mieux qu’un DVD-Rom ou un jeu vidéo, mais plutôt de faire un tout petit mieux que les ebooks que nous connaissons. Car il faut bien reconnaître que les livres électroniques actuellement commercialisés sont terriblement pauvres, ce ne sont que de simples versions numérisées des manuscrits. Nous pourrions ainsi comparer les ebooks aux sites web « plaquettes » du siècle dernier. Quel dommage de ne pas pouvoir donner vie au texte et plonger le lecteur dans une expérience plus immersion.

Enrichir directement le texte

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de formats hybrides comme Level 26, un livre associé à des vidéos que les lecteurs peuvent récupérer sur le site-compagnon. Cette première expérimentation à grande échelle est certes très intéressante, mais nous parlons ici de contenus additionnels similaires aux bonus d’un DVD : Ils viennent avant ou après l’œuvre, mais pas pendant.

L’idée que j’ai derrière la tête est plus d’enrichir directement l’œuvre et pas seulement l’inter-chapitrage. Même si les ereaders actuellement proposés sur le marché sont techniquement limités (l’encre électronique a fait de gros progrès en matière de lisibilité mais reste N&B et statique), la prochaine génération de lecteurs va autoriser des choses beaucoup plus intéressantes avec de la couleur et un taux de rafraichissement suffisant pour faire des animation fluides (mais pas de la vidéo Full HD). Qualcomm est ainsi en train de finaliser sa technologie Mirasol qui s’inscrit tout à fait dans ce cadre :

Améliorer l’aspect visuel des livres est une chose, mais il serait également possible d’améliorer considérablement l’expérience de lecture en « activant » deux sens supplémentaire : l’ouï et le toucher.

Animations, bruitages et vibrations au service de la narration

Il ne serait ainsi pas très compliqué (ni trop coûteux) de rendre un texte plus vivant en l’enrichissant de raffinements graphiques, de bruitages et de vibrations. Souvenez-vous l’idée est de rendre un texte plus vivant et non de concurrencer la vidéo. Animoto est un bon exemple sur le créneau des diaporama enrichis : Créer une oeuvre émotionnellement plus riche à partir d’une matière première brute (le texte).

Nous pourrions ainsi envisager un certain nombre d’enrichissements graphiques pour les ebooks :

  • Une couverture animée ;
  • Des effets typographiques (ex : une typographie associée à chacun des personnages dans un dialogue) ;
  • Des transitions animées ;
  • Des fonds de page illustrés pour « poser » le décor ;
  • Des animations (vibration ou ondulation du texte)…

De même, il y aurait beaucoup de chose à faire avec un enrichissement sonore :

  • Musique pour introduire un chapitre ;
  • Ambiance sonore de fond pour installer l’ambiance d’un passage (ex : bruits de circulation, de foule, de mer, de gare, vent dans les arbres, tic-tac d’une horloge…)
  • Courts passages récités par des acteurs…

Et tant qu’on y est, nous pourrions même fantasmer sur des vibrations (ex : Lors d’une course poursuite ou pour accompagner la description d’un tremblement de terre). Des vibrations qui pourraient également être synchronisées avec la lecture pour accentuer une explosion, un coup de feu (à l’aide d’une technologies de eye-tracking appliquée aux e-readers : Vers des interfaces transparentes pour les ebooks ?).

Bref, les possibilités sont nombreuses et les œuvres y gagneraient en intensité. L’application la plus réaliste à laquelle on peut penser est la conversion des BDs et mangas. Une version numérisée et enrichie justifierait un prix de vente élevé et permettrait de dégager des revenus complémentaires pour les éditeurs (tout comme vous êtes tenté d’acheter la version Blu-Ray 3D d’un film que vous avez déjà en DVD, vous pourriez être tenté d’acheter la version enrichie d’une BD que vous possédez déjà en papier). Qui ne se laisserait pas séduire par un Tintin remasterisé ?

D’autres applications pour mieux apprécier un texte

Nous pourrions également envisager d’autres fonctionnalités :

  • Nettoyer le texte des mots vulgaires ou des descriptions trop crues pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes ;
  • Pourvoir basculer d’une narration à la première personne vers une narration à la troisième personne (ex : « J’ouvris la porte » > « Il ouvrit la porte« ) ;
  • Localiser une oeuvre en changeant les paramètres régionaux (ex : lieux cités, prénoms utilisés…) ;
  • Mettre à disposition un assistant à la compréhension d’une intrigue particulièrement compliquée (ex : liste des protagonistes et diagramme de relation façon organigramme, résumé des chapitres déjà lus, historique des déplacements d’un personnage sur une carte…).

Certes, tout ceci pourrait vous amener à penser qu’il y a un risque de dénaturer l’œuvre originelle, moi j’y vois plus un moyen d’améliorer l’expérience de lecture et d’apporter de la valeur ajoutée à un lectorat qui passe de plus en plus de temps devant un écran.

Pour le moment tout ceci n’est que pure spéculation de ma part, mais si vous avez des exemples à me donner ou des projets à me présenter, je suis preneur.

Une nécessaire évolution

Les plus sceptiques d’entre-vous pourraient assimiler ces enrichissements à un gadget, mais d’un point de vue « marché », les ebooks n’apportent qu’une valeur ajoutée très faible par rapport à leur équivalent papier (surtout quand un livre électronique est vendu le triple de la version livre de poche). L’enrichissement des oeuvres semble donc être un bon moyen de justifier à la fois un prix de vente élevé (afin de maintenir les marges des éditeurs) et un équipement des lecteurs qui doivent investir dans un e-reader.

Ma vision est peut-être extrêmement naïve, mais je vois mal comment faire décoller les usages alors que l’offre est aussi pauvre. Certes, le marché va pouvoir compter sur les initiatives d’acteurs industriels (Amazon vient juste d’ouvrir la version anglaise de son Kindle Store et Google lancera d’ici la fin de l’année son offre Google Editions au Japon) mais il manque à mon sens un stimuli fort pour viabiliser le créneau. Les interfaces riches au secours de l’e-édition ? Pourquoi pas…

29 commentaires sur “À quand des ebooks enrichis ?

  1. Kevin Rose, créateur de Digg, faisait déjà des propositions similaires en juin dernier : http://www.youtube.com/watch?v=odQfE48wM_M&feature=player_embedded. En résumé (repris du blog « La Feuille » d’Hubert Guillaud : http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2010/06/17/des-livres-numeriques-avec-des-fonctions-sociales/) :

    – Avoir des infos sur les personnages et les lieux (dans le cas de sagas, ce serait top)

    – Partager des annotations, passages surlignés

    – Prêter sa version d’un livre à ses amis (de façon à voir où il en est dans la lecture, ce qu’il a souligné, etc.) Idée d’un club de lecture virtuel en temps réel quoi.

    – Statistiques de lecture, pour développer des métriques personnelles.

    – Trouver des explications/compléments de manière textuelle ou vidéo sur un mot, un passage

    Ces propositions, plus orientées sociales, me semblent plus intéressantes. Il existe déjà bien des livres interactifs sur l’App’Store et Dracula débarque même bientôt (http://www.youtube.com/watch?v=dA8B4lqcwJA&feature=youtube_gdata) Des options et innovations, on peut en rajouter des tonnes, si on prend pas en compte l’expérience de lecture sociale, ça ne sert à rien. Pourquoi ?

    On dirait qu’on ne peut plus lire seul : les réseaux sociaux nous ont progressivement privés de notre solitude (voir Read/Write book, le livre inscriptible : http://leo.hypotheses.org/2474), phénomème qu’observait déjà George Steiner dans ses « Entretiens » où il remarque 1°/ Que les « jeunes » ont peur du silence 2°/ Que les éditions gagnent en commentaires/gloses érudites 3°/ Que le texte de base est recouvert. Moi-même, il y a quelques années encore, j’avais du mal à me plonger dans la lecture d’un texte classique sans commencer par une préface, une note bref, sans être « entouré » (et les éditions récentes, Garnier-Flammarion et autres, vont dans ce sens). J’ai peur de lire seul. Et je ne suis qu’un héritier d’une longue tradition : au XII°s-XIII°s en France, la lecture monastique (immersive) a été remplacée par la lecture scolastique (commentaires, annotations dans les marges, consultation rapide de tel passage), fonction d’une évolution du libre (rubricage, divisions en paragraphes, tables de concordance et index) telle qu’on l’observe aujourd’hui.

    Un triangle se mettrait donc en place :

    Accroissement des connexions + difficulté à être seul = appréhension à lire seul, qui nécessite de prendre en compte, en plus de l’aspect « multimédia » d’un livre, ses fonctions sociales.

    L’aspect « multimédia » pose d’ailleurs des questions et génère des conséquences :

    – A quel texte se référer si chacun peut le modifier (je ne parle pas de mots, annotations, mais bien de remplacement, notamment celui que vous évoquez : changer de temps, supprimer des passages salaces). Autrement dit : quelle valeur donner aux futures éditions critiques, qui, en comparant différentes « versions » d’un texte, proposent la plus fiable ? Questions intéressantes pour des sociologues qui voudraient recomposer la réception d’un texte et la mentalité de ceux qui le lisent (il faudrait pour ça avoir accès aux versions personnalisées de chacun). Bref, ça pourrait donner à terme une histoire de la mentalité d’un texte.

    – Quel statut donner à l’auteur ? L’auteur est celui qui « signe » le texte, qui lui donne sa crédibilité en mettant en jeu sa personne. Il ne deviendrait donc qu’un « fournisseur » de contenu ?

    La place de l’éditeur et du critique pourrait ainsi être redécouverte : en étant face à un texte d’une nature si variée, l’utilisateur pourrait être amené à demander le texte d’origine ou, du moins, s’il devait être amélioré par un autre utilisateur (des traducteurs améliorent bien des auteurs…), à demander à ce que le critique ou l’éditeur le réévaluent, le place en tête d’un « classement ». Perturbé dans sa consommation, l’utilisateur lambda redécouvrira peut-être ainsi des notions et des fonctions éditoriales qui allaient de soi.

  2. Merci So(cial)BookOnline (je peux t’appeler « So » ?). Le trailer de Dracula sur iPad me conforte dans l’idée que se sont plus des oeuvres interactives que des livres (ça et Alice).

    Tout ce que propose Kevin Rose peut être fait sur une plateforme sociale dédiée (Shelfari par exemple), non ?

    Concernant le texte de référence, c’est celui de l’auteur. Tout comme il y a la version « director’s cut » dans un DVD, le texte de référence sera toujours disponible. Le travail de l’éditeur est donc de commercialiser ce texte de référence sous différents formats, dont un format « épuré » ou à la troisième personne (en fonction des préférence du lecteur).

  3. Pour ce qui est de l’enrichissement au niveau de l’histoire, je pense que ça va à l’encontre du livre. Quand on lit, on se crée un imaginaire unique, qui n’appartient qu’à nous. On a les images en tête. Ajouter des bruits de fonds influenceraient notre façon d’imaginer. Par contre, entre deux chapitres ou la première page pourquoi pas, tant qu’on touche pas au texte.

    Ta note me fait penser que quand j’étais à l’école nous devions sans cesse lire des bouquins. A chaque fois, nous avions un test pour savoir si nous avions lu et compris l’histoire. Il y avait également un test de vocabulaire. Notre prof nous disait à chaque mot incompris, notre dictionnaire devait intervenir. Je verrais bien une aide contextuelle pour le vocabulaire avec la possibilité de les mettre en notes pour se les rappeler régulièrement.

  4. Mais avec plaisir, cher Fred(dy), appelons-nous de nos petits prénoms. ;)

    1°/ Concernant Alice : évidemment, l’oeuvre interactive appelle aujourd’hui une redéfinition du « livre » (Chartier s’est même longuement intéressé à la question dans son Podcast du « Collège de France », « Qu’est-ce-qu’un livre ? »). Je crois qu’il y a plusieurs choses à distinguer là :

    – Le livre ancien (classique) augmenté (ici l’Alice et Grimm)

    – Le livre contemporain adapté au multimédia (comme un bouquin adapté au cinéma)

    – Le livre conjointement écrit avec l’auteur dans une version directement multimédia

    Dans les deux premiers cas, ce qui est en jeu, ce sont les différentes états TEMPORELS du même livre : il n’y a pas vraiment lieu de s’interroger sur sa définition, non ? D’autant que l’image, dans ce cas, n’a qu’une valeur ludique, pédagogique et illustrative. Elle ne rentre pas en collision avec le texte, n’accroît peut-être même pas sa résonance.

    Le troisième cas pose plus de problème (il y a simultanéité) parce qu’il change radicalement la perception que nous avons du livre en détruisant les signes qui nous le rendaient familier. Des tentatives marginales ont bien été réalisées à la fin du XIX°s-début du XX°s (Mallarmé, Tzara…) mais ce qui fait débat aujourd’hui, c’est la généralisation de cette désagrégation. Question, donc : si le livre n’est plus reconnaissable par son support, comment pouvons-nous encore le reconnaître ? Je n’ai pas de réponse. Ce qu’on pourra peut-être constater, à terme, avec l’intangibilité (ou dématérialisation), c’est un retour physique aux livres hors-normes : livres géants, livres minuscules, livres ultra fins.

    2°/ Concernant le texte de référence : ce sont des tentatives là aussi anciennes (le livre de Cortazar, par exemple, « Marelle », qu’on peut commencer où on veut). Cortazar (mais également les nouveaux romanciers des années 50-70) proposait alors différentes versions, et posait une question de littérature « grave » : celle de la contingence. A partir du moment où je peux commencer un texte de la façon que je veux, que je peux le lire comme je veux, quelle valeur, encore une fois, donner au choix de l’auteur ? Dans le cas de Cortazar, la solution a été trouvée : si le lecteur peut commencer où il veut, c’est selon une logique définie par l’auteur (il y a différents « parcours »). Et ce qui change alors, c’est la DISPOSITION du texte, et non pas son contenu.

    Dans le cas que vous mentionnez (perso, je trouve ça plutôt stimulant), ça pose des problèmes de nécessité/contingence puisqu’on touche au contenu. Si, par exemple, l’utilisateur peut changer automatiquement les temps (parce que le passé simple, ça fait un p’tit peu trop littéraire), selon une logique définie uniquement par l’éditeur, on ne change pas seulement une conjugaison, mais un rapport à l’histoire, à la pensée bref, au choix de l’auteur. Or, c’est ce que choix qui marque la « nécessité » du texte (le texte tel qu’il n’aurait pas pu être autrement qui fonde sa conscience, sa valeur littéraire).
    Ok, vous le dites bien, il y aurait la possibilité de le réinitialiser pour retrouver sa première forme. Mais quelle autorité donnée à un auteur qui accepterait un tel changement ? Car pour lui, un mot est un être vivant : ajoutez-lui une lettre, et ce sont des antennes qui lui poussent. On peut bien les couper, les réinitialiser, elles continueront de gesticuler, ne serait-ce que dans la perception alors donnée du texte. Est-ce que ce changement, dans votre conception, sera autorisée par l’auteur ? Et si oui, relira-t-il entièrement son texte ? La définition de l’auteur pourrait s’en trouver affectée, entre ceux, les plus paresseux, qui l’autoriseront sans travail préalable, et les autres, plus exigeants, qui chercheront à ajuster les moindres détails.

    Ce sont vraiment de très belles initiatives, et je suis pour à 100%. J’essaie juste de saisir les conséquences qu’elles pourraient générer. De la même façon qu’on se demande, dans le cas d’oeuvres anciennes, si la version « première » est préférable à la seconde (des poèmes de Rimbaud, retouchés, sont meilleurs dans leur seconde version…Alors qu’est-ce qu’on fait, quand on a des contraintes économiques et qu’on peut pas proposer tous les états d’un même texte ?).

    Evidemment, ces questions ne se posent que dans des cas spécifiques : les livres pour enfants, les livres utilitaires, de voyage, accueilleront ces changements sans dommage…Mais là encore, point important je trouve : « accueillir ces changements sans dommage », c’est déjà considérer qu’il existe une littérature contingente, moins sérieuse, et une autre qui ne saurait autoriser ces changements ?

    De conséquences en conséquences, on voit donc bien que ce sont les notions de « valeur », de « littérature », de « normes » et de définition du livre qui doivent être débattues. Et sans peut-être « délirer » autant (parce qu’il s’emporte, le So :-)), faire une distinction entre les différents états du livre, les genres visés et les auteurs me semble essentiel. Sinon, difficile de savoir de qui, de quoi en parle et, surtout, en quels termes on peut/on doit en parler.

  5. @Katsura : notre façon de saisir un texte est déjà influencé par l’autorité de l’éditeur qui l’édite…Le même texte, en édition de poche et en pléiade, n’a pas du tout la même résonance. Une couverture, un papier (Corti et ses pages à couper) orientent de la même façon la réception…Mais on est tout à fait disposé à les accepter dans le cas d’illustrations anciennes, curieusement (Gustavé Doré illustrait bien des bouquins au XIX°s et on ne vient pas pester contre ce parasitage illustratif…). Car en fait, ce qui nous dérange, ce sont les expérimentations contemporaines, qui n’ont pas encore été avalisées par le temps.

  6. En regardant le post de « 2010-2011 : (re)découverte de l’éditeur » de So(cialBookOnline, je pense à une application :

    Celle permettant aux lecteurs de corriger les fautes (dans le cas des bouquins scannés et OCRisés) ou les coquilles pour les ouvrages techniques.

  7. Article très intéressant (comme souvent) mais pour moi le principal frein sera d’ordre technologique :

    Si les différents éditeurs (Amazon / sony / bookeen, etc) ne se mettent pas d’accord sur un standard, nous retomberons sur du gadget qui aura du mal à prendre.

    Du coup ce genre d’innovation se retrouvera plus sur certaiens appli interactives pour iPad et éventuellemen autre tablette réussissant à obtenir une part de marché satisfaisante.

    Je suis totuefois d’accord avec katsoura, l’imaginaire lorsque nous lisons un livre est très important, surtout sur l’aspect visuel.
    Sur l’aspect sonore effectivement cela peu apporter un plus, mais comment être sûr que le son / musique se déclenche au moment opportun ? Sans doute faudra-t-il revoir la structure de certaines pages pour les adapter au déclenchement d’actions précises.

    Toutes les applications en revanche d’ordre dictionnaire, encyclopédie (pour les références historiques), carts et autre pourraient effectivement être intéressantes.

    En attendant il serait bon que la France décolle déjà plus dans le livre électronique.
    Pour ma part je pense commander mon premier bookeen prochainement (un peu de chauvinisme technologique ne fera aps de mal).

    Je conseille également de lire le coup de gueule de Thierry Spencer sur le livre électronique en France :
    http://sensduclient.blogspot.com/2010/09/irritant-le-livre-electronique-en_12.html

  8. « les ebooks n’apportent qu’une valeur ajoutée très faible par rapport à leur équivalent papier (surtout quand un livre électronique est vendu le triple de la version livre de poche) »

    Hum, c’est assez rare, ça quand même, non ?

  9. Certains marketeurs lancent des vidéos-books, ca donne déjà un bon coup de vieux aux ebooks. je pense à vincent delourmel qui est l’un des rares à proposer ce genre de produits virtuels.

  10. Je ne suis pas très inspiré par les tentatives de transformer le Ebook en une sorte de CD ROM sous anabolisant.
    Je trouve l’approche De IDEO intéressante en imaginant l’évolution de l’Ebook vers plus de contextualisation, plus de socialisation et plus d’implication du lecteur dans un récit.
    À visionner :

  11. Bonjour,

    Merci pour cet article sur un sujet passionnant et la discussion dans les commentaires.

    Pour le contenu, je pense que tout est possible et c’est ce qui est génial. Tout est à inventer. Pas de nécessité de savoir si on est proche du livre traditionnel ou du dvd interactif. Ce sera les deux. Un joyeux mélange entre le texte, l’image, la vidéo, la personnalisation, l’interaction avec l’auteur et les autres lecteurs, le téléchargement, le streaming, en entier ou par épisode, la copie ou le droit d’utilisation. D’un coté, certains ne feront que du texte à lire. A l’autre bout, vous aurez un contenu multimédia à construire, interactif et social. En fait, au minimum, tout ce qui a été fait sur les autres médias sera possible.

    Je suis d’accord avec @Piffeur que le point fondamental pour le décollage est la nécessité d’un standard qui boostera les ventes et l’usage.
    Aujourd’hui les offres sont par marque de lecteur qui nous propose un ensemble fermé de livres.
    Est-ce que quand on achète un dvd, on est limité par la marque de son lecteur? Est-ce que quand je regarde une chaine de télévision, cela dépend de la marque de mon téléviseur (bon d’accord ça commence avec la télévision connectée, mais cela ne durera pas pour les mêmes raisons)? Est-ce que pour aller voir fredcavazza.net vous devez avoir un écran Viewsonic, un ordinateur HP et un OS Windows? Rappelez-vous les combats pour le VHS ou plus récemment le blueray.
    Rappelez-vous aussi les mobiles wap avec les wall garden (pour un constructeur ou un opérateur on ne pouvait accéder qu’au jardin de contenu proposé). Cela n’a pas tenu (Merci Apple). Cela ne tiendra pas plus pour le livre électronique.

    En fait le problème du livre, selon moi, est qu’il fait un saut conceptuel fondamental. On découvre la notion de lecteur (appareil de lecture, liseuse,…) pour le livre. Alors que jusqu’à maintenant le terme « livre » décrit, à la fois, le contenu (le texte) et l’appareil de lecture (cf. un article sur le sujet sur mon blog http://bit.ly/ct7q8T). Mais avec un livre électronique, même simple numérisation du texte, on a besoin d’un Kindle, d’un ipad, ou d’un ordinateur. Et cela jette brutalement le livre dans le même bain que les autres industries médias.
    Alors la question selon moi est d’abord de définir les mots de la nouvelle industrie du livre.

    Frédéric

  12. Et si l’avenir des eBooks était à la sobriété !

    Quel est l’intérêt de toutes ces évolutions qui tendent à faire ressembler un livre numérique à une page web ou à un DVD interactif.

    L’ excellent ouvrage de Nicolas Carr au titre inutilement racoleur What the Internet is doing to our brains: the shallows, propose une analyse assez fine de notre relation au livre.

    Dans un quotidien numérique où nous ne gérons que des interruptions :email, tweet, sms, hyperliens dans un texte … le livre ou sa forme électronique, si elle reste épurée, nous propose un isolement propre à la réflexion.

    Le livre papier a survécu à la radio, au cinéma et à la télé. Pourquoi ne survivrait il pas sous sa forme électronique à l’hyper multimedia ?

  13. Très intéressant! L’idée « d’inventer » un nouveau média qui n’est pas un DVD interactif mais un texte enrichi est excellente! Les exemples donnés sont bien vus.

    Je m’imagine déjà lisant une œuvre avec une arrière plan légèrement animé, un fond sonore qui me permettrait de me plonger encore plus dans l’ambiance du livre. Certes je n’aurai plus la liberté d’imager les décors et les personnages, mais je gagnerai une expérience plus intense.

    L’idée d’avoir une lecture éclatée où plusieurs navigations seraient possibles de lien en lien m’intéresse moins. Avoir des animations multimédias qui envahissent l’écran et ressemblent trop a des gadgets serait décevant. En revanche avoir une lecture linéaire comme une vidéo mais sans être assailli par les images, en prenant le temps que je veux pour savourer chaque passage ou accélérer à d’autres moments: Quel bonheur!

    Économiquement cela peut tenir la route. Le surcoût de production (non négligeable) pour de meilleurs de ventes pourra peut être s’amortir. Si les éditions décident de faire ce grand pas, je m’achète immédiatement un e-book.

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