Minecraft = Second Life + Lego universe – 24 bits

Connaissez-vous la toute dernière destination à la mode ? Non il ne s’agit pas de CityVille (la dernière réalisation de Zynga) mais bien de Minecraft. Pour faire simple, Minecraft est à la base un jeu de construction qui s’est petit à petit transformé en un quasi-univers virtuel avec une communauté très active.

Un jeu à la fois simple et complexe

Au commencement était donc Minecraft, un jeu au look très rétro (façon 8 bits) dans lequel vous évoluez sur une île générée de façon aléatoire où vous avez la possibilité de façonner l’environnement selon vos gouts (un peu comme dans Populus). L’intérêt de façonner l’environnement est de trouvez des matières premières (terre, bois, minerais…) pour concevoir des outils et vous construire un abri. Cet abri vous servira de protection contre les créatures de la nuit (squelettes, zombies…). Donc dans la journée vous aménagez votre île, chassez des moutons et cochons (pour manger et récupérer des forces).

L'environnement de Minecraft

Une fois la nuit tombée, vous vous enfermez dans votre abri pour confectionner de nouveaux outils / armes / habits et pour creuser une galerie souterraine afin de trouver des matériaux plus riches (ceux qui se trouvent en profondeur).

Vos premiers adversaires dans Minecraft

Pour vous donner une idée plus précise, je vous renvoie vers la page Wikipedia ou sinon vers ce trailer :

Le pitch est assez simple, mais l’histoire du développement de ce jeu est tout à fait incroyable. Dès le début, son créateur (Markus Persson) a décidé de faire participer la communauté et à commencé à récolter des dons pour financer le développement de son jeu. Face à l’engouement des premiers joueurs, il a décidé de modifier le modèle économique : les joueurs sont activement impliqués dans l’évolution du produit qui gagne en richesse au fil des mois et est vendu de plus en plus cher (il est vendu à 15€ pour le moment, mais risque de passer à 20€ une fois la V.1 finalisée : Minecraft Reaches Beta Status, Price Goes Up). Aux dernières nouvelles, il se serait écoulé plus de 800.000 unités en 2010, soit un C.A. de plus de 10 millions de $ pour le créateur ($250,000-a-day Minecraft strikes indie game gold).

Une communauté très impliquée

En à peine une année, Minecraft est donc devenu un authentique phénomène viral (Minecraft: How Social Media Spawned a Gaming Sensation) et a su mobiliser une communauté impressionnante autour de sa constellation de sites : le blog et le wiki officiel, la version iPhone officieuse, les innombrables tutoriaux sur YouTube, le site et le forum de la communauté française, les nombreux serveurs de jeux multijoueurs (dont le français MineField)…

Exemple de réalisation d'envergure sur le serveur Minefield (@ Demazeux et Dokmixer)

Cet incroyable succès repose sur un paradoxe inédit : le jeu est d’apparence très simple, mais la communauté a participé à son enrichissement progressif jusqu’à en faire un environnement virtuel incroyablement riche où l’on trouve des créations très sophistiquées (aussi bien des bâtiments que des attractions, des mécanismes électroniques ou même des ordinateurs). À une époque où les éditeurs sud-coréens et japonais sortent des MMORPG avec des moteurs graphiques toujours plus puissants, ce jeu nous prouve que la dynamique communautaire est un authentique facteur-clé de succès.

Le jeu propose à l’origine un gameplay solo, mais l’arrivée du multijoueur a permit de débrider la créativité de la communauté. Il existe ainsi un certain nombre de serveurs opérés par des enthousiastes. Chaque serveur répond à ses propres règles et permet de donner au jeu une « coloration » : plutôt Wolrd of Warcraft avec des quêtes, plutôt Sim City avec des villes complètes, plutôt Roller Coater Tycoon avec des attractions… J’ai eu une longue discussion avec dokMixer qui est dans l’équipe de modération du serveur Minefield.fr et il m’a confirmé le potentiel d’évolution gigantesque derrière Minecraft (qui n’en est qu’à la version beta). Ils avaient ainsi créé un stade de foot avec un ballon carré (malheureusement cette création n’est plus disponible depuis la mise à jour) :

La simulation de foot de Minefield (crédit photo : Minefield.fr)

De nombreuses possibilités d’évolution grâce aux plugins

Une des particularité de Minecraft est également de proposer un système de plugin pour pouvoir ajouter des possibilités au jeu. Il existe des plugins à installer sur le logiciel client (par exemple pour pouvoir vous doter d’une tronçonneuse) ou du côté serveur pour en faire bénéficier tous ceux qui sont connectés en même temps. Ce principe de plugins permet donc de faire évoluer l’environnement comme vous le souhaitez, il y avait par exemple des PNJ sur le serveur Minefield et même un boulanger ! Malheureusement depuis le passage à la version beta, l’éditeur affiche une volonté forte d’harmoniser tout ça et notamment de passer par un jeu d’APIs pour plus de stabilité.

Certains plugins permettent ainsi d’introduire une monnaie virtuelle (iConomy), d’autres permettent de faire de la gestion d’inventaire côté serveur (donc potentiellement de faire une marketplace d’objets virtuels). Monnaie virtuelle, environnements persistants, marketplace, boutique virtuelle (le boulanger du serveur Minefield.fr), tout ceci n’est pas sans me rappeler Second Life, ou pour être plus précis OpenSim (la version ouverte). Même si la communauté s’oppose farouchement à comparer Minecraft à SL, les différences sont subtiles, mais la mécanique est tout de même légèrement différente :

  • SL n’intègre pas directement de mécanique de jeu dans son ADN ;
  • L’outil de création de SL est plus puissant, mais plus complexe ;
  • Les nouveaux résidents de SL sont accueillis sur l’orientation island… puis livrés à eux-mêmes alors que les nouveaux joueurs de Minecraft ont un but journalier (survivre) ;
  • La communauté de SL est libre de créer n’importe quel objet / script mais ne participe pas directement à l’évolution du produit…

Bref, il y a dans Minecraft un petit zeste de gameplay et une dynamique communautaire unique qui fait la différence avec les autres plateformes (cf. Why Minecraft Matters). Il n’empêche qu’avec un peu de volonté (et beaucoup de travail) il serait tout à fait possible de transformer Minecraft multijoueurs en un quasi-univers virtuel. Des expérimentations sont ainsi en cours pour connecter plusieurs serveurs entre-eux et proposer une véritable grille où les joueurs pourraient se téléporter d’une carte à l’autre. Le jeu n’ayant pas été conçu en ce sens, les cluster de serveurs sont tout de même très instables et la gestion même des cartes pose de nombreux problèmes de conflits.

Tout ceci n’est que spéculation, la communauté semble pour le moment très attachée à la culture « indy » du jeu mais qui sait comment tout ceci pourrait évoluer en 1 an ou 2 ? Je crois savoir par exemple qu’il existe déjà un commerce de comptes en tout point semblable à ce que l’on trouve pour WoW ou Lineage (du gold farming en quelque sorte).

Y a-t-il une place pour les annonceurs ?

Impossible donc pour le moment de prédire comment la plateforme va évoluer et notamment si les annonceurs vont être invités à se joindre à la fête (ce que ne semble pas vouloir faire l’éditeur). Mais avec la concurrence d’autres plateformes virtuelles comme Lego Universe, le fameux Notch pourrait peut-être envisager un développement parallèle pour proposer une version alternative de Minecraft plus proche d’un univers virtuel, par exemple en exploitant le mode Creative, un mode de jeu sans adversaires qui privilégie la construction (en fait plus proche de SL).

Dans cette hypothèse,  nous pourrions envisager tout un tas de possibilités d’interaction et de présence des annonceurs dans Minecraft :

  • Sponsoriser une version du jeu où le joueur évoluerait dans un environnement créé par la marque (ex : une île coca-Cola) ;
  • Introduire des objets et des personnages associés à une marque (ex : un taureau RedBull qui serait extrêmement dur à chasser, mais très nourrissant) ;
  • Développer des contenus en relation avec la marque, mais dans le contexte du jeu (ex : Intel qui proposerait des tutoriaux pour concevoir des circuits électriques ou pseudo cartes-mères) ;
  • Proposer des attractions aux couleurs de la marque dans les lieux de rassemblement (ex : un village Renault sur un serveur dédié avec piste de course)
  • Créer des objets virtuels aux couleurs d’une marque (ex : une bière Guiness qu’il serait possible de brasser à partir de houblon qui ne pousserait que sur sa carte)
  • Distribuer des plugins pour effectuer des actions bien spécifiques (ex : Santa Cruz qui proposerait un plugin pour faire du skate)…

Les possibilités seraient donc nombreuses, tout comme sur d’autres plateformes virtuelles. Reste encore à l’éditeur de savoir s’il veut rester sur un modèle fermé (mais néanmoins très rémunérateur) ou ouvrir son modèle aux annonceurs pour développer encore plus son écosystème.

Pour le moment tout ceci n’est que supposition, mais je me suis fait confirmer que c’est tout à fait réalisable sur le plan technique. Resterait par contre un gros problème : une telle approche serait-elle compatible avec la culture Minecraft ? C’est justement sur ce point précis que l’expérience acquise sur d’autres plateformes virtuelles (SL, Entropia…) est un plus indéniable.

Dans tous les cas de figure, si vous ne connaissez pas Minecraft, je vous engage à tester ce jeu pour comprendre les mécaniques communautaires à l’oeuvre et vous rendre compte de la richesse créée en si peu de temps.