Google étend sa gamme Nexus pour capitaliser sur Play et nous projette dans l’avenir avec ses objets intelligents

Après de longs mois de spéculation, Google vient enfin de présenter de façon officielle sa propre tablette, la Nexus 7, lors de l’évènement Google I/O 2012 (Google Nexus 7 official: $199 tablet from Asus ships mid-July with Android 4.1 Jelly Bean). Ce lancement s’accompagne d’un certain nombre de nouveautés qui nous permettent de voir plus clair dans la stratégie adoptée par le géant californien : déplacer le centre de gravité de son écosystème de son système d’exploitation Android vers ses terminaux (la gamme Nexus) et vers sa boutique de contenus et applications Play. L’avenir des contenus numériques va donc se jouer à trois entre Apple et Amazon et Google.

Nexus 7 : une tablette low-cost centrée sur les contenus

La tablette de Google va donc s’appeler la Nexus 7, elle sera fabriquée par Samsung et coûtera 200$. En sortant une tablette plus petite que l’iPad, Google souhaite donc éviter une confrontation directe avec l’iPad et chasser sur les terres d’Amazon et de son Kindle Fire.

Les caractéristiques techniques sont plutôt sobres : outre le processeur à quatre coeurs, tout a été fait pour maintenir le prix de vente sous la barre des 200$ (pour les caractéristiques complètes, voyez ici : La tablette Google Nexus 7 officiellement présentée). Rien de très surprenant à cela dans la mesure où les consommateurs ne peuvent tout simplement pas s’équiper d’un smartphone dernier cri, d’une tablette haut de gamme et potentiellement d’un boitier supplémentaire pour connecter leur TV. Google joue donc la complémentarité avec ses autres produits en les regroupant sous la marque Nexus.

À priori, rien ne distingue la Nexus 7 de ce que peuvent produire des fabricants comme Asus ou Acer, si ce n’est le fait que les produits Google seront les premiers à intégrer les dernières versions de son système d’exploitation. En l’occurrence, nous parlons ici d’Android 4.1, une évolution mineure qui est censée apporter tout de même un certain nombre d’améliorations pour améliorer le confort d’usage (avec le système prédictif Project Butter pour plus de fluidité) et l’efficacité (notamment au travers de son toujours très performant système de notification).

Il y a néanmoins deux nouveautés qui ont retenu mon attention :

  • Voice Search, l’équivalent de Siri, qui permet de faire des requêtes en langage naturel (et qui fonctionne hors-ligne) ;
  • Google Now, une sorte de mini-écran d’accueil qui synthétise différentes informations en fonction de l’heure et de l’endroit où vous vous trouvez (la température locale, l’état du trafic routier, les dernières infos locales…).

Force est de constater qu’avec Jelly Bean, les équipes d’Android cherchent toujours à imiter et à dépasser sur certains points la référence en la matière : iOS. Mais dans la mesure où l’offre d’Apple semble indéboulonnable sur le segment haut de gamme, Google cherche plutôt à appliquer ses principes de simplicité et d’élégance pour proposer une expérience utilisateur convenant au plus grand nombre.

Et puisque l’on parle de nombre, les derniers chiffres annoncés par Google sont éloquents : il y a maintenant 400M de terminaux tournant sous Android en circulation et un rythme d’activation en croissante constante avec un pic à 1 M d’activation par jour. De ce point de vue là, personne ne peut contester le fait que Google a réussi son pari d’imposer un système d’exploitation au marché. Maintenant que cet objectif est atteint, il devient évident que Google s’est fixé de nouvelles ambitions.

Nexus Q : le sésame pour vos contenus stockés dans les nuages

Outre sa tablette, Google a surpris tout le monde en présentant le Nexus Q, un boitier permettant de connecter votre TV, vos smartphones et même vos enceintes aux contenus disponibles sur Google Play.

Ce Nexus Q serait-il la réponse de Google à l’Apple TV ? Oui et non. Oui, car il permet de consommer les contenus achetés sur Google Play ou sur Google Music ; non, car l’offre Google TV existe toujours et vient même d’évoluer avec un nouveau boitier proposé par Sony (Google Due To Launch TV Service In UK).

Il est pour le moment difficile de bien comprendre les limites de ce que peut offrir le Nexus Q, surtout à 300$, mais cette petite boule nous en dit long sur la nouvelle orientation stratégique de Google.

Android n’est plus un OS, mais un circuit de distribution

Smartphone, tablette et maintenant boitier multimédia. La gamme Nexus présentée cette semaine témoigne du nouveau stade de maturité franchi par Google. La première étape a ainsi été de lancer un système d’exploitation et de fédérer un écosystème de développeurs autour. La seconde étape a consisté à lancer des terminaux en marque propre pour rehausser le niveau et fixer un standard de qualité pour éviter que les constructeurs ne tirent la qualité vers le bas. La troisième étape est maintenant de déployer une chaine de distribution complète, maitrisée de bout en bout entre les contenus (Google Play) et les consommateurs (équipés de terminaux Nexus ou de terminaux propulsés par Android).

Vous remarquerez que Google n’invente rien, les équipes se contentent de reproduire le modèle qui a fait ses preuves chez Apple et Amazon. Au vu des chiffres annoncés, nous sommes en droit de nous dire que l’élève aura bientôt dépassé le maitre : plus de 600.000 applications proposées, 20 MM d’applications installées… (Google Play: 600K Apps, 1.5B Installs Per Month, 20B Total, Now With Byte-Sized Smart App Updates).

Certes, Google nous a prouvé que ses équipes étaient en capacité de livrer un système d’exploitation fiable et abouti, ainsi que de concevoir des terminaux de très bonne facture. Il leur reste maintenant à relever deux défis :

  • Sécuriser des contrats de distribution avec les grands éditeurs de livres et journaux, les chaines de TV, les studios de cinéma et les labels musicaux pour étoffer les catalogues de Google Play ;
  • Amorcer une transition en douceur pour faire fabriquer ses propres terminaux par Motorola (racheté à prix d’or) et non plus par Samsung (qui ne se gène pas pour sortir des produits en concurrence directe).

Sous cet angle, la concurrence d’Amazon semble plus menaçante que celle d’Apple. Vous noterez à ce sujet que Google n’a toujours rien proposé en ce qui concerne les ebooks, malgré un rapprochement avec iRiver… Toujours est-il que Google semble bien parti pour relever ces défis et stabiliser un écosystème riche et lucratif. Car c’est bien de ça dont il est question : diversifier les revenus pour réduire la dépendance aux offres publicitaires reposant sur le moteur de recherche.

Les terminaux mobiles ne sont qu’une étape vers l’informatique pervasive

Nous pourrions argumenter toute la nuit pour savoir qui de ces trois acteurs (Apple, Amazon, Google) est le mieux placé pour dominer les segments des smartphones / tablettes. Par contre, tout le monde s’accorde à dire que si les équipes de Google sont légèrement en retard sur la révolution mobile, elles sont par contre sacrément en avance sur la prochaine révolution : celle de l’informatique pervasive et des interfaces transparentes.

Les équipes de R&D se sont ainsi illustrées l’année dernière en faisant homologuer la technologie Google permettant de faire rouler des véhicules sans conducteurs : Google’s Driverless Cars Now Officially Licensed in Nevada.

Cette année, Serguey Brin et ses équipes ont créé la sensation en faisant une démonstration live de la dernière itération des Google GlassProject Glass skydive stunt captured on video. Assurément la live demo la plus sensationnelle de ces dernières années :

Comme nous en avons l’habitude avec Google, ce Project Glass n’en est qu’au stade de projet expérimental (pas une beta, même pas une alpha). De ce fait, personne ne sait à quoi ces lunettes intelligentes vont réellement servir, mais le prototype semble néanmoins au point : Google’s Project Glass: first impressions. Une première version devrait sortir en début d’année prochaine avec le SDK pour que les développeurs commencent à se familiariser avec l’engin et conçoivent les premières applications. La version commerciale ne devrait sortir qu’en 2014 en partenariat avec des grands fabricants de lunettes : Google Project Glass now available for developers, to consumers in 2014.

Encore une fois, je ne suis pas certain que les équipes de Google aient une roadmap très précise pour ce produit, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ouvre d’innombrables possibilités : réalité augmentée, contenus et services personnalisés, assistance et guidage, reconnaissance de formes et de visages… Imaginez un peu ce que cela pourrait donner dans un musée ou dans les jardins de Versailles, il y a une infinité de possibilités, d’autant plus si ces lunettes sont combinées avec un smarpthone Android.

Autant ce qui a été présenté en rapport avec leur smartphone nous laisse un arrière-goût de déjà-vu, autant avec ce Project Glass, Google nous projette dans le futur, dans LEUR futur. Un futur où Apple, Microsoft ou Samsung n’ont même pas commencé à envisager. Affaire à suivre…

3 commentaires sur “Google étend sa gamme Nexus pour capitaliser sur Play et nous projette dans l’avenir avec ses objets intelligents

  1. Je trouve cet article intéressant mais idiot sur certaines réflexions. Croyez vous vraiment que ni Apple, encore moins Microsoft n’ont pas envisagé un tel produit ? Microsoft à aussi sa vision du futur et elle est plus réaliste.

  2. @ Dran > Quelle est la vision du futur de Microsoft : Surface ? Même si je trouve le produit intéressant, le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont complètement raté le coche de la mobilité, alors qu’ils avaient toutes les cartes en main (Pocket Pc, Courier…).

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