Un livre sur le désenchantement des médias sociaux

Voilà plus de 6 ans que j’édite ce blog et que j’y décortique l’actualité et les tendances des réseaux sociaux. Il s’est passé beaucoup de choses en 6 ans et le paysage des médias sociaux a énormément changé, de même que les usages. Il existe quantité de livres traitant des médias sociaux (j’essaye d’ailleurs d’en finaliser un depuis des mois), mais rares sont ceux qui abordent la désillusion que commencent à ressentir les utilisateurs. Aussi j’ai tout de suite été séduit par l’idée de rédiger la préface du livre « Le miroir brisé des réseaux sociaux« .

D’une part ce projet livre a été initié par Alain Lefebvre, grand précurseur de l’internet et fondateur de 6nergies (un réseau social franco-français qui était en concurrence avec Viadeo à l’époque), d’autre part, il aborde le phénomène de Facebook Fatigue de façon simple et pragmatique. L’accroche du livre est « Analyse critique des apports réels des réseaux sociaux« . Pas réellement de révélations fracassantes ou d’avis très tranché, simplement un constat réaliste de ce que les réseaux sociaux apportent aux utilisateurs lambda, soit une bonne partie. Cet ouvrage est disponible en version papier ou électronique dans toutes les bonnes librairies, je vous laisse le chercher…

Comme convenu avec les auteurs, je partage avec vous la préface que j’ai rédigée pour l’occasion.

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« D’ici à 5 ans, les réseaux sociaux seront comme l’air« . À mesure que nous approchons de l’échéance, cette prédiction lancée par Charlene Li en 2008 semble de plus en plus pertinente. Si les annonceurs peuvent se réjouir de l’omniprésence de plateformes sociales comme Facebook, YouTube ou Twitter, le risque auquel ils sont exposés est celui de la banalisation. Ces plateformes sont là, tout le monde les utilise tous les jours, mais plus personne n’y fait attention. Pour éviter de suivre le même destin que Yahoo, MSN ou Ebay, les éditeurs de plateformes sociales innovent tous les mois et investissent des sommes considérables en croissance externe pour maintenir l’intérêt. Le problème est que la surenchère à laquelle se livrent les éditeurs et annonceurs pour capter et garder l’attention des membres est un processus destructeur dont on ne mesure pas bien les dégâts.

Le livre que vous tenez entre vos mains est l’occasion de prendre du recul et surtout de bien appréhender le paradoxe des médias sociaux : nous n’avons jamais eu autant de choses insignifiantes à dire. L’évolution naturelle des réseaux sociaux et la sur-exposition offerte par les médias traditionnels ont participé à l’appauvrissement des échanges et la culture de l’instant présent : les internautes ont petit à petit délaissé les blogs et leurs longs articles pour passer toujours plus de temps sur des plateformes sociales où ils peuvent publier et interagir avec des micro-contenus (photos, messages courts…).

En quelques années, Facebook est ainsi devenu LA plateforme sociale de référence où il faut voir et être vu, le lieu de passage obligatoire où l’on cherche à faire le buzz à tout prix, et vite. Malheureusement, tous les membres n’ont pas le talent ou la vie trépidante qu’ils fantasment d’avoir. De même, toutes les marques qui s’y essayent n’ont pas la culture ou la renommée pour faire rêver des millions de fans, ou les moyens d’envoyer un homme dans l’espace !

La désillusion constatée et la déception générée par les médias sociaux est la suivante : contrairement aux réseaux sociaux dont la valeur augmente avec le nombre de membres, la qualité des publications et interactions sur les médias sociaux diminue avec le nombre de membres (il ne peut pas y avoir 1 milliard de Lady Gaga ou Red Bull). C’est là toute la différence entre LinkedIn et Facebook. C’est là toute la différence entre le Facebook des débuts (à l’époque où il était restreint aux étudiants de Harvard) et le Facebook de 2013, ouverts à tous, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Le basculement de réseau social (fermé) à celui de média social (ouvert et public) est la facteur déclenchant d’un phénomène de banalisation qui pousse notamment les jeunes à délaisser les plateformes sociales utilisées par leurs parents et professeurs pour adopter des applications mobiles de socialisation éphémères : les discussions et photos publiées ne sont pas forcément d’un plus grand intérêt, mais au moins elles ne laissent pas de trace et l’on ne vous demande pas de payer pour les partager avec le plus d’amis possible.

Nous abordons ici la deuxième grande supercherie des médias sociaux : celle de nous faire croire qu’en payant vous aurez plus de chance d’intéresser les membres de votre communauté. Pourtant nous savons tous que crier ne rend pas vos propos plus intéressants. Autant les offres publicitaires de Facebook ou Twitter répondent à un besoin réel d’exposition pour les marques, autant il m’est impossible de cautionner de telles pratiques pour les particuliers. J’ai mis 10 ans à me constituer une audience de fidèles lecteurs au travers de mes blogs, il est illusoire de penser que ces dix années d’efforts peuvent être rattrapées en payant 10 ou 20 € pour promouvoir une publication auprès du plus grand nombre de membres.

L’anthropologue britannique Robin Dunbar a publié en 1993 sa théorie sur le nombre maximum d’amis avec lesquels un individu peut entretenir une relation stable. Dépassé 150 personnes, la confiance mutuelle et la communication ne suffisent plus à assurer la cohésion du groupe. Les réseaux sociaux nous ont été présentés comme la solution à cette limite, mais elle est incomplète dans la mesure où s’il n’y a pas de limite à la taille de notre réseau de connaissances, le cercle proche de nos amis nécessite des interactions sociales de proximité. Si des plateformes sociales comme Twitter ou Facebook nous permettent de toucher plus de 150 personnes, elles ne nous permettent pas de tisser des connexions émotionnelles pour les inclure dans notre premier cercle social. En revanche, les blogs se révèlent être des outils de communication très performants pour fédérer un groupe important de lecteurs, surtout dans le cadre d’une activité professionnelle pointue ou si vous êtes particulièrement impliqué dans une passion (cuisine, scrapbook, modélisme…).

Ceci étant dit, les médias sociaux ont irrémédiablement changé notre façon de communiquer, d’interagir et de sociabiliser. Peut-être la notion même d’amitié doit-elle être révisée pour mieux correspondre aux usages des générations Y et Z. Dans tous les cas de figure, ce livre vous aidera à mieux comprendre les limites des réseaux sociaux et vous donnera de précieux conseils pour les exploiter aux mieux à vos fins tout en évitant de succomber au miroir aux alouettes.

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Cette préface est très critique, mais elle est de circonstance au vu des propos du livre. Tout comme il existe d’innombrables textes débordant d’optimisme au sujet des réseaux sociaux, je pense qu’il est important d’avoir également un point de vue critique pour relativiser l’impact des médias sociaux dans le quotidien des consommateurs, et pas seulement les initiés (qu’ils soient membres de la génération Y ou non).