Compte-rendu de la Connected Conference (jour 2)

Deuxième journée à la Connected Conference. Je ne l’ai pas mentionné dans mon compte-rendu de la veille, mais j’insiste sur la qualité des participants et des visiteurs. J’ai ainsi pu discuter en début de journée avec Christophe de la société M2Communication qui propose des solutions d’étiquettes connectées pour les supermarchés et pharmacies : un système permettant de gérer de façon centralisée l’affichage des prix et de pouvoir programmer leur évolution (ex : baisser le prix des poissons en fin de journée). J’ai été surpris d’apprendre que ces étiquettes connectées sont exploitées depuis 5 ans et qu’elles sont équipées d’écrans à encre électronique couleur pour faire ressortir les promotions.

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Ceci n’est qu’un exemple de conversations que j’ai pu avoir lors de ces deux jours avec différentes personnes.

Can Technology save us from ourselves?

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Gary Atkinson, le Head of Emerging Technologies chez ARM au sujet du rôle des technologies dans notre quotidien (et notre survie) :

  • Les enjeux globaux du XXIème siècle tournent autour de la nutrition, de la santé et de l’environnement, les avancées technologiques sont censées nous aider à mieux appréhender ces enjeux et à réduire les inégalités (sous / malnutrition, accès aux soins…) ;
  • Nous avons des ressources naturelles limitées (surface cultivable, eau potable…), pourtant la population globale augmente régulièrement, d’où l’obligation d’augmenter le rendement et de réduire le gaspillage ;
  • L’Inde est le pays qui consomme le plus d’eau pour son agriculture, cette consommation pourrait être optimisée grâce à des capteurs et à des micro-contrôleurs pour mieux doser l’arrosage ;
  • L’énergie est également un problème récurrent où la technologie peut apporter des solutions concrètes pour réduire la consommation, diminuer le coût de production et augmenter le rendement des énergies renouvelables ;
  • L’éclairage public est une grosse source de consommation d’énergie et de gaspillage, son optimisation est au coeur des programmes de Smart City ;
  • Avec le vieillissement de la population, les besoins en soins médicaux et médicaments vont augmenter drastiquement, pourtant nous n’aurons pas forcément une population active suffisamment grande pour financer tous ces besoins, d’où (encore une fois) le besoin d’améliorer l’efficacité des traitements et d’optimiser les protocoles médicaux ;
  • Le maintien à domicile des personnes âgées est un enjeu majeur pour limiter l’engorgement des maisons de retraite ou hôpitaux, encore faut-il pouvoir assurer leur sécurité et diminuer l’isolement ;
  • L’internet des objets désigne en fait une société entièrement connectée avec une intelligence pervasive grâce à des milliards de capteurs, des réseaux très denses et des données / services dans les nuages ;
  • Les censeurs et microprocesseurs sont de plus en plus performants, mais le goulot d’étranglement de l’innovation et des usages se situe au niveau des technologies et protocoles de communication (les puces électroniques qui autorisent la transmission des données) ;
  • Il existe de nombreux projets et startups oeuvrant dans la construction du monde de demain à travers le prisme des enjeux cités plus haut (InFarm pour l’agriculture de précision, EnLight pour l’optimisation de l’éclairage public, Syrinix pour la détection de fuites dans les réseaux de gaz, Scanadu pour la surveillance médicale à distance) ;
  • Les technologies actuelles permettent de livrer des modules de communication à un prix moyen de 2$ (un bon début) ;
  • Le prochain secteur à optimiser sera le transport (public ou privé).

Un discours plein de bons sentiments qu’il est toujours utile d’entendre, cela permet de rappeler quels sont les réels enjeux.

Inside the connected hardware of tomorrow

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Une table ronde avec Gary Aktison de ARM, Laurent Fournier de Qualcomm et Benedetto Vigna de ST Microelectronics :

  • L’important n’est pas de développer les technologies les plus sophistiquées, mais les technologies les plus simples à mettre en oeuvre et à exploiter dans divers contextes (notamment à travers les API et SDK) ;
  • En améliorant la performance des moteurs électriques de 1%, nous pourrions démanteler 27 centrales nucléaires, les semi-conducteurs pourraient jouer un rôle important dans ce gain de performance ;
  • Un des enjeux de l’internet des objets est l’intéropérabilité, notamment la capacité des smartphones à contrôler les objets connectés de notre foyer ;
  • Les consommateurs se soucient peu des technologies utilisées (Bluetooth, Zigbee, Sigfox…), la confiance et la réputation du fabricant ou fournisseur de service sera l’élément différenciant ;
  • Le marché des capteurs physiques a explosé en 2005 avec le lancement de la Wii et le début de la production à très grande échelle de micro-censeurs (réduisant ainsi le coût unitaire) ;
  • Les capteurs chimiques ne sont pas encore au même niveau de maturité que les capteurs physiques (ils n’ont pas bénéficié de l’effet de volume lié aux jeux vidéo), mais pourraient complètement bouleverser de nombreux domaines d’activité dont la chimie, l’agriculture, l’alimentaire… ;
  • Gros enjeux pour les maisons / voitures / entreprises / usines connectées = assurer l’interopérabilité des différents protocoles de communication (3/4G, WiFi, Buetooth…) ;
  • Qualcomm s’est positionné sur le créneau des balises de proximité avec Gimbal, un système équivalent à iBeacon, pour équiper les commerçants (la difficulté pour eux est de séduire et convaincre les développeurs avec leur SDK) ;
  • La miniaturisation permet maintenant de faire communiquer des capteurs de quelques millimètres (« smart dust« ) qui peuvent être directement mélangés à de la matière première, le secteur de la construction est en ébullition rien qu’en pensant aux applications potentielles de cette technologie (notamment pour monitorer les constructions en béton).

Les sujets abordés lors de cette table ronde sont résolument avant-gardistes, notamment la smart dust, mais nous donnent une bonne idée de la marge de progression.

The brain behind your hardware: why context matters

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Une tabler ronde avec Ami Ben David de EverythingMe, Filip Maertens de Argus Lab, Mathias Herberts de Citizen Data à propos de la contextualisation et de son rôle dans la mobilité :

  • Tout le monde parle de délivrer le bon message ou la bonne offre à la bonne personne au bon moment, c’est de ce contexte là dont dépend la performance de la publicité et du marketing mobile ;
  • Le smartphone est réellement le terminal au coeur du quotidien numérique des consommateurs, c’est lui qui centralise l’identité, les données et les technologies de communication / affichage / saisie dont les annonceurs ont besoin, d’où la très forte intensité concurrentielle ;
  • Google Now est un très bon exemple de contextualisation des informations et services sur un smarpthone, l’intérêt est d’anticiper les besoins des utilisateurs et d’apporter des réponses avant même qu’il y ai une recherche ;
  • La nouvelle version de iOS compte près de 8 nouvelles fonctionnalités contextuelles (ex : auto-complete qui essaye de deviner les destinataires d’un message) ;
  • L’assistant Siri est le contre-exemple de la contextualisation, il faut lui demander toujours les mêmes choses (la météo, les RDV du jour…), par opposition EveythingMe anticipe les besoins de l’utilisateur et lui livre les bonnes informations au bon moment de façon proactive (ex : la météo et les RDV du jour au réveil) ;
  • Les interfaces vocales sont intéressantes pour un américain qui parle parfaitement l’anglais, mais la structure grammaticale des langues européennes (français, allemand, italien…) est trop complexe à interpréter, les interfaces tactiles contextuelles sont plus pertinentes (ex : proposer d’appeler un taxi si vous êtes en retard à votre RDV) ;
  • Le niveau de sophistication des services contextuels est directement lié au nombre de capteurs qui nous entoureront et aux autorisations pour exploiter leurs données ;
  • De gros progrès sont encore à réaliser en matière de contextualisation des smartphones, surtout les claviers virtuels qui sont largement perfectibles (notamment les systèmes de correction automatique qui sont extrêmement irritants) ;
  • Le débat sur la confidentialité est un réel point bloquant, car les meilleurs algorithmes sont incapables de fonctionner sans les bonnes données.

Encore une très bonne table ronde qui illustre bien le fait que nous n’en sommes qu’à la préhistoire de la mobilité et de ce que les terminaux mobiles peuvent nous apporter dans notre quotidien.

Connected Living: How tracking your life will improve your day-to-day

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Une autre table ronde avec Loic Piorier (Archos), Thomas Serval (Kolibree) Pierre Lebeau (Keecker) à propos des usages quotidiens des objets connectés :

  • Archos a commencé par faire des lecteurs multimédia, des tablettes, des smartphones, puis des accessoires sans-fil pour rééquiper le foyer, un créneau qui est encore largement sous-exploité ;
  • Les technologies de communication à très basse consommation d’énergie sont la clé des accessoires connectés (Bluetooth LE, Zigbee…) ;
  • La brosse à dents connectée de Kolibree n’a d’intérêt que si on l’exploite dans un écosystème de services liés à l’exploitation des données (par votre dentiste, par les vendeurs de dentifrice…) ;
  • La compatibilité avec les OS mobiles de référence (Android, iOS) est un pré-requi pour les accessoires connectés, de même que la simplicité de mise en oeuvre et d’utilisation ;
  • Les montres connectées ne sont qu’un écran de plus dans notre quotidien (avec des possibilités limitées), alors que notre foyer est un terrain d’innovation bien plus intéressant pour les fabricants et fournisseurs de services ;
  • La voiture est également un terrain d’innovation très propice, mais l’écosystème des constructeurs et équipementiers est très complexe à pénétrer et / ou à disrupter ;
  • Ces dernières années, la compétition a été concentrée sur la technologie et la performance (capacité, puissance…), la compétition de ces prochaines années va se déporter vers les usages et le design avec la miniaturisation des capteurs et des puces.

Encore des échanges de grande qualité pour bien appréhender les réels enjeux des fabricants et fournisseurs de services.

Keynote

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Intervention de Axelle Lemaire, notre Secrétaire d’État au numérique :

  • La France et les entreprises françaises sont très bien positionnées sur le créneau des objets connectés, il faut leur donner les moyens de conserver cette avance ;
  • Les investisseurs étrangers, notamment US, sont de plus en plus intéressés par les startups françaises (notamment grâce aux subventions publiques disponibles et aux compétences « locales ») ;
  • Thomson / Reuters a récemment désigné la France comme le pays le plus innovant en Europe (12ème dans le monde) ;
  • Le Gouvernement a lancé un plan industriel spécifiquement dédié à l’internet des objets, un plan conçu avec la participation de startups comme Withings (le Plan objets Connectés dont la feuille de route vient d’être présenté), le but étant d’implanter un cluster technologique à Angers pour développer une production locale, ce futur cluster sera une première et ambitionne de réunir en un même endroit tous les acteurs industriels et scientifiques nécessaires à la création d’objets connectés : designers, prototypage, plasturgie, industrialisation … (cf. Angers devient la capitale française de l’internet des objets et Cité des objets connectés : les dessous d’un projet industriel) ;
  • « Restez motivés et nous serons là pour vous supporter« .

Visiblement l’annonce de cette future Citée des objets connectés a été faite hier, mais elle est passée (plus ou moins) inaperçue. Avec cette seconde annonce, ce projet va avoir la visibilité qu’il mérite.

J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec Dimitri Carbonnelle de Livosphere qui est impliqué dans d’autres projets soutenus par les équipes d’Axelle Lemaire :

  • L’équivalent d’un programme d’accélération pour les startups françaises des objets connectés, sous le pavillon French Tech, pour stimuler leur développement et les accompagner dans leur mise sur le marché à l’internationale (et éviter ainsi la « valley of death » évoquée hier) ;
  • Un partenariat avec de gros distributeurs français (Fnac, Darty, Carrefour, Auchan, Lick) pour implanter des rayons spécialement dédiés aux objets connectés et en faire de véritables vitrines du savoir-faire français en la matière.

Tout ceci est encore très récent et mérite un approfondissement, je prépare un article à ce sujet…

La première édition de cette conférence dédiée aux objets connectés s’achève donc sur une note largement positive. Un grand bravo à l’organisateur et aux intervenants pour la qualité des échanges.

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