Pendant que les médias s’acharnent à nous ressasser le spectre du grand remplacement des cols blancs par l’IA, un autre facteur beaucoup plus discret sape silencieusement l’employabilité des jeunes diplômés : leur smartphone. Face à la montée en puissance de l’IA agentique et à un marché du travail qui se reconfigure tous les six mois, la motivation et la discipline deviennent des actifs plus précieux que les compétences elles-mêmes. Or, ces ressources sont précisément ce que les grandes plateformes sociales cherchent à s’accaparer sans relâche. Je vous propose dans cet article de prendre le contre-pied du discours ambiant et de regarder en face une réalité que l’on choisit d’ignorer : l’effet néfaste des médias sociaux et de TikTok en particulier sur la motivation des jeunes, et son impact sur leur employabilité.

#GenAI #TransfoNum #SocialMedia
En synthèse :
- Le marché de l’emploi est plongé dans une incertitude radicale. Le rythme d’innovation de l’IA rend toute prédiction au-delà de 2 ans illusoire, et les institutions (ministères, écoles, entreprises…) sont structurellement incapables de suivre.
- L’IA agentique va reconfigurer le travail progressivement, pas brutalement. Les agents intelligents vont petit à petit absorber les tâches répétitives exécutées jusque là par des salariés désimpliqués, laissant peu de place aux profils moyens (ceux qui ne font plus d’efforts).
- Il faut éviter la concurrence frontale avec l’IA. Plutôt que de rivaliser sur la puissance de calcul ou la mémorisation, il convient de cultiver les types d’intelligence que les IA ne peuvent pas maîtriser (interpersonnelle, intra-personnelle, existentielle…).
- TikTok est le véritable tueur d’employabilité des jeunes. Les médias sociaux absorbent leur temps et leur énergie (les deux carburants de la motivation), dégradent leur attention et fabriquent une armée de PNJ apathiques.
- La solution est individuelle, pas collective. Ni le législateur, ni les établissements d’enseignement, ni les entreprises ne pourront suivre la cadence imposée par les Big Tech, il revient donc à chacun de développer son « agence » (autonomie, discipline, faculté d’apprentissage…) pour justifier son embauche et son salaire face aux IA.
Comme à chaque fin de trimestre, les entreprises cotées en bourse aux États-Unis publient leurs résultats intermédiaires. Et comme c’est le cas depuis plusieurs années, les résultats trimestriels des grandes sociétés technologiques confirment des investissements toujours plus importants dans les infrastructures : Google, Microsoft, Meta, and Amazon capex spending to hit $725 billion in 2026, up 77% from last year.

Est-ce que ces centaines de milliards de $ investis dans des data centers correspondent à des besoins réels ? À priori oui, quoi que pas tout à fait. En fait, ça dépend à qui vous demandez et comment vous formulez votre demande.
Build it, and they will come (eventually)
Dans le discours officiel des startups, éditeurs d’IA et Big Techs, la demande est pour le moment largement supérieure à l’offre. Pas de quoi se réjouir néanmoins, car il ne faut pas oublier que cette fameuse demande en IA (ce que les utilisateurs consomment) est très largement subventionnée, puisque pour le moment, les offres ne sont absolument pas viables (les abonnements sont vendus à perte : AI Is Too Expensive To Ever Pay Off Hyperscalers’ Capex Investments).
Il n’est ainsi pas surprenant de constater qu’après une très forte croissance, correspondant à une phase d’acquisition extrêmement agressive, l’éditeur de Claude revoit officiellement la tarification de ses offres pour limiter la casse : Anthropic Just Quietly Raised Claude Pro Bill.
Il est donc très compliqué d’évaluer la demande réelle, car celle-ci est soutenue artificiellement par des startups qui dépensent sans compter (l’agent des autres) pour acquérir de nouveaux utilisateurs. En revanche, ce qui est certain, c’est que cette phase de d’hypercroissance provoque un phénomène d’appel d’air avec une augmentation significative des besoins de main-d’oeuvre qualifiée.
Nous pouvons notamment constater une explosion de la demande en compétences liées à l’IA générative / agentique comme en témoignent les conclusions du rapport Malt Tech Trends 2026 : De la demande en agents IA (×60) à la croissance des projets n8n (+ 1390 %), plongez dans l’ère de l’opérationnalisation.

Bon OK, vous n’aviez pas besoin de moi pour le comprendre, mais dans la mesure où nous avons maintenant des statistiques précises pour quantifier la demande, pourquoi s’en priver ? Par ailleurs : Agents, robots, and us: How AI reshapes work and skills in Europe.

À partir de ce constat, il suffirait de réorienter la formation pour que les nouveaux diplômés apprennent des compétences dont les entreprises ont besoin. Soit, mais ça c’est la théorie, car dans la pratique, ce que l’on enseigne dans les études supérieures est conditionné par les systèmes de certification attribués par les Ministères de l’Enseignement Supérieur et celui du Travail. Or, ces deux Ministères sont des institutions qui n’utilisent pas la même échelle de temps que les entreprises : un ajustement dans les blocs de compétences peut prendre plusieurs années, alors que le marché du travail est soumis à des innovations en matière d’IA qui le reconfigure tous les 6 mois.
Pour simplifier les choses : les étudiants sont prisonniers d’un système qui les conduit tout droit à l’abattoir : “J’ai l’impression d’avoir raté ma vie à un an près” : quand l’IA freine l’embauche des juniors. Face à l’impuissance des institutions et du corps professoral, le mal être des étudiants est palpable : GenAI in Higher Education, Legitimacy and Laziness. Pas étonnant que les signaux renvoyés par les différentes études provoquent la colère des étudiants :
- -14 % d’entrée en emploi pour les 22-25 ans dans les métiers exposés à l’IA (étude Anthropic) ;
- -20 % d’emplois pour les jeunes développeurs depuis fin 2022 (étude Stanford).
Sur quelles compétences les jeunes doivent miser pour garantir leur employabilité ? Difficile à dire, car le marché est pour le moment très instable (rythme d’innovation, tensions géopolitiques, raréfaction des matières premières…). En cette période de polycrise, la seule attitude viable à adopter est celle de la prudence : temporiser les décisions et les embauches.
Sauf que des centaines de milliers de jeunes diplômés sont déversés sur le marché du travail tous les ans. Et encore, je ne vous parle même pas de la situation également très compliquée pour ceux qui cherchent un stage ou une alternance… tout ceci explique pourquoi le sujet de l’IA est très sensible auprès des jeunes (Gen Z Is Using AI, but Doesn’t Feel Great About It), voire explosif :
- Ex-Google CEO Eric Schmidt Fails to Read Room on AI, Gets Booed into Oblivion
- UCF commencement speaker met with boos over pro-AI remarks during ceremony
- Big Machine CEO Scott Borchetta fires back at graduates booing ‘AI speech’ during Middle Tennessee State University ceremony
Face aux scénarios noirs qui sont relayés par les médias, il y a un logique phénomène de rejet : une part significative de jeunes ne veut pas se former ou utiliser l’IA. Vous noterez que la perception de l’IA est directement corrélée à sa compréhension. en gros : mieux on connait l’IA, et moins on en a peur.

Ceci étant dit, la compréhension de l’IA est brouillée par un rythme d’innovation que je n’ai jamais connu en 30 ans. Ce rythme infernal contribue au sentiment global d’incertitude qui paralyse les entreprises et perturbe les embauches. Si tout le monde est d’accord pour dire que nous sommes au devant de grands changements (IA : le grand bouleversement à venir du marché du travail), il est en revanche très compliqué de s’y préparer, car personne n’est d’accord sur la nature exacte de ces changements (les usages et impacts) ou sur l’échéance.
Tout un chacun peut ainsi aisément constater que les études sont toujours aussi contradictoires :
- The « AI Job Apocalypse » Is a Complete Fantasy (= « Le grand remplacement n’existe pas ») ;
- US Is Starting to See Heavy Job Losses in Roles Exposed to AI (= « Les licenciements ou non-embauches commencent à être significatives »).

Ceci crée beaucoup de confusion et des points de vue qui divergent forcément :
- AI agents aren’t replacing software engineering but expanding it far beyond code, researchers argue (= « Non, les IA ne vont pas remplacer les développeurs ») ;
- CEOs and Boards Are Aligned on AI in Theory, but Divided in Practice (= « Les actionnaires veulent accélérer sur l’IA, tandis que les dirigeants sont plus réservés »).

Je pense qu’à ce stade, il semble évident qu’une réalité aussi dure à dire qu’à entendre est en train d’émerger : nous ne savons pas.
Nous ne savons pas où nous allons, mais nous y allons
Comme expliqué plus haut, le rythme d’innovation est tellement élevé qu’il est quasiment impossible de prédire l’avenir à plus de 2 ans, voir d’anticiper l’évolution du marché à plus de 6 mois.
Mais ce qui est certain, c’est qu’à mesure que les modèles et outils progressent, les IA accumulent toujours plus de connaissances et de compétences, qui se traduisent par des capacités que l’on ne soupçonnait pas il y a 6 mois : Anthropic expands legal AI offerings with new Claude Cowork plugins.
Face à cette course infernale, comment se préparer à la déferlante de l’IA générative / agentique ? Tout simplement en évitant la concurrence frontale. Il semble ainsi évident qu’il est inutile de lutter sur le terrain de la puissance face aux IA (celle qui repose sur le calcul, la mémorisation…).
Ainsi, je pense ne rien vous apprendre en écrivant qu’il y a une réelle nécessité pour les cols blancs de se différencier par rapport aux IA, et pour cela d’exploiter des compétences ou formes d’intelligence que celles-ci ne peuvent maîtriser.
Je vous rappelle donc qu’il existe de nombreuses formes d’intelligence, 11 types pour être exact, comme défini dans la Théorie des intelligences multiples :

Si les IA excellent dans plusieurs formes d’intelligence (linguistique, logico-mathématique, musicale, spatiale), les humains gardent encore l’avantage sur d’autres formes d’intelligence plus abstraites pour une machine (interpersonnelle, intra-personnelle, existentielle…). Ce sont ces formes d’intelligence qu’il faut cultiver, pas la capacité de mémorisation ou la logique (les bases suffisent).
Ce qui nous amène à dire que si vous n’êtes pas un minimum curieux ou autonome dans le développement de nouvelles compétences, vous êtes un PNJ, ces personnages non-joueurs qui peuplent les jeux vidéos avec lesquels il est possible d’avoir des interactions de premier niveau, qui grosso modo ne servent à rien à part combler le vide.

Vous connaissez très certainement les Sims, cette série de jeux vidéo édité par Electronic Arts et présentée comme des simulations de vie.
Une projection humoristique et décalée de la société de consommation où il n’existe pas d’objectif précis. Le joueur doit simplement gérer les besoins de ses personnages, nommés « Sims », et leur faire mener la vie qu’il désire.
Dans ces jeux vidéo, les Sims sont ces personnages non-joueurs qui vivent un quotidien sans se poser de questions, dans une insouciance totale. S’ils n’ont pas le quotidien qu’ils veulent, ils expriment leur mécontentement avec un nuage noir au-dessus de leur tête, mais jamais ils ne se rebelleront, car ils ne décident pas réellement de leur destin.
Je sais que je ne vais pas me faire des amis en écrivant ça, mais j’ai parfois l’impression d’être dans les Sims. Que ce soit dans les entreprises au sein desquelles je mène des missions de conseil, ou des cours en Master que je donne depuis de nombreuses années dans différentes écoles, je suis globalement confronté à une armée de Sims : des PNJ qui ne se posent pas beaucoup de questions, qui considèrent que c’est à leur employeur / école / gouvernement de les prendre en charge et de trouver des solutions pour améliorer leur quotidien (formation, reclassement, subventions, aides financières…).

N’allez pas mal interpréter mes propos : tous ces salariés / étudiants / citoyens passifs ne sont pas nés comme ça, ils le sont devenus à force de perdre leur temps sur les médias sociaux, à contempler la vie des autres plutôt que de vivre la leur, à se plaindre ne pas posséder tel ou tel objet statutaire plutôt que de travailler dur pour se le payer.

Les réseaux sociaux étaient censés nous rapprocher les uns des autres, mais 20 ans après, on ne peut que constater que les médias sociaux ont petit à petit érodé la motivation et les ambitions de milliards d’utilisateurs qui sont maintenus dans un état de passivité et de dépendance : c’est le flux de contenus qui leur dit quoi acheter, quoi manger, quoi regarder ou écouter, où aller en vacances, pour qui voter…
La quintessence de cette lobotomisation socio-médiatique se retrouve dans les tendances et memes qui inondent les flux de publication et fournissent les micro-doses de dopamine à des milliards d’utilisateurs devenus accros à leur smartphone : Forget the A.I. Apocalypse, Memes Have Already Nuked Our Culture.
Oui je sais, le constat est sévère et la critique très dure, mais j’estime qu’elle est légitime et surtout salutaire : l’apathie provoquée par une utilisation excessive des médias sociaux, et de TikTok en particulier, est incompatible avec la période critique que l’humanité est en train de traverser (polycrise, raréfaction des ressources, tensions géopolitiques…). Pour simplifier mon propos : Ce n’est vraiment pas le moment de rêvasser.
Alors que les jeunes devraient être mobilisés pour faire face aux nombreux défis du XXIe siècle et redoubler d’efforts pour maintenir leur employabilité face à l’avènement de l’IA, ils se laissent distraire par Clavicular qui se met des coups de marteau sur le visage pour paraitre plus virile (Handsome at Any Cost).

Dis comme ça, cela peut vous paraître grotesque, mais c’est pourtant la vérité, car la nouvelle idole des jeunes a des centaines de milliers de followers sur TikTok et cumule des dizaines de millions de vue sur Kick, la plateforme de diffusion en directe sur laquelle nous avons pu assister au décès de Jean Pormanove l’été dernier (Can’t get a girlfriend? Smash your face with a hammer).
Je ne suis pas sociologue, donc je ne vais pas me lancer dans une analyse du looksmaxing ou de la mascusphère, mais je pense être aux premières loges pour constater l’écart qui se creuse entre ceux qui se font vampiriser leur volonté / ambition par les pitreries d’influenceurs sur TikTok et ceux qui se battent pour prendre leur avenir en main. Cet écart est d’autant plus préoccupant que l’employabilité des jeunes baisse à mesure que la performance des IA progresse.
Non, contrairement à ce que peuvent raconter les doomers et autres collapsologues, ce n’est pas un combat perdu d’avance. Et non, contrairement à ce que peuvent promettre les populistes, le revenu universel ou la sur-taxation des riches n’est pas une solution viable à l’avènement de l’IA.
Le salut de l’humanité viendra des individus eux-mêmes et de leur capacité à s’adapter et à faire face à de nouveaux défis. Mais pour ça, il faut un minimum de volonté, et surtout d’implication dans un environnement professionnel toujours plus compétitif.
Implication > Compétences
Certains nous expliquent qu’il n’est plus nécessaire de faire des études, car les IA apporteront très prochainement toutes les connaissances et compétences nécessaires (La superintelligence va décupler notre capacité d’agir). Je ne cautionne pas ce point de vue, car il s’appuie sur une vision très réductrice de l’enseignement.
Ainsi, les études ne doivent pas être simplement vues comme une phase d’acquisition de connaissances (celles-ci seront obsolètes au bout de quelques années), mais plutôt comme une période transitoire permettant aux jeunes de mieux comprendre le fonctionnement de la Société ainsi que du monde professionnel : ces rituels, ces faux-semblants, ces dérives…

Les études sont une opportunité de préparer son avenir à travers l’observation (comprendre les règles explicites et implicites), ainsi que d’apprendre à apprendre (développer son autonomie et sa résilience). Oui, le quotidien des étudiants n’est pas très drôle, car le rythme est intensif (surtout pour ceux qui sont en alternance) et les exigences élevées, mais c’est le seul moyen d’acquérir la discipline nécessaire au maintien de son employabilité, surtout dans ce contexte de montée en puissance de l’IA agentique.
Ainsi, pour des tâches répétitives et prévisibles (qui représentent la majeure partie des emplois de bureau), les agents IA seront toujours plus performants que des salariés lambda (les employés de bureau non spécialisés), surtout en France où le coût du travail est élevé. Nous nous dirigeons petit à petit vers un scénario où les tâches des salariés désimpliqués (ceux qui ne se posent pas de questions, ne cherchent pas à progresser ou à remettre en cause l’existant) seront confiées à des agents IA, sous la supervision d’une poignée de salariés investis et motivés : In two Amazon units, ‘builder’ replaces traditional job titles.
Selon cette optique, il n’y aura pas de destruction massive et subite d’emplois, mais une reconfiguration progressive du fonctionnement des entreprises : AI Will Reshape More Jobs Than It Replaces. Une reconfiguration qui ne laissera malheureusement plus beaucoup de place aux salariés « moyens », les PNJ décrits plus haut. Dans ce contexte, l’important n’est pas les connaissances ou les compétences que vous possédez à un instant t (celles-ci se déprécient très vite), mais votre motivation, votre volonté de progresser et votre assiduité dans l’acquisition de nouvelles connaissance et compétences. Vous n’avez ainsi pas trop de soucis à vous faire en ce qui concerne les capacités (le fait de pouvoir agir), car celles-ci seront prises en charge par les agents IA.
Tout ceci nous ramène à un problème de motivation qui concerne avant tout les jeunes, la « Génération flemme » qui s’est laissée pervertir par le miroir déformant des médias sociaux.
Implication = Motivation
Si l’on part du principe que la motivation repose sur le temps et l’énergie, on se rend tout de suite compte que les médias sociaux sont des tueurs de motivation, car ils absorbent ces deux ressources qui nous sont très précieuses. Voilà pourquoi je suis persuadé que le principal frein à l’emploi des jeunes diplômés n’est pas l’IA, mais TikTok !
Ceci étant dit, je ne m’expose pas énormément en écrivant ça, car nombreux sont ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme avant moi, et d’autant plus que les statistiques nous éclairent régulièrement sur ce fait :
- Teens’ Experiences on TikTok, Instagram and Snapchat
- Observatoire de l’audience des plateformes en ligne
- Why teens with ADHD are so vulnerable to the perils of social media
- Plus social que jamais
66 % des Français fréquentent les médias sociaux tous les jours. Mais un paramètre vient brouiller le jeu : « passer le temps » est devenu la seconde motivation pour 47 % d’entre eux. Mais passer le temps est le contraire d’une navigation joyeuse : c’est le scrolling, le feed, le remplissage compulsif d’un vide attentionnel par un flux sans fin.
Les plateformes dominantes, au lieu de se concentrer sur les quatre autres critères (rester en contact, échanger des nouvelles, partager des passions, suivre ses amis) ont travaillé en profondeur le divertissement : plus facile à monétiser et à vendre, plus lisible comme produit, plus simple à optimiser. En simplifiant à outrance : les plateformes sont devenues trop sociales dans l’expérience du contenu plutôt que de travailler les liens faibles qui animent les gens. Le contenu précède le lien. Le spectacle précède la relation.
Trop de temps passer sur les médias sociaux en général, et sur TikTok en particulier, nuit à la santé mentale des jeunes, qui est fragile, mais surtout à leur employabilité, car cela provoque une baisse de l’attention et de la capacité de concentration.
Un phénomène qui est accéléré par la dégradation continue des contenus publiés (Social media has become a freak show), mais également par la suprématie des formats courts de vidéos et micro-extraits : Your feed is overrun with clips, this is the cutthroat community of “clippers” behind it. Et la résurrection de Vine ne va très certainement pas améliorer les choses (Jack Dorsey-backed Vine reboot Divine launches to the public).
Vous pourriez penser que j’en rajoute, pourtant les sociologues et linguistes sont formels : l’avènement des médias sociaux et la généralisation des contenus visuels ont engendré une baisse des rapports interpersonnels : We’re All Talking to Each Other Less Than We Did a Decade Ago. Croyez-le ou non, mais le volume de paroles échangées avec d’autres humains a diminué de 28% en moins de 15 ans.
Avons-nous touché le fond ? J’aimerais le croire…
Moins de temps sur TikTok, c’est toujours trop de temps
Vous pourriez chercher à vous rassurer en invoquant l’argument du ralentissement de la croissance des médias sociaux : Have we passed peak social media?

D’autant plus que pour la première fois de son histoire, Meta annonce une baisse de son audience globale : Meta stock drops on quarterly results as ‘internet disruptions’ in Iran drag down user numbers.
Et en prime, certaines études nous montrent que les plus jeunes semblent se détourner des médias sociaux (Gen Z leads drive away from social media), voire de leur smartphone en plébiscitant le retour des téléphones mobiles (Dumb phones are making a comeback). Un récit qui donne de l’espoir, certes, mais qui s’apparente plus à un épiphénomène (c’est cool d’exhiber la réédition du Nokia 3310) qu’à une réalité vérifiable à grande échelle : il suffit de mettre le nez dehors, ou d’observer ce qui se passe en entreprise ou dans les écoles et facs pour constater que les jeunes sont toujours aussi obnubilés par leur smartphone.
Mais le problème est que les « jeunes » dont nous parlons sont administrativement majeurs, ils ont donc tout à fait le droit de gâcher leur avenir en perdant leur temps sur TikTok tout en accusant l’IA, le coupable parfait.

Voilà pourquoi nous manquons de solutions, car on ne peut pas les contraindre.
Défendre l’employabilité des jeunes et bien plus !
Nous vivons en démocratie, donc en théorie, l’opinion publique pourrait faire pression sur le législateur pour interdire les médias sociaux aux plus jeunes, ou pour empêcher les entreprises de licencier (c’est le cas en Chine : Chinese Court Bars Companies From Firing Workers Solely for AI Replacement).
Mais laissez-moi vous rappeler que les restrictions d’usage des médias sociaux pour les mineurs sont au point mort depuis des mois (European Parliament backs 16+ age rule for social media), tandis qu’il a fallu presque 5 ans pour endiguer le fléau du « prot » malgré de nombreux décès : Le Sénat adopte l’interdiction de la vente de protoxyde d’azote aux particuliers. À votre avis, combien faudra-t-il au Parlement pour légiférer de façon significative sur l’IA : 5 ans ? 10 ans ? D’ici là, il sera trop tard, car les Big Tech auront mis au point la super-intelligence : Here’s why Google DeepMind’s CEO thinks the singularity is closer than ever.

Comme j’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous l’expliquer : le rythme d’innovation autour de l’IA est beaucoup trop élevé pour que les entreprises et institutions (établissements d’enseignement, gouvernements…) puissent apporter des solutions concrètes et durables.
Je suis persuadé que la solution à la baisse d’employabilité des jeunes diplômés est personnelle et non collective : il revient à chacun de prendre son avenir en main. Ainsi, le meilleur moyen de lutter contre l’avènement des agents est de développer votre « agence », votre capacité d’agir (autonomie, faculté d’apprentissage…) et de réfléchir (In Defense of Thinking). Et ce n’est pas en perdant votre temps sur TikTok que vous allez trouver la motivation et la discipline pour justifier votre embauche ou votre salaire.
Encore faut-il avoir conscience des enjeux (l’employabilité), des problèmes (manque de motivation et de discipline, déficit d’implication…), et de ses origines (addiction au smartphone et à TikTok…). Ce qui était l’ambition de cet article. Ni plus, ni moins. Mais malgré cette mise en garde, et les nombreuses qui lui ont précédé, le problème reste entier, car personne ne peut arrêter ni même ralentir la progression des IA. L’impact ne sera pas qu’informatique ou économique, il sera avant tout social, voire civilisationnel.
Faut-il prier pour que la situation s’améliore (usages excessifs des médias sociaux, généralisation de l’IA…) ? Je ne pense pas, mais mon avis ne compte pas, je vous incite plutôt à vous tourner vers les autorités religieuses : Pope Leo XIV presents first AI encyclical, Anthropic co-founder invited as guest speaker.
Questions / Réponses
Pourquoi considérer TikTok comme un frein plus important à l’emploi que l’IA elle-même ?
La motivation repose sur deux ressources clés (le temps et l’énergie), que les médias sociaux et TikTok en particulier absorbent massivement. L’addiction au smartphone et à TikTok provoque une baisse de l’attention et de la capacité de concentration des jeunes, ce qui pénalise directement leur employabilité dans un marché du travail en pleine reconfiguration avec l’avènement de l’IA.
L’IA va-t-elle entraîner une destruction massive et soudaine des emplois ?
Non. Le scénario le plus probable est celui d’une reconfiguration progressive du fonctionnement des entreprises : les tâches répétitives et prévisibles seront confiées aux agents IA, sous la supervision d’une poignée de salariés investis. Les profils « moyens », peu impliqués, seront en revanche les premiers fragilisés.
Sur quelles compétences les jeunes doivent-ils miser pour préserver leur employabilité ?
Il est inutile et vain de chercher à rivaliser avec les IA sur les capacités de calcul ou de mémorisation, deux terrains déjà perdus. Il convient plutôt de cultiver les formes d’intelligence plus difficiles à automatiser (interpersonnelle, intra-personnelle, existentielle…), ainsi que des qualités comme la motivation, la curiosité et l’assiduité dans l’acquisition de nouvelles connaissances et compétences.
À quoi correspond la notion de « PNJ » en entreprise ou à l’école ?
Le terme est emprunté aux jeux vidéo (les personnages non-joueurs) et désigne dans le contexte de cet article les salariés ou étudiants passifs, qui ne se posent pas de questions et attendent que leur employeur, leur école ou l’État leur apporte des solutions. Ce sont précisément ces profils que les agents IA remplaceront en priorité.
Face à cette situation, peut-on attendre une réponse des pouvoirs publics ?
Non. Les institutions et le législateur évoluent sur une échelle de temps incompatible avec le rythme d’innovation de l’IA, qui reconfigure le marché tous les 6 mois. La solution est donc avant tout personnelle : développer son « agence », c’est-à-dire sa capacité d’agir, d’apprendre et de réfléchir par soi-même.