Après des décennies d’immobilisme, j’ai comme l’impression que le besoin de refondre les fondamentaux de l’entreprise (nos façons de travailler et notre environnement de travail) se fait sentir de façon insistante dans les différentes publications. Peut-être est-ce dû à la période d’incertitude que nous traversons (y aura-t-il du travail pour tout le monde demain), en tout cas le sujet est la mode. J’avais d’ailleurs abordé le sujet il y a quelques mois : La collaboration et la productivité passe aussi par une réorganisation du lieu de travail.
Je profite d’un rapport très complet publié par PSFK pour rouvrir ce sujet : The Future of Work. Ce n’est pas tant les changements liés à l’environnement de travail (les bureaux) que les changements organisationnels et culturels qui sont abordés dans ce rapport. Il est certes payant, mais il existe une version gratuite ainsi qu’une série d’articles qui abordent les différents points en profondeur, sinon il y a cet article de synthèse : The Future of Work: Quantified Employees, Pop-Up Workplaces, And More Telepresence.
http://fr.slideshare.net/slideshow/embed_code/15909257?rel=0
Plusieurs pistes de réflexion très intéressantes sont regroupées en cinq grandes thématiques :
- On Demand Staffing, où il est question d’avoir recours à un écosystème des prestataires et indépendants pour absorber la cyclicité de l’activité et savoir saisir des opportunités de diversification ponctuelles ;
- Collision Collusion, où l’on parle à nouveau des espaces de collaboration physiques, mobiles et virtuels ;
- Improvised Workplace, qui apporte une flexibilité extrême dans l’organisation du travail des équipes (mobilier, logiciels…) ;
- Living Knowledge, avec les notions de réseau d’apprentissage (social learning) et de processus adaptatifs (feedback culture) ;
- Constant Learning, dans la même lignée avec les espaces digitaux de capitalisation des savoirs, les organisations auto-apprenants et les outils de gestion de carrière collaborative.
Je vous accorde qu’il y a beaucoup de buzzword dans ce rapport, mais il forme un tout cohérent et surtout décrit les bases de ce vers quoi nous nous dirigeons. Entendons-nous bien : le but n’est pas de faire de la futurologie, mais bien de trouver des solutions pour augmenter la créativité et la productivité sans (trop) pressuriser les collaborateurs.
De toutes ces pistes de réflexion, je retiens plusieurs idées fortes :
- Faire cohabiter les différentes générations, notamment en intégrant des étudiants et des incubateurs au sein de l’entreprise pour que chacun puisse apprendre des autres (de la fertilisation croisée inter-culturelle et inter-générationnelle) ;
- En finir avec les aménagements traditionnels du lieu de travail et exploiter sérieusement et de façon serène le télétravail (The Next Office: Why CEOs Are Paying Attention), et tuer dans la foulée les réunions (Kill Your Meeting Room, The Future’s in Walking and Talking) ;
- Faire attention au bien-être des employés et à leur moral pour les fidéliser et augmenter leur productivité (cf. The Happiness Machine).
Pour poursuivre cette réflexion, je vous propose également un article de la Harvard Business Review qui va un peu plus loin (The Third Wave of Virtual Work), de même que cette interview très intéressante de Olivier Charbonnier : A quoi ressemblera le travail demain ?. Le précité est auteur d’un livre portant le même titre qui se penche sur les aspects organisationnels, avec notamment la description de quatre modèles possibles :
- L’écosystème solaire, où l’entreprise est au centre d’une galaxie de sociétés partenaires, sous et co-traitantes (par opposition au modèle de croissance reposant sur l’intégration verticale) ;
- L’excubation, où l’entreprise va encourager et financer l’éclosion de startups accolées à elle, plutôt que de chercher à faire la révolution en interne ;
- L’open source, où un ensemble de sociétés et organisations créé de la valeur autour d’un bien ou d’un service commun ;
- L’intermédiation, qui valorise avant tout la co-création et une répartition plus distribuée de la valeur.
Je ne suis pas un spécialiste de l’organisation, mais toutes ces idées et réflexions me semblent sacrément intéressantes pour succéder aux organisations pyramidales reposant sur le taylorisme et la productivité individuelle.