De l’inefficacité des médias sociaux à couvrir l’actualité chaude

Voici le billet que j’aurais aimé écrire : Attentas de Bombay : citizen journalists plus commentateurs que reporters ou analystes. Dans ce billet l’auteur fait un constat plus que mitigé de la couverture des événements de Bombay par les médias sociaux (blogs, micro-blogs, réseaux sociaux, sites de partage…).

A la base de cette réflexion, un article d’une pro de la communication (Amy Grahan) qui tire les conclusions suivantes :

  • Les réseaux sociaux (Facebook et son statut) se contentent de citer les contenus des médias traditionnels ;
  • Les blogueurs ne font que commenter ;
  • Les photos et vidéos publiées ne présentent aucun intérêt.

Ouch ! Le constat est dur mais force est de constater qu’il est juste. Face à une actualité très chaude comme ces attentats de Bombay (qui plus est à l’autre bout de la planète), les journalistes citoyens sont incapables de produire ni information à valeur ajoutée ni analyse.

Saluons ici le courage de l’auteur pour dénoncer ce raz-de-marée (cf. Mumbai – Twitter and Citizen Journalism Advance) qui n’a d’autre intérêt que d’assouvir la soif de sensationnalisme des drogués de Twitter (et il y en a beaucoup).

Heureusement le tableau n’est pas tout à fait noir puisque les blogueurs sont aussi capable de très rapidement mettre en place des initiatives humanitaires ou à synthétiser le peu d’informations viabilisées sur une page Wikipedia.

Nous savions déjà que la blogosphère fonctionnait comme une chambre de résonance, la twittosphère fonctionne elle comme une chambre de résonance en temps réel qui ne fait qu’accentuer la confusion et la panique. Souvenez-vous les nombreux twits et blogs qui ne faisaient que relayer la dégringolade de la bourse en Septembre dernier, quel intérêt si ce n’est jeter de l’huile sur le feu ?

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de remettre en cause les pratiques de micro-blogging (dont je suis moi-même un adepte) mais de douter de l’efficacité réelle de cet outil face à une si grande tragédie. Que se serait-il passé si Twitter avait existé à l’époque du 11 septembre 2001 ?

Reconnaissons que de grosses machines comme l’AFP ou Reuters sont quand même bien mieux calibrées pour couvrir de tels évènements au travers de brèves plutôt qu’un twitteur dont ce n’est pas le métier et qui n’est pas sur place.

Je vous invite également à lire le retour d’expérience de Claude Malaison (grand twitteur devant l’éternel) qui a été extrêmement présent ces derniers jours en se transformant en authentique téléscripteur humain : #Mumbai – Loin du Web 2.0 et pourtant si près… (Première partie).

Bref, loin de moi l’idée de jouer les rabat-joies mais je suis plus que perplexe face à l’enthousiasme de certains qui qualifient déjà Twitter de remplaçant des médias traditionnels, c’est à mon sens aller un peu vite en besogne. D’autant plus que les journalistes sont tout à fait capables de s’approprier ces nouveaux outils comme à la rédaction de l’Express où Julien se sert de Twitter pour couvrir les événements culturels comme le Printemps de Bourges.

Encore une fois je ne suis pas en train de faire le procès de l’outil (qui renferme un énorme potentiel, cf. Why I Love Twitter) mais plutôt de rappeler les limites de l’exercice pour les twitteurs lambda qui ne sont ni formés ni entraînés aux métiers du journalisme.

9 commentaires sur “De l’inefficacité des médias sociaux à couvrir l’actualité chaude

  1. Voilà une analyse à contre-courant ! Je n’ai cessé de lire ici ou là une série d’opinions disant plutôt que Twitter et les médias sociaux avaient été bien plus rapides que l’AFP et consorts…

    Alors certes, ça ne se remplace pas mais les photos publiées sur Flickr avec le tag Mumbai par exemple sont de très bonne qualité et ont été publiées très très rapidement… Et pour les journalistes, avoir des témoignages aussi rapides que ceux diffusés sur Twitter, même court, c’est précieux.

    Comme dit Narvic, la sphere de l’info devient plus liquide… Il y a une info immédiate désormais qui précède l’info vérifiée, stabilisée, des journalistes.

  2. il est clair le journaliste citoyen est loin d’être crédible, beaucoup de bêtises sont dites dans les réseaux sociaux (pratiquement autant que dans les bistrots…) :-)

  3. « Heureusement le tableau n’est pas tout à fait noir puisque les blogueurs sont aussi capable de très rapidement mettre en place des initiatives humanitaires » Ouf! J’ai cru qu’on allait parler de politique. Non non, le sens est dans l’humanitaire et grâce aux journalistes nous avons appris que nous pouvions pleurer sur des indiens vaguement morts quelque part. Un peu plus et nous serions allés au boulot sereins, ou pire emplis de sagesse en ayant appris quelque chose voire en ayant introduit un questionnement de la réalité (ce qui est inacceptable, convenons-en).

    J’attends des journalistes qu’ils refassent leur boulot: construire un discours et une trame temporelle à partir de l’actualité. A priori, mais c’est peut-être que à force d’en avoir marre je ne suis plus les infos (par hasard j’ai entendu la bande son lugubre le matin des attentats, je me suis retrouvé à vraiment pleurer, j’en conclue surtout que depuis que j’ai arrêté les actualités je suis redevenu humain), les journalistes ont été encore dans le commentaire. En tous cas je n’ai pas entendu une seule problématique sociale et politique, comme si les victimes comme les terroristes étaient de vulgaires bestioles. Après je ne suis pas sur Twitter non plus, donc je ne sais pas ce qu’il s’y est passé.

  4. Attention à ne pas tomber dans la confusion…Twitter avec ses 140 catactères n’a pas (et n’aura jamais) la vocation de faire une analyse d’un événement, il a précisément l’avantage de pouvoir rapporter du factuel plus rapidemment que les médias traditionnels, ce qu’il fait très bien…Laissons l’analyse des événements aux blogs spécialisés et agences de presse…chacun a son rôle à jouer…ne mélangeons pas diffusion d’information et analyse…

  5. Pour peu qu’on parle d’un évènement qui a lieu dans un pays fortement développés, statistiquement, et comme l’illustre Pierre, il y a de fortes chances que les évènements soient bien reportés par des gens sur place, avec peut-être des bonnes analyses et des bonnes photos.

    Le problème, c’est de trouver les infos relayées par ces gens là, au milieu du téléphone arabe mondial qui n’apporte rien.

    C’est là que les médias « traditionnels » (si on peut les appeler comme ça, vu que beaucoup sont sur le net) se différencient: on sait qu’ils auront une couverture de l’évènement en question, donc on va les voir.

    La difficulté pour un bloggueur c’est d’avoir l’info nouvelle et pertinente quand il a peu de moyens d’aller la chercher.

  6. Pourquoi vouloir concurrencer ou hierarchiser les deux formes de medias: sociaux et traditionnels alors qu’en realité ils sont complementaires et forment l’embryon d’un nouvel ecosysteme mediatique

  7. D’accord avec l’analyse, l’accès facile et gratuit aux outils révèle pas forcément la maitrise ou les talents. Exception peut être dans la musique ou le web à ouvert la porte au vote du public à de nombreux artistes qui se sont exposés. La facilité d’expédier des informations ou ses émotions de la rue avec un PDA n’est pas forcément proportionnel avec l’exactitude. Un participant a twitté une de mes mini conférence et a résumé « Fuck la crise » expression non prononcée mais selon lui ou elle, représentative de mon propos sur la gestion de la crise au café des Freelances à la Cantine.

    Découvrir les possibles des nouveaux outils web, apprendre les usages et en inventer tout en observant les effets induits, va demander encore un peu d’investissement temps et d’adaptation. On est au tout début. Une astuce : suivre la E-réputation de l’émetteur.

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