Vous êtes plutôt application mobile ou site web optimisé pour les smartphones ?

Alors que la barre des 500.000 unités vendues vient d’être franchie par l’iPad, je m’interroge sur l’impact que cette machine pourrait bien avoir sur le marché, ou plutôt sur les éditeurs de sites web.

Tout à commencé avec l’iPhone : Belle machine, système d’exploitation robuste et certainement la meilleure expérience de surf sur le web en situation de mobilité (du moins à la date de sa sortie). Résumons une longue argumentation en disant que pour un usage d’appoint, l’iPhone et son Safari remplit largement sa promesse. Bien évidemment vous ne passeriez pas des heures à surfer sur le web avec votre iPhone car ce smartphone n’a pas été conçu pour ça. D’autant plus qu’il existe une myriade d’applications proposant une expérience plus riche et plus immersive. OK, jusque là tout va bien.

Prenons maintenant le cas de l’iPad : Belle machine, même système d’exploitation, même navigateur. Surfer sur le net avec un iPad veut donc dire être soumis aux mêmes limitations (pas de Flash, pas de survol avec la souris). Là c’est tout de suite un peu plus gênant dans la mesure où l’iPad est vendu comme  l’avenir de l’informatique domestique, le remplaçant de votre ordinateur (avec son clavier et sa souris).

Passée la première prise en main (où l’impression générale est très bonne), l’iPad se révèle au final un peu décevant pour surfer le web, pour les limitations que nous lui connaissons. Réponse d’Apple : « C’est la faute des éditeurs de sites qui ne sont même pas foutus de sortir des version iPad-ready« .

iPad

Nous avons mis une dizaine d’année à nous débarrasser de la logique du « Site optimisé pour XYZ«  et Apple voudrait nous faire replonger dedans ? Oui et non. Oui parce qu’une compatibilité HTML5 suffit pour être « iPad-ready » (ils se cachent donc derrière l’argument des standards web). Non car les éditeurs ont aussi la possibilité de sortir une application (en fait un widget).

La tentation est grande de se lancer dans la confection d’une application pour plusieurs raisons :

  • L’expérience utilisateur est parfaitement maîtrisée ;
  • L’attention de l’utilisateur est concentrée ;
  • Elle est disponible en mode déconnecté.

Par contre il y a des contreparties à ne pas négliger :

  • Vous devez soit apprendre le bon langage (Objective C), soit sous-traiter la réalisation à un spécialiste ;
  • Vous devez faire approuver votre application pour qu’elle intègre l’App Store d’iTunes ;
  • Vous devez vous plier au mécanisme de mises à jour imposé par Apple ;
  • Vous devez vous assurer que l’application est compatible avec le format iPad ;
  • Vous devez développer autant de version de l’application que vous ciblez de smartphones.

Autant vous dire qu’il faut y réfléchir à deux fois avant de lancer votre application iPhone / iPad car il y a des coûts cachés. C’est effectivement une très bonne chose que d’être présent sur l’un des panneaux de l’écran d’accueil de l’iPhone / iPad (qui fonctionne comme des bookmarks), mais le ROI est loin d’être probant.

Autant le développement de widgets et autres micro-applications a été grandement simplifié / viabilisé par des technologies comme AIR, autant pour les applications mobiles tout reste à faire. D’autant plus que le marché des smartphones évolue vite (iPhone OS still dominates mobile web; Android on the way up) et que celui des touchbooks devraient aussi être amené à bouger avec l’arrivée de machines propulsées par Android.

Je suis intimement persuadé que ce phénomène de widgetisation du web (« développez une application pour mes machines et tout se passera bien« ) est néfaste car elle disperse les ressources et donc les budgets des annonceurs. Je suis beaucoup plus partisan d’une approche raisonnée qui consiste à développer une version smartphone d’un site web plutôt que de se lancer dans le développement de x versions d’une application mobile (pour iPhone, Android, Symbian, BlackBerry…).

Cette solution permet de bien mieux maîtriser les coûts de développement, de s’affranchir des contraintes de déploiement / mises à jour, de cibler un panel bien plus large de smartphones, de capitaliser de l’expérience sur une technologie pérenne (HTML 5). Illustration avec la version mobile de Twitter :

IMG_1145

Même si les possibilités par rapport à une application sont restreintes, le ROI est imbattable. Peut-être que la combinaison gagnante est de proposer une version mobile de votre site web ou service en ligne et de proposer une application payante avec des services à valeur ajoutée (la grande question étant : « Qu’est-ce qu’un service à valeur ajoutée« ).

Donc au final, je trouve cette idée de sites web « iPad-ready » complètement rétrograde. Mais transposée en « Smartphone-ready » ou en « Touchbook-ready« , là ça devient beaucoup plus intéressant (surtout avec une redirection automatique vers la bonne version).

Bon en fait la combinaison réellement gagnante serait d’avoir un site web avec des versions smartphone / touchbook et une application mobile payante mais reposant sur un code-source unique. C’est en quelque sorte ce que promet Adobe avec son Open Screen Project et la possibilité dans CS5 de compiler une application Flash en une application iPhone. Le nirvana des Rich Mobile Applications, nous y sommes presque !

À moins que tout ceci ne soit remis en cause avec le lancement ce soir de la V.4 de l’iPhone OS…

Mise à jour (9 avril 2010) : Voilà c’est fait, Apple vient d’inclure une close dans sa licence pour interdire l’utilisation du compilateur Flash de CS5. D’un côté je me dis qu’il faut des mesures extrêmes comme celle-là pour garantir une expérience utilisateur cohérente sur l’iPhone, d’un autre je pense que celà complique la tâche des annonceurs et des éditeurs d’applications. Les produits d’Apple et d’Adobe font partie de mon quotidien professionnel depuis des années et je m’attriste de voir ce conflit s’envenimé…

19 commentaires sur “Vous êtes plutôt application mobile ou site web optimisé pour les smartphones ?

  1. Personnellement je déteste l’idée d’une version « optimisée iPad » des sites.

    Avoir une version « mobile » avec un CSS (au mieux) ou un dév complet (au pire) adapté à un petit écran est une solutions tout à fait satisfaisante.

    Mais faire une version ‘iPad’ non. Ce serait une régression inadmissible.

    Mais pousser à adopter les standards de demain reste une bonne position. On ne peut pas rester trop conservateur.

    Quand à transformer un site en application… bof bof. C’est là aussi une régression vers du propriétaire qui dilue l’effort de développement.

    Sauf à proposer une véritable valeur ajoutée cela ne sert à rien.

    Pour rappel, les développeurs Mac n’ont pas que XCode, Cocoa et Objective-C. Il ont aussi Dashcode, un outil de développement web qui permet assez facilement de transformer un simple flux RSS en petite application web HTML5 capable de fonctionner en connecté ou non.

  2. Tout à fait d’accord avec toi, l’application n’est qu’une brique déportée (et couteuse) du site qui lui doit répondre à des exigences d’adaptation. C’était un des point d’un de mes derniers post sur les conversion de site web en application Iphone :
    http://www.diplotomatic.com/2010/02/25/convertir-son-site-internet-en-application-iphone-et-android/

    Se mettre à la place de l’utilisateur et de ses méthodes de connection ou de ses flux d’information c’est mon point de vue.

  3. A mon humble avis, Apple va reproduire les meme erreurs que dans les annees 80.

    L’histoire se repete sans cesse.

    Rappel:
    Annees 1980, Apple domine le Personal Computing avec des produits innovants, Microsoft copie l’interface d’Apple et vend son OS a tous les clones d’IBM PC.

    Annees 2010, Apple domine le Mobile Computing avec des produits innovants, Google copie l’OS d’Apple et vend Android a tous les constructeurs de mobiles/tablettes.

    Apple va perdre une grande partie du marche.
    La raison est simple, si les 19 constructeurs de telephonie sur 20 ont choisis de supporter Android, c’est le marche sur lequel il faut developper.

    Apple va redevenir une niche. Developper une application iPad/iPhone en utilisant obligatoirement XCode et Objective-C sous peine de la voir rejetee n’a aucun sens.

    Un autre detail qui a son importance, surtout pour Apple, c’est que leur cible a change. Avant avoir un mac, puis un ipod, puis un iphone c’etait « hype ». Maintenant, c’est le marche de masse et une grande majorite a deja un iphone, ce n’est donc plus « hype » du tout.
    Le mobile est devenu une extension de soi. Voir tout le monde avoir le meme telephone mobile, ca va devenir has been. De toute facon, Apple n’offrira a la vente que un ou deux models maximum.
    Quand l’offre des constructeurs tel que Nokia, Samsung, Sony supportera pleinement Android, Apple aura beaucoup perdu de sa superbe car il y aura un vrai choix.

    Enfin je terminerai que d’ici peu on risque aussi de voir des emulateurs Android pour jeux/applications d’iPhone, donc rester pieds et poings lies a Apple n’aura vraiment aucun sens.

  4. @ Baz > Apple a toujours été une marque de niche, ils vont donc pleinement assumer leurs choix. En tant qu’utilisateur, je suis rassuré de voir qu’Apple essaye de faire le ménage pour ne garder que le meilleur. En tant que consultant, je me réjouis de la tournure que prennent les évènements avec Google + Android et Microsoft + Windows Phone + Pink.

  5. « Mêmes erreurs que dans les 80 »

    Non:
    Dans les 80 ils n’avaient que les computers…

    Aujourd’hui, ils sont N° 1 dans la vente online de musique avec itunestore(1500000000 de téléchargements,autant d’infos sur les acheteurs…et potentiels acquéreurs de nouvelles solutions…), second point, ils ont le cash, et la créativité que personne n’a aujourd’hui.

    Dernier point, Apple ne fait plus que du Mac, ils sont passés a autre chose et ont une vision affuté de ce à quoi servira l’informatique domestique d’aujourd’hui et de…demain. Bienvenu dans notre monde de loisirs tactilonumerimedia…A bon entendeur.

  6. @Baz C’est une grossière erreur de comparer Android et iPhone OS…

    iPhone OS propose un nouveau type d’IHM, purement tactile.

    Android propose une adaptation du modèle existant dans des « petits » périphériques.

    La seule différence d’approche du multitâche entre les deux OS montre bien à quel point les deux univers sont différents.

    Android est adopté par de nombreux acteurs pour une seule raison: il est gratuit. iPhone OS reste au seul contrôle d’Apple et n’est pas prêt à être licencé.

    Le marché mobile reste totalement neuf. La fragmentation d’Android tant en terme d’IHM que de plateformes hardware est une erreur qui pourrait bien lui être fatale, quelle que soit les qualités de l’OS.

    Le seul challenger crétible était WebOS, mais il ne tient pas vraiment la route.

    Windows Phone 7 a un bon potentiel, mais l’IHM est très radicale et MS continu a fragmenter son offre en maintenant Windows Phone Classic et maintenant le Kin?

    Concernant les conditions XCode et ObjC, j’ai mis ça noir sur blanc ici:
    http://sylvain.gamel.free.fr/blog/?p=1300

    Non la messe n’est pas dite et personne ne sait prédire l’avenir, surtout en hightech :)

  7. @ Sylvain > Oui c’est un peu la marque de fabrique d’Apple (garder le contrôle sur le hardware et le software). C’est ce qui participe à la réussite de l’iPhone. Il y a effectivement un gros risque pour Google d’avancer plus lentement que ses concurrents dans la mesure où les versions d’Android commencent à se multiplier et surtout en devant gérer la compatibilité avec des nombreux formats de smartphones (avec et sans clavier) + des touchbooks + des netbooks + …

  8. Oui il faut faire des applis dédiés pour l’Ipad, le premier périphérique qui nous propose d’inventer comment se servir de l’informatique avec un OS sans file system ! pour le contrôle du hardware, il n’y a que l’innovation qui fait qu’on adopte Apple, sinon ouvrer un mac… c’est un PC intel ( un peu mieux rangé ) avec un OS ludique et fonctionnel .
    Quant au métier d’apple, il devient celui d’un diffuseur de contenu incontournable ( musique itune, vidéo avec pixar ) et qui est en train de fabriquer ( comme facebook) le plus gros fichier marketing qualifié du monde, qui drainera encore de + gros revenu en gérant une pub ‘snipper’ ( iadd), et le coup de génie est ici …et le manque de vision globale des autres aussi …

  9. Hi all… comparer l’Apple d’il y a 30 ans et d’aujourd’hui ne tient pas la route sur un point… son positionnement et sa clientèle de niche.
    Je me souviens des Apple II, des Lisa, des Macs Plus et SE… etc…

    Le point commun entre toutes ses machines innovantes était leur inaccessibilité financière pour monsieur tout le monde…

    Aujourd’hui, l’investissement dans un iphone ou un téléphone un minimum évolué est grosso modo identique.

    D’où des millions d’unités vendues…

    Là où en 80, imposer un modèle, une IHM, etc… relevait du miracle, aujourd’hui, tout est possible… pour Apple.

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