De l’aberrante dérive du poids des pages d’accueil

Savez-vous combien pèse la page d’accueil de Yahoo ? Cette question n’est pas anodine car cette valeur a été pendant longtemps une unité de référence pour la vitesse de chargement des pages d’un site web. En presque 10 ans passés en agence, je ne compte plus le nombre de cahiers des charges et brief où il étai stipulé que le poids des pages du futur site du client ne devait EN AUCUN CAS dépasser la limite de 30 Ko (le poids théorique de la page d’accueil de Yahoo! dans l’inconscient collectif).

Puis il a été question de 60 Ko…

Puis ça a été l’avènement de l’ADSL, les années YouTube et maintenant plus personne ne se soucie du poids des pages. Il faut dire que les foyers français sont équipés en haut-débit à plus de 95% (ADSL + câble + fibre, si mes sources sont exactes), donc plus la peine de se soucier du temps de chargement.

Oui mais voilà : Il fut un temps où la page d’accueil de Yahoo! pesait 30 Ko, mais cette époque est loin derrière nous et je constate une inflation alarmante (euphémisme) dans le poids des pages d’accueil qui dépassent fréquemment le Mo. Ce fameux « poids » correspond à l’espace disque occupé par l’ensemble des fichiers qui composent une page d’accueil (HTML, javascript, css, flash, images…).

Je me suis amusé à comparer les pages d’accueil de certaines boutiques en ligne française, et le résultat n’est pas brillant :

Non vous ne rêvez pas, pour avoir le privilège d’admirer la page d’accueil de Cdiscount il vous faudra télécharger près de 220 fichiers pour un total avoisinant les 3 Mo. Hallucinant ? Oui, surtout dans un marché aussi concurrentiel. PriceMinister s’en sort très bien avec une page bien plus légère que les autres dû à une utilisation très limitée des images (contrairement à Cdiscount).

Concernant les sites d’information, c’est encore pire :

Même si les mega-bannières et autres publicités au format vidéo plombent la page, n’est-il pas aberrant de ne pas trouver un site d’information sous la barre des 2 Mo ? Et ce n’est pas forcément mieux de l’autre côté de l’Atlantique :

Concernant les grands portails, la moyenne est moins élevée :

De façon surprenante, les grands portails sont plutôt raisonnables dans leur utilisation de la bande passante. Mention spéciale à Facebook qui dépasse la barre des 2 Mo avec une ribambelle de fichiers javascript. Vous noterez au passage que les deux moteurs de recherche pèsent rigoureusement la même poids (je ne sais pas trop quoi en penser…).

Bref, cette rapide étude concurrentielle nous révèle une vérité bien dérangeante : Les pages d’accueil de sites de news sont plus lourdes que certains plug-ins dont le temps de téléchargement est soit-disant rédhibitoire. Même si nos liaisons ADSL sont très performantes, les tuyaux ont des limites et le nombre de fichiers à télécharger nous éloigne toujours plus de la limite symbolique des 2 secondes pour charger une page d’accueil (le temps d’attente est directement lié à l’expérience utilisateur).

Tout ceci est très dérangeant, surtout à partir du moment où Google annonce qu’il va prendre en compte le temps de chargement des pages dans son algorithme. Oups, c’est justement ceux qui ont le plus besoin d’un bon référencement (commerce en linge, news…) qui vont se faire dégrader. Je ne peux que me réjouir de cette annonce car cette escalade dans le poids des pages d’accueil n’augure rien de bon et surtout rend les éditeurs fainéants.

Pourtant il existe de nombreuses façons d’optimiser le poids des pages en limitant le nombre d’images, en optimisant les fichiers HTML et javascript… J’imagine que l’arrivée à maturation des terminaux de consultation alternatifs (smartphones, touchbooks…) va inciter les éditeurs à se remettre en question.

61 commentaires sur “De l’aberrante dérive du poids des pages d’accueil

Les commentaires sont fermés.