Générations X-Y-Z, qui sont les vrais jeunes ?

Je ne sais pas pour vous, mais cette histoire de génération Y commence vraiment à me casser les oreilles (pour rester poli). Depuis plusieurs années tout le monde y va de son « La Gen Y va tout déchirer« , « ils sont nés avec le web« , « ils vont nous apprendre la collaboration« , « nous avons tout à apprendre de leur regard neuf sur la société« … Je ne remets pas en cause l’évidence qu’ils sont (une partie de) notre avenir et qu’ils vont payer (une partie de) nos retraites, mais bon… là je commence à saturer et je ne suis visiblement pas le seul : 10 raisons d’en avoir marre de la Génération Y.

gen-y

En fait ce qui me chagrine dans ce que je lis et entends, c’est le nombre de clichés qui sont pour la plupart faux ou mal interprétés : So-Called « Digital Natives » Not Media Savvy, New Study Shows et Les mythes de la génération Y. Donc une bonne fois pour toutes : Non, les représentants de la génération Y ne sont pas nés avec l’internet et non ils ne sont pas multitâches car notre cerveau ne fonctionne pas comme ça, du moins pas au travail. Moi aussi quand j’étais jeune je pouvais regarder la télévision en écoutant de la musique tout en lisant une BD et en parlant avec un pote au téléphone. Plus maintenant, car j’évolue dans un contexte professionnel où chaque tâche que je traite nécessite une concentration maximale, et ça sera la même chose pour les jeunes d’aujourd’hui qui vieilliront bien un jour. D’ailleurs à ce sujet il n’y a aucun rapport entre l’âge et la performance intellectuelle. En fait si : Plus vous êtes jeune et plus vous avez de neurones, mais plus vous vieillissez et plus vous créez des connexions entre ces neurones. Donc en fait je RRAAAAAHHHHHH ça y est, je suis moi-même en train de m’enliser dans le débat jeunes / vieux qui je dénonçais en début d’article !

En fait le fond de ma pensée est le suivant : Nous sommes tous des représentant de l’ancienne génération de quelqu’un. Comprenez par là que les membres de la génération Y vont remplacer ceux de la génération X, qui eux-mêmes ont remplacé les baby-boomers. Pire : Les membres de la génération Y sont à peine installés dans le monde de l’entreprise que l’on parle déjà de la génération Z, celle des Echo-Boomers, les « vrais » Digitals Natives qui vont faire la rupture (ou pas) : La generation Z, Emos ou Echo-Boomer entre en scène…mais ne fera sans doute pas le buzz.

Bref, tout ça pour vous dire qu’à chaque nouvelle génération correspondent de nouveaux clichés. Je vous recommande à ce sujet la lecture de ce très bon dossier : Les quatre génération, une enquête et perspective sur les générations.

Au final je ne pense pas que la fameuse génération Y va bouleverser le monde de l’entreprise. Je penche plutôt pour une évolution sans rupture vers de nouveaux modes de collaboration et règles de gouvernance que vers un scénario avant / après. À la rigueur la grave crise économique que nous traversons est un facteur de rupture bien plus puissant que les » jeunes » de la génération Y.

Ce qui nous amène vers une question existentielle : Faut-il être jeune pour révolutionner une entreprise ou une industrie ? Pas réellement : Richard Branson ou Steve Jobs ne sont plus réellement des jeunes. Cette question a de l’importance à partir du moment où les couches dirigeantes d’une entreprise (celles et ceux qui prennent les décisions) se repose sur cette nouvelle génération pour ne pas avoir à initier une transformation douloureuse (« Ce n’est pas à mon âge que je vais modifier mes habitudes« , « Les nouveaux entrants se chargeront de former les anciens« , « Ils nous expliqueront comment ça marche« …).

En quoi l’âge est-il synonyme de compétences en matière de transformation des processus de travail ou même de stratégie en ligne ? Je veux bien croire que les membres de la génération Y sont statistiquement plus connectés que ceux de la génération X mais sont-ils plus compétents dans ce domaine pour autant ? Si j’en suis arrivé à me poser cette question, c’est parce que je commence à développer un complexe vis-à-vis des populations plus jeunes (moins de 30 ans) qui sont de facto reconnues comme LES grands spécialistes du web. Et moi alors, pourquoi ne serais-je plus compétent ou plus apte à la collaboration sous prétexte que j’approche de la quarantaine ?

Les interrogations qui me tourmentent ne sont pas le fruit de ma paranoïa, mais plutôt un condensé de ce que je peux entendre et ça me fait peur, car cela représente de grosses responsabilités sur les épaules d’une seule génération. Ne serait-il pas plus sain d’impliquer l’ensemble des collaborateurs dans une dynamique de transformation plutôt que de la déléguer à une petite partie (les membres de la génération Y) ? En écrivant ça j’ai vraiment l’impression de passer pour un enfonceur de portes ouvertes, il n’empêche que les discussions résonnent encore dans ma tête et que l’inconscient collectif génère petit à petit des attentes qui vont être difficiles à assumer.

J’en reviens à mon point précédent sur la lente transformation des modèles d’entreprise et dynamiques de collaboration : Il n’y aura pas de rupture et la transformation se fera de toute façon avec ou sans la génération Y. Bon OK, elle se fera forcément avec la génération Y parce qu’il faut bien renouveler la population d’une entreprise. J’espère simplement que cette transformation se fera dans l’intelligence (cf. De l’intérêt de ne pas façonner la génération Y) et qu’elle sera surtout prolongée avec les générations Z et suivante.

Au final, s’il y a bien une chose dont je suis persuadé, c’est qu’après avoir amélioré les performances au travers de nouveaux outils de travail (machines puis ordinateurs), les prochains leviers de gain de performance se feront au travers des rapports sociaux et émotionnels entre les collaborateurs. Traduction : Les précédents bons de performance étaient techniques, les prochains seront psychologiques.

Vous pourriez me dire : « OK, mais qu’est-ce qu’ont fait des jeunes ? » et je vous répondrais « nous sommes tous le jeune ou le vieux de quelqu’un« . Traduction : la jeunesse est une notion subjective, n’y accorder pas trop d’importance.

9 commentaires sur “Générations X-Y-Z, qui sont les vrais jeunes ?

  1. Ce n’est pas une question d’âge, mais de générations, et donc de contexte et de filiation. Tu es le fils de tes parents qui t’ont façonné (plus ou moins), tu grandis dans un environnement propre et une époque différente (plus ou moins), tes expériences partagées avec ta « cohorte » sont distinctes de celles de la génération précédente ou suivante (plus ou moins). C’est un mélange entre le modèle de la reproduction de Bourdieux, et une sociologie constructiviste (ça c’est pour faire le malin).

    Bref, ce n’est effectivement pas une notion d’âge, mais plutôt un concept socio-culturel utilisé de plus en plus par le marketing : c’est de l’inconscient collectif. On écoute tous de la musique, mais pas forcément la même : question de génération (en même temps, j’ai 40 ans, et ça me saoule que mes collégionnaires soient bloqués sur les années 80).

    Les bornes d’âges sont juste là pour isoler la cohorte concernée par les conditions similaires. Mais effectivement, il y avait aussi des couples hors mariage dans la génération silencieuse : c’est juste qu’ils n’étaient pas légion (id. cohorte)… :-)

  2. Le complexe du X en quelque sorte ;-)

    Je ne peux que plussoyer à la fois aux fondements et aux conclusions de ce billet :
    – les fondements, parce qu’étant pour ma part à la lisière des X et des Y, et bien sûr du « mauvais » côté, j’ai plusieurs fois été frappé par le non sens lié à cette création de ligne Maginot entre générations. Non sens qui rentre d’ailleurs en totale opposition avec les valeurs de collaboration associées à la genY !
    – les conclusions, parce qu’à trop vouloir mettre de mots (maux ?), de catégories ou de concepts, on en oublie que l’ensemble n’est jamais que du subjectif et relatif. Le concept genY a bien du être « inventée » par quelqu’un de la genX, non ? ;-)

  3. Très intéressant, tout ça.

    Ce que je remarque, c’est que les méthodes de travail qui semblent « subversives tellement elles sont innovantes » restent le fait de professionnels avec de longues années d’expérience derrière eux (cf. « Getting Real » et « Rework » de 37signals).

    Je remarque aussi que ceux qui s’intéressent aux nouvelles manières de communiquer en entreprise, ce ne sont pas ceux qui ont été biberonnés à Facebook et Twitter, mais ceux qui viennent sur ce site (que j’imagine avoir plus de 30 ans pour la plupart), et qui savent s’inspirer de ces mêmes outils sans pour autant y voir la seule vérité.

  4. Complètement, sortons de ce débat qui apportera peu.

    Le concept (Canadien à l’origine je crois) de génération C, beaucoup plus transversal, me parait bien plus adéquat non?

    Generation C stands for content, connectivity, creativity, collaboration and communication.

    http://fredericw.com/post/553027960/define-generation-c-as-a-psychographic-group-or

    Define Generation C as a “psychographic” group, or a number of individuals who share a similar state of mind, whether that be certain personality traits, values, attitudes, interests, or lifestyles

  5. Très intéressant, je partage ton analyse. Tout ça me fait parfois penser à un forme de syndicalisme générationnel ! Il faut faire ceci ou cela pour leur plaire.
    On ne dirige pas une entreprise par la gestion des générations et des revendications mais par une stratégie ;-)

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