Identité numérique et réputation à nouveau sur le devant de la scène

Grosse actualité ce matin avec le lancement par Swiss-Life d’une offre de protection de la e-réputation des particuliers : Reputation Squad lance en partenariat avec Swiss Life la première offre d’assurance e-réputation. Une offre avant-gardiste et dans l’ère du temps (72% des internautes ne saurait pas supprimer les contenus diffusés à leur insu sur le web).

Swiss_Life_E-reputation

Autant je déteste le terme « e-réputation », autant je suis persuadé qu’il y a bien un enjeu de société avec la gestion de l’identité numérique. Dans ma vision des choses, il n’y a pas de « e-réputation », simplement une réputation qui se propage de façon naturelle (anarchique ?) par bouches à oreilles ou sur d’autres médias. Le web étant le média où les particuliers ont le plus de chance d’être visibles, en tout cas bien plus de chances qu’à la TV ou la radio.

L’offre de Swiss-Life est donc la suivante : 9,90 €/mois pour vous offrir une protection en cas de diffamation sur internet, de publication de données privées sans consentement ou d’usurpation d’identité. Une offre qui à du sens, car avec la généralisation des profils en ligne, les problèmes de gestion de l’identité numérique vont toucher de plus en plus de monde (cf. Qu’est-ce que l’identité numérique ?, article rédigé il y a 5 ans).

IdentiteNumerique

Pour mémoire j’avais été moi-même victime d’usurpation d’identité en 2008 (Usurpation d’identité : un faux Fred Cavazza dans la nature) et j’aurais bien aimé bénéficier d’un recours juridique pour pouvoir m’aider à résoudre cette affaire (Usurpation d’identité : Suite et fin).

Vous pourriez me dire qu’un internaute lambda n’est pas aussi exposé que moi (avec mes 8 blogs), mais je vous répondrais qu’avec le temps croissant que passent les internautes sur les réseaux sociaux et la prolifération des profils en ligne, nous sommes au-devant d’une authentique catastrophe sociale. Des dizaines de millions d’internautes français sont en effet actifs sur les réseaux sociaux, ils laissent de multiples traces, car ils n’ont pas été sensibilisés à la problématique de gestion de l’identité numérique. La situation est d’autant plus grave que les ados et pré-ados sont massivement présents sur les plateformes sociales. Une enquête réalisée par la Commission Européenne révèle qu’en France, 8 ados sur 10 ont un profil de même que 1/4 des enfants de moins de 12 ans : L’âge des enfants qui utilisent les réseaux sociaux diminue, une enquête révèle que beaucoup ignorent les risques fondamentaux pour leur vie privée.

Children_SNS

Une situation explosive, car la gestion de l’identité numérique est complexe, surtout avec des acteurs comme Facebook qui modifie régulièrement les CGU et impose de nouvelles fonctionnalités aux membres : Facebook rolls out facial recognition tool in most countries.

L’identité numérique va donc être une denrée précieuse : celui qui la maitrise sera en mesure de facturer les services qui vont avec (L’authentification au centre de nombreuses attentions). Facebook est déjà très bien implanté sur ce créneau avec son Facebook Connect, mais nous connaissons tous les faiblesses de leur politique de gestion de la confidentialité. D’autres sont en train de se positionner comme AOL qui a récemment racheté About.me, un service simple permettant de créer des pages personnelles pour concentrer votre présence en ligne.

about.me_

Google est également en embuscade sur ce créneau depuis un petit bout de temps. Ils sont récemment décidés d’accélérer la manoeuvre avec la promotion des comptes et profils : Google Promotes Google Accounts et Me, Myself and I: Helping to manage your identity on the web. L’objectif de Google est de rattraper le retard par rapport à Facebook (qui a la main mise sur le graphe social de centaines de millions d’internautes) en se positionnant un cran en dessous sur la gestion du profil. En allant sur le tableau de bord de vote compte Google vous allez pouvoir trouver une section Ma présence sur le web :

Google_Dashboard

Les équipes de Google ont ainsi publié une série d’articles sur l’identité numérique : Gestion de votre réputation en ligne. Elles ont également mis en ligne une nouvelle version des profils, bien plus conviviale :

Google_Profil

Qui d’autre que Google est en effet le mieux placé pour gérer votre présence sur les pages de résultat ?

Tout ceci est très intéressant, mais il n’y a pas beaucoup d’argent à gagner dans l’immédiat. Sauf si l’on considère la gestion de l’identité numérique d’un point de vue professionnel. Des acteurs comme LinkedIn mettent ainsi en avant le fait que gérer sa carrière passe par la gestion de votre réputation professionnelle en ligne : LinkedIn’s New Platform Is All About Identity.

LinkedIn-pro

Ils proposent ainsi plusieurs choses : la transformation de votre profil en CV numérique, la mise à disposition de widgets sociaux pour exporter votre profil sur différents sites, ainsi que la possibilité de postuler à un emploi en un clic (l’équivalent de Facebook Connect mais adapté au monde de l’emploi).

Comme nous venons donc de le voir, la gestion de l’identité numérique n’est pas juste un lobby pour les blogueurs narcissiques, cela va devenir un problème de société et un enjeu majeur pour les générations à venir. Ce sujet est à mon sens bien trop sérieux pour qu’on en délègue la gestion à des sociétés privées US. L’Éducation Nationale devrait ainsi sensibiliser les jeunes à la gestion de la réputation en ligne. Les employeurs devraient également définir des chartes précises pour leurs employés et les former à une gestion rigoureuse de leurs interactions sociales en ligne afin de ne pas nuire à leur carrière (ou à l’image de leur employeur).

Loin de moi l’idée de vous faire peur avec des histoires d’usurpation d’identité et de carrières brisées pour une malheureuse photo publiée sur Facebook, mais j’attire néanmoins votre attention sur le fait qu’il est anormal de laisser des sociétés privées américaines s’accaparer cette thématique. Le lancement de l’offre de certification identic par La Poste et MyID.is est une très bonne chose (Lancement de l’expérimentation Identic avec La Poste), il faut maintenant aller plus loin…