Quelle place pour les annonceurs dans Google+

Voilà maintenant 48h que Google a annoncé la disponibilité de sa plateforme sociale Google+. Cette annonce a généré beaucoup de discussions et surtout énormément de frustration pour celles et ceux qui n’ont pas eu d’invitation. Pourquoi un tel engouement ? Tout simplement parce que Google semble avoir mis les moyens pour livrer une plateforme sociale d’envergure (Google lance sa plateforme sociale unifiée Google+).

Après l’avoir manipulé dans tous les sens, je peux affirmer que ce n’est pas un réseau social traditionnel, mais plutôt un mélange de ce que les autres plateformes sociales font de mieux :

Bref, Google+ est une sorte de gros mashup social que Google ambitionne d’enrichir progressivement en fonctionnalités, tout en y raccordant les services existants (Picasa dès maintenant et bientôt YouTube, Gmail, Reader…).

GPlus_Stream

Difficile tout de même d’éviter la comparaison avec Facebook car la mise en page est très proche. Cependant, dès les premières minutes d’utilisation, vous vous rendrez vite compte que Google+ est beaucoup plus proche de Twitter que de Facebook :

  • La notion d’amitié n’est pas synchrone (les deux personnes doivent d’accord) mais asynchrone (il y a des suiveurs et des suivis, comme sur Twitter) ;
  • Il est possible de mentionner un membre explicitement en rajoutant un « + » devant son nom (l’équivalent du « @ » dans Twitter) ;
  • Le service est lancé simultanément sur le web et les terminaux mobiles (application Android et une version web mobile adaptée à l’iPhone) ;
  • Les discussions peuvent être orientées BtoC ou BtoB.

Mais les choses pourraient évoluer rapidement, car les équipes derrière ce projet nous assurent que ce qui est en ligne n’est que la partie visible de l’iceberg. Toujours est-il que dans la mesure où le service est en phase de déploiement initial, l’attention est surtout portée sur les utilisateurs et non les annonceurs qui ne sont pas du tout prévus.

Des fonctionnalités tournées vers les utilisateurs

Pour commencer, il n’y a que des profils d’individus et pas d’équivalent des Pages de Facebook. Si vous vouliez être le premier à positionner votre marque sur Google+, il va falloir attendre. Le fait qu’il n’y ai pas de pages pour les annonceurs ne veut pas dire qu’il n’y en aura jamais, souvenez qu’elles ne sont venues que très tardivement sur Facebook.

En faisant le tour des fonctionnalités, on se rend très vite compte que les possibilités de présences pour les marques sont très limitées. Inutile de chercher du côté des Cliques ou des Vidéos-bulles. Éventuellement pour faire de la télé-assistance, mais ça me semble encore improbable.

Une gestion des contacts très pédagogiques, les marques pourront-elles en bénéficier ?

Le gros point fort de Google+ est sans conteste sa gestion des contacts qui est à la fois intuitive et pédagogique. Le problème des plateformes sociales de première génération est qu’elles imposent une approche très binaire des contacts : amis / pas amis. Les plateformes BtoB comme Linked ont depuis longtemps introduit plus de subtilité avec différents niveaux (« Vous avez travaillé avec« , « Vous vous connaissez de« …), mais sur Facebook vous n’avez pas d’autres choix que d’avoir des amis (notion largement usurpée).

Google+ repose ainsi sur la notion de cercles qui vous servent à trier vos contacts. L’interface propose plusieurs cercles par défaut (Amis, Famille, Suivi et Connaissances) de même que des explications parfaitement limpides pour vous aider à répartir vos contacts en fonction de la proximité que vous entretenez avec eux : « Connaissances, La catégorie idéale pour classée les personnes que vous avez rencontrées, mais avec qui vous n’avez pas vraiment d’affinités« .

GPlus_Circles

Autant il est très délicat sur Facebook d’accepter d’être amis avec son patron ou le représentant d’une marque, autant j’imagine tout à fait une évolution de Google+ qui vous proposerait :

  • Un cercle « Représentants«  pour y classer les représentants de marques (gestionnaire de communauté, conseillers ou télé-opérateurs) ;
  • Des profils officiels pour les collaborateurs d’une marque qui ne pourraient pas être classés dans « Amis » ou « Famille » ;
  • Un mécanisme de dénonciation des abus du système (à ce sujet j’ai déjà repéré 2 ou 3 annonceurs qui exploitent des profils individuels).

À partir du moment où la représentation d’une marque est officielle, la présence des annonceurs ne devrait pas perturber le fonctionnement de la plateforme. Idéalement ces profils pro devraient être lancés conjointement avec des pages pour les marques, c’est la solution la plus simple et à mon sens la plus facile à monétiser.

Des contenus d’annonceurs dans les Déclics

La seconde grosse nouveauté de Google+ est la fonction de découverte de contenus avec les Déclics. Pour vous la faire simple, il s’agit de chaines thématiques avec contenus (articles, vidéos). L’interface propose une série de thèmes génériques auxquels vous pouvez vous abonner, mais vous pouvez choisir n’importe quel thème à l’aide du moteur de recherche. Les différents contenus sont ensuite affichés de façon chronologique sous forme de flux.

GPlus_Sparks

Pour le moment cette rubrique de Google+ n’est pas très sophistiquée (impossible de choisir le langue ou la zone géographique), mais nous pouvons tout à fait envisager une présence des annonceurs à très court terme avec :

  • Des annonces payantes sur le côté droit de la page (l’équivalent des AdWords sur les listes de résultats) ;
  • Des contenus sponsorisés publiés directement dans le flux ;
  • Des chaines entièrement dédiées à une marque (l’équivalent des brand channels dans YouTube).

Oui je sais, tout ceci vous semble terriblement intrusif, mais c’est déjà ce que font Twitter ou Facebook et ça ne semble gêner personne.

Des offres locales dans la version mobile

Troisième possibilité de présence des annonceurs dans Google+ : la version mobile. L’interface mobile permet ainsi aux utilisateurs de publier des contenus, commentaires et photos en situation de mobilité, mais également de lire les derniers messages de leurs contacts ainsi que ceux d’utilisateurs publiés à proximité. Encore plus intéressant, les membres peuvent faire des checkins comme sur Foursquare (j’imagine que cette fonction est héritée de Latitude, mais ça reste à confirmer).

GPlus_iPhone

Ave ces deux fonctionnalités et la formidables base de données de commerces locaux (Google Maps et Places), il ne manque quasiment rien à Google pour lancer une offre de coupons de réduction et fidélisation de proximité. en fait cette offre existe déjà, mais elle n’est pas encore disponible : Google Rolls Out Checkin Deals for Latitude Nationwide.

Les annonceurs nationaux comme locaux pourraient ainsi cohabiter en harmonie sur la version mobile de Google+, d’autant plus que Google leur facilite la création d’un mini-site mobile : Google Makes It Easier for Small Businesses To Create Mobile Websites.

Une plateforme sociale centrée sur les contenus

Au final, même s’ils ne sont pas encore effectivement présents, les annonceurs pourraient très rapidement intégrer la plateforme sans pour autant la dénaturer, tout est une question de pédagogie. Ce qui semble par contre acquis, c’est que Google+ est une plateforme sociale dont la matière première est le contenu, contrairement à Facebook qui mise surtout sur les interactions entre membres (les updates font office de contenus et tirent la qualité vers le bas : De la qualité des contenus sur Facebook).

Le coeur du système (la mécanique sociale) semble donc s’orienter vers une montée en puissance des Déclics qui justifieraient la visite régulière des membres et alimenterait les conversations. L’objectif pour les annonceurs est donc de publier du contenu de qualité pour avoir plus de chances de remonter dans les Déclics et d’être partagés avec les cercles des membres. Toute la difficulté va donc être de passer de l’onglet « Déclics » à l’onglet « Flux« , donc de susciter de l’intérêt pour les membres. Ça tombe bien, c’est justement le coeur de métier de Google (identifier les contenus de qualité) et son trésor de guerre (en témoigne, le futur Panda qui fait la guerre aux fermes de contenus).

Dans cette configuration, les annonceurs vont donc devoir se positionner sur le brand content (des contenus de qualité) plutôt que sur le social CRM (entrer en conversation avec les clients et prospects). J’en conclue que Google+ n’est pas réellement un concurrent de Facebook et qu’ils peuvent tout à fiat cohabiter pacifiquement (par contre ça va être plus délicat avec Twitter).

Mais dans tous les cas de figure, il est encore beaucoup trop tôt pour se faire une idée précise, ce ne sont que des spéculations. D’autant plus que de nombreux projets satellites commencent à faire surface et vont venir enrichir la plateforme : Pool Party, une application de partage de photos ; Disco, une application de messagerie groupée et des onglets Jeux et Questions (Google+ code reveals intent to unleash Games and Questions to the social world).

26 réflexions sur “Quelle place pour les annonceurs dans Google+

  1. « Un mécanisme de dénonciation des abus du système (à ce sujet j’ai déjà repéré 2 ou 3 annonceurs qui exploitent des profils individuels). »
    C’est déjà possible il me semble non? (en bas de la colonne gauche on peut soit bloquer un user, soit le signaler)

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  2. Utilisateur de Google + depuis hier, je ne suis pas vraiment emballé par cette nouvelle plateforme. Je trouve le système de cercles très bien pensé, mais je pense qu’il peut devenir très compliqué passé quelques mois, après avoir créer 100 cercles différents pour les amis, la famille, le travail, les connaissances…

    A voir d’ici 6 mois, et 100 millions d’utilisateurs en plus !

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  3. Je trouve ça très positif que les marques n’aient pas leur place sur Google+ : le fait qu’elles envahissent Facebook est ce qui m’a dégoûté de ce réseau. À part ça, je suis d’accord avec tout le reste de votre article.

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  4. Je pense personnellement que la place des « annonceurs » dans Facebook est devenue trop importante … Facebook ressemble de plus en plus à une sorte de canal à spam …

    J’espère donc que google+ ne deviendra pas la même chose, et je pense qu’il ne deviendra pas la même chose. Google va sûrement profiter de l’aspect social pour mieux nous « profiler » et améliorer encore plus le ciblage des pubs ailleurs dans le search, gmail etc … (d’ailleurs ils l’annoncent sur la hp de google+ de mémoire).

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  5. Excellente synthèse. Google+ est un immense Mashup des services Google, que l’entreprise aurait très bien pu lancer il y a 2 ou 3 ans, quand les mashups étaient à a mode et si Google avait eu une vision « réseaux sociaux » à cette époque.

    Disons qu’en 2011, Google peut s’appuyer sur l’expérience de Facebook en termes d’IHM pour proposer un look & feel assez similaire, qui permette une transition simple.

    Je partage également ton point de vue pour les entreprises. On est sur un paradigme légèrement différent de celui de Facebook, on va peut-être sortir de cette logique de « course aux fans ».

    Reste un point qui me semble absurde: pourquoi ne pas sortir d’applis iPhone ou Baclbery. Une version de site web mobile ne suffit pas, ne serait-ce que pour une consultation asynchrone (comme on peut consulter les derniers tweets dans son metro, même lorsque le réseau est lent). Sans ces deux applis, le potentiel d’adoption par le grand public restera faible…

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  6. Google+ est partout comparés aux réseaux sociaux, et à juste titre car c’en est un, mais j’ai l’impression que personne ne l’aborde dans le sens d’une évolution « logique » de l’email.

    C’est pourtant quelque chose qui me saute aux yeux. Outre le terme « Plus » qui évoque une évolution, le plus marquant pour moi est le fait de choisir les destinataires à chaque post (et le fait qu’ils soit affichés pour chaque post).

    Les cercles sont simplement des groupes, et les commentaires des Reply All.
    Le format permet d’offrir un côté plus multimédia et succinct aux message, mais on reste dans l’objectif de partager une information à une ou plusieurs personnes bien définies.

    Je vois bien Google+ devenir à terme un moyen privilégié au mail pour envoyer un message « simple » à des contacts.

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  7. Je rejoins l’avis de Nicolas O, je ne suis pas certain que Google laisse une place aux marques au sein des flux.

    Que gagnerait Google à offrir des pages de marques ? Pas grand chose, à part un risque de frustrer puis d’éloigner l’utilisateur.

    Par contre l’idée de publicités AdSense et d’histoires « sponsorisées » intégrées dans Déclics semble tout à fait plausible : on sépare ainsi clairement le flux de mes contacts de celui de l’information (au sens presse, PR…).

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  8. En tous cas il y a de quoi faire pour étendre cet embryon de produit final (comme le dit Fred ça a été pondu en qq mois, imaginons dans 1-2 ans ce que ça pourra donner).

    – Venir titiller Foursquare que la geoloc avec Google Latitude intégré, mixé avec Google Maps pour les fiches des commerces
    – Selon ce que Google Music sera à terme venir proposer de l’écoute/partage/achat de musique
    – Google Shooping pour des recos d’objets à acheter ou des boutiques perso
    – …

    A partir du moment ou une masse d’utilisateurs suffisante est présente (et ils peuvent se baser en partie sur les 175+ millions de possesseurs de Gmail pour activer le mouvement + sur les 500k activation d’androïd au quotidien sur lequel il suffit de mettre GG+ en natif) bcp est envisageable pour en faire qqchose de + complet que FB/Twitter ou autres. Après reste à voir si le but est de tout mettre dessus ou non mais ça peut être très puissant ;)

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  9. Quelques remarques en vrac :
    – Les cercles sont avant tout une avancées ergonomiques pour moi, les listes d' »amis » sur Facebook faisaient peu ou prou le même travail mais comme Fb n’était pas pensé pour intégrer cette fonctionnalité à l’origine, c’était beaucoup plus fastidieux.
    – Je pense également que Google n’a pas intérêt à mettre de la pub dans les flux, ça fera une grosse différence avec Facebook et Twitter et au fond le but est bien de faire en sorte que les utilisateurs reviennent passer chez Google tout le temps qu’ils passent aujourd’hui sur ces 2 réseaux. Les synergies avec les autres services de Google sont telles qu’ils peuvent se permettre de faire ce « cadeau » aux utilisateurs
    – Attention avec les options par défaut : on a évité l’écueil de Buzz (ajouter par défaut mes contacts Gmail à un cercle) mais ce matin je me suis rendu compte qu’avec mon portable Android, une fois l’appli G+ installé, l’option par défaut est d’envoyer toutes les photos que je prends avec mon téléphone directement sur Picasa et donc sur G+, sur un album privé certes mais tout de même sur les serveurs de Google. Pas sûr que tout le monde soit ravi de ça …
    – Enfin, si Google doit gérer la totalité de ma vie virtuelle, pas intérêt à perdre mon mot de passe et comme l’a montré l’affaire Twitter il y a quelques temps, le système est fait pour être simple plus que très sécurisé (de ce point de vue, Facebook a eu de très initiatives d’ailleurs).

    Et surement des tas d’autres choses qui ne me viennent pas spontanément ;)

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  10. Je ne suis pas super convaincu par cette plateforme. Je pense néanmoins que le bouton+1 peut vraiment apporter un plus dans la recommandation sociale (comme les cercles).
    Après, cela dépendra l’utilisation…
    A voir, après tout ce n’est qu’une version Beta, développé en 3 mois (comme le rappelait Fred)

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  11. Nous voici donc concrètement dans le « so called interest graph »!! Cela parait encore un peu tricky de jongler d’un cercle à l’autre et de croiser les centres d’intérêts avec les cercles mais la promesse est séduisante. Et Moi qui ne porte pas d’intérêt particulier au mountain bike, je serai enfin plus tranquile à l’approche de l’été :)))) ceux qui ont des amis fans de ce sport comprendront :)))))

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  12. Google+ : Créer un cercle de connaissances pour y parler de sujets divers… Désolé mais dans la vraie vie, on fait l’inverse : On créé un cercle d’intérêts et les gens qui ont le même s’y rattachent et deviennent tes amis… Alors Google+ / Je suis plutôt sceptique…

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  13. Pourquoi ce papier sur Google+ alors même que de très nombreuses applications sortent tous les jours en France et que nos blogueurs influents n’en parlent jamais?
    Pourquoi ce suivisme?
    Pourquoi ?

    Pour être à la mode ou recevoir une invitation à dejeuner de Google?

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  14. Développée en 3 mois…ou pas…en tout cas cette première version est franchement accrocheuse ! N’oublions pas qu’il est plus simple pour Google de sortir un tel outil dans un monde où l’internet social à déjà essuyé pas mal de plâtres.

    Le 1er visionnaire du web social restera Mark Zuckerberg. Il y a eu…l’avant et l’après Facebook. Maintenant, il est normal et heureux que l’histoire, l’intelligence collective et la créativité fassent naître de nouveaux projets enrichis du passé…

    L’innovation est une guerre positive…Internet nous réserve encore de belles heures en perspective devant nos écrans …pas vrai Mr Zuckerberg ? ;)

    Merci pour cet article clair, à l’heure où le Buzz autour de GooglePlus est encore trop bruyant et assourdissant pour laisser place à la raison et l’analyse ;)

    Longue vie !

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