Récapitulatif estival 2024

Comme chaque année, la fin du mois d’août est synonyme de fin de vacances et de rentrée pour tous les écoliers, étudiants et salariés. Si cette semaine va être égayée par les Jeux paralympiques, l’actualité numérique est toujours dominée par l’IA et la régulation, les deux gros sujets de l’année. Pour vos remettre dans le bain (numérique), je vous propose une sélection d’actualités ainsi qu’une analyse de premier niveau.

#GenAI #Regulation


Si vous ne devez lire que 3 articles :


Nous nous remettons à peine de la parenthèse enchantée des JO et de la nonchalance estivale que les jeux paralympiques s’apprêtent à débuter. Mais ce n’est pas une excuse pour relâcher votre attention, car pendant ce temps-là, les activités numériques continuent.

Depuis le lancement de ChatGPT, l’actualité est dominée par l’IA générative. Aussi, il ne vous surprendra pas que l’essentiel des annonces de ces quelques semaines estivales concernent principalement le sujet de l’IA, mais pas que ! Voilà pourquoi je vous propose comme chaque année un récapitulatif des dernières actualités numériques.

La fin de la bulle médiatique de l’IA générative ?

Si vous lisez régulièrement mes articles, alors vous savez que j’ai toujours été sceptique quand à l’aspect disruptif des modèles génératifs (censés être la plus grande invention de l’humanité depuis l’électricité) et des promesses délirante à propos de leur impact (ils sont présentés comme la solution à tous nos problèmes).

Heureusement, ces derniers mois je me sens moins seul car nous commençons à entendre des avis mitigés et des prises de position plus mesurées sur le potentiel disruptif à court terme de l’IA générative. Ceci participe, ou va probablement participer à un dégonflage de la bulle médiatique, et potentiellement un ralentissement des investissements dans des outils et startups qui ne délivreront probablement pas les bénéfices annoncés.

La publication qui illustre le mieux cette désillusion est la nouvelle édition de la courbe d’adoption des innovations numériques publiée par le cabinet Gartner : 2024 Hype Cycle for Emerging Technologies Highlights Developer Productivity, Total Experience, AI and Security. Dans la courbe de l’année dernière, l’IA générative était au sommet du pic des attentes exagérées, elle est maintenant au début de la pente de la désillusion.

Pourtant, certains continuent à y croire, notamment les acteurs pour lesquels l’IA représente une part significative de leur activité, comme le fond d’investissement a16z qui présente la 3e édition de son palmarès des applications grand public d’IA générative (The Top 100 GenAI consumer apps) ou comme le cabinet IDC qui réitèrent ses prédictions de croissance (Worldwide Spending on Artificial Intelligence Forecast to Reach $632 Billion in 2028).

À la décharge du camp des optimistes, il y a effectivement un rythme d’innovation très soutenu qui élargit le champ des possibles et permet d’envisager un tas de nouveaux usages et donc une forte croissance : d’un côté la combinaison de plusieurs agents intelligents (How Multi-Agent LLMs Can Enable AI Models to More Effectively Solve Complex Tasks) et de l’autre, des modèles de langage avec des capacités génératives toujours plus grandes (LongWriter AI breaks 10,000-word barrier, challenging human authors).

Néanmoins, il faut bien reconnaitre que toutes les promesses et prédictions faites autour de l’IA générative ne se réaliseront pas, du moins pas à court terme : This is the beginning of the end of the generative AI boom. La question est maintenant de savoir si la bulle spéculative va exploser, ou même s’il y a une bulle spéculative (Three reasons we’re in an AI bubble, and four reasons we’re not). Sur ce point, j’ai la conviction que nous ne sommes pas dans un phénomène spéculatif, car les besoins sont réels. Autant l’emballement autour des cryptomonnaies, des NFTs ou du métavers ne correspondait à aucun besoin auprès des utilisateurs (si ce n’est la recherche de profits rapides) ; autant nous sommes dans un contexte économique et social où les institutions, organisations et entreprises ont désespérément besoin d’optimiser leur fonctionnement et d’augmenter la productivité. Il y a donc une forte demande qui stimule le marché et créé logiquement un appel d’air pour d’innombrables offres, qui ne sont pas toutes pertinentes, mais qui tentent de l’être.

Vous noterez à ce sujet que tout le monde n’est pas d’accord sur l’utilité ou le bon usage des modèles génératifs, à l’image du patron de Procreate, un logiciel de création artistique, qui s’exprime de façon radicale sur le sujet : Procreate takes a stand against generative AI, vows to never incorporate the tech into its products.

Qui a raison ou qui a tort ? Tout le monde ! Le problème est que l’IA est un sujet très vaste et que chacun n’utilise pas la même échelle de temps. Ainsi, j’apprécie particulièrement l’avis du patron de DeepMind qui nous explique que nous avons tendance à surestimer l’impact de l’IA à court terme et à sous-estimer l’impact à long terme : Google DeepMind CEO Demis Hassabis says AI is both overhyped and underhyped.

Enfin, pour compléter ce débat, je vous propose ces trois articles pour prendre du recul :

Des tonnes d’annonces sur les nouveaux modèles génératifs ou usages

Difficile de résumer tout ce qui s’est passé ces dernières semaines tant l’actualité regorge d’annonces sur l’IA générative. Je vous en propose néanmoins une sélection :

Cette dernière actualité me permet de faire une transition…

Régulation : Monopole de Google dans la recherche, interpellation du patron de Telegram et blocage de services

À mesure que les grandes sociétés technologiques occupent une place toujours plus prépondérante dans l’économie et dans notre quotidien (Why America’s tech giants have got bigger and stronger et Big Tech Dominance Is Forcing Index Superpowers to Rethink Rules), les régulations ou tentatives de régulation sont de plus en plus nombreuses.

LA grande nouvelle est bien évidemment la décision de l’autorité de la concurrence US qui a confirmé son précédent verdict : Google occupe bien une position dominante sur le marché de la recherche. C’est donc une grande victoire pour les petits moteurs de recherche qui seront proposés en option lors de l’installation de Chrome (What Google rivals want after the DOJ’s antitrust trial win). En revanche, il va y avoir du changement pour Google et Apple, puisque le premier ne serait plus obligé de payer 20 MM$ par an pour faire de son moteur de recherche le choix par défaut du navigateur du second (Who lost the antitrust case? Google or Apple?). De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer non pas l’absurdité de cette décision, qui reste fondée, mais sa futilité puisque le moteur de recherche de Google n’est pas un choix imposé aux utilisateurs : il est simplement plus pertinent que les moteurs concurrents. C’est donc beaucoup d’argent du contribuable américain qui a été dépensé pour… pour quoi au juste ? On ne sait pas trop puisque les moteurs de recherche alternatifs n’ont pas les moyens financiers ou humains pour reprendre des parts de marché de façon significative. Même les autres grandes sociétés technologiques s’y sont cassé les dents : Competing in search.

Sinon de l’autre côté de l’Atlantique, les premières conséquences du Digital Market Act sont enfin visibles avec la fin du monopole d’Apple sur sa place de marché d’applications : Fortnite maker Epic Games launches its app store on iOS in the EU, worldwide on Android et Apple finally allows Spotify to show pricing info to EU users on iOS.

Plus récemment, c’est le patron de l’application de messagerie Telegram qui a été arrêté à l’aéroport du Bourget : Telegram messaging app CEO Durov arrested in France. Nous ne connaissons pas encore les détails exacts de sa potentielle mise en examen, mais il est forcément question de l’absence de modération des publications et discussions sur la plateforme, ce qui enfreint le Digital Service Act (Telegram Says It Abides by EU Laws After CEO Detained in France). Ce qui dérange visiblement les autorités française est que les contenus et conversations sur ce système de messagerie sont cryptées, sauf pour l’éditeur : Is Telegram really an encrypted messaging app? Il est donc de sa responsabilité de modérer les contenus qui y sont partagés (Telegram CEO Held Over Alleged Child Protection Failures on App). À moins que tout ceci soit lié à ce jeu mobile au succès inexplicable (What Is Hamster Kombat? The Telegram Crypto Game) et qui en énerve plus d’un (How Telegram Game Hamster Kombat Got 300 Million Users, and the Ire of Iran’s Military). Mais dans tous les cas de figure, il ne s’agit pas d’un coup politique (Macron on Telegram CEO’s arrest: French government was not involved).

Je me demande si les autorités françaises seraient capables d’arrêter les patrons de Google et Meta pour enquêter sur leurs pratiques publicitaires douteuses : Meta and Google secretly targeted minors on YouTube with Instagram ads

Et pendant ce temps-là, un certain nombre d’applications ou services en ligne sont bloqués dans différents pays pour des raisons éminemment politiques : Turkey blocks Roblox, Signal has been blocked by Venezuela and Russia et X says it’s closing operations in Brazil.

Des robots, de nouvelles failles de sécurité et des astronautes bloqués dans l’espace

Dans le reste des actualités :

Bonne rentrée !