De l’art de ne pas du tout respecter les conventions

Celles et ceux qui me lisent depuis un certains temps, notamment sur des sujets liés à l’ergonomie et à la conception d’interfaces web, savent à quel point j’insiste sur les  conventions (liens soulignés bleus…) et les risques liés au non-respect de ces conventions. Bon… vous pourriez me dire qu’il y a convention et convention mais là n’est pas mon propos, je ne cherche pas à rentrer dans ce débat.

Bref, tout ça pour dire que je suis récemment passé sous Mac et que j’ai découvert un utilitaire tout à fait singulier : Skitch. Pour faire simple, il s’agit d’un outil de capture, de retouche et de partage d’images (uniquement disponible sur Mac). Il existe de nombreux logiciels proposant la même chose (dont le très original Jing) mais Skitch propose une interface tellement déconcertante que ça mérite un billet.

La particularité de ce fameux Skitch est de proposer une fenêtre où les différentes icônes et fonctions sont réparties tout autour du cadre :

Deuxième particularité : le modèle d’interaction très particulier qu’il propose pour redimensionner, renommer et sauvegarder une image. Dans n’importe quel outil vous vous attendriez à faire quelque chose comme :

  1. Menu « Image » puis option « Redimensionner » ;
  2. Menu « Fichier » puis option « Enregistrer sous » avec une fenêtre de dialogue pour choisir le nom et l’emplacement du fichier.

Et bien ici pas du tout car le redimensionnement se fait directement en déplaçant un des coins de la fenêtre et le renommage en saisisant le nom du fichier et le fomat dans le champ en bas de la fenêtre :

Encore plus déroutant : pour sauvegarder le fichier il faut attraper l’onglet « drag me » en bas de fenêtre et le positionner à l’emplacement désiré (sur le bureau, dans un fichier ou un email…) :

A la première utilisation c’est très déroutant mais on a vite fait de se prendre au jeu et surtout de se dire que ce modèle d’interaction est terriblement efficace. Voici donc un bon exemple de non respect des conventions qui pourtant fonctionne plutôt bien. Un excercice très délicat (voir carrément dangereux) mais qui donne un caractère très particulier à cette application (en plus de la couleur rose).

Dans le même genre il y a également Chrome qui a supprimé la barre de menu. Si vous connaissez d’autres exemples, n’hésitez pas à publier les liens en commentaire.

Alors bien évidemment vous vous doutez bien que je ne vous recommanderais pas dans un premier temps d’appliquer ce principe (« Don’t try this at home« ), mais il y a tout de même de quoi nourrir une réflexion intéressante sur une approche en décallage complet avec les conventions et autres normes informelles (le fameux « Thinking outside the box« ).

14 commentaires sur “De l’art de ne pas du tout respecter les conventions

  1. Après il y a plein d’autres exemples qui marchent un peu moins bien et Microsoft est assez habile pour démolir ses propres conventions avec notamment Internet Explorer 7 (plus de menu non plus) et Live Messenger (système de barre de fenêtre différente sous XP).

    Maintenant, les exmples où c’est vraiment efficace sont plus rares. J’ai envie de dire le Dock de MacOS X, parce qu’avant ça il n’y avait rien de comparable (MacOS marchait très différemment) et que c’est vraiment une synthèse très, très efficace. Encore plus avec les Piles récemment ajoutées, qui déroutent un peu du fait qu’on manipule des éléments de dossiers et plus des « représentations ».

  2. Pour moi, Puredata a été un véritable ovni en terme d’ergonomie. J’en retient une astuce très pratique qui consiste à copier/coller des bouts de code de la fenêtre d’aide vers un projet ouvert. Il faut aussi noter que chaque fenêtre peut être liée à une fenêtre parent. Enfin une dimension nouvelle apparait dans la conception même su soft : toute modification est en temps réel. Le code devient alors contrôleur.

    http://puredata.info/

  3. Il y a des conventions à respecter mais si l’on n’innove pas, même lentement, dans l’interface des sites web, on passera à côté de beaucoup d’idées intéressantes.

  4. Le logiciel de modelisation 3d Amapi possède une interface tres deroutante mais extrement pratique une fois maitrisée, ZBRUSH aussi mais dans une moindre mesure.

    Sinon j’ai réalisé un logiciel de gestion de tache nommé lazytodo qui se distingue aussi de ce coté la.

  5. Après lecture de ce billet et des commentaires, je me demande : si ce n’est pas le fait que les logiciels ont un intérêt particulier que vous vous adaptez à leurs conventions.

    Si le logiciel a une valeur ajoutée importante face à ces concurrents. Peu importe si les conventions ne sont pas respectées, vous prendrez le temps qu’il faudra pour le dompter car vous en aurez besoin. Et au final, vous vous direz : « Ouais ! Pas mal en faite la prise en main ! »

    Je pense donc que c’est juste un blocage psychologique : les conventions. Tant qu’on a une « super hyper » application on « s’en fout » des conventions.

  6. Al: certes pour ce qui est d’un logiciel « de niche » qui est très utile pour une tâche donnée, c’est une bonne carotte pour faire des efforts.

    Par contre le fait que les ihm respectent certains standards… c’était le grand plus mis en avant dans les temps anciens par Apple, puis par Microsoft avec ses premières versions de Windows ! Et c’est certain que d’avoir toujours disponibles, de la même manière et aux mêmes endroits des commandes basique comme couper/copier/coller, enregistrer / enregistrer sous etc… C’est un réel avantage. Car nous jonglons tous avec de multiples applications que nous devons faire travailler ensembles…

  7. De l’art de respecter un avocat qu’on vous expédie pour régler un petit problème du genre détail avec cette grosse tache de si peu président de la république, en lui envoyant un avocat.
    voila. Sinon ça, c’est une tentative de gros scandale public, ça peut toujours servir à calmer du monde.
    Merci cher ami de l’ergonomie, pour le prêt de tes comm’

  8. @ Luzal: je te rejoins pour parler de MS à ce sujet.
    En revanche, j’ai bien la barre de menu sous IE 7, donc tu dois pouvoir l’avoir aussi (mais je crois effectivement me souvenir qu’elle n’y était pas par défaut).

    Mais surtout, j’aurais avant tout cité l’exemple d’Office 2007, qui est venu bouleverser plus de 10 ans de conventions en bureautique!

  9. Comme service « on-line » il y avait Google Tabs qui avait une ergonomie originale avec des menus répartis sur trois onglets (un qui servait aux tris…), mais cette situation était due à l’absorption d’un service externe et ça n’a pas duré…

    Comme logiciel, pour aller dans le même sens que « ravaza » qui nous parle de « Amapi », il y avait « Painter » un logiciel de retouche super-innovant racheté ensuite par Adobe (je crois).

    Après, c’est peut-être un peu hors sujet, mais ce qu’on voit sur iPhone est assez innovant je trouve. Un minimalisme forcené qui simplifie l’utilisation des services (facebook, mail, plans..)

  10. Un exemple assez réussi à mon gout est artrage.
    http://activeducator.files.wordpress.com/2007/07/artrage.jpg
    http://www.artrage.com/artragefeatures.html
    Comme Skitch, on sent un effort certain pour faire abstraction au maximum de la vision « d’informaticien » pour mieux s’adapter aux compétences de l’utilisateur final.
    Un point très interessant sur la capture d’écran de ce billet montrant la sauvegarde : J’ai souvent pu constater la difficulté qu’ont différentes personnes à comprendre quel format de fichier utiliser pour la sauvegarde selon l’usage auquel il est destiné. La capture d’écran explique le reste ! C’est une idée toute simple et pourtant c’est la première fois que je vois cela en 15 ans d’observation d’évolution des logiciels de graphisme. Effectivement… je ne les ai pas tous vu :o). Mais quelques uns quand même.

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