Réflexions à froid sur le salon E-commerce 2009

Maintenant que l’édition 2009 du salon E-commerce est terminée, il est temps de faire un petit bilan et surtout de vous livrer mes réflexions à froid sur l’état du marché et sur le commerce en ligne en général.

Note : Ceci sont des réflexions fondées sur mon ressenti, mes observations et les discussions que j’ai pu avoir avec différents interlocuteurs du secteur. Pour une analyse plus rigoureuse avec des chiffres dedans je vous recommande plutôt les cabinets spécialisés.

Le commerce en ligne se porte bien

Sur ce coup là je ne vous apprend rien et les personnes avec qui j’ai eu l’occasion d’en discuter sont toutes unanimes : le commerce en ligne se porte bien (en témoignent les chiffres de la Fevad). Au-delà de ces chiffres, il y a également plusieurs signes qui ne trompent pas :

  • De grosses acquisitions (Zapos par Amazon, Omniture par Adobe…) qui montrent que certains acteurs sont près à payer le prix fort pour gagner du temps et grossir plus vite. S’il y a une course, c’est que les enjeux sont important, et pour certains ils se chiffrent en milliards de dollars.
  • Des modèles économiques toujours plus inventifs (possessions partagées, crowdsourcing, leasing, location d’objets virtuels…). Il existe d’innombrables possibilités et elles sont loin d’avoir été toutes exploitées.
  • De l’innovation avec un foisonnement de nouveaux acteurs (notamment dans le mobile sous l’impulsion du marché des Smartphones).

Attention ne vous méprenez pas sur mes paroles : ce n’est pas parce que le commerce en ligne se porte bien qu’il y a à manger pour tout le monde. La compétition est plus que jamais acharnée et il faut avoir une sacrée gniaque pour réussir.

Toujours la même obsession pour le trafic

Il suffit de regarder la typologie des acteurs présent sur le salon pour se rendre compte de la disproportion entre les solutions et prestataires d’acquisition de trafic (référenceurs, régies d’affiliation, comparateurs, opérateurs de campagnes à la performance…) et ceux de l’optimisation du taux de transformation (experts en utilisabilité, solution de récupération des paniers abandonnés…).

Sans être devin je pense que cette disproportion est due à plusieurs choses :

  • L’analogie avec le commerce traditionnel (pas de commerce sans trafic) ;
  • La facilité de mesurer l’efficacité et donc de convaincre un décisionnaire (DG, actionnaires…) sans trop prendre de risque (« c’est de la faute de la campagne qui a sous-performée« ) ;
  • La méconnaissance des techniques et pratiques d’optimisation et de conception orientée utilisateurs.

Est-ce réellement dommageable ? Non pas dans la mesure où vous y trouvé votre compte. Mais dans l’histoire se sont surtout les intermédiaires qui s’enrichissent. Je suis en tout cas persuadé d’une chose : Si votre modèle de vente repose sur un trafic important et un référencement de pointe alors vous faite fausse route, le seul qui va s’enrichir dans l’histoire c’est Google.

Bien évidement tout le monde ne s’appelle pas Amazon ou Vente-Privée mais je me refuse à croire que le marché est verrouillé. Cela me fait une bonne transition vers le point suivant.

De l’importance du storytelling

Seth Godin avait tout compris dans son livre All marketers are liars : Une belle histoire est un levier de transformation très puissant. Quand je regarde le travail effectué sur des boutiques comme Saddleback Leather (et notamment sur le blog du patron) je me dis que cela peut être une alternative viable aux mots-clés, du moins sur le moyen et le long terme.

Nous commençons ainsi à voir fleurir des théories intéressantes sur le marketing narratif (puisqu’il y a maintenant un terme francisé) et ses domaines d’application dans le commerce, les médias ou même la politique.

L’avènement des solutions open source

Tout comme sur le créneau des outils de gestion de contenu, les solutions de E-commerce open source arrivent à un niveau de maturité largement suffisant pour pouvoir être prises au sérieux. Il y en a ainsi pour tout les goûts : du plus sophistiqué (Magento, OFBiz) au plus modulaire (UberCart, ZenCart) au plus simple à mettre en œuvre (Prestashop). Pour faire simple : il y a pléthore de solutions et de prestataires pour les implémenter.

Par contre je déplore le fait que ces solutions sont avant tout faites pour gérer des catalogues et des opérations commerciales. Il faut ainsi avoir recours à des modules complémentaires ou des développement spécifiques pour gérer de façon plus fine le contenu ou la communauté. Certaines solutions récentes se vantent de pouvoir tout prendre en charge (inutile de citer le nom) mais après examen se révèle plutôt limitées dans ces deux derniers points.

Toujours plus d’opérateurs de boutique en ligne

Ceux qui sont dans le milieu vous le diront tous : opérer une boutique en ligne est une besogne laborieuse nécessitant de l’organisation, de gros moyens techniques / logistiques et une chaine de traitement sans faille. Pour résumer : Le commerce en ligne, c’est un métier et cela requiert une équipe complète. À partir de ce constat, est-il vraiment viable de vouloir à tout prix gérer soi-même sa boutique ? C’est là où rentrent en scène les opérateurs de boutique en ligne qui propose une solution clé en main avec un minimum de frais fixes.

Quand on y réfléchit bien et au vue de ce que j’ai dit plus haut sur le storytelling, n’est-il pas plus rusé de se concentrer sur l’image de marque, la relation-client et les produits plutôt que sur des sujets plus techniques / logistiques ?

Ceci est valable aussi bien pour un entrepreneur de petite taille (qui peut faire du très bon travail avec des solutions intégrées comme 42Stores, PowerBoutique, Wizishop, Oxadis…) ou une marque plus sélective (qui peut se tourner vers des opérateurs spécialisés comme Inspirational Stores ou MixCommerce).

L’important est de toujours garder en tête que l’essentiel n’est pas dans le nombre de fonctionnalités que vous proposez mais plutôt dans l’histoire que vous racontez.

Voilà les quelques réflexions que je peux vous livrer, n’hésitez pas à les compléter ou à les critiquer dans les commentaires.

Un pas de plus vers le web social en temps réel avec Cliqset

Depuis le rachat cet été de FriendFeed par Facebook et la publication du code source de Tornado, le serveur qui va avec, nous pensions que le créneau des services d’agrégation sociale était bouché. Que nenni car Cliqset ambitionne de changer tout cela avec sa nouvelle version qui vient de sortie en beta : It’s Here! Cliqset’s Real-Time Community.

Pour faire simple, Cliquset est un service d’agrégation qui permet de compiler  votre activité sur les différents médias sociaux (70 services en tout), de les retraiter en un format standardiser (Activity Streams) et de le rendre accessible (au travers d’API) dans un flux unique et temps réel : Cliqset Transforms Social Media Feeds Into Standardized, Real-Time Data. En français ça veut dire que vous « brancher » sur Cliqset les tuyaux des services où vous publiez des choses et que le service se charge de les traduire en un format utilisable par d’autres services (dont Facebook, Myspace, Windows Live et même Opera).

cliqset

Pourquoi vouloir retravailler le format de son flux d’activités sociales ? Tout simplement pour ne pas être dépendant du format propriétaire d’un service. C’est donc sur le terrain de la standardisation et de l’interopérabilité que Cliqset a décidé de se démarquer avec notamment une authentification déléguée (via Google Account, Yahoo! Account ou Open ID).

Pour rentrer dans les détails techniques, le fameux format Activity Streams est une émanation du DiSo Project (qui vise à standardiser les médis sociaux) et repose sur XML : Cliqset Relaunches, Joins the Real-Time Streaming Club. OK très bien, mais il existe d’autres formats de dialogue en temps-réel comme l’imprononçable Pubsubhubbub ou encore RSSCloud proposé par WordPress. Certes, mais Cliqset propose en plus le reformatage.

Une nouvelle très intéressante mais qui s’accompagne des suspicions d’usage : Si le service est gratuit, comment vont-ils gagner de l’argent ? Que vont-ils faire de toutes ces données ? Quel est l’intérêt de passer par un intermédiaire si de toute façon mon lifestream finit sur Facebook ?

Bref, même si l’exploit technique est intéressant, ce n’est tout de même pas simple e s’attaquer au mastodonte FriendFeed / Facebook. J’attends de recevoir un code pour tester la beta…

Défilé vidéo chez JCPenney

Vu dans la section « Femmes » du site JCPenney, un défilé vidéo avec les tendances de la rentrée (Runaway show) :

JCPenney_Runaway1

L’interface propose en haut de l’écran une frise avec les différents modèles répartis par catégorie. Le modèle défile devant vous et vous pouvez passez au suivant ou lui demander de tourner sur elle-même (toujours en vidéo). Il y a bien évidement sur le côté de l’écran les détails et liens pour acheter l’ensemble.

Vous avez aussi une vue d’ensemble avec des vignettes animées et un zoom au survol de la souris :

JCPenney2

Et vous avez également la traditionnelle interview des stylistes sous forme de vidéo :

JCPenney3

Rien de très spectaculaire dans ces fonctionnalités mais une très bonne réalisation, une bonne intégration dans le catalogue et les fonctions marchandes ainsi que des temps de chargement raisonnables. Que demander de plus ?

Mes attentes pour l’édition 2009 de Adobe MAX

Comme chaque année Adobe organise une grande messe pour la communauté d’utilisateurs de ces produits : MAX. D’habitude il y a 3 conférences (USA, Europe et Asie) mais cette année il n’y en aura qu’une seule à Los Angeles la semaine prochaine. Je m’envole donc dimanche matin pour une semaine afin d’assister à une série de keynotes et de conférences en relation avec la création numérique et les interfaces riches.

max09

Cette année je vais être particulièrement attentif à différents sujets :

  • La série d’acquisitions d’Adobe. Je doute que l’on en sache beaucoup plus sur les véritables raisons du rachat d’Omniture, mais j’espère bien en apprendre d’avantage sur ce que nous réserve Adobe en ce qui concerne les solutions de commerce en ligne et notamment ce qu’ils vont faire de GoodBarry.
  • La prochaine version de Flash. On ne sait pas encore grand chose sur Flash 11 mais je pense qu’ils vont devoir frapper fort pour ne pas se laisser distancer notamment en ce qui concerne les capacités vidéos car Silverlight grignote petit ) petit toujours plus de parts de marché (cf. Canal + goes Silverlight for Foot+), car Google nous mijote des choses avec sont Native Client et ses capacités concernant l’accès aux ressources hardware, et car sur le front de la 3D il y a aussi fort à faire avec les initiatives de Google (O3D) et surtout de standards comme WebGL (il faudra plus de Papervision 3D pour convaincre le marché).
  • Les applications mobiles. Alors que nous sommes toujours en attente d’une implémentation de Flash sur l’iPhone et que nous sommes dans l’expectative de ce que peuvent nous proposer des applications tournant sur Android ou WebOS, il serait grand temps qu’Adobe songe à s’imposer sur ce créneau (ou plutôt sur ce média de masse) afin d’élever des barrières à l’entrée et ne pas se laisser distancer sur des niches à forte valeur ajoutée comme les applications de réalité augmentée.
  • Les jeux en ligne. Au vue des dernières évolutions du marché du casual gaming ou même des MMO, Adobe se doit de proposer au marché une approche plus verticale afin de fidéliser les développeurs de jeux en ligne pour éviter une érosion vers des plateformes plus « métiers » comme Unity.
  • La cohérence de la gamme. Je suis stupéfait littéralement par les capacités de Photoshop CS5 mais je suis toujours en attente d’une offre viable pour les designeurs et concepteurs web (un fusion entre Fireworks et Flash Catalyst ?).

Bref, j’ai comme l’impression qu’Adobe est à un tournant de son histoire et qu’ils ont l’obligation de réussir le tournant qui est en train de se profiler avec les nouveaux usages (médias sociaux, web squared…).

Compte-rendus détaillés, interviews vidéo et news en temps réelle (via Twitter et #AdobeMAX) dès Lundi matin.

Compte-rendu de la rencontre avec les équipes de Second Life

Aujourd’hui avait lieu à Paris une rencontre avec les équipes de Linden Lab au sujet du présent et de l’avenir de Second Life. L’occasion pour moi de recroiser les « habitués » (Robert, Dan, Daneel, Gromike…). Je vous propose un petit résumé de ce qui a été dit.

C’est Mark Kingdon (CEO) qui prend la parole en premier :

  • De gros investissements ont été fait dans l’expérience utilisateur (avec une approche d’innovation top-down) ;
  • 50 personnes travaillent sur la finalisation de la V.2 du client SL dont une beta devrait sortir en fin d’année ;
  • Les profils d’avatars sont maintenant disponibles sur le site SecondLife.com ;SL-Dashboard
  • La boutique XStreetSL va être refondue et intégrée ;
  • Ils ont beaucoup travaillé sur la double approche BtoC et BtoB (avec notamment le site Work.SecondLife.com qui est même disponible en Français) ;

SecondLifeWork

Puis c’était au tour de Judy Wade (VP of Strategy & Emerging Businesses) :

  • Gros développement à l’international avec des contacts téléphoniques locaux et un bureau permanent pour l’Europe qui va ouvrir à Amsterdam, une équipe européenne est en cours de recrutement ;
  • Deux nouvelles langues sont disponibles (italien et portugais) soit un total de 15 ;
  • 23 moyens de paiement différents sont maintenant disponibles (incluant la possibilité de payer directement en Euro) ;
  • L’Asie sera le prochain marché-cible (pour 2010) ;
  • Une dizaine d’avatars avec un look « Business » feront prochainement leur apparition pour satisfaire les utilisateurs BtoB qui bénéficieront également d’un tunnel d’inscription dédié (inscription + orientation island) ;
  • Les comptes « corporate » seront disponibles dès le premier trimestre 2010 avec la possibilité de faire de l’inscription en groupe, d’utiliser des comptes « guest » ;
  • Une place de marché dédiée aux utilisateurs BtoB ouvrira en décembre 2009 avec la commercialisation de produits spécifiques (matériel de formation) et d’applications ;
  • La beta de la version « Enterprise » (un serveur à installer derrière votre firewall) sera ouverte en novembre.

Nous avons ensuite eu une intervention de Franck Ambrose pour la partie technique :

  • De lourds investissements ont été réalisés pour remettre à niveau les 3 data centers, un quatrième doit ouvrir en Europe prochainement ;
  • Ils ont surtout travaillé sur la stabilité de la plateforme et vont maintenant se concentrer sur les performances (lag) ;
  • Ils étudient de près le cloud computing pour pouvoir proposer des solutions « on demand » aux clients.

Voici donc une réunion très intéressante et enrichissante. Dans la séance de questions / réponses qui a suivit, Mark Kingdon a reconnu du bout des lèvre qu’ils envisageaient dans un futur proche une version plus légère du client SL (sans la partie édition ?) ainsi que la possibilité de consulter du contenu SL directement dans un navigateur web (les avatars ? des vues fixes des lieux publics ?).

Bref, tout ceci me donne l’impression que la tempête médiatique autour de SL étant passée, l’équipe est maintenant en ordre de marche pour faire progresser l’offre et satisfaire toujours plus de besoins.

Vivement la suite !