Diversification compliquée pour Zynga après son IPO

Suite à de nombreux mois d’incertitudes et de rebondissements, Zynga est maintenant côté au Nasdaq depuis ce WE. Pour le moment le cours de l’action est en dessous de son niveau d’introduction (10 $), mais se stabilise autour des 9,50$. Ce qui valorise la société légèrement en dessous des 7 milliards de $. Une très belle somme, mais sera-t-elle suffisante pour permettre à Zynga de se diversifier ? Car pour la plupart des observateurs, cette introduction en bourse est une pure stratégie de sortie pour le fondateur et les investisseurs et correspond à l’apogée de l’évolution de la société. La question que tout le monde se pose est en effet la suivante : Comment la société va-t-elle continuer à croitre ?

Plusieurs éléments sont en effet à prendre en compte pour bien comprendre la situation délicate dans laquelle ils se trouvent :

  • Zynga est aujourd’hui plus dépendant que jamais de Facebook. Une bonne et une mauvaise chose, car les déboires de Facebook (notamment les chartes de bonne conduite qui sont imposées par les gouvernements US et Allemand) risquent de pénaliser la croissance de la société. De plus, la quasi-totalité des jeux de Zynga est réalisée en Flash, or, Facebook a annoncé à demi-mot sa volonté de lancer une nouvelle version de sa plateforme d’applications en misant sur HTML5 pour conquérir les terminaux mobiles (le fameux project Spartan). Tout le problème de Zynga est que son modèle de revenu repose principalement sur la monnaie virtuelle et que ses jeux n’offrent que peu de possibilités pour les annonceurs.
  • D’aucuns considèrent que Zynga n’est pas une société à part entière avec une stratégie et une culture unifiée, mais un agrégat de studios rachetés au fil du temps. Dans ces conditions, le fait d’avoir levé beaucoup d’argent va certainement attiser les rivalités internes rallonger le processus de décision.
  • Même si la concurrence a été prise de vitesse, Zynga doit maintenant faire face à des acteurs très puissants (Electronic Arts, Disney…) qui commencent à dégainer l’artillerie lourde (EA Prepares Its Biggest Attack On Zynga: SimCity For Facebook Is Coming). De plus, la pression des concurrents asiatiques se fait de plus en plus ressentir (Tecent, Ijji…), surtout après l’introduction en bourse de Nexon le mois dernier.
  • Le succès des jeux de Zynga n’est plus à prouver, mais il repose sur des gameplays usés jusqu’à la corde (cf. Zynga à la recherche de nouvelles mécaniques de jeu). Les équipes vont donc devoir se creuser la tête pour soutenir la comparaison avec des éditeurs qui proposent des gameplays beaucoup plus sophistiqués comme Digital Chocolate (avec des cartes valables pour différents jeux) ou le tout dernier Skylanders d’Activision avec son environnement de jeu multiplateformes.
  • De même, si Zynga dispose de plusieurs titres sur iOS et commence à expérimenter des jeux sur TV connectée (Zynga Poker Debuts On Google TV), l’éditeur a accumulé du retard sur les terminaux mobiles (smartphoens, tablettes) qu’il va voir du mal à combler, surtout face aux concurrents asiatiques qui ont les dents très longues comme DeNA ou Gree (What Does Life After IPO Look Like For Zynga?), sans parler de notre Gameloft national !

Au final tout ceci ne donne que peu de leviers de croissance pour l’éditeur qui se retrouve cerner de toutes part. Cette introduction en bourse est en quelque sorte un sacré coup de poker, car Zynga semble tout miser sur sa future plateforme ouverte le Project Z. Plus que jamais, Zynga a désespérément besoin de se réinventer, les capitaux levés en bourse devraient permettre à l’éditeur de se diversifier. S’il ne le fait pas, d’autres s’en chargeront…

Les étudiants à nouveau ciblés par les réseaux sociaux

Jamais je n’aurais l’outrecuidance de vous dire que les réseaux sociaux sont un truc de jeune, d’ailleurs les statistiques nous prouvent le contraire. Il n’empêche que le succès de MySpace repose sur une adoption massive par les jeunes, et que Facebook était historiquement réservé aux étudiants d’universités US. Avec l’adoption massive par le grand public, les plateformes sociales se sont surtout concentrées sur leur croissance et sur le recrutement d’un public toujours plus large pour plaire aux annonceurs. Nous sommes maintenant (presque) en 2012 et les usages autour des médias sociaux se sont généralisés à près des 3/4 de la population des pays occidentaux.

Aucune étude ne confirme réellement le phénomène de banalisation des réseaux sociaux auprès des jeunes (qui fuiraient les plateformes « généralistes » pour éviter d’y croiser leurs parents et professeurs), mais les acteurs du web social semblent visiblement se soucier de l’attractivité de leur offre auprès des étudiants. Plusieurs d’entre-eux ont ainsi annoncé ces dernières semaines des fonctionnalités réservées aux étudiants :

Autant les grosses plateformes sociales font avant tout preuve de bonne volonté pour tenter de fidéliser (séduire à nouveau ?) les étudiants, autant la plateforme Edmodo propose un environnement particulièrement abouti, l’équivalent des social software suits mais dans le monde de l’éducation (en plus la plateforme est disponible en français). Vous noterez d’ailleurs que ce fameux monde de l’éducation est en plein ébullition avec des projets tout à fait intéressants comme la Khan Academy ou des outils comme Coursekit (cf. The Ingenious Business Model Behind Coursekit, A Tumblr For Higher Education).

Bohatala.com is also recently built start-up on education. Bohatala.com is a free source of education providing free projects and reports, new business plans, research work help, thesis help, assignments, case study solutions, marketing projects and reports, hr projects and reports, etc on various subjects and topics.

Bohatala.com

Les étudiants sont donc à nouveau au coeur des préoccupations des plus grands acteurs du web social. La question que l’on peut légitimement se poser est « Et les autres jeunes ?« . Et bien figurez-vous que les non-étudiants (mais néanmoins jeunes) ne sont pas en reste, puisque la concurrence de Facebook s’organise avec notamment un futur come back pour MySpace (orchestré de mains de maitre par Justin Timberlake : Justin Timberlake is our new boss) et des mouvements de concentration pour les plateformes sociales alternatives comme Tagged qui vient de racheter Hi5 (Facebook’s Leftovers? Social Network Tagged Acquires hi5).

J’attends de voir comment tout ceci va évoluer, mais je pressens que 2012 va être une année passionnante…

Et on reparle de la limite de visibilité

Il est amusant de constater qu’en matière de conception web, certains mythes ont la peau sacrément dure. Autant nous n’abordons plus les mythes de la règle des trois clics ou de la page d’accueil de moins de 60 Ko, autant celui de la limite de visibilité revient régulièrement. Le dernier article que j’avais rédigé à ce sujet remonte à deux ans (En finir avec le mythe de la limite de visibilité), mais je pense devoir m’y coller à nouveau pour définitivement clore le sujet.

Malgré les nombreux articles déjà parus sur le sujet, les discussions persistent, de même que les publications : Life below 600pxDesigning ‘Above the Fold’ Necessary?Is there life below the fold?. Le point de départ de ce mythe est pourtant bien fondé : les contenus au-dessus de la limite de visibilité sont plus lus, de même que les boutons qui sont plus cliqués. Ceci étant dit, les contre-arguments sont également toujours les mêmes :

  • L’équipement des internautes évolue et la limite des 600px est repoussée vers le bas avec des écrans toujours plus grands ;
  • Depuis 15 ans que le web existe, les internautes ont appris à se servir de la barre de défilement et de la molette de leur souris ;
  • L’important n’est pas de faire rentrer tout le contenu au dessus de la limite, mais de faire comprendre aux internautes qu’il y a du contenu supplémentaire en dessous ;
  • Même s’il est largement en dessous de la limite de visibilité, un contenu associé à un point d’intérêt (photo, vidéo, illustration…) sera lu.

J’imagine que vous devez en avoir raz-le-bol que l’on vous sorte toujours les mêmes exemples (page produit d’Amazon et page d’accueil de Basecamp), alors pour illustrer mon propos je choisit un autre exemple (la page d’accueil de Backpack) qui démontre bien l’intérêt d’utiliser toute la hauteur de page pour bien valoriser le contenu.

Backpack

Nous sommes maintenant (presque) en 2012, il faut savoir vivre avec son époque et prendre en compte plusieurs facteurs qui rendent cette limite des 600px encore plus caduque :

  • Le volume de contenu disponible a considérablement augmenté ces dernières années avec les médias sociaux et les contenus multimédia, de ce fait, vous aurez besoin de plus de contenus pour attirer l’attention et convaincre les internautes, donc de plus de place ;
  • La montée en puissance des terminaux alternatifs (smartphones, tablettes, TV connectées, netbooks/cloudbooks…) brouille complètement les statistiques de taille d’écran.

Ces deux facteurs, dont nous commençons réellement à prendre la mesure à l’aube de cette nouvelle année, remettent en question les règles de conception des sites web (Vers des sites adaptés aux netbooks ?Faut-il réinventer le web pour les touchbooks ? et Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?). De ce fait, de nouvelles pratiques émergent et apportent une solution à ce phénomène de diversification des modes de consultation et d’achat en ligne : 4 feuilles de styles pour 4 expériences de lectureLe responsive design à l’assaut des terminaux mobiles et Et on reparle de la conception multi-écran.

Donc au final, la limite de visibilité a-t-elle encore une importance ? Non, plus réellement. Certes, les contenus en haut de page bénéficieront toujours d’une meilleure exposition, mais la notion de haut de page devient de plus en plus floue : non seulement les formats d’écrans se diversifient, mais les applications prennent de plus en plus de place dans les modes de consultation (Le choix se complique entre application mobile et application HTML5).

Moralité : les concepteurs sont aujourd’hui confrontés à des défis bien plus complexes que l’identification d’une surface d’affichage optimale. Le débat ne porte plus réellement sur l’emplacement de la limite de visibilité, mais sur les priorités à attribuer aux interfaces web, mobiles, tactiles, aux applications… Mobile First ! (et Content First !) (et Touch is the New Click!) (et Web is Dead!) (et HTML5 Rules!) (bref, il n’y a plus de règles).

Mes 3 sites coup de coeur (Décembre 2011)

Noël approche, mais je ne change rien à mes habitudes (quoi que pas tout à fait). Voici donc ma sélection de sites mensuelle.

Commençons avec H.J. Mews, une boutique d’accessoires pour chats :

HJMews

J’ai tout de suite été séduit par les couleurs en rupture avec celles qui sont habituellement utilisées sur le web. J’apprécie également les petits raffinements graphiques omniprésents sur cette page comme les bordures des photos ou du panier dans le header, le logo qui déborde sur le bandeau supérieur ou le séparateur de pied de page. Vous noterez également l’utilisation d’une police spéciale pour faire ressortir l’accroche en haut de page ainsi que certains titres. J’adore enfin le soin apporté aux descriptions courtes des produits : elles sont riches, variées et bien formulées. Bref, une boutique qui sort de l’ordinaire pour des produits pas ordinaires.

Poursuivons avec Sweet Hat Club, le club des porteurs de chapeaux :

SweetHatClub

Une page à la grille de lecture parfaitement marquée avec des unités d’information bien découpées. Certes, ça fait beaucoup de boites,mais comment se lasser de ces cadres façon Polaroïd ? J’aime également la position centrale du logo (une figure de style largement sous-estimée), le contraste intéressant entre le fond de page et les têtières, le rendu sépia des photos ainsi que l’utilisation d’une police de caractère spéciale. Vous noterez que la construction même de la page oeuvre fortement pour concentrer l’attention sur le logo en position centrale avec les deux flèches qui l’encadrent et le choix d’une mise en page à deux colonnes qui coupent la page en deux et fait immanquablement remonter l’oeil vers le logo. Au final, nous avons un site sans prétention, mais qui fonctionne parfaitement bien.

Terminons avec Rice Bowl, une organisation caritative :

RiceBowls

Une page à très fort contraste pour faire ressortir le carrousel central, mais qui véhicule également une ambiance rassurante (jaune + brun = stabilité, confort, sécurité). La texture du bandeau qui porte le logo tranche avec le traitement très sobre du reste de la page, les illustrations sont également très simples, mais parfaitement lisibles. Bon par contre, je reste sceptique quand à la prolifération des styles de typo : gras/maigre, majuscules/minuscules, droit/italique… tout ça est un peu trop chaotique à mon goût et mériterait une harmonisation. Ceci étant dit, le résultat final n’en reste pas moins très réussi et véhicule parfaitement le message.

Puisque c’est bientôt Noël, je vous propose exceptionnellement une quatrième sélection qui me laisse perplexe. Il s’agit de la toute nouvelle page d’accueil du magazine Inc., réputé pour la sobriété de son site web et qui a encore accentué le trait.

Inc

J’ai toujours été un grand fan des mises en page allégées et du minimalisme, mais là… je trouve qu’ils y sont allés un peu fort. Certes, ce site propose une lisibilité maximale avec une très grande cohérence dans les traitements graphiques, mais quand même… toute cette sobriété ne nuit-elle pas au site ? Avouez que vous aussi vous avez envie de vous pendre, non ? Le site du NYTimes propose également une charte ultra sobre, mais avec un minimum de couleurs, alors que là… Bref, n’hésitez pas à me donner votre avis.

De l’intérêt des animateurs de communautés en interne

Dans l’inconscient collectif, l’Entreprise 2.0 désigne le Web 2.0 dans le monde de l’entreprise. Un raccourci bien pratique pour vous épargner une longue explication, mais une définition hasardeuse et largement incomplète (cf. Quelle définition pour l’Entreprise 2.0 ?). Pourquoi parler du Web 2.0 ? Pour aborder une composante essentielle du web participatif et des médias sociaux : la gestion des communautés. Même si le terme est le même, j’attire votre attention sur le fait que les communautés grand public et les communautés internes sont régies par des dynamiques sociales et communautaires très différentes. La principale raison de cette différence est que les conversations et interactions sociales publiques peuvent se faire sous couvert de l’anonymat (ou du pseudo anonymat). Dans le monde de l’entreprise, toutes vos contributions sont nominatives, et elles vous suivent tout au long de votre carrière, un facteur extrêmement inhibiteur.

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur les outils et pratiques « sociales » au sein de l’entreprise, mais je n’ai jamais pris la parole au sujet des communautés internes. Le terme « communauté » est utilisé au pluriel, car il n’y a pas une, mais une infinité de communautés (thématiques, corporatistes, géographiques…) et de micro-communautés (par projet, par évènements…) qui co-existent au sein d’une entreprise. Ces communautés ont des origines et des finalités très différentes : certaines regroupent des membres volontaires (ex : apprentissage du chinois), d’autres sont plus ou moins imposées (notamment les communautés autour de projet). Certaines sont éphémères (car liées à un projet ou un évènement), d’autres sont amenées à être pérennisées (les communautés de veille). Bref, les pratiques communautaires sont très diversifiées.

Autant des discussions peuvent naître spontanément, autant les communautés doivent être fédérées de façon formelle pour pouvoir être exploitées. Par « exploitation« , j’entends « échanges de bonnes pratiques, capitalisation de savoir…« . Si les bavardages ne sont pas structurés, ils ne pourront pas servir à grand-chose (sinon il suffit de placer un micro près de la machine à café et de faire de la reconnaissance vocale). C’est là où les gestionnaires de communautés démontrent leur intérêt : pour stimuler les conversations et non les modérer (comme il n’y a pas d’échanges anonymes, le travail de modération est minimisé, sauf dans le cas bien particulier d’une discussion avec une connotation sociale / syndicale).

Le rôle des gestionnaires de communauté va donc être de détecter les potentiels communautaires, de fédérer les premiers membres et de les stimuler pour maintenir un certain niveau de contributions. Encore une fois, comme nous sommes dans un cadre professionnel, les contributeurs potentiels sont inhibés par la peur de mal faire (publier la mauvaise information) ou de perdre son temps (après tout, il a un travail à assumer). Toute la difficulté va donc être de motiver les collaborateurs à partager leurs savoirs (sur des plateformes de capitalisation comme les wikis), à documenter leur quotidien (avec des outils de micro-blogging) et à réduire leur utilisation de l’email (au profit des outils de conversations et des systèmes de notifications). Nous parlons bien de contraintes culturelles et non techniques, les gestionnaires de communautés internes se positionnent donc plus comme des coaches, des facilitateurs, plutôt que des contributeurs (comme ça peut être le cas dans le monde rand public).

Idéalement, les gestionnaires de communauté ne doivent pas être employés à plein temps, mais impliqués dans le quotidien de l’entreprise. Comprenez par là qu’il ne sert à rien de recruter spécifiquement un djeunz de la génération Y pour former les « vieux » de la génération X eu au-delà. Idéalement, le community management interne ne devrait pas être un intitulé de poste, mais un rôle assumé par le middle-management, ceux qui sont en contact avec le plus de collaborateurs et qui sont parfaitement impliqués dans les dossiers et processus internes. Faire évoluer la fonction des middle-managers est ainsi le meilleur moyen de diluer les pratiques, voire de les imposer (un manager a la pouvoir nécessaire pour interdire à un collaborateur de noyer ses collègues sous les emails et le forcer à changer ses habitudes).

Enfin, si vous souhaitez voir les choses en grand, il va falloir faire remonter ces pratiques à niveau de la Direction Générale et planifier le développement de vos communautés internes. C’est le rôle du Chief Network Officer, qui va définir les grandes lignes de la politique communautaire interne afin d’optimiser les échanges et avoir des interactions plus productives. Par « productive », je fais référence à un développement de pratiques communautaires structurées (et non anarchiques) dont l’objectif est de faciliter la circulation de l’information, la collaboration, la capitalisation des savoirs… et non le bavardage « stérile ». N’oubliez pas que nous parlons du monde professionnel, il est toléré de passez du temps à ma machine à café ou à bavarder en début de réunion, mais chaque collaborateur a un minimum d’obligations de productivité / créativité. C’est dans ce cadre qu’interviennent ces nouveaux rôles (Chief Network Officer, Community Managers…) dont nous allons de plus en plus entendre parler.

Si le sujet vous intéresse, je vous rappelle qu’il ne vous reste plus que quelques jours pour bénéficier d’une inscription à tarif préférentiel pour assister à l’Enterprise 2.0 Summit à Paris les 7 et 8 février prochains où un track Project Excellence sera dédié à la gestion des communautés, à la transformation des habitudes et aux stratégies d’adoption.