LA tendance 2011 pour les médias sociaux : la qualité

Faisant suite à l’article de Cédric, je vous propose mes réflexions sur LA grande tendance de 2011 : la qualité. Les années 2009-2010 ont ainsi été les témoins du formidable essor des médias sociaux. Pour mémoire, il y a près de 600 millions de comptes sur Facebook, 110 M de tweets envoyés chaque jour et plus de 35h de vidéo publié sur YouTube. Tout ceci participe à un phénomène d’accumulation des contenus et signaux sociaux qui aggrave le sentiment d’infobésité. Conséquence : les utilisateurs des médias sociaux se sentent submergés et sont en demande de contenus et interactions sociales plus enrichissantes.

Si les années passées ont été synonymes de croissance effrénée, l’année 2011 sera l’année de la maturité où l’on privilégiera la qualité à la quantité. Je ne vous apprendrais rien en disant que le niveau qualitatif moyen des contenus générés par les utilisateurs est plutôt bas. Si vous souhaitez relever le niveau, il va donc vous falloir exploiter les bons outils pour faire le tri et pour améliorer la qualité de vos publications ou de vos interactions sociales.

La curation pour améliorer la qualité des contenus

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais « curation » est véritablement l’expression à la mode. Le principe de la curation est de nettoyer pour ne conserver que le meilleur. Des plateformes sociales avec de gros volumes de contenus proposent ainsi des espaces de découverte de nouveaux contenus « nettoyés » (« curated content« ) comme WordPress avec FoodPress ou TumblR (Tumblr Adds Curated Topic Pages For Better Content Discovery) et MySpace avec leurs topic pages :

Myspace_Topic

L’idée est d’améliorer l’expérience avec du contenu de qualité et de fidéliser les lecteurs avec une mise en page plus agréable. Dans ce nouveau schéma, tout le monde est gagnant :

  • les lecteurs découvrent des contenus de qualité ;
  • les éditeurs fidélisent une audience qu’ils peuvent monétiser par la suite ;
  • les rédacteurs bénéficient d’une plus grande exposition ;
  • les annonceurs disposent d’un espace d’expression mieux maitrisé.

Cette formule magique semble particulièrement adaptée à des terminaux de consultation comme l’iPad dont l’application Flipboard est une réussite flamboyante. Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise d’autres acteurs comme Scoop.it qui ambitionne de proposer une expérience équivalente dans votre navigateur :

Scoop.it_

Vous noterez au passage que la notion de curation n’est pas nouvelle, car j’en parlais déjà il y a 1 an 1/2 : Le filtrage social comme remède à l’infobésité. Pour conclure sur ce point, je pense ne pas me tromper en disant que le contenu de qualité est source d’interactions sociales de qualité : Why Tumblr Is Better Than Facebook For Meeting New, Compatible Friends.

Les experts pour améliorer la qualité des discussions

Des plateformes sociales comme Twitter ou Facebook ont démocratisées le principe des conversations rapides : chacun livre ses réflexions et états d’âme en 140 caractères, on partage un lien, on s’envoie des boutades. Tout ceci est fort sympathique, mais n’encourage pas les discussions de qualité. Des services comme StackOverflow proposent ainsi une alternative très interessante, mais fortement verticalisée (il faut être dans le milieu pour suivre les discussions) : Les FAQ collaboratives comme alternatives aux forums ?

Mélangez ce principe de FAQ collaborative avec un moteur de recherche puissant, un référencement diablement efficace, une mécanique sociale bien rodée, une pointe d’exclusivité et vous obtenez Quora, LE phénomène social du moment : Is Quora the biggest blogging innovation in 10 years? et 7 Reasons Quora Could Be The Breakout Star of 2011.

Pour faire simple, Quora est une plateforme de questions/réponses qui intègre le meilleur des réseaux sociaux (Facebook Connect, des profils utilisateurs détaillés) et du microblogging (possibilité de suivre quelqu’un ou un sujet). Les éditeurs de ce service ont eu la bonne idée de le faire tourner au ralenti pendant presque un an avec un nombre très limité d’invitations (créant ainsi un sentiment d’appartenir à une élite). Chaque membre est invité à choisir un certain nombre de sujets et peut poser des questions ouvertes à la communauté ou des questions ciblées à un expert. Il en résulte une plateforme d’échange très riche avec des contributions de qualité.

Quora

Je suis bien incapable de dire comment Quora va évoluer, mais pour le moment cette plateforme semble avoir percé dans un domaine où les plus grands se sont cassé les dents (Maholo, Knol…).

Des outils de publication assistée pour améliorer la qualité de vos photos

YouTube et FlickR sont les figures les plus emblématiques du web 2.0 et de la vague des User Generated Content. Les contributions s’y comptent par milliards, mais ne sont pas un gage de qualité (loin de là). Je pense ne pas me tromper en disant qu’il n’y a pas de mystère : les seuls contenus de qualité sont publiés par des professionnels.

C’est ce que je pensais jusqu’à ce que je découvre Instagr.am. Il s’agit d’une application iPhone qui permet de partager vos photos. Jusque-là rien de révolutionnaire si ce n’est l’outil de publication qui permet d’ajouter des effets très sympathiques pour donner un rendu professionnel aux photos. Chaque cliché est ainsi très facilement stylisable en quelques clics :

Instagram

Couplé à des applications comme Camera+ ou ProCamera et des lentilles comme celles que propose Photojojo, les photos prises avec votre smartphone n’en seront que plus belles. Il n’a jamais été aussi simple de jouer les artistes !

Le succès d’Instagram est indéniable (Instagram Gets 1 Million Users in 10 Weeks) mais de nombreux concurrents sont déjà là : Hipstamatic, Pocketbooth, Path… Attendez-vous pour 2011 à une déferlante d’applications équivalentes, mais pour les vidéos (sur le même modèle que 8mn vintage Camera).

Un indice d’autorité pour améliorer la qualité de vos contacts

Avec tous ces contributeurs, il est difficile de s’y trouver, ou plutôt de se constituer une liste de contributeurs à valeur ajoutée. J’entends par là que dans un souci de gain de temps, et pour éviter de se faire submerger, les membres de plateformes comme Twitter sont à la recherche d’auteurs leur permettant de découvrir les contenus ou réflexions les plus intéressants. Des services comme Klout proposent ainsi de faire une analyse détaillée d’un compte Twitter et de vous sortir son profil (Curator, Broadcaster, Tought Leader, Conversationalist…) et son indice d’autorité pour que vous puissiez juger de l’intérêt de l’ajouter à votre liste :

Klout

Nous pourrions ainsi tout à fait envisager des fonctions de curation de listes qui passerait en revue les comptes que vous suivez et vous proposerait :

  • de supprimer les comptes qui ne sont pas compatibles avec vos exigences (indice d’autorité ou sujets abordés) ;
  • de vous proposer d’autres comptes en fonction de vos critères.

Il n’y a pour le moment pas beaucoup de services de scoring des utilisateurs ou des contributions (Grader, PostRank…) mais j’imagine tout à fait l’intérêt que pourraient avoir de tels services. En allant plus loin, nous pourrions également envisager un servie équivalent pour votre graphe social professionnel qui vous nettoierait votre liste de contacts des parasites ou connexions à faible valeur ajoutée et vous proposerait des contacts plus intéressants (noeuds forts) en fonction de votre profil (votre fonction, secteur d’activité, niveau d’étude…). Cette idée vous choque ? Pas moi, car je pense que tout le monde y gagnerait. LinkedIn pourrait proposer une telle fonction pour ses membres premium…

En conclusion je n’ai pas grand-chose d’autre à ajouter que de confirmer mon sentiment sur cette recherche de qualité. Je peux donc vous conseiller de réfléchir à la meilleure manière pour vous (et votre marque) de vous inscrire dans cette démarche.

De la nécessité d’équilibrer les budgets de communication

Je ne me lancerais pas dans un cours magistral sur l’histoire de la communication et des techniques publicitaires, mais je pense ne pas me tromper en disant que la banalisation d’internet dans un premier temps et l’avènement des médias sociaux ont fortement bouleversés les relations entre annonceurs et consommateurs. Jusqu’à récemment, pour vendre il suffisait d’occuper l’espace. Plus votre marque occupait de la place sur les médias et plus les ventes étaient importantes. Cette configuration de marché forçait donc les communicants à raisonner en fonction du GRP d’un produit, elle a conduit les marques à investir des sommes toujours plus importantes.

Le problème est que cette configuration de marché a maintenant évolué et que matraquer la tête des consommateurs n’est plus suffisant pour doper les ventes. Car le consommateur d’aujourd’hui a appris à se protéger des messages publicitaires et a surtout acquis des réflexes bien spécifiques en phase pré-achat : il se renseigne, lit et discute (cf. 58% des consommateurs s’informent sur internet à propos des produits qu’ils veulent acheter). Cette évolution dans les habitudes de consommation devrait logiquement s’accompagner d’une évolution dans la hiérarchisation des supports de communication. Or, c’est loin d’être le cas, car les budgets des annonceurs sont encore très largement utilisés pour crier et non pour écouter / dialoguer (cf. Branding in the Digital Age: You’re Spending Your Money in All the Wrong Places).

Exposition des prospects lors des différentes étapes du cycle d'achat

Si l’on observe ainsi les pratiques de communication, une très large partie du budget de communication est dépensé lors des étapes de reconnaissance du besoin (publicité, sponsorisation…) et lors de la prise de décision (promotions, PLV…). Entre les deux, il ne se passe pas grand-chose, et c’est bien dommage, car c’est là où tout se joue. Les prospects en phase de recherche des offres et d’étude des alternatives sont ainsi exposés à une multitude de mentions des produits et services sur les médias sociaux (blogs, forums, Facebook, Twitter…). Ils ont également accès à un très grand nombre d’avis client (sur les sites des distributeurs ou sur les sites dédiés) et de critiques expertes (blogs ou portails spécialisés).

Ne trouvez-vous pas dommage de dépenser autant d’argent pour augmenter la notoriété d’un produit / service et de se limiter quand il est question de leur réputation ? Certes, les médias sociaux peuvent impressionner, faire peur (ce sont des territoires de communication bien plus instables que les médias traditionnels) mais ce n’est pas une raison pour maintenir un tel déséquilibre. Pire : vous ne parviendrez jamais à compenser une mauvaise réputation de vos produits en communicant plus fort, au contraire vous aggraverez les choses en augmentant l’exposition des produits (donc le nombre de critiques).

Certains ont décidé de sauter le pas, comme Pepsi-Cola qui n’investit plus un seul centime en communication traditionnelle. Sans aller dans cet extrême, je trouve logique de procéder à un arbitrage plus cohérent des budgets publicitaires en accordant plus d’importance aux médias qui impactent le plus la décision d’achat. En clair : dépenser moins en affichage / marketing direct et plus en social marketing.

Cette vision est peut-être utopiste, mais même un léger équilibrage peut faire une grosse différence : les campagnes traditionnelles se chiffrent en millions d’euros alors qu’une cellule d’écoute / dialogue en coûte 20 à 50 fois moins.

Un autre facteur à prendre en compte est la marge sur les prestations vendues par votre agence de communication : elle privilégiera naturellement les campagnes qui lui rapportent le plus. Mais c’est une autre histoire…

Nouveaux thèmes graphiques et changements professionnels

Après 1 an 1/2 de bons et loyaux services, l’ancien thème graphique de ce blog a été remplacé par un nouveau thème plus clair et plus minimaliste :

FredCavazza.net_V10

J’ai voulu ce nouveau thème plus aéré et moins chargé que le précédent. La réalisation a été confiée à Francis qui a fait du très bon travail pour interpréter et traduire mes indications (« j’veux du blanc« ). La maquette graphique parle pour elle, mais je vous livre quand même les explications de l’artiste : « J’ai voulu faire du minimalisme jusqu’au bout : 95% de typographie, un layout simple, et un travail sur différentes tonalités d’une même couleur. Une police Slab pour asseoir une certaine légitimité, expertise, et qui se marrie très bien avec les tons bruns et gris, le tout en respectant les règles ergonomiques imposées par Fred« .

Il reste encore un peu de travail d’optimisation sur la mise en page et le réglage des contrastes mais le thème est quasi-finalisé. Concernant la technique, le gabarit a été réalisé en HTML5 (avec les balises article, section…) et en CSS3 avec des typographies exotiques. Comme ce thème n’est pas très sophistiqué, les expérimentations en matière de CSS3 ne sont pas aussi poussées que sur MarketingVirtuel.fr (également réalisé par Francis) où je pense avoir utilisé tout ce que la version 3 des feuilles de style peut proposer (coins arrondis, transparence, transition…) :

MarketingVirtuel

Si vous consultez ces blogs avec Internet Explorer, vous aurez très certainement des problèmes de rendu, c’est tout à fait normal, car ces nouveaux thèmes graphiques ne sont volontairement pas optimisés pour IE6, 7 ou 8. C’est une décision dont je suis entièrement à l’initiative et qui est motivée par plusieurs choses :

  • Le désir d’expérimenter les dernières nouveautés d’HTML et de CSS ;
  • La volonté de ne pas alourdir inutilement le code source avec des astuces à la noix pour faire plaisir à un navigateur lancé il y a presque 10 ans (je fais référence à IE6) ;
  • L’envie de motiver les visiteurs à mettre à jour régulièrement leur navigateur (si vous ne voulez pas utiliser Firefox ou Chrome, je vous rappelle qu’IE 9 est disponible en beta).

Suite à ces deux nouvelles versions, les autres blogs devraient également bénéficier très prochainement d’un ravalement pour accompagner un changement majeur dans ma vie professionnelle. Mais j’aurais l’occasion de vous en reparler en fin de semaine…

Pourquoi British Telecom n’est pas sur Facebook

Je fais écho à l’article de Cédric avec le témoignage de British Telecom dont j’ai eu la chance d’interviewer la responsable social media (Bian Salins – @B1an). Leur approche des médias sociaux est particulièrement intéressante, car ils font preuve de beaucoup de maturité sur le sujet :

  • Un gros travail a été réalisé en amont pour préparer les équipes internes et les collaborateurs à intégrer les médias sociaux dans leur quotidien (ils utilisent Yammer et OfficeTalk pour faire du microblog d’entreprise) ;
  • Ils ont créé la marque BTCare pour redorer l’image et la réputation du service client sans interférer avec les actions menées sur la marque BT ;
  • Ils ne sont pas présents sur Facebook car ils ont préféré privilégier les médias où se trouvaient les conversations les plus intéressantes (Twitter avec @BTCare et les forums de spécialistes ainsi que BTCare Community Forums) ;

    Le service client BT sur Twitter
  • Ils n’ont pas recruté une équipe en partant de zéro mais ont préféré faire évoluer des postes en interne (les équipes du service client se chargent des réponses, elles sont supervisées par un community manager qui est garant de la tonalité et de l’animation interne) ;
  • Ils ne s’intéressent pas particulièrement au ROI (trop complexe et aléatoire) mais plutôt au ROO (Return on Objectives).

Une anecdote particulièrement intéressante a retenu mon attention : Un de leurs centres techniques a été inondé dans l’année. Ils ont publié une photo des serveurs noyés qui a attiré un trafic très important (impossible pour moi de vous communiquer les chiffres) et généré de l’empathie de la part des clients qui appelaient le call center :

La photo des serveurs noyés publiée par BTCare

Autres conseils dispensés par Bian :

  • Si les clients sont au coeur de votre stratégie et de vos préoccupations, vous ne pouvez pas vous tromper (une réflexion utile pour ceux qui résonnent encore en termes d’audience ou de pages vues) ;
  • Il y a forcément des risques et des coûts cachés pour votre présence sur les médias sociaux (mais rien d’insurmontable) ;
  • Il faut impérativement définir une roadmap précise (pour savoir dans quelle direction progresser) et une organisation solide (pour ne pas se disperser et maîtriser les dépenses) ;
  • Ne jamais sous-estimer le travail de modération (surtout en cas d’incidents techniques).

Ici une (trop) courte interview vidéo de Bian entre deux interventions :

J’ai réellement été enchanté d’entendre le discours de Bian et surtout sa posture réfléchie et posée vis-à-vis de l’emballement généralisé autour de Facebook (rappelons que certains « spécialistes » des médias sociaux conseillent d’abandonner votre site web pour ne plus avoir qu’une fan page). Entendons-nous bien : Mon propos n’est pas de dire qu’il faut oublier Facebook, mais plutôt de bien réfléchir à vos objectifs, d’analyser en détail le contexte et de choisir enfin les bons outils et supports avant de vous lancer dans l’aventure des médias sociaux.

Moralité :

  • Facebook ne monopolise pas les conversations (ni en volume, ni en quantité)
  • Au final, vous finirez bien par ouvrir une page sur Facebook, mais ce n’est pas forcément une priorité
  • En aucun cas le fait d’être présent sur Facebook n’est une stratégie ou une posture viable sur le moyen ou le long terme (hors, c’est bien de ça dont il est question avec les médias sociaux).

Je résume ici une longue conversation, mais l’essentiel est là.

De la naïveté des médias concernant Facebook et les données personnelles

Cette semaine nous avons encore doit à une énième polémique sur l’exploitation des données personnelles par Facebook : Facebook in Privacy Breach. Cette polémique est la dernière d’une longue série d’articles publiés par le Wall Street Journal sur le sujet, elle dénonce la transmission de données personnelles à des sociétés de marketing par certaines applications Facebook (plus précisément : les social games de Zynga). Officiellement pour Facebook, il s’agit d’une « faille de sécurité » qui a été corrigée. Cet article a été immédiatement dénoncé par la blogosphère (à juste titre) et notamment par Techcrunch : Fear And Loathing At The Wall Street Journal.

Pourquoi cet article est-il risible ? Tout simplement parce que le modèle économique de Facebook repose sur l’exploitation des données personnelles (ils appellent ça le graphe social pour ne choquer personne). C’est comme si je publiais un article pour dénoncer la consommation d’essence par les voitures ! Ce n’est pas explicitement dit dans la page consacrée à la confidentialité (Controlling How You Share) mais il faut vraiment être naïf pour penser qu’ils ne font pas autrement.

Facebook_Chart

Ce n’est pas la première fois que Facebook se fait épingler pour ce type de dérapage (Facebook iPhone app shares all your phone numbers, Facebook Illegally Accessed, Saved Non-User’s Data, Facebook Privacy: 6 Years of Controversy…) et quelque chose me dit que ça ne sera pas la dernière…

FacebookPrivacyTimeline

Bon, ceci étant dit, cette pratique n’est pas une exception et d’autres s’y adonnent également : Facebook, MySpace Confront Privacy Loophole, Canada, Spain Find Google Violated Privacy Laws, Collected Loads of Personal Data, Medical Records. Les données personnelles sont le trésor de guerre des plateformes sociales, si ces dernières sont gratuites, il y a une contre-partie : l’exploitation de vos données personnelles. Et alors ?

Je vais vous faire une confidence : chaque fois que vous ouvrez votre navigateur, vous êtes surveillé et vos moindres faits et gestes sont revendus à des spécialistes de l’analyse comportementale. C’est à ça que servent les cookies et autres shared objects. Jusqu’à présent cela n’a jamais dérangé personne (certains vont même plus loin : Pour Tim O’Reilly, améliorer le monde vaut bien un peu de vie privée). Et de toute façon les sociétés qui exploitent les bases de données e-marketing sont des enfants de coeur comparés à ce que font (et possèdent) les spécialistes de la donnée consommateurs comme Consodata.

Bref, exploiter les données personnelles n’est pas vraiment un sujet polémique, c’est ce qui permet aux marques d’améliorer leur offre et aux agences de mieux cibler leurs campagnes. Ce que je ne comprends pas bien, c’est pourquoi les journalistes qui ont rédigé l’article s’enflamment à propos de l’exploitation potentielle de données disponibles dans le profil public des membres de Facbeook. Profil public = Tout le monde peut voir ce qu’il y a dessus (les autres membres, Google, les bases de données marketing…). Ceci fait écho à un paradoxe que j’ai déjà décrit : les membres veulent de la visibilité mais veulent également protéger leur vie privée (La schizophrénie des membres va-t-elle tuer Facebook ?).

Cette polémique récurrente met surtout en évidence un manque flagrant d’éducation du grand public (et des médias) vis-à-vis des pratiques de ciblage comportementale et de leur dangerosité. Au pire, que peut-il arriver : se faire spammer sa boîte aux lettres.

Pour le moment il n’y a rien de très alarmant, mais je suis par contre plus inquiet pour l’avenir : combien de temps Facebook va-t-il entretenir l’ambigüité sur l’exploitation du graphe social par les annonceurs ? Si l’on s’en tient à ce qui se passe sur Facebook, vous ne risquez pas grand chose. Par contre, c’est plus gênant avec des systèmes d’authentification automatique comme Facebook Connect qui sont déployés à grande échelle, car il n’est pas compliqué de déduire des informations « sensibles » à partir de vos actions :

  • Vos convictions politiques en fonction des articles qui sont lus et aimés sur les sites d’information (comme CNN) ;
  • Vos orientations religieuses ou sexuelles en fonction des endroits que vous fréquentez ou notez sur Yelp (un resto kasher ou un bar gay) ;
  • Vos antécédents médicaux en fonction des recettes que vous consultez et partagez sur un site de cuisine (recettes sans sel ou allégées)…

Bref, la situation n’est pas alarmante, mais pourrait rapidement le devenir si l’opinion publique ne prend pas conscience d’une réalité : Facebook a BESOIN d’exploiter les données personnelles de ses membres pour pouvoir financer son activité et sa croissance. Et il en est de même pour l’ensemble des plateformes sociales gratuites. Encore une fois, je ne condamne pas ces pratiques, mais je trouve que l’attitude de Facebook est bien trop ambiguë à mon gout : l’exploitation des données personnelles n’est pas une faille de sécurité, c’est un modèle économique.

Conclusion : Éduquer les internautes sur les dangers de l’exposition des données personnelles en ligne (mais également les bénéfices) devrait être une priorité pour les acteurs du web social, ou au moins un pré-requis. C’est ce que fait notamment Google en publiant et en expliquant clairement leur charte de confidentialité (Trimming our privacy policies).