Des réseaux sociaux internes aux plateformes de collaboration conversationnelles

À une époque pas si lointaine, l’Entreprise 2.0 était un sujet très porteur. Face au succès du Web 2.0 et des premières plateformes sociales de grande envergure (Facebook, Youtube…), les entreprises se sont dit qu’il serait forcément bénéfique d’internaliser ces pratiques (blog, wiki…) pour fluidifier le partage d’informations, capitaliser la connaissance et stimuler la collaboration. Le concept d’Entreprise 2.0 était né et il allait générer un formidable engouement, notamment autour des réseaux sociaux internes (autrement appelés RSE). Quand je dis « formidable engouement », en fait c’étaient surtout les DSI et éditeurs de logiciels qui étaient enthousiasmés à l’idée de bousculer un statu quo vieux de plusieurs décennies (le couple emails / MS Office).

10 ans après, que reste-t-il de l’Entreprise 2.0 ? Pas grand-chose, car les salariés n’aiment pas changer leurs habitudes, et car les entreprises sont des organisations sociales souffrant d’une terrible inertie. L’idée de départ reste néanmoins bonne, d’ailleurs elle a été réintroduite sous d’autres formes (ex : Social business). Plus récemment, on en trouve une descendance dans la nouvelle coqueluche du moment : la transformation digitale. Après tout, la transformation digitale n’est autre que l’utilisation systématique des outils et pratiques issus du numérique afin d’améliorer la performance des entreprises (cf. De l’Entreprise 2.0 à la transformation digitale).

De la Taylorisation à la collaboration

Quel que soit le terme que vous utilisez ou le concept auquel vous faites référence, la finalité est la même : améliorer les performances de l’entreprise. Le problème est que la majeure partie des entreprises est encore pilotée avec des outils du XXe siècle (ERP) reposant sur des logiques du XIXe siècle (le Taylorisme). Je n’ai rien contre l’organisation scientifique du travail, c’est une approche qui a fait ses preuves, simplement elle n’est plus adaptée aux défis auxquels les travailleurs du savoir sont confrontés aujourd’hui.

Je pense ne rien vous apprendre en disant que nous sommes depuis longtemps dans une économie globalisée où tout s’accélère et où l’innovation et l’expérience utilisateur semblent être les seuls leviers viables de croissance et de rentabilité. Ceci implique nécessairement de savoir faire preuve d’agilité, une philosophie qui ne cohabite pas forcément bien avec le Command & Control.

J’ai déjà eu de multiples occasions de vous expliquer que le salut des entreprises ne réside pas dans leur capacité à faire travailler leurs employés plus vite, mais de les faire travailler mieux. Rassurez-vous, je ne vais pas vous ressortir la carte « collaboration » et la brandir comme Excalibur, j’imagine que vous avez compris le topo. J’insiste néanmoins sur le fait que pour progresser, les entreprises doivent impérativement revoir leurs méthodes de travail, en s’inspirant notamment des techniques de Design Thinking (la nouvelle marotte de Big Blue : IBM Buys Germany’s Ecx.io, Its Third Creative Services Acquisition In A Week). Certes, toutes les entreprises ne sont pas prêtes à prendre un virage aussi radical qu’IBM, mais elles gagneraient beaucoup à se focaliser un peu moins sur les time sheet et un plus sur des cartes d’empathie.

De l’échec des solutions de collaboration « lourdes »

Travailler différemment, travailler mieux, collaborer, libérer l’information et la connaissance… sont autant de crédos martelés par les apôtres de l’Entreprise 2.0. Le problème est qu’en se focalisant un peu trop sur les outils (notamment les réseaux sociaux d’entreprise), les entreprises souhaitant initier ces pratiques collaboratives ont sous-estimé la résistance au changement. Si personne ne peut remettre en cause l’ingéniosité de solutions de collaboration comme Yammer, Podio ou Jive, force est de constater que la révolution n’a pas eu lieu et que les changements se font attendre. Il faut croire que les facteurs psychologiques et émotionnels pèsent beaucoup plus lourd dans la balance qu’on ne le pensait.

J’ai conscience d’y aller un peu fort en parlant d’échec, mais je ne peux que constater une adoption très très lente de ces plateformes de collaboration. Pour y voir plus clair, je vous recommande fortement la dernière version de l’étude Lecko : RSE tome 8 – Équiper et stimuler son organisation pour se transformer. Cette étude très riche met en évidence un terrible paradoxe : 92% des managers pensent que développer la culture collaborative est important, mais seuls 32% pensent que c’est une priorité. Résultat : les 3/4 des managers ne sont pas utilisateurs du RSE. Si les chefs ne montrent pas l’exemple, comment voulez-vous que les équipes suivent ?

En fait, ce dont souffrent les entreprises, c’est d’un terrible manque de discernement : la collaboration c’est bien, surtout pour les autres (« pour moi, tout va bien, mais je suis persuadé que les autres pourraient gagner en efficacité« ). Du coup, nous avons vu ces dernières années de nombreux éditeurs proposer des solutions plus légères pour aborder le sujet de collaboration sous un angle moins contraignant :

L’idée derrière toutes ces solutions est de ne pas trop perturber les collaborateurs en leur proposant des logiques collaboratives moins formelles exploitant des pratiques qu’ils ont déjà assimilées (ex : les panneaux et post-it de l’excellent Trello). C’est dans ce cadre que Slack s’est rapidement imposé comme la nouvelle star des solutions de collaboration : Encore un service qui ambitionne de remplacer l’email.

Encore et toujours les conversations

Dès que l’on parle de collaboration, la métaphore de la machine à café (ou de la fontaine à eau) revient quasi systématiquement : un lieu de passage où les collaborateurs ont des échanges informels. Ces conversations de surface peuvent sembler anecdotiques, mais elles ont le mérite de libérer la parole (contrairement aux réunions qui peuvent être très intimidantes) et de stimuler la fertilisation croisée. De nombreuses solutions se sont déjà positionnées sur le créneau des conversations, mais Slack propose une approche différente mélangeant plusieurs concepts :

  • des canaux de discussion plutôt que des groupes thématiques ;
  • une plateforme ouverte permettant de se connecter à des services externes ;
  • des robots conversationnels permettant d’effectuer des tâches basiques (planifier une réunion à plusieurs…) ;
  • une messagerie individuelle ou collective.

Rien de très nouveau du côté des fonctionnalités, mais un produit fini parfaitement cohérent, très agréable à utiliser qui se concentre sur un seul bénéfice : améliorer la communication au sein des équipes.

slack

La grande force de Slack est de proposer une approche informelle de la communication / collaboration qui fait un penser à la CB : parfois en s’en sert pour diffuser de l’information de façon explicite, d’autre fois on s’en sert pour détecter des signaux faibles (prendre le pouls d’une équipe, d’un projet ou avoir une idée de l’ambiance, du ressenti sur un sujet). Certains pourraient y voir une forte ressemblance avec Google Wave, un service révolutionnaire, mais trop en avance sur son temps. D’autres le comparent à Twitter ou au Yammer des débuts.

Toujours est-il que ce service remporte un immense succès et entraine dans son sillage de nombreuses autres solutions qui adoptent à leur tour ce modèle de collaboration reposant sur les conversations. C’est notamment le cas de HipChat, une solution de « conversation d’équipe conçue pour l’entreprise » proposée au sein de la gamme d’Atlassian.

hipchat

Il y a surtout Talkspirit, l’éditeur français qui a opéré un superbe pivot pour se repositionner sur le travail en équipe, une équipe « connectée à son écosystème » et « augmentée pour accélérer la réussite des projets ».

talkspirit

Signalons enfin Facebook qui en profite pour recycler son Messenger au sein d’un Facebook @ Work qui peine terriblement à convaincre : Facebook just launched a chat app for companies that’s a direct threat to Slack.

La collaboration peut-elle être domestiquée ?

Si l’on fait le compte, ça commence à faire beaucoup d’outils en interne : l’email, l’intranet, le RSE, les plateformes collaboratives externes… Est-ce bien raisonnable d’investir dans un énième solution de collaboration interne ? Oui je pense, car les habitudes n’ont toujours pas été changées, et car nous avons définitivement abandonné l’idée d’une grande plateforme unifiée.

Au final, le poste de travail de demain sera beaucoup plus hétérogène qu’on ne le pensait, et permettra de satisfaire des profils de collaborateurs très différents : certains resteront fidèles à leurs vieux outils (emails, fichiers bureautiques), d’autres adopteront des outils plus agiles avec leurs collègues (ex : Slack, Trello…). Au final, l’important n’est pas d’imposer un modèle, mais plutôt de laisser les collaborateurs s’organiser entre eux en leur donnant un certain niveau d’autonomie. N’oublions pas que la finalité n’est pas de forcer l’adoption d’un outil, mais d’améliorer l’agilité et les performances de l’entreprise (la collaboration est un moyen, pas une fin en soi).

Je fais ici le parallèle entre la collaboration interne et la transformation numérique : former les collaborateurs au web et leur imposer de nouveaux outils ne donnera pas forcément de bons résultats. Il faut dans un premier temps leur faire comprendre les enjeux de la transformation (rester compétitif) et le rôle qu’ils ont à jouer (développer de nouvelles méthodes de travail). Pour la collaboration interne, c’est la même chose : dans un premier temps, aider les collaborateurs a bien comprendre la nature et l’étendue des dysfonctionnements (saturation d’emails, réunions anti-productives, rétention d’informations…) et leur démontrer qu’ils sont à la fois le problème et la solution. Et pour se faire, rien de tel que de libérer la parole !

2011, l’année de la désillusion ?

2010 aura été une année riche en nouveautés et en expérimentations. J’ai déjà eu l’occasion de partager avec vous mon enthousiasme quant à cette nouvelle année 2011 où les tendances vont se concrétiser et les marchés émergents vont croitre significativement. La contre-partie de cette maturation va par contre se traduire par une désillusion généralisée sur de nombreux domaines. La raison est toute simple : tout changement ou innovation s’accompagne forcément de fausses promesses ou d’attentes exagérées, ceci est valable pour un certain nombre de domaines comme les médias sociaux, l’entreprise 2.0, le commerce en ligne, les terminaux mobiles…

J’anticipe donc une année 2011 plus réaliste avec des projets moins opportunistes et plus à même de créer de la valeur plutôt que de jouer sur l’effet d’annonce (« regardez ma nouvelle application HTML5 de curation pour l’iPad« ).

Médias sociaux, une inévitable bulle des attentes

J’ai déjà évoqué la bulle des médias sociaux dans mes prédictions 2011 : non pas une bulle spéculative, mais plutôt une bulle des attentes vis-à-vis de ce que le social marketing peut apporter à une marque. Les médias sociaux sont en effet un formidable terrain d’expression et d’échange pour les marques souhaitant entrer en conversation avec leurs clients / prospects dans le but de développer des interactions sociales de proximité et d’améliorer l’offre. Le problème est que l’on voit encore beaucoup trop d’opérations et campagnes dont l’unique but semble être de générer du buzz (ou de faire croire qu’il y a eu un buzz) : Trop de buzz et pas assez de dialogues.

2011 va, selon moi, être l’année du « Et après ?« . De nombreuses marques ont créé leur page Facebook, ouvert des comptes Twitter et diffusé des vidéos virales. OK, et après ? Rassurez-vous, il y a un après, mais il n’existe pas de formule magique : la maturation de la présence d’une marque sur les médias sociaux passera par un douloureux processus menant à une remise en question, plus de transparence, l’acquisition d’une plus grande souplesse dans les processus et offres, l’amélioration de la qualité du service…

Dans le cas des médias sociaux, plusieurs facteurs sont à l’origine de la désillusion :

  • Un grand nombre de prestataires peu scrupuleux prêts à faire n’importe quelle promesse pour remporter des budgets ;
  • Des médias classiques (TV, radio, presse) très maladroits dans leur façon d’aborder les médias sociaux et de les présenter au public ;
  • Des annonceurs un peu désemparés (face à un phénomène à la croissance spectaculaire) qui doivent monter des actions « commando » sous la pression d’actionnaires ou de DG trop impatients de prendre leurs concurrents directs de vitesse.

Attendez-vous donc à définir des objectifs plus réalistes et à surtout mettre en place une feuille de route précise pour structurer votre présence sur les médias sociaux et vous y installer de façon durable. En résumé : moins de buzz et plus de conversations.

Entreprise 2.0, où sont les bénéfices tangibles à la collaboration ?

Les pratiques et outils associés à l’Entreprise 2.0 ont également été générateurs de moults promesses et attentes concernant la circulation de l’information, la productivité et la créativité des équipes. J’avais été parfaitement explicite dans mon article fondateur rédigé en 2007 (Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?) : il ne suffit pas d’installer les outils, toute dynamique de collaboration doit s’accompagner d’un changement de mentalités / habitudes de travail ainsi que des référentiels d’évaluation et leviers de stimulation des collaborateurs.

J’entends autour de moi beaucoup trop de projets de réseau social interne qui ne prennent pas, car les collaborateurs n’y trouvent pas leur intérêt. Et pour cause : la collaboration se fait au détriment de la performance individuelle. Tant que les collaborateurs seront évalués et rémunérés en fonction d’objectifs quantitatifs individuels, les projets de plateformes collaboratives ou de capitalisation sont voués à l’échec.

Là encore il n’y a pas de mystère : la conduite du changement est un facteur décisif dans la mise en place de pratiques collaboratives. Les outils sont une composante nécessaire, mais pas suffisante.

E-commerce, pas si simple de se démarquer

L’année 2010 aura été une année record pour le commerce en ligne : Bilan du E-commerce 2010. Mais ne vous laissez pas berner par ces chiffres, car la vie n’est pas rose pour les marchands en ligne. Leur quotidien est en effet une lutte incessante contre des marges toujours plus serrées et un coût d’acquisition de trafic toujours plus élevé. La réalité du terrain est la suivante : il est plus compliqué d’ouvrir une boutique en ligne qu’une boutique physique. Quels que soient les produits que vous vendez ou la niche que vous ciblez, la compétition est acharnée et les parts de marché sont très dures à acquérir et conserver. Il existe bien quelques succes stories sur des petits marchands qui ont vu leurs ventes exploser grâce aux médias sociaux et au bouche à oreille, mais ne rêvez pas : ça ne fonctionnera pas pour vous. Ou du moins, la construction d’une communauté avec une composante marchande se fera sur la durée et ne vous permettra pas d’atteindre rapidement un volume de ventes conséquent.

Vous pourriez également me citer le cas des local deals et du succès phénoménal de Groupon. OK et alors ? Il existe des dizaines de clones de Groupon qui dépensent des sommes colossales pour se partager ce petit marché. Non seulement Groupon est devenu un mastodonte, mais le géant Amazon est également rentré dans la danse avec le rachat de LivingSocial.

Moralité : Là encore il n’y a pas de mystère, il faut ramer pour exister. Et ce n’est pas parce que vous avez une page Facebook ou un beau carrousel en Flash sur votre page d’accueil que ça va être plus simple.

Smartphones, un marché encore restreint qui va souffrir de la fragmentation

Voilà plus de 10 ans que l’on nous parle de l’internet mobile. Après des débuts chaotiques au début des années 2000, le marché des services mobiles est enfin en voie de maturation. « En voie de maturation » veut dire que nous n’en sommes encore qu’au tout début. La réalité du marché est la suivante : sur les 55 millions de téléphones mobiles en circulation, seule une petite quantité est réellement capable de consommer des contenus et services en ligne. Les parts de marché des OS mobiles sont en effet très significatives : les possesseurs de smartphones ne représentent qu’une toute petite partie de la population.

Il y a certes eu près de 4 millions d’iPhone vendus en France, mais le renouvellement participe beaucoup à la surévaluation de ce créneau (on parle d’à peine 1,5 M d’utilisateurs actifs d’iPhone). De même, on nous parle beaucoup d’Android, mais les smartphones équipés de l’OS de Google ne sont pas tous égaux et ne sont donc pas à traiter comme un sous-ensemble homogène.

Vous avez lancé une application iPhone l’année dernière ? OK très bien, et après ? Toutes les grandes marques nationales sont déjà présentes sur iTunes, il va donc falloir trouver d’autres leviers de différentiation pour vous démarquer de la concurrence. Une application Android ? Oui pourquoi pas, mais pour quelle version d’Android ? La réalité du marché fait que le « marché » des possesseurs de smartphone est petit à petit en train de se fragmenter entre différents OS (Symbian, iOS, Android, Blackberry OS, Meego, WebOS, Bada…) et différentes versions d’OS.

Là encore, il n’y a pas de mystère : sous-traiter le développement d’une application iPhone à un prestataire spécialisé ne va pas vous aider à aborder sereinement le sujet de la mobilité. Vous devrez mener une réflexion plus profonde sur les véritables besoins des utilisateurs en situation de mobilité (une conversion de votre site web ou boutique en ligne n’est pas forcément pertinente) ainsi que sur la meilleure façon de toucher le plus de monde possible (les applications mobiles en HTLM5 sont une bonne piste).

Touchbooks, la presse en ligne n’est pas encore sauvée

Dans un registre similaire, le lancement en grande pompe de l’iPad en début d’année dernière a suscité les espérances les plus folles concernant la monétisation des contenus. Les touchbooks étaient alors considérés comme la solution ultime à la gratuité des sites web. Producteurs de contenus et éditeurs de presse se sont alors emballés (euphémisme) sur l’appétence du grand public vis-à-vis des applications payantes. Il existe bien des exemples intéressants comme l’application du magazine Wired (qui se vend à 25.000 exemplaires par mois en moyenne), mais il ne suffit pas de proposer une version numérique en téléchargement pour combler la baisse des ventes du papier.

Il y a moins de 500.000 iPad en circulation en France, et tous les possesseurs ne sont pas prêts à payer plusieurs abonnements par mois. Nous verrons bien ce que News Corp va réussir à faire avec le tout nouveau The Daily, mais il n’y a pas de mystère : les utilisateurs ne payeront que pour des contenus de qualité apportant une proposition de valeur différenciante (cf. Une seconde vie pour les contenus digitaux grâce à l’iPad ?).

HTML5 ne remplacera pas Flash (ni HTML)

Dernière nouveauté qui a également engendré beaucoup d’emballement : HTML5. Présenté à tort comme le pourfendeur des technologies propriétaires (avec Flash en ligne de mire), HTML5 est censé être la réponse à tout : vidéo HD, 3D en temps réel, performance des applications en ligne… Mais ce n’est pas parce que nous avons attendu 10 ans cette incrémentation (en passant de la version 4 à la version 5) que le HTML va spontanément régler tous les problèmes de compatibilité, accessibilité, distribution… J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce débat (Pourquoi HTML5 et Flash ne peuvent être comparés) et je réitère mes propos : l’adoption d’HTML5 comme standard de conception des pages et interfaces web va se faire sur de nombreuses années, années pendant lesquelles la technologie Flash va continuer de progresser.

Il y a également eu le buzz autour de la balise <video> d’HTML5 qui permet de lire nativement des vidéos HD sans passer par un player en Flash. La promesse est belle (se libérer de la dépendance à la chaine de production / distribution d’Adobe), mais la réalité est plus nuancée : Vidéo HTML5, la guerre des codecs est déclarée.

De même, le W3C a récemment dévoilé le logo officiel d’HTML5 (qu’il faut maintenant appeler HTML), signe que cette nouvelle itération de ce langage vient de passer un cap de maturation. La réalité est que c’est avant tout la technologie qui est maintenant mûre (les spécifications) mais pas forcément le marché. Une très grosse partie des utilisateurs utilise encore Internet Explorer qui ne reconnait pas le HTML5. Non seulement cette tranche des internautes est majoritaire, mais elle va mettre des années avant de s’équiper en navigateur de nouvelle génération (Firefox, Chrome ou IE9).

Le grand public se moque pas mal de ce débat d’expert, il a également beaucoup de réticences à changer ses habitudes (et se remettre ainsi en question). J’ai récemment entamé un vaste chantier de refonte graphique de l’ensemble de mes blogs. Cette refonte graphique s’accompagne d’un travail d’optimisation et de remise à niveau du code-source des pages (en HTML5 et CSS3, visible sur FredCavazza.net, MediasSociaux.fr et MarketingVirtuel.fr). J’ai ainsi reçu un grand nombre de messages me disant « votre site ne fonctionne pas« . Si, mes sites fonctionnent, c’est votre navigateur qui n’est pas à jour. Le problème est qu’il est beaucoup plus simple de critiquer le changement plutôt que de l’accepter (« pourquoi devrais-je changer de navigateur alors que le mien fonctionne bien ?« ).

Bref, tout ça pour vous dire que malgré tout le bien que je pense d’HTML5 et des technologies qui vont avec, le marché va mettre plusieurs années avant de se renouveler et de pouvoir en profiter. Donc pas de mystère : il va falloir encore composer avec HTML4 et Flash pendant de nombreuses années.

Pas de mystère, il faut bien travailler

En conclusion, je ne ferai que répéter ce qui est écrit plus haut : suite à l’émergence de nombreuses nouvelles pratiques et technologies, une bulle des attentes s’est formée autour des opportunités promises par des prestataires peu scrupuleux. Cette bulle va fatalement s’effondrer dans un futur proche (probablement cette année) et ramener le marché à la réalité. Au final ce n’est pas une si mauvaise chose, car cela va permettre de faire le ménage dans cette horde d’opportunistes qui entrainent les annonceurs sur des terrains glissants.

J’insiste cependant sur le fait qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Si nous allons devoir passer par une phase de débisounoursisation (l’abandon d’une vision « bisounours »), les opportunités offertes par les nouveautés / évolutions décrites plus haut sont bien réelles. Elles seront par contre plus complexes à saisir que ce que l’on veut bien admettre. Au travail !

Social Business Design = Web 2.0 + Médias sociaux + Entreprise 2.0

En ce moment c’est la saison des conférences et l’actualité est particulièrement riche cette semaine avec la 140 Characters Conference à New York et l’Enterprise 2.0 Conference à Boston. Médias sociaux et entreprise 2.0… deux domaines qui suscitent beaucoup de bruit et de créativité mais qui ne se mélangent pas. Une des raisons principale qui fait que ces deux domaines sont jusqu’à présent restés hermétiques est parce qu’ils répondent à des objectifs différents et surtout fonctionnent différemment (notamment dans la motivation et les dynamiques sociales sui régissent les interactions).

C’est dans ce contexte que le Social Business Design fait son apparition avec l’ambition d’unifier ces deux pratiques en une sorte de Théorie du Tout : From Social Media To Social Business Design.

SocialBusinessDesign

Le Social Business Design est présenté comme une philosophie qui vise à repenser le marketing d’une marque et la collaboration au sein de ses équipes en s’appuyant sur les médias sociaux. Dans ce modèle, tous les acteurs externes et internes sont connectés et capables de contribuer : Taking the leap: Social Business Design.

Pour arriver à ce mode de fonctionnement, les auteurs ont identifiés 4 composantes essentielles :

  • Ecosystem – Un écosystème au sein duquel l’entreprise évolue, sa cartographie permet d’identifier les acteurs-clés (clients, fournisseurs, partenaires, coopétiteurs…) et les interactions qui les relient ;
  • Hivemind – Une intelligence collective au service de la créativité, à la fois du côté des clients (qui pourraient être mobilisés au travers de plateformes de suggestions collaboratives) et du côté des collaborateurs (en mettant en commun leurs connaissances et savoir-faire pour les enrichir / compléter) ;
  • Metafilter – Des mécanismes de filtrage collaboratifs qui permettent de lutter contre l’infobésité (infos froides) et la sur-stimulation (infos chaudes) pour exploiter de façon plus efficace les données internes (des collaborateurs) et externes (des clients) ;
  • Dynamic Signal – Une écoute en temps réel du marché et de l’organisation (l’entreprise, ses filiales, partenaires…).

C’est en mettant en œuvre ces 4 composantes qu’une entreprise est à même de collecter les bonnes données et de détecter les bons signaux pour évoluer rapidement et s’adapter à un marché toujours plus volatile : Social Business Design and the Real Time Enterprise. L’auteur cite ainsi l’industrie musicale qui n’a pas su évoluer suffisamment vite et se retrouve maintenant dans une impasse.

Voici donc un modèle très intéressant car il fait le pont entre les dynamiques liées au web 2.0, aux médias sociaux et à l’entreprise 2.0 :

  • Le web 2.0 dans le sens « the web as a platform »  qui se décline en un écosystème interne (les collaborateurs, filiales…) et externe (les fournisseurs, partenaires…) ;
  • Les médias sociaux comme interface entre les clients / prospects et la marque ;
  • L’entreprise 2.0 comme moteur de la collaboration (fertilisation croisée, circulation dynamique de l’information…).

Bien évidement, tout ceci n’a de sens que si la direction de l’entreprise / marque adhère complètement à ces pratiques et développe les capacités de réaction nécessaires pour bien exploiter ces social insights en adaptant son marketing mix voir son modèle économique (« from conversation to transformation« ).

Ce principe de transformation active (un pendant de la « beta perpétuelle« ) est également abordée dans cet article qui parle de la maturation des bénéfices à l’appropriation des outils collaboratifs : The Social Software Value Matrix.

SocialSoftwareValueMatrix

Pour prolonger cette réflexion, je vous propose également cet article : Companies Should Organize For Social Media in a “Hub and Spoke” model. L’auteur y liste 3 modèles d’organisation interne pour prendre en compte et exploiter les médias sociaux :

  • Distribué, chaque service ou département possède sa cellule de veille et sa propre « stratégie » ;
  • Centralisé, un service est entièrement dédié aux médias sociaux et défini la posture de la marque (généralement cette tâche revient au département marketing) ;
  • Collégial, une équipe est constituée de représentants des différents départements / filiales pour mutualiser les ressources, bien faire circuler l’information et collecter les besoins.

SocialMediaOrganizations

Tout ceci est encore un peu conceptuel mais je suis très sensible à ce modèle de Social Business qui parvient à réunir deux mondes qui ne se cotoyaient pas (les marketeux d’un côté, les pro de l’organisation de l’autre). À suivre…

Google Wave = Email + IM + Wiki + Mashup

C’est donc la veille du WE de Pentecôte que Google a décidé de lancer sa nouvelle « bombe » : Google Wave. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce nouveau service est tellement novateur qu’en donner une définition fiable est un excercice de haute voltige : Went Walkabout. Brought back Google Wave.

Pour faire simple :

  • Google Wave est ou outil de collaboration qui se situe à mi-chemin entre l’email, la messagerie instantanée et le wiki ;
  • Une wave est à la fois une discussion et un document, elle peut être exportée et peut encapsuler un certain nombre de social widget (au format Open Social) ;
  • C’est une application en ligne, de même qu’une plateforme ouverte et extensible (chacun peut proposer son extension) mais également un protocole (que vous pouvez utiliser librement dans vos services / applications) dont le code source est publié (afin de bénéficier de  l’apport de la communauté).

Voilà pour une première description. Au niveau de l’interface, ça ressemble à un produit Google avec 3 colonnes (la navigation et les contacts, la boîte de réception et la fenêtre de visualisation) :

google_wave_ui

D’un point de vue « technique », il s’agit d’une application en ligne puisque Wave est accessible au travers du navigateur mais qui nécessite tout de même le recours à l’extension Gears pour supporter la fonction de drag & drop (qui n’est pas encore standardisée dans les spécifications de HTML 5).

Google Wave = Email 2.0 ou Wiki 2.0 ?

La première chose qui vient à l’esprit lorsque l’on découvre l’interface est de se dire que Wave est un système de messagerie amélioré. Par messagerie, j’entends les systèmes modernes comme Gmail qui agrègent les emails en discussions et permettent d’encapsuler divers éléments (photos, vidéos, cartes…). Et effectivement, la boîte de réception présente de forte similitude :

wave_inbox

Mais la comparaison s’arrête là car une Wave est une discussion active que l’on peut faire évoluer librement (il existe un historique avec la fonction Playback). Sur la capture d’écran suivante vous pouvez d’ailleurs voir les réponses qui sont directement insérées dans le texte ainsi que étiquettes de couleur pour indiquer l’auteur et la nature des modifications :

wave_edit

Mais Wave peut faire plus avec notamment la communication en temps réelle façon messagerie instantanée : vous voyez ainsi les contributions s’afficher au fur et à mesure, les fichiers joints apparaîtrent les uns après les autres… c’est très pratique pour accélérer les discussions et préparer les réponses lorsqu’une phrase est en cours de rédaction. Nous avons donc un bon candidat pour venir remplacer l’email (Google Wave: What Might Email Look Like If It Were Invented Today?).

Outre les discussions, Wave permet aussi de travailler sur des documents plus longs et structurés où chacun peut apporter ses corrections, compléments et commentaires. Ces derniers sont insérés au plein coeur du texte mais vous avez la possibilité de ne pas les afficher pour imprimer le document ou de n’afficher que les commentaires pour archiver une discussion. Là encore la communication en temps réel est très utile car elle autorise l’édition simultanée. De ce point de vue, Wave est donc à la fois plus simple et plus puissant qu’un wiki, une prouesse !

Et pour rajouter à la confusion, une Wave peut également être publiée dans un billet de blog (ou n’importe quelle page HTML) où les visiteurs pourront la consulter mais également la modifier. Ils poussent même le vice en intégrant Wave au réseau social « maison » : Orkut.

Gadgets et robots pour améliorer la flexibilité

Le coeur de Wave est donc ce système de communication. Mais pour assurer une capacité d’évolution maximale à ce produit, les équipes ont opté pour un système d’extensions qui repose sur les robots (pour automatiser des tâches comme la découverte automatique de liens ou pour synchroniser Wave et Twitter – ex. Twave) et sur les gadgets (pour encapsuler des éléments « riches » comme une carte ou un sondage) :

wave_map_yes_no_maybe

La communauté des développeurs va donc être au centre de ce projet car c’est sur elle que va reposer à la fois l’écosystème des extensions mais également des logiciels compatibles et des versions mobiles (il existe pour l’instant des prototypes de Wave sur Android et iPhone). Dans la ligne de mire de Google, le formidable écosystème développé autour de Twitter, le service de référence quand il est question de système ouvert.

Pour un aperçu complet des fonctionnalités, je vous recommande cette vidéo, un peu longue mais ça vaut le coup de regarder jusqu’au bout des 1 H 20 :

Google Wave = Lotus Notes 2.0 ?

Tout comme Lotus Notes avait révolutionné la collaboration en entreprise il y a 15 ans, l’ambition de Wave est énorme : faire évoluer durablement les habitudes de travail à l’aide d’un outil issu de la génération « social media« . Hé oui, car c’est bien de cela dont il est question : ne pas reproduire mais proposer un mode de collaboration en net rupture avec les outils traditionnels (Google Wave To Bring Web 2.0 Lifestyle to Work).

De ce point de vue là, Wave propose une alternative très puissante aux logiciels de messagerie qui n’en finissent pas de se ringardiser ou aux mastodontes comme Oracle ou SAP qui engendrent des coûts exorbitants d’intégration. C’est donc la grande souplesse d’utilisation et l’évolutivité de Wave qui peut faire peur, de même que son intégration à des suites applicatives à la sauce SaaS (The enterprise implications of Google Wave).

enterprise_waves

C’est à mon sens là toute la force de Google Wave : il ne remplace pas les systèmes de communication / collaboration existants, il les complète (dans un premier temps). La nature ouverte et extensible de Wave en fait donc un atout redoutable pour assurer une transition en douceur depuis les outils d’ancienne génération (email, bureautique…) vers les outils de l’entreprise 2.0.

Wave peut-il réussir là où bien d’autres ont échoué ? Peut-être car la vision de Google est bien plus novatrice que celle d’autres éditeurs et parce qu’ils comptent bien sur la communauté pour multiplier les domaines d’application possibles de Wave. Mais ceci ne se fera pas en quelques mois, attendez-vous à une longue phase de maturation pour ce produit qui vient à peine de naître.

Dans tous les cas de figure, la prochaine étape logique est l’intégration de Wave dans la suite Google Apps. La grande question est de savoir quelle sera l’étape suivante…

Rencontre avec l’équipe de LinkedIn

J’ai eu la chance hier soir de dîner avec l’équipe de LinkedIn (en compagnie d’autres blogueurs). L’occasion pour moi de mieux connaître ce service et surtout d’avoir le point de vue du staff : Reid Hoffman (fondateur et chairman), Kevin Eyres (DG Europe), Jean-Luc Vaillant (CTO).

Jacques Froissant en pleine discussion avec Reid Hoffman (à droite)

Première grande nouvelle concernant LinkedIn, la disponibilité de la version française : LinkedIn en Français is now a fait accompli!. Le français vient donc s’ajouter aux 40 autres langues de la plateforme qui compte maintenant plus de 31 millions de membres dont la moitié en dehors des États-Unis. Vous noterez que l’application iPhone a elle aussi été traduite. Autre nouveauté, mais qui est liée à la première, la possibilité de créer plusieurs profils (un par langue). Ils comptent beaucoup sur un partenariat avec l’APEC pour booster l’audience française (600.000 membres) et doper le taux de croissance qui est déjà très important (1,5 millions de nouveaux membres par mois).

Voici un petit résumé des différents points discutés avec Reid :

  • Les pratiques de réseautage professionnel et de réseautage social sont très différentes, ils ne craignent donc pas la concurrence d’autres réseaux beaucoup plus gors comme Facebook ou la concurrence de profils universels comme Wikia People ou les Google Profiles ;
  • Ils n’envisagent pas d’exploiter les CV vidéo pour le moment car les usages ne concernent pas que la recherche d’emploi (il y a aussi le Networking, les Company profiles et Answers) ;
  • Un principe de social score lui parait très réducteur par rapport aux membres (tout dépend de ce que vous attendez de lui) ;
  • Il existe des groupes privatifs qui rassemblent les collaborateurs d’une même société (l’email servant de filtre), ils envisagent à terme de pouvoir déployer des services à l’intérieur du domaine de confiance du S.I. de l’entreprise ;
  • La plateforme (compatible avec Open Social) sert de pont avec les autres réseaux / services.

Un autre résumé de ma discussion avec Jean-Luc :

  • Le choix d’Open Social s’est plus fait sur la taille potentiel de la base d’utilisateurs que sur des critères techniques (la platform de Facebook étant pour le moment plus performante) ;
  • Les spécifications 1.0 d’Open Social (qui vont sortir très prochainement) vont visiblement grandement améliorer le fonctionnement des applications (plus de stabilité, le support de REST et une version server-side) ;
  • Ils viennent juste de refondre le socle technique des pages profils (une instance d’XML mais qui n’est pas pour autant compatible avec des langages structurés comme HR-ML).

Voilà, je vous invite aussi à lire le compte-rendu de la soirée de Jacques Froissant ainsi que cette interveiw du CEO : LinkedIn CEO touts growth of network.

Mes 9 prédictions pour 2009

Suite à un précédent billet qui faisait le point sur mes prédictions 2008, je me lance une nouvelle fois dans le périlleux exercice des prédictions.

1/ Montée en puissance des plateformes sociales BtoB

Ça a commencé avec la consécration de Yammer au Techcrunch50, ça se poursuit avec le lancement de Bluehouse par IBM, ça se confirme avec la nouvelle version de blueKiwi : le salarié est un animal social et il a besoin d’outils adaptés pour assouvir ses besoins (de sociabilisation). Au delà des outils qu’il est possible de mettre à disposition des collaborateurs (au sein d’une entreprise ou d’un groupe), c’est dans les liens sociaux inter-entreprises que le gros du potentiel réside. Un Facebook pour les entreprises ? Non, soyons sérieux, plutôt quelque chose à mi-chemin entre LinkedIn et AppExchange avec une bonne dose d’open source (ou du moins pas entre les mains d’un seul acteur) et une couche de micro-partage. Imaginez ainsi le potentiel que représenterait la rencontre entre médias sociaux et entreprise 2.0.

2/ Explosion des réseaux sociaux locaux

2008 aura été témoin de l’explosion de deux lames de fond : la domination des réseaux sociaux et le retour en force des services mobiles. Croisez les deux et vous obtenez des réseaux sociaux locaux comme DodgeBallBrightKiteLoopt Moximity et des services français comme DisMoiOù et Webcity. Plus de proximité, plus de facilité pour faire du ciblage comportemental (géographique ?), plus de points de contact avec les utilisateurs… les arguments sont nombreux pour s’intéresser de près à cette alternative aux réseaux traditionnels. Et les services connexes comme Peuplade ou Ma résidence en bénéficieraient grandement (ou inversement).

3/ Démocratisation des applications sociales

Vous connaissiez déjà Kidzui et Pikluk pour les enfants (cf. Les applications sociales à l’assaut des enfants et des parents) ? Vous utilisiez déjà Twhirl et AlertThingy ?  Alors vous passerez bientôt à SocialU car vous ne supportez pas l’idée de ne pouvoir maîtriser votre social stream, le flux de vos activités sociales. Et oui, parce que ça commence à faire beaucoup de services à alimenter / surveiller. Bref, autant le dire franchement : la fenêtre de votre navigateur est trop petite pour pouvoir gérer cette multitudes de réseaux sociaux, systèmes de publication / partage… Il vous faut quelque chose de plus robuste, quelque chose de plus sécurisé, quelque chose de plus… industriel. Et c’est là où les applications sociales entrent en scène et vont venir s’incruster durablement sur votre desktop.

4/ Retour en force des experts

Avec la montée en puissance du social shopping (des recommandations par millions) et la croissance soutenue du e-commerce (des boutiques en ligne par milliers), l’offre n’a jamais été aussi riche… et le choix aussi complexe. Ceci s’en ressent surtout dans les produits technologiques où faire un achat réfléchi requiert un investissement à temps plein (identification des offres, études des alternatives, comparaison, pondération…). Heureusement les experts sont là : blogueurs plus vraiment amateurs, vendeurs passionnés ou acheteurs débordant d’empathie, les experts sont partout (si l’on se donne la peine de les chercher). Ici il n’est plus question du consensus des internautes anonymes mais plutôt de l’avis d’un individu socialement impliqué. Leurs conseils valent de l’or car ils ont une connaissance encyclopédique et l’expérience du terrain (en fouinant dans les magasins ou en s’appuyant sur un réseau d’informateurs). Jetez donc un œil à un blog de niche comme Blogeee pour vous rendre compte du niveau.

Les experts seraient-ils l’incarnation de l’influenceur ? Probablement, car ici ce n’est pas l’audience qui compte mais l’implication (le nombre d’heures passées à compiler des news, des données brutes et à débattre dans les forums). Bref, les marques ont bien compris leur intérêt et elles les chouchoutent même dans des séances de speed testing. Mais entendons-nous bien : il s’agit là d’experts qui avancent à visage découverts et entendent vivre pleinement de leur passion. Ne vous offusquez donc pas de voir de la publicité ou des liens sponsorisés, c’est le revers de la médaille. Mais qui s’en plaindra si le conseil est bon ? Certainement pas moi (ni vous) car un achat réalisé en toute sérénité ça n’a pas de prix (sans mauvais jeux de mots).

5/ Invasion des casual games

Plus aucun doute : après la musique, les vidéos et les widgets, les casual games sont le prochain levier d’audience. Des géants du web comme Amazon (qui investi dans Kongregate et Reflexive) ou Google (qui vient de lancer son offre d’In-Game Advertising) en passant par des régies comme Hi Media (GameOnly) ou des acteurs plus traditionnels comme Ubisoft (MissDécouverte) ou Sega (PlaySega), les casual games sont au centre de nombreuses attentions. Pourquoi le jeu ? Parce que tout le monde aime jouer, parce que ça sociabilise et parce que c’est facilement monétisable. Surveillez de très près également les social games qui envahissent les réseaux sociaux et même les mobiles (cf. Zynga Launches the Ultimate Time Waster: Live Poker for the iPhone).

6/ Multiplication des MMOs franchisés

Si les casual games sont là pour divertir les foules, les MMOs (jeux en ligne massivement multi-joueurs) sont là pour combler les exigences des hardcore gamers. Ça a commencé il y a presque 10 ans avec Ultima Online, ça c’est confirmé avec Wolrd of Warcraft, l’avenir du jeu vidéo est en ligne. Fort de ce constat de nombreuses licences prestigieuses sont en train de rattraper leur retard et de débarquer en force sur le créneau : Warhammer, Conan, Lord of the Rings, Star Wars, Star Trek, Stargate, DC Universe… tous seront au rendez-vous en 2009, et peut-être même Harry Potter. Il ne reste plus à ces éditeurs qu’à mieux comprendre le potentiel du free-to-play et l’explosion sera encore plus puissante.

7/ Montée en puissance des objets trans-réels

Pour le moment seuls les industriels du jouet se sont lancés dans une exploitation à grande échelle des objets trans-réels (objets physiques qui possèdent également un double virtuel à l’image des Funkeys). Lancée par Webkinz, la mode des univers virtuels faisant usage d’objets trans-réels semble être contagieuse car des géants comme Mattel (avec Barbie Girls), Hasbro (avec Littlest Pet Shop) ou Disney (avec Pixie Hollow et bientôt World of Cars) semblent vouloir s’imposer en force. Si ça fonctionne pour les jouets, pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas pour les objets de la vie courante comme les fringues (vos t-shirt personnalisés avec un mobile tag) ?

8/ Émergence d’applications mobiles 2.0

J’ai déjà abordé le cas des réseaux sociaux locaux, mais les applications mobiles sociales de seconde génération (post SMS et version mobile des réseaux sociaux issus du web) sont déjà là : micro-messenging géolocalisé comme les très ambitieux Friend View de Nokia ou oneConnect de Yahoo!, MMTRG comme Wifi Army ou Parallel Kingdom (qui vient de lancer sa version iPhone), P2P-Leveraged Mobile Live Streaming… les domaines d’application du mobile 2.0 sont nombreux, d’autant plus que les smartphones représentent maintenant près de 20% du marché.

9/ Retour sur le devant de la scène de Microsoft

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Microsoft ne parvient pas à passionner la blogsophère comme savent le faire Google ou Facebook. Il faut dire que sa posture de suiveur réactif l’a poussé à sortir des services sans grande valeur ajoutée comme Live Search Maps ou Expo Live. Oui mais voilà, Microsoft carbure au diesel : long à démarrer mais terriblement endurant. Les équipes de Redmond ont mis du temps à sauter dans le train des médias sociaux mais elles rattrapent petit à petit leur retard avec des services comme Live Home ou Live Photos. Mieux, elles arrivent à surprendre avec des initiatives particulièrement inspirées comme Photosynth ou WorldWide Telescope.

Pour de nombreuses personnes, Microsoft est un géant endormi. Rien que l’évocation du nom « Microsoft » fait ressurgir de douloureux souvenirs liés aux nombreuses frustrations engendrées par 20 années de suprématie de Windows et Office. Mais pour d’autres, Microsoft c’est aussi la Xbox et sa nouvelle « Experience« , Guitar Hero, les nuits passées sur Xbox Live, le Zune (qui n’a jamais traversé l’atlantique)… Microsoft c’est également des projets très ambitieux comme le tout nouveau Microsoft Store, Windows Azure ou Live Mesh. Microsoft c’est enfin des innovations technologiques tout à fait convaincantes comme Surface, Sphere ou encore TouchWall.

Bref, le nouveau Microsoft est bientôt là, il ne se contentera plus d’être un fast follower et il a toujours 50 milliards de $ en caisse. Rendez-vous compte : 50 milliards de $ c’est assez pour racheter Yahoo!, Facebook ET General Motors (cherchez l’intrus) !

 

Voilà, ça fait 9 prédictions pour l’année 2009. N’hésitez pas à rajouter les vôtres dans les commentaires.

En tout cas 2009 sera une année passionnante, j’en suis certain. J’espère que vous partagerez avec moi cet enthousiasme et que j’aurai la motivation pour continuer à bloguer toutes ces transformations qui sont en cours.

Microsoft se lance dans le cloud computing avec Azure

La nouvelle est tombée hier : Microsoft poursuit sa transformation et vient de lancer son offre de cloud computing : Azure Services Platform. Pour faire simple, Azure est une plateforme de service qui permet d’héberger des applications (ou des briques applicatives) afin de les rendre disponibles en interne pour les besoins de votre entreprise ou en externe pour vos partenaires / sous-traitants / clients… Tous les détails ici : Microsoft Unveils Windows Azure at Professional Developers Conference.

azure

 

Pour faire simple, cette offre vous permet de remplacer votre infrastructure technique (matériel et logiciels) pour pouvoir développer et faire tourner vos applications sans avoir à vous soucier de l’achat de serveurs, licences ou de la maintenance. Pour rester fidèle à leur vision de Software + Service, cette plateforme est bien évidement hautement compatible avec un ensemble d’applications maison comme ses suites logiciels de développement ou de collaboration :

azure-scheme

 

Nous somme donc en présence d’une très complète offre de cloud OS… ou de Platform as a Service… ou peut-être même de Platform and a Service je ne sais plus trop (lire à ce sujet Cloud Computing & SaaS, Software as a Service : différences, complémentarités). Pour une description détaillée et commentée, ça se passe ici : Microsoft’s Azure cloud platform: A guide for the perplexed.

La réponse de Microsoft à Amazon et Google (et Long Jump, SourceForge, Adobe, Oracle, IBM, Sales Force, Zoho, Yahoo!…)

Microsoft vient donc de mettre sur la marché une offre en concurrence directe avec Amazon Web Services et Google App Engine. Mais sont-ils les seuls sur ce créneau ? Non pas tout à fait, car il faut aussi compter avec des offres plus intimistes de PaaS comme LongJump ou encore SourceForge (cf. LongJump Further Enhances Its PaaS Offering to Enterprise Customers et SourceForge Announces Hosted Applications). Notez également que Google vient tout juste d’ouvrir sa plateform Google Apps aux développeurs tiers : Google Launches Google Apps Labs, Third Party Developers Welcome.

Mais ce n’est pas tout, car d’autres acteurs traditionnels de l’informatique sont en embuscade, notamment Oracle (Oracle Moves into the Cloud with the Help of Amazon), Adobe (avec des offres comme Genesis) ou encore IBM (avec son tout nouveau BlueHouse).

Rajoutez à cela des nouveaux entrants très agressifs comme SalesForce (avec son AppExchange) ou Zoho (cf. Zoho Marketplace, after 3 weeks…).

Pour Yahoo! c’est différent car ils ont choisis une autre approche avec leur Yahoo! Open Strategy (quoi que… il y a aussi Zimbra : Zimbra Heads Into the Cloud).

Bref, il y a beaucoup de monde pour un marché très prometteur mais encore en voie de structuration (cf. Who owns the keys to the clouds?) qui souffre encore d’un déficit d’évangélisation (cf. Stallman on cloud computing: Run, it’s a trap!).

Et Windows dans tout ça ?

N’allez pas imaginer que ce cloud OS va remplacer votre système d’exploitation Windows, bien au contraire ! Ce Azure Services Platform est conçu pour s’imbriquer finement avec les autres projets en préparation de Microsoft : Windows 7 et Live Mesh. D’ailleurs Ray Ozzie (le Chief Architect) a présenté lors du PDC2008 la future version de sa suite bureautique incluant une version web (Office Web Application) et une version mobile.

C’est donc un schéma bien complexe que les équipes de Microsoft nous préparent (cf. Microsoft Azure Aims to Re-define the OS), une offre à la proposition de valeur très floue qui va demander des mois (des années) d’explications avant de convaincre les décideurs informatiques. La tâche est gigantesque, mais avec les efforts combinés de tous ces acteurs, on devrait bien y arriver un jour, non ?