Des applications éditoriales toujours plus sophistiquées sur tablettes

Lancées il y a près de deux ans sur le marché, les tablettes ont profondément impactées l’industrie des médias en offrant de nouvelles possibilités d’interaction avec les contenus éditoriaux. Des éditeurs comme Virgin ou Atomix travaillent ainsi d’arrache-pied pour redéfinir l’expérience de lecture d’un magazine digital.

Dans le monde de l’édition, une petite révolution est en cours avec l’émergence de nouvelles applications éditoriales comme Our Choice de Push Pop Press (depuis racheté par Facebook). Ne l’appelez pas « livre électronique » car ce n’en est pas un ! Cette application est effectivement présentée sous forme de livre (avec des chapitres), mais elle encapsule de nombreuses photos, vidéos, animations et graphiques. Nous sommes donc ici à la limite de ce que peut proposer un livre augmenté.

OurChoice

Idem avec Road Inc., une application dédiée aux amoureux de belles voitures qui propose du contenu, des photos, des vidéos et des interfaces de visualisation interactives (vues à 360°).

Road

Là encore, nous ne pouvons pas parler de livre augmenté car les modalités d’interaction et l’accès aux contenus n’ont plus grand-chose à voir avec un livre, comme le démontre cette vidéo

Aussi avec Inkling et son application de cuisine Pro Chef qui mélange recettes textuelles, photos, vidéos et encyclopédie d’ingrédients :

ProChef

Là encore, nous commençons à voir un mélange très intéressant de contenus textuels, multimédia et d’une base de données. Pour bien en comprendre la portée, je vous recommande les nombreuses vidéos publiées par l’éditeur :

Mais le projet le plus abouti est sans doute celui de Open Air Publishing avec Speaksy Cocktails qui mélange également contenus, photos, vidéos et base de données.

SpeakeasyCocktails

Un mariage parfaitement réussi entre contenus textuels, des photos interactives, des vidéos et bases de données d’ingrédients, d’ustensiles, des meilleurs bars et mixeurs…

Une application éditoriale très réussie, et visiblement appréciée par les lecteurs, car ils prolongent l’expérience avec Food52 en y rajoutant des diaporamas, des conseils et une dimension communautaire :

OpenAirPub

En visualisant la vidéo de démonstration suivante, vous allez, j’espère, pouvoir mesurer la puissance de ce mélange de contenus textuels, de contenus multimédias, de contenus structurés (recettes), de données…

Inutile de vous dire que je suis plus qu’enthousiaste à propos de ces applications éditoriales qui ouvrent d’innombrables opportunités pour les éditeurs de magazines (et leurs suppléments thématiques / saisonniers), les éditeurs spécialisés dans le sport (imaginez avoir accès à l’historique des matches et statistiques de joueurs), le monde de l’éducation et même le monde professionnel (documentation technique). Je pense ne pas me tromper en disant que tout ceci dépasse largement le cadre de la cuisine ou des cocktails.

Plusieurs études d’oculométrie sur les réseaux sociaux

Les médias sociaux ont beau accaparer l’audience de l’internet, il n’existe que peu d’études sur l’ergonomie des interfaces de ces plateformes. Il faut dire que les interfaces changent souvent (Thoughts on the New Facebook Timeline Design), et que de toute façon, les utilisateurs sont avant motivés par la possibilité de développer des interactions sociales avec leurs amis.

Un récent article publié sur Mashable nous donne néanmoins des informations intéressantes sur la façon dont les internautes décryptent les interfaces des principaux médias sociaux : Here’s How People Look at Your Facebook Profile, Literally. L’étude est intéressante car exhaustive, mais elle vient surtout corroborer les observations d’oculométrie précédemment observées, notamment en 2009 par OneUpWeb (Une étude de Eye Tracking pour Facebook, Twitter et Youtube) : l’attention est concentrée sur le haut de page et le regard suit la mise en page en deux colonnes.

Résultat d'oculométrie de l'interface de Facebook en 2009

Cette étude de eye-tracking avait été complétée en 2010 par le Catalyst Group avec un examen plus approfondi de la page de liste de contacts : Eye Tracking: Facebook and LinkedIn Usability.

Plus intéressant, le EyeTrackShop avait publié en milieu d’année les résultats d’une étude portant sur Facebook et Google+ : Eye-Tracking Study Shows Users Perceive Google+ and Facebook Virtually Identically. Cette étude démontrait que l’oeil suivait le même parcours critique sur les deux interfaces.

Résultats d'oculométrie sur Facebook et Google+

Ces résultats ne sont pas très surprenants dans la mesure où les deux interfaces sont très proches.

Nous en revenons donc à l’article que je mentionnais en haut de page et la comparaison des zones de fixation entre les différents médias sociaux. Premier constat : le parcours de l’oeil est avant tout guidé par les photos. Ceci est particulièrement flagrant avec Facebook, Twitter, Google+ et surtout YouTube :

Points de fixation de l'interface de Facebook en 2011
Points de fixation de l'interface de Google+
Points de fixation de l'interface de Twitter
Points de fixation de l'interface de YouTube

Autres enseignements : les photos des amis sont particulièrement appréciées, de même que les titres des contenus en haut de page. Rien de très surprenant, ceci est conforme à ce que l’on peut constater sur d’autres sites.

Il y a donc une uniformisation dans la façon dont les internautes décryptent les interfaces des réseaux sociaux, sauf pour LinkedIn où le comportement de l’oeil est très différent :

Points de fixation pour l'interface de LinkedIn

Certes, l’interface ne propose pas la même mise en page ni le même nombre de photos, mais l’on constate que le regard est avant tout attiré par l’intitulé du poste et les expériences (du moins la première).

Tout ceci est donc très intéressant, car il n’existait que peu de publications dans ce domaine. Par contre, quel dommage que nous ne disposions pas de plus de données sur la future Timeline de Facebook, sur le nouveau YouTube ou sur la façon dont les utilisateurs lisent les tweets sur l’écran d’un smartphone… Si vous avez des infos, je suis preneur.

Les domaines d’application de la 3D pour le web

J’étais la semaine dernière invité au salon Entreprissimo de Dijon pour participer à une table ronde sur la 3D. L’occasion de revenir sur les progrès considérables faits en matière de 3D dans la navigateur (2011 sera-t-elle l’année de la 3D grâce à Chrome et Firefox (et Flash) ? et Flash Player 11 inaugure une nouvelle ère pour le web 3D).

Il faut dire que les débuts laborieux de la 3D sur le web sont loin derrière et qu’entre WebGL et Flash 3D, les choses sont maintenant bien plus simples. La 3D est devenu plus accessible et surtout beaucoup moins complexe à mettre en oeuvre. Une aubaine car il existe de nombreux usages :

Loin des promesses surréalistes de l’époque Second Life (l’avenir du web est à la 3D), les technologies sont maintenant beaucoup plus mûres et les usages vont se développer. Mais j’aurais largement l’occasion d’en reparler…

Les géants de l’internet s’affrontent pour imposer leur commerce OS

Celles et ceux qui suivent de près l’actualité du commerce en ligne n’ont pas pu ignorer les récentes annonces des géants de l’internet : rachats, nouveaux produits, améliorations… En à peine deux ans, le paysage de l’internet, et plus particulièrement du commerce en ligne, a radicalement changé. L’enjeu de ces manoeuvres pour les géants de l’internet est de s’imposer comme l’acteur leader en matière de commerce en ligne, ou plutôt en matière de solutions et services en rapport avec le commerce en ligne. Avec cet article, je vous propose de faire le point sur les acteurs à la lutte.

Amazon, Ebay, Adobe et Google à la lutte, IBM et Microsoft à la traîne

Même si l’écosystème du commerce en ligne est composé d’une infinité d’acteurs, je me contenterais de faire un récapitulatif de la situation pour les quatre principaux. Si ces listes ne sont pas exhaustives, merci de me le signaler dans les commentaires.

Commençons avec Amazon, le leader historique du commerce en ligne qui propose les services suivants :

  • Des APIs pour pouvoir exploiter se base de données de produits ;
  • Une série de boutiques thématiques sur les produits de puériculture (Diapers), de soin (Soap), les chaussures (Javari),  les jouets (Yoyo), les produits pour animaux (Wag)…

    Le site de produits d'hygiène d'Amazon
  • Une marketplace pour les « petits » vendeurs et commerçants qui ne veulent pas ouvrir leur propre boutique en ligne, de même que l’offre logistique qui va avec ;
  • Amazon Checkout, une solution de paiement déportée pour les marchants, mais aussi pour les clients (Amazon Payments) ;

    La solution de paiement d'Amazon
  • EC2, une offre de cloud computing très robuste pour acheter de la ressource informatique à prix très compétitif ;
  • La gamme Kindle de e-readers et tablette pour distribuer (commercialiser) des contenus numériques.

Poursuivons avec Ebay, autre acteur historique qui propose lui aussi une large offre de services au travers de sa plateforme x.commerce :

  • Une gigantesque marketplace ouverte aux particuliers et aux pros (ainsi que des APIs pour l’exploiter), des portails comme Shopping et des sites verticaux comme Automobile.fr ou Half ;

    Le portail de vente d'automobiles d'occasion de Ebay
  • Paypal, la solution de paiement ainsi que son offre Paypal Express Checkout pour les e-commerçants ;
  • GSI et Magento, deux fournisseurs de solutions de création de boutique en ligne et de délégation ;

    La solution de commerce en ligne Magento
  • Hunch, un moteur de recommandations reposant sur le principe de graphe d’intérêt, de même que d’autres startups rachetées ces derniers mois comme RedLaser (application mobile pour scanner les codes barre) ou Milo et Where (shopping local).

    Le moteur de recommandations Hunch

Changeons d’univers avec Adobe qui propose également un certain nombre de choses :

  • Scene7, des briques technologiques pour valoriser et personnaliser vos produits ;
  • Omniture, un fournisseur de nombreuses solutions allant de l’analyse d’audience au ciblage comportemental ;

    L'offre Omniture d'Adobe
  • Business Catalyst, la solution de création et d’hébergement de boutiques en ligne.

    La solution de commerce en ligne Business Catalyst

Terminons avec Google et ses très nombreux services :

Face à cette pléthore de services, des éditeurs comme IBM, Microsoft, Vignette ou ATG font pâle figure (euphémisme). Certes, il existe toujours une infinité d’acteurs encore indépendants (dont Prestashop, notre fierté nationale), mais la comparaison est tout de même difficilement soutenable face à quatre acteurs leaders cités plus haut.

Un enjeu d’intégration

Les e-commerçants ont à leur disposition un ensemble de services et de briques fonctionnelles / techniques pour faire tourner leur boutique et gérer le quotidien. Je pense ne pas me tromper en disant que l’important n’est pas de choisir les briques les plus performantes, mais de disposer d’une plateforme cohérente qui puisse faciliter le quotidien des e-commerçants plutôt que leur compliquer.

Mon raisonnement repose sur le postulat suivant : mettre en place et exploiter une boutique en ligne implique la prise en charge d’un grand nombre de tâches de base (sourcing, gestion de la gamme, animation commerciale, logistique, relation client…). Plus vous passer du temps sur les interfaces de gestion des briques technologiques, et moins il vous en reste pour assurer ces fameuses tâches de base. D’où l’intérêt d’opter pour des solutions intégrées qui proposent une interface unique, ou du moins qui limite le nombre d’interfaces. Il existe des offres d’hébergement de boutique en ligne comme Oxalis, 42Stores… qui vous promettent l’interface unique, mais pour moi l’intégration la plus poussée était atteinte avec l’offre de GoodBarry (qui a depuis été fondue dans Business Catalyst).

L’enjeu pour les géants de l’internet va donc être d’intégrer le plus grand nombre de briques et services possibles sur leur plateforme pour « verrouiller » les e-commerçants et de leur proposer un maximum de prestations payantes. Je ne me risquerais pas à commenter la pertinence de telle ou telle offre, je constate simplement que les pièces sont en train d’être mises en place sur les échiquiers de chacun pour imposer sa plateforme comme le commerce OS de référence.

Le marché est déjà ultracompétitif sur le web, nul doute que les places les plus intéressantes sont à prendre sur les canaux alternatifs (médias sociaux, mobiles…). Et à ce petit jeu là, l’acteur le mieux placé est… heu… c’est qui déjà ?

Pourquoi la rivalité entre HTML5 et Flash ne rime à rien

Si vous suivez ce blog régulièrement, alors vous devez nécessairement vous intéresser à minima aux technologies qui propulsent le rich commerce (oui, c’est bien de Flash dont je parle). Je n’ai volontairement jamais abordé la question du choix des technologies sur ce blog car j’estime qu’elle n’est pas pertinente. D’une part, car je le fais sur un autre blog (Pourquoi HTML5 et Flash ne peuvent être comparés et Flash et HTML5 ne sont pas concurrents) et parce que la technologie importe peu, ce qui compte, c’est l’expérience que vous allez faire vivre à vos clients et prospects. Bref, je sors de mon silence car ces derniers mois nous assistons à une authentique mise à mort médiatique de Flash. Je ne sais pas trop d’où cette tendance (manie ? perversion ?) est partie, toujours est-il qu’elle génère une sacrée polémique dont le point d’orgue est l’annonce récente de la réorientation stratégique d’Adobe vers HTLM5 et AIR plutôt que Flash sur les smartphones (Compte-rendu de la conférence Back From MAX 2011).

Si vous suivez un minimum l’actualité du web, vous avez sûrement du voir passer d’innombrables articles annonçant la mort de Flash et la suprématie de HTML5. Inutile de vous dire que je n’approuve absolument pas ces articles racoleurs qui ne sont que le reflet du manque évident de réalisme des personnes qui les ont rédigés. Dans le souhait de vous épargner une laborieuse explication technique, je me contenterais de répéter ce que j’ai déjà publié ailleurs : personne ne vous oblige à choisir entre Flash et HTML5, et certainement pas les utilisateurs, car ces deux technologies sont complémentaires. Vous pourriez me ressortir le sempiternel argument des terminaux mobiles comme l’iPhone ou l’iPad qui ne lisent pas le Flash et je vous répondrais qu’il faut être très naïf optimiste pour penser que vous arriverez à séduire vos cibles sur différents supports avec un seul site web. En ce sens, je rejoins tout à fait la position du collectif OccupyHTML : « Nous voulons avoir la liberté de choisir la technologie qui apportera la meilleure expérience aux internautes« . Pour illustrer mon propos, je vous propose de découvrir deux exemples récents exploitants Flash et HTML5.

Commençons tout d’abord avec Nissan qui vient de lancer un mini-site pour sa Juke (Nissan Juke 3D) proposant un visualisateur en 3D temps réel tournant sur la dernière version de Flash :

NissanJUKE-3D

Comme vous pouvez le constater, le rendu 3D est tout simplement stupéfiant (il doit bien y avoir 200.000 polygones à l’écran), incomparable avec ce que l’on avait l’habitude de voir il y a quelques années (cf. Le B-A-BA de la 3D dans Flash). Certes, l’animation est longue à charger, mais le rendu photo-réaliste vaut largement l’attente.

Est-ce qu’il serait possible de réaliser ce genre de chose avec HTLM5 ? Oui, mais en utilisant WebGL, un standard supporté par une minorité de navigateurs (les dernières versions de Chrome et Safari). Est-ce qu’il serait possible de réaliser une application équivalente sur iPad ? Oui en compilant la scène 3D dans une application distribuée via l’App Store comme il en existe déjà (Le rich commerce à l’assaut de l’iPad). Est-ce que le transformation serait plus élevé avec une application HTML5 plutôt que Flash ? Non, bien sûr que non, ça n’a rien à voir.

Deuxième exemple avec Honda qui propose un mini-site très rigolo (The Experiment) mettant en scène différents objets de notre quotidien qu’il est possible de combiner pour provoquer des réactions en chaine :

Nissan_Experience

Est-ce qu’il serait possible de réaliser ce genre de chose avec Flash ? Oui, mais puisque ça fonctionne bien en HTML5, autant le faire comme ça. Est-ce qu’il est possible de réaliser une application équivalente sur iPad ? J’en doute, car ce mini-site se manipule à la souris, il faudrait revoir l’interface pour l’adapter à un écran tactile. Est-ce que le transformation serait plus élevé avec une application Flash plutôt que HTML5 ? Non, bien sûr que non, ça n’a rien à voir.

Au final, comme vous pouvez le constater, Flash et HTML5 sont des technologies offrant des possibilités différentes et induisant des contraintes différentes. Les deux se complètent très bien et ne vous forcent en aucun cas à choisir, car la solution universelle n’existe pas. Ceux qui prétendent le contraire ne se sont pas réellement penchés sur la question. Je referme donc cette parenthèse technique pour me concentrer à nouveau sur les usages et les expériences.