Connaissez-vous la nouvelle coqueluche de la Silicon Valley ? Ello est un nouveau réseau social qui se veut être une alternative à Facebook : Meet Ello, The Mysterious Invite-Only Social Network With Zero Ads That Everyone Is Obsessing About. Uniquement accessible par invitation, Ello se définit comme un réseau social « militant » qui prône le respect de la confidentialité des utilisateurs et l’absence de publicité (Ello: The Complete Guide to the Ad Free Social Network). La curiosité m’a poussé à m’inscrire, mais je dois bien avouer ne pas être convaincu par ce « Facebook-killer », qui remporte pourtant un vif succès auprès des hipsters et autres néo-artistes (Why People Are Leaving Facebook For Ello). On commerce même à voir des services se greffer sur Ello, comme Searchello.

Si l’initiative est louable, on se demande si elle saura se confronter à la dure réalité du marché. Pour mémoire, je rappelle qu »il y a déjà eu des initiatives de ce type pour proposer des alternatives aux grandes plateformes sociales, à l’image de Diaspora, Identi.ca ou Trsst (This Open Source Twitter Replacement Is Absolutely Brilliant), des projets qui semblent maintenant à l’abandon. Le problème est que la création et l’exploitation d’une plateforme sociale à grande échelle nécessite des moyens conséquents (Facebook Killer Ello Doesn’t Care About Money—So It Won’t Work). De plus, outre le problème des frais de fonctionnement, Ello ne propose pas encore d’application mobile, un bel anachronisme au vu de l’évolution du marché (Des enjeux toujours plus élevés autour des applications mobiles sociales).
Le problème n’est pas tant que monter un réseau social, car il existe des solutions open source de qualité, mais de l’exploiter à grande échelle. Partant du principe qu’il faut bien payer les développeurs et les machines, la monétisation est une étape obligatoire dans le développement de ce type de plateforme. La publicité est la solution la plus pragmatique, car il est simple d’intégrer des bannières et car les revenus sont calqués sur le nombre de visiteurs. Le souci est que les publicités en ligne deviennent rapidement intrusives et que les éditeurs de contenus usent et abusent de techniques douteuses pour stimuler les visites et augmenter artificiellement le nombre de pages vues. Le Journal The Atlantic a publié récemment un article très intéressant comparant la publicité en ligne (et les modèles économiques qui reposent dessus) au principal péché du web : The Internet’s Original Sin.
La publicité est en quelque sorte un mal nécessaire pour pouvoir proposer un service en ligne gratuit et fiable. Ceci étant dit, il existe des stratégies de contournement pour éviter d’y avoir recours ou limiter les désagréments :
- Restreindre l’offre à de la publicité non-intrusive comme c’est le cas sur Instagram (qui impose son système de publicité native) ;
- Afficher des publicités ailleurs, comme cela va bientôt être le cas pour Facebook qui cherche à monétiser son audience sur les sites des autres : Facebook Will Use Facebook Data to Sell Ads on Sites That Aren’t Facebook ;
- Un principe d’abonnement comme le propose WhatsApp.
Comme vous pouvez le constater, Facebook semble être à la fois le problème et la solution. Le problème, car ils ne cachent pas le fait que leur modèle économique repose sur l’exploitation des données personnelles dans un cadre de ciblage publicitaire ; la solution, car ils proposent leurs propres alternatives (Instagram et WhatsApp). Sous cet angle, on comprend mieux le montant de ces deux acquisitions, quoi que 19MM$ c’est quand même une sacré somme, surtout comparé au montant du rachat de Atlas (moins de 100M$).
Bref, tout ça pour dire qu’il n’existe pas de solution fiable, respectueuse et gratuite. Nous disposons d’outils de communication universels comme l’email ou le SMS, mais les solutions « modernes » se payent. D’ailleurs le fondateur de Ello commence à assouplir son discours et reconnait qu’il y a bien des offres payantes en préparation : Ello’s Founder Explains How The Invite-Only, Ad-Free Social Network Will Make Money.
Nous pouvons toujours fantasmer sur un éventuel mécène qui financerait une plateforme 100% gratuite et non-monétisée, mais le Jimmy Wales des médias sociaux n’existe pas encore. Autant Wikipedia s’est bâti sur une véritable mission (« to bring free educational content to the world« ), autant la situation est plus complexe pour les réseaux sociaux, car on peut se permettre de douter des âmes charitables (le projet Internet.org du patron de Facebook est de ce point de vue très discutable : Facebook’s Gateway Drug).
Moralité : tant que nous continuerons à partager des photos de LOLcat et des listicles à la BuzzFeed, il faudra payer (à travers des publicités ou de l’abonnement). Voyez-le comme une forme de punition pour nos moeurs dégradantes (Les applications mobiles vont-elles tuer les conversations ?).