Les grandes entreprises françaises en quête de crédibilité numérique à VivaTech

La semaine dernière se tenait la troisième édition de Viva Technology, LE grand salon du numérique et des startups. Très impressionnant pour celles et ceux qui n’ont pas participé aux éditions précédentes, ce salon est une authentique démonstration de force pour les acteurs du numérique, ou ceux qui veulent en profiter. Les grandes entreprises françaises sont d’ailleurs les gros sponsors de l’évènement, non pas par altruisme, mais pour faire étalage de leur transformation digitale. Si les années précédentes ressemblaient à une Foire de Paris de la startup, l’ambiance était différente cette année avec un début de maturité numérique palpable. 2018 sera-t-elle l’année charnière de la transition numérique pour les grands acteurs de l’économie traditionnelle française ? Peut-être, en tout cas le salon VivaTech peut se targuer de parfaitement illustrer l’inexorable progression du numérique dans notre quotidien.

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Le RDV du numérique où il faut voir et être vu

Avant, il y avait LeWeb. Maintenant, il y a VivaTech. Toute personne travaillant de près ou de loin dans le secteur du numérique se doit de visiter ce salon tant il éclipse les autres en matière de dimension et de rayonnement. Il n’y a que le Mobile World Congress de Barcelone ou le Web Summit de Lisbonne qui peuvent prétendre rivaliser avec Viva Technology. On peut reprocher beaucoup de choses aux organisateurs (la queue à l’entrée, l’absence de Wi-Fi ou de fontaines à eau, le manque de places assises ou de connexion 4G…), mais certainement pas leur capacité à mobiliser des personnalités :

  • le Président de la République, le ministre du numérique et son équivalent anglais ;
  • les CEO des acteurs majeurs du numérique Facebook, Alphabet (Google), Microsoft, IBM, Salesforce, Mozilla, SAP, HP, Palantir…) ;
  • les CEO de startups de renom (Uber, D-Wave, Slack, Stripe…) ;
  • les patrons de grandes entreprises françaises (L’Oréal, LVMH, Engie, Valeo, Accord Hotel, Sodexo, EDF, Thales, La Poste, Sanofi,  Publicis…).

Bref, un très impressionnant défilé de VIP, précédé d’un déjeuner officiel à l’Élysée (Ce qu’il faut retenir du sommet Tech for Good à l’Élysée). C’est donc une formidable énergie qui est déployée pour redorer l’image numérique de la France et essayer d’en faire une stratup nation (cf. le discours inaugural du président : Emmanuel Macron : « Nous devons créer un modèle européen qui réconcilie la Tech et le bien commun »).

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De ce point de vue, le salon est une réussite, c’est indiscutable, n’en déplaise aux grincheux de service.

Le mercato s’achève, cap sur la Coupe !

Viva Technology est donc une sorte de gigantesque célébration de la technologie. Certes, les réfrigérateurs connectés existaient déjà au siècle dernier, il est toujours bon de le rappeler, mais la troisième édition de vivaTech était une occasion en or pour constater les progrès réalisés et surtout l’accélération du rythme d’adoption des innovations par les acteurs traditionnels.

Ainsi, l’édition 2016 de VivaTech était l’année de la curiosité, où les startups étaient l’attraction : les grands groupes venaient pour les découvrir et les évaluer. L’édition 2017 était l’année de l’avidité, celle où les startups étaient des proies pour les grands groupes ou des trophées qu’ils exhibaient. Cette année, j’ai constaté un net changement, car 2018 est l’année de la maturité, où les startups ne sont plus que l’agrément pour des grands groupes qui les ont intégrées, assimilées. Sentiment partagé par mon collègue Mathieu : VivaTech 2018, témoin de la maturité de la relation entre grands groupes et startups.

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Tous les secteurs d’activité étaient ainsi représentés par un grand sponsor : SNCF pour le transport, PMU pour le divertissement et le sport, TF1 pour les médias, Sodexo pour la restauration, Sanofi pour la santé, Airbus pour l’industrie, Valeo pour l’automobile, Accor Hotels pour l’hôtellerie, La Poste pour les services, BNP pour la banque, Orange pour les telco, RATP pour la mobilité urbaine, LVMH pour le luxe, Engie pour l’énergie, Thales pour les technologies, Manpower pour les RH… Quasiment tous les domaines d’activité sont couverts par ces grands groupes et les startups qui y sont associées. C’était déjà le cas avec les éditions précédentes, mais ce coup-ci, les grands groupes étaient venus pour montrer au marché qu’ils ont dépassé le stade de l’exploration et de l’expérimentation, et partager leur retour d’expérience sur des usages innovants et des projets concrets.

En visitant les différents stands, on avait réellement l’impression que ces grands groupes ont réussi à vaincre l’inertie et à faire aboutir des projets (ex : la douche hydratante à capsules chez L’Oréal ou les nombreux services présentés par La Poste). Outre ces différentes initiatives, le salon est également l’occasion pour les grands groupes d’afficher de nouvelles ambitions (ex : le « positive banking » de BNP ou le « Quality of Life » de Sodexo).

On prend les mêmes et on recommence, mais en s’appliquant cette fois !

Concernant les tendances de cette année, pas de gros changements au niveau des innovations technologiques, c’était les mêmes que l’année dernière : réalité augmentée et virtuelle, intelligences artificielles, internet des objets, big data, dataviz, robots et drones en tous genres, interfaces vocales / textuelles / gestuelles, blockchain… La différence par rapport aux éditions précédentes, est que ces innovations technologiques ne sont plus exposées en tant que telle, mais plutôt en tant que facilitateur d’un usage. Formulé autrement : on ne vend plus de la réalité virtuelle ou de l’intelligence artificielle, mais des outils pédagogiques et des solutions d’optimisation. Et encore une fois, la différence s’est fait sentir au niveau des grands groupes qui cette année nous prouvent qu’ils croient en ces innovations et leur ont permis de développer de nouveaux usages ou d’optimiser des offres existantes.

Dans ce maelstrom de startups et d’innovations, le mobile et le social ne sont clairement plus des sujets. En revanche, j’ai constaté une forte tendance autour du bien-être au travail et de la relaxation créative. De même, il y avait d’innombrables projets très intéressants autour de l’environnement et des smart cities. Enfin, j’ai croisé de nombreuses startups positionnées sur la consommation alternative (location, abonnement) ou collaborative (partage) à l’image de Demooz ou ASaPlace (entre autres).

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Pour ce qui est des géants du numérique, Google et Facebook bénéficiaient des meilleurs emplacements devant l’entrée et ne se sont pas gênés pour afficher leur position dominante de la façon la plus ostentatoire qui soit : avec des stands de dimension tout à fait modeste où il n’est pas du tout fait mention de leurs activités principales. Ainsi, le stand de Google présentait tout un tas d’initiatives, mais aucune mention du moteur de recherche ou d’Android. Idem sur le stand de Facebook qui faisait la part belle à Oculus, Instagram, Messenger ou Workplace, mais nulle part au réseau social. Le message envoyé au marché est ici très clair : « nous avons gagné, la bataille est finie ».

Sinon Amazon disposait d’un tout petit stand pour faire la promotion de sa plateforme AWS, tandis qu’Apple brillait par son absence, comme au MWC d’ailleurs. Sinon, IBM et Microsoft avaient des gigantesques stands pour mettre en avant leur savoir-faire en matière d’intelligence artificielle (reconnaissance d’image pour Microsoft, Watson pour IBM) ou de blockchain.

Cette année, les géants chinois du numérique n’étaient pas représentés, si ce n’est Alibaba avec son VR Park. Je vous avoue ne pas avoir compris le rapport entre Alibaba et la réalité virtuelle, d’autant plus que le groupe chinois a des choses très intéressantes à raconter et à montrer en tant que leader incontesté du commerce en ligne asiatique (Alibaba doubles Lazada investment to $4 billion in aggressive Southeast Asian expansion).

Mais l’édition 2018 de VivaTech était surtout l’occasion de voir des robots dans tous les sens : de toutes les tailles et pour tous les usages.

Un véritable bain de jouvence numérique

Vous l’avez compris : j’ai été tout à fait enthousiasmé par ce salon. Outre la formidable énergie qui se dégage de tous les exposants, ce qui m’a plu, c’est l’impression que je n’étais plus seul croire au numérique. Cela va peut-être vous surprendre, mais ça fait vingt ans que je lutte au quotidien pour convaincre des interlocuteurs qui ne sont pas encore convaincus de la pérennité du numérique. Comme si on allait débrancher l’internet ou que les utilisateurs allaient s’en lasser (véridique !).

Participer à un salon de cette envergure me redonne de la force, me permet de confirmer que nous avons réellement fait la bascule (il y a maintenant plus de numérique que d’analogique dans notre quotidien), et qu’il y a une réelle accélération dans l’adoption des innovations et usages numériques.

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Ça prend la bonne direction, mais la route reste longue

Pour en revenir au sujet des grandes entreprises présentes sur le salon, si elles peuvent légitimement célébrer les premières réussites numériques (à l’échelle d’un grand groupe, faire aboutir un projet est déjà une victoire), elles doivent impérativement garder en tête qu’elles ne sont pas digitalisées pour autant, loin de là.

Comme expliqué dans mon précédent article, la transformation digitale n’est pas un cap à passer, c’est un état permanent. La réalité à laquelle sont confrontés ces grands groupes est une concurrence numérique en perpétuelle évolution. Lancer des projets à droite et à gauche est un très bon signal envoyé au marché et aux collaborateurs, mais c’est très loin d’être suffisant pour se préserver du danger d’obsolescence. Ainsi, ces projets ne sont que les premiers pas d’une longue course. Une course à la transition numérique pour laquelle les GAFA(MI) sont bien mieux préparés (ils se sont lancés avec le web) et pour laquelle les startups sont largement avantagées de par leur petite taille.

Absorber des startups qui évoluent à la périphérie de votre activité de va en rien vous aider à acquérir de l’agilité, à faire évoluer votre modèle ou à adopter de nouvelles mentalités. Racheter ou s’associer à des startups est intéressant pour gagner en « digi cred », en crédibilité digitale, mais pas pour transformer votre coeur d’activité (processus, offre, modèle économique…). Il reste donc un énorme travail pour mobiliser l’intégralité des équipes : leur faire bien comprendre les enjeux lés au numérique et les motiver pour remettre en question leur façon de travailler et surtout les offres historiques, celles qui ont fait le succès et la fortune de l’entreprise.

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Se contenter des premières victoires sur le numérique (projets périphériques, partenariats, rachats…) serait une très grave erreur, car dans un monde en pleine mutation, l’objectif s’éloigne petit à petit si vous n’intensifiez pas vos efforts. La suite logique de ces premiers pas numériques sera donc de savoir comment capitaliser sur ces premières expériences pour diffuser la culture numérique (innovations, méthodes de travail, mentalités, prises de risque…) et faire adhérer à un projet de transformation des ressources (équipes, outils, processus…) qui étaient avant tout mobilisées pour maintenir un statu quo, pour sécuriser des parts de marché et non explorer de nouveaux horizons.

Encore une fois, la route sera longue, mais des grands rendez-vous numériques comme ce salon permettent de renouveler la motivation des équipes, d’ajuster le cap et de maintenir le rythme à défaut de cherche à l’augmenter. J’espère que l’édition 2018 de vivaTech vous a été aussi bénéfique qu’à moi. Vivement l’année prochaine !

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