Mes articles

Oracle lance JavaFX 2.0

Trois ans après la sortie d’une première version, Oracle lance en beta la seconde version de sa technologie d’interface riche : Oracle publie la bêta de JavaFX 2.0. Pour mémoire, l’ambition d’Oracle avec JavaFX était d’en faire la technologie de création d’interfaces graphiques pour des applications Java, aussi bien sur le web que sur les terminaux mobiles (Sun lance enfin JavaFX pour concurrencer Microsoft et Adobe sur le marché des interfaces riches). Trois ans après, force est de constater qu’Oracle a fait un faux départ notoire avec cette technologie : l’adoption de JavaFX est quasi-inexistante (cf. Etat de l’art des interfaces riches).

Avec cette seconde version, Oracle a révisé sa copie et propose un environnement complet calibré pour des applications d’entreprise exploitant de larges quantités de données (What is JavaFX?). Cette nouvelle version apporte plusieurs nouveautés :

  • Des APIs Java (pour faire plaisir aux développeurs Java qui n’ont plus besoin d’apprendre le JavaFX Script) ;
  • La possibilité d’intégrer du contenu HTML ;
  • Un nouveau moteur graphique exploitant l’accélération matérielle (donc exploiter la carte graphique) ;
  • Un nouveau moteur multimédia (vidéo plein écran, transitions…) ;
  • Une série de composants graphiques prêts à l’usage (contrôles, menus, panneaux, graphiques…).

JavaFX_Ensemble

Cette version 2.0 n’en est qu’à sa phase beta mais la roadmap prévoit un certain nombre d’enrichissements : mise en page via des grilles CSS, animations, contrôle du navigateur (saisie d’URL, bouton « Retour »…), fenêtres de dialogue standardisées…

Je serais bien incapable de vous livrer un avis sur cette seconde version, aussi je vous propose de lire les premières réactions de la communauté Java : JavaFX 2.0 Beta, First impressions et Time to Reevaluate JavaFX?. En substance : les développeurs Java montrent un intérêt toujours fort pour une technologie d’interface graphique intégrée qui faciliterait le déploiement des applications. Oracle a donc de bonnes chances de mobiliser sa communauté pour les faire adhérer à sa vision.

Dans la mesure où nous parlons de RIA d’entreprise, investir du temps et de l’énergie dans JavaFX n’est pas forcément une mauvaise idée. Il est vrai que ces derniers mois Adobe se fait méchamment chahuter avec le débat Flash vs. HTML5 (même si je reste persuadé que c’est un faux débat : Flash et HTML5 ne sont pas concurrents).

Le fait que JavaFX 2.0 autorise l’intégration de contenu HTML et intègre de façon fine les propriétés CSS3 (Grid Layout, transitions, animations…) nous prouve qu’HTML5 ne tuera pas les technologies RIA, bien au contraire ! Les interfaces web de demain seront ainsi composées d’un mélange d’HTML5 et de composants riches (Flash, Silverlight, JavaFX…) en fonction de ce qu’ils savent faire de mieux, ou du contexte de l’entreprise (les contraintes techniques de son S.I.). JavaFX suit donc le mouvement initié par Microsoft qui ne souhaite plus opposer Silverlight à HTML mais le compléter : La révolution HTML 5 chez Microsoft va laisser des traces et Why Microsoft has made developers horrified about coding for Windows 8.

Mes 3 sites coups de coeur (juin 2011)

Pour ma sélection mensuelle de beaux sites web, je vous propose cette fois trois candidats très différents les uns des autres.

Commençons avec Launchlist Pro, une application en ligne :

LaunchlistPro-550x564

La densité d’information de cette page d’accueil est plutôt élevée, mais la lisibilité reste bonne grâce à un bon contraste. L’illustration centrale donne un très bon résumé du service et les choix de couleur (contrastant fortement avec le reste de la page) permettent d’attirer l’attention de façon efficace, de même que pour l’essai gratuit en bas de page. J’apprécie également l’effet métallisé des pictos et du fond de page. Au final : une page avec une forte personnalité qui compense quelques problèmes (caractères trop petits, titres en majuscules…).

Poursuivons avec Saville’s Dovecotes, un fabriquant de colombiers et abris à oiseaux (oui monsieur, c’est un métier !) :

SavillesDovecotes

Que dire si ce n’est que j’adore ces sites minimalistes exploitant une gamme de couleurs très neutre. Les illustrations centrales sont de très bonne qualité (un fond transparent sous le texte aurait amélioré la lisibilité), les photos des produits parfaitement mis en valeur grâce à la bordure façon Polaroid. L’espace blanc du haut de page permet de bien faire ressortir la marque ainsi que le panier. Le reste du site est dans la même veine avec ce côté épuré et très sérieux. Ça me donnerait presque envie d’en acheter un (mais l’idée de voir des pigeons s’y installer parasite ma prise d décision…).

Terminons avec The Casette, une boutique française de chaussures estivales :

TheCassette

Une boutique en ligne très originale avec cette vidéo pixelisée en fond de page qui donne du style sans ponctionner trop de bande passante.  Les quatre cartouches de produits ressortent parfaitement bien, même si les boutons d’action sont un peu trop timides (d’ailleurs ça ne devrait pas être des boutons, mais des liens). Les éléments de réassurance sont très bien mis en scène grâce à la police de caractère. Au final il se dégage une très bonne énergie et beaucoup de convivialité de ce site, une réussite !

La suite le mois prochain…

Une dilution des pratiques sociales dans l’organisation grâce à la social business unit

Ce n’est pas la première fois que j’ai l’occasion de vous parler de Social Business Design. Arlésienne pour certains, stade ultime de l’évolution du modèle collaboratif pour d’autres, l’entreprise sociale est un modèle de gouvernance qui est plus que jamais d’actualité (Social Business Design, le mariage réussi du Web 2.0 et de l’Entreprise 2.0). Voilà presque 3 ans que l’on en parle, et force est de constater que les choses bougent lentement (euphémisme), je rencontre encore une majorité d’organisations qui en sont au niveau zéro de la collaboration (« Quel est le ROI des social software ?« ) et des pratiques sociales (« Pourquoi aller sur les médias sociaux si c’est pour se faire critiquer ?« ). Pourtant les entreprises ont bien conscience de souffrir d’organisations en silos qui limitent la portée des initiatives de chacun des services (marketing, RP, CRM…).

De l'intérêt de lutter contre les organisations en silos

L’idée derrière le Social Business Design est donc de décloisonner ces différentes initiatives (recrutement, fidélisation, gestion des litiges…) et de bénéficier d’un effet de levier en mobilisant les différents services internes pour développer des interactions sociales avec les clients/prospects et l’écosystème des fournisseurs/partenaires : Vers une vision plus mature de l’Entreprise 2.0. Problème : les mentalités sont dures à faire évoluer et l’inertie pour la mise en pratique d’un tel modèle organisationnel est gigantesque. Souvenez-vous qu’il a fallu 10 ans aux entreprises pour sortir l’activité web de son silo et la diluer dans l’ensemble des services. Tout comme il vous parait évident aujourd’hui qu’il ne peut pas y avoir de service « web » (au même titre que le marketing, la RH, la compta ou la DSI) car ça n’a aucun sens de cloisonner cette activité, dans 10 ans vous vous direz qu’isoler les médias sociaux au sein de votre organisation était une hérésie. Et pourtant… c’est ce que je constate au quotidien.

Mais même si la maturation des pratiques sociales est lente, elle se poursuit néanmoins. De nombreux écrits et statistiques décrivent ainsi les différents modèles d’organisation des entreprises face aux médias sociaux (The Five Ways Companies Organize for Social Business) :

Les différents modèles d'organisation des entreprises face aux médias sociaux

À la grande question « Quelle est la meilleure organisation« , je répondrais : « Celle qui vous convient le mieux« . Il serait ainsi suicidaire de passer du mode expérimental (« ouvrons une page Facebook et nous verrons bien ») au mode industrialisé (l’approche holistique décrite dans l’article cité plus haut). La bonne approche consiste donc à accompagner les collaborateurs dans leur découverte des bienfaits des médias sociaux et de la collaboration, et à progressivement intégrer les pratiques sociales / collaboratives dans l’ensemble des services (Social Business Planning: Aligning Internal With External).

Dans ce but, Dion Hinclcliffe préconise la création d’une Social Business Unit chargée de stimuler l’adoption de ces pratiques collaboratives et sociales pour gérer la transition en douceur entre la phase expérimentale et industrialisée : Introducing The Social Business Unit.

Les 5 missions de la Social Business Unit

La Social Business Unit serait donc composée de champions de la collaboration et des médias sociaux dont le rôle serait d’évangéliser les populations internes. La raison d’être de cette unité repose sur 5 missions :

  • Développer une vision plus fine de l’environnement concurrentiel et de l’écosystème dans lequel évolue l’entreprise (Competitive Assessment) ;
  • Acquérir une meilleure compréhension des besoins / contraintes des clients, prospects ainsi que des partenaires et fournisseurs. Ceci passe par une écoute active sur les médias sociaux les plus visibles (Facebook, Twitter, YouTube…) mais également les plateformes sociales B to B (Social Listening) ;
  • Nourrir les plateformes CRM (pour une meilleure connaissance client) et BI (pour une meilleure capacité d’anticipation) à l’aide des données issues des interactions sociales (Analytics & Intelligence) ;
  • Faire évoluer le modèle d’engagement des clients / prospects / partenaires pour qu’il soit plus en phase avec leurs attentes et préoccupations réelles et surtout mieux l’intégrer aux modes de fonctionnements internes (Engagement Process) ;
  • Faire monter en compétences les équipes internes pour qu’elles deviennent progressivement autonomes dans leur exploitation des médias sociaux et des pratiques collaboratives.

Comme vous l’aurez donc compris, la Social Business Unit n’est donc pas prévue pour durer dans le temps, c’est une unité éphémère chargée de stimuler la transformation de l’organisation et le changement des mentalités durant une période transitoire. Un petit groupe d’individus sera donc en charge de faire du prosélytisme et de diffuser les bonnes pratiques (comme peuvent le faire les Black Belts dans le modèle Six Sigma). Cette vision se rapproche ainsi de celle développée par Forrester avec la notion de HERO (Highly Empowered and Resourceful Operatives) : Empowered, Unleash your employees, energize your customers, and transform your business.

Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire : constituer une équipe. Et souvenez-vous que les ressources les plus intéressantes ne sont pas à l’extérieur (les community managers dont on parle beaucoup trop) mais à l’intérieur (des collaborateurs motivés dont vous pourriez faire évoluer le poste : Le Community Manager que vous recherchez se trouve déjà dans votre entreprise).

Identité numérique et réputation à nouveau sur le devant de la scène

Grosse actualité ce matin avec le lancement par Swiss-Life d’une offre de protection de la e-réputation des particuliers : Reputation Squad lance en partenariat avec Swiss Life la première offre d’assurance e-réputation. Une offre avant-gardiste et dans l’ère du temps (72% des internautes ne saurait pas supprimer les contenus diffusés à leur insu sur le web).

Swiss_Life_E-reputation

Autant je déteste le terme « e-réputation », autant je suis persuadé qu’il y a bien un enjeu de société avec la gestion de l’identité numérique. Dans ma vision des choses, il n’y a pas de « e-réputation », simplement une réputation qui se propage de façon naturelle (anarchique ?) par bouches à oreilles ou sur d’autres médias. Le web étant le média où les particuliers ont le plus de chance d’être visibles, en tout cas bien plus de chances qu’à la TV ou la radio.

L’offre de Swiss-Life est donc la suivante : 9,90 €/mois pour vous offrir une protection en cas de diffamation sur internet, de publication de données privées sans consentement ou d’usurpation d’identité. Une offre qui à du sens, car avec la généralisation des profils en ligne, les problèmes de gestion de l’identité numérique vont toucher de plus en plus de monde (cf. Qu’est-ce que l’identité numérique ?, article rédigé il y a 5 ans).

IdentiteNumerique

Pour mémoire j’avais été moi-même victime d’usurpation d’identité en 2008 (Usurpation d’identité : un faux Fred Cavazza dans la nature) et j’aurais bien aimé bénéficier d’un recours juridique pour pouvoir m’aider à résoudre cette affaire (Usurpation d’identité : Suite et fin).

Vous pourriez me dire qu’un internaute lambda n’est pas aussi exposé que moi (avec mes 8 blogs), mais je vous répondrais qu’avec le temps croissant que passent les internautes sur les réseaux sociaux et la prolifération des profils en ligne, nous sommes au-devant d’une authentique catastrophe sociale. Des dizaines de millions d’internautes français sont en effet actifs sur les réseaux sociaux, ils laissent de multiples traces, car ils n’ont pas été sensibilisés à la problématique de gestion de l’identité numérique. La situation est d’autant plus grave que les ados et pré-ados sont massivement présents sur les plateformes sociales. Une enquête réalisée par la Commission Européenne révèle qu’en France, 8 ados sur 10 ont un profil de même que 1/4 des enfants de moins de 12 ans : L’âge des enfants qui utilisent les réseaux sociaux diminue, une enquête révèle que beaucoup ignorent les risques fondamentaux pour leur vie privée.

Children_SNS

Une situation explosive, car la gestion de l’identité numérique est complexe, surtout avec des acteurs comme Facebook qui modifie régulièrement les CGU et impose de nouvelles fonctionnalités aux membres : Facebook rolls out facial recognition tool in most countries.

L’identité numérique va donc être une denrée précieuse : celui qui la maitrise sera en mesure de facturer les services qui vont avec (L’authentification au centre de nombreuses attentions). Facebook est déjà très bien implanté sur ce créneau avec son Facebook Connect, mais nous connaissons tous les faiblesses de leur politique de gestion de la confidentialité. D’autres sont en train de se positionner comme AOL qui a récemment racheté About.me, un service simple permettant de créer des pages personnelles pour concentrer votre présence en ligne.

about.me_

Google est également en embuscade sur ce créneau depuis un petit bout de temps. Ils sont récemment décidés d’accélérer la manoeuvre avec la promotion des comptes et profils : Google Promotes Google Accounts et Me, Myself and I: Helping to manage your identity on the web. L’objectif de Google est de rattraper le retard par rapport à Facebook (qui a la main mise sur le graphe social de centaines de millions d’internautes) en se positionnant un cran en dessous sur la gestion du profil. En allant sur le tableau de bord de vote compte Google vous allez pouvoir trouver une section Ma présence sur le web :

Google_Dashboard

Les équipes de Google ont ainsi publié une série d’articles sur l’identité numérique : Gestion de votre réputation en ligne. Elles ont également mis en ligne une nouvelle version des profils, bien plus conviviale :

Google_Profil

Qui d’autre que Google est en effet le mieux placé pour gérer votre présence sur les pages de résultat ?

Tout ceci est très intéressant, mais il n’y a pas beaucoup d’argent à gagner dans l’immédiat. Sauf si l’on considère la gestion de l’identité numérique d’un point de vue professionnel. Des acteurs comme LinkedIn mettent ainsi en avant le fait que gérer sa carrière passe par la gestion de votre réputation professionnelle en ligne : LinkedIn’s New Platform Is All About Identity.

LinkedIn-pro

Ils proposent ainsi plusieurs choses : la transformation de votre profil en CV numérique, la mise à disposition de widgets sociaux pour exporter votre profil sur différents sites, ainsi que la possibilité de postuler à un emploi en un clic (l’équivalent de Facebook Connect mais adapté au monde de l’emploi).

Comme nous venons donc de le voir, la gestion de l’identité numérique n’est pas juste un lobby pour les blogueurs narcissiques, cela va devenir un problème de société et un enjeu majeur pour les générations à venir. Ce sujet est à mon sens bien trop sérieux pour qu’on en délègue la gestion à des sociétés privées US. L’Éducation Nationale devrait ainsi sensibiliser les jeunes à la gestion de la réputation en ligne. Les employeurs devraient également définir des chartes précises pour leurs employés et les former à une gestion rigoureuse de leurs interactions sociales en ligne afin de ne pas nuire à leur carrière (ou à l’image de leur employeur).

Loin de moi l’idée de vous faire peur avec des histoires d’usurpation d’identité et de carrières brisées pour une malheureuse photo publiée sur Facebook, mais j’attire néanmoins votre attention sur le fait qu’il est anormal de laisser des sociétés privées américaines s’accaparer cette thématique. Le lancement de l’offre de certification identic par La Poste et MyID.is est une très bonne chose (Lancement de l’expérimentation Identic avec La Poste), il faut maintenant aller plus loin…

A la recherche d’innovations d’usage pour le commerce en ligne

Depuis que j’ai commencé à rédiger ce blog, j’ai concentré ma ligne éditoriale sur les expériences d’achat en ligne enrichies. Un enrichissement avant tout technique, au service de l’expérience utilisateur, mais très technique tout de même. Aussi je souhaiterais vous parler de différents services découverts récemment qui n’innovent pas sur le plan technique, mais sur le modèle d’engagement et la promesse faite aux prospects et clients. Prendre la parole sur ce sujet me tiens à coeur, car j’estime que ces derniers temps on nous parle un peu trop de Groupon ou Vente privée (des authentiques innovations d’usage) et qu’il serait intéressant de se pencher sur d’autres modèles fortement disruptifs.

Commençons tout d’abord avec différents sites de vente sous contrainte. L’idée maitresse est ici de précipiter la prise de décision d’achat en introduisant une forte contrainte de temps (« Si vous n’achetez pas maintenant, cette affaire vous passera sous le nez« ). Le premier site a avoir appliqué cette contrainte à grande échelle est Woot avec sa fameuse devise One Day, One Deal.

Woot, le pionnier des ventes éphémères

Depuis, d’autres se sont engouffrés dans la brèche depuis, notamment Teefury (dont je suis un inconditionnel fan). Plus récemment, nous avons pu voir arriver des modèles dérivés comme celui de WonderPrice qui propose des prix dégressifs (j’imagine qu’ils ne doivent pas avoir trop de problèmes d’invendus) :

Les prix dégressifs de WonderPrice

Mais je pense que nous avons atteint le stade ultime de la vente sous contrainte avec les Suédois de PaperCut qui propose un module de vente rapide : SpeedSale. Le principe est de vous exposer à une série de produits soldés pour lesquels vous n’avez que 4 secondes pour prendre votre décision et les ajouter au panier. Passé ce délai, les offres ne sont plus valables. Ce module est réalisé en Flash et vous impose en prime une musique carrément stressante.

Vous n'avez que 4 secondes pour mettre ce produit dans votre panier

N’est-ce pas un peu suicidaire de proposer cette expérience de vente à une époque où l’on ne jure que par la réassurance ? Je ne sais pas, en tout cas l’expérience est extrême et ne ressemble à rien de ce que vous avez déjà vécu (euphémisme).

Dans un tout autre registre, nous avons vu apparaitre un certain nombre de sites marchands adossés à des portails d’avis client et de recommandations. L’idée est de bénéficier du levier communautaire pour faciliter la prise de décision. Les grands sites comme Amazon intègrent les avis depuis le siècle dernier, mais l’approche de ces sites est de dissocier les avis de la boutique. Mais comme il y a un grand nombre d’avis, ils proposent une gamme de produits restreinte en utilisant les avis comme filtre. Le site Wize se charge ainsi de scruter la toile pour agréger le plus grand nombre d’avis et les résumer avec leur Wize Rank. Ils proposent ensuite un choix restreint à 3 ou 4 produits par catégorie :

Wize se charge de filtrer les meilleurs produits pour vous

Encore plus extrême, le site JustBuyThisOne se limite à l’affichage d’un seul produit par catégorie (avec deux variantes haut et bas de gamme). Idéal pour celles et ceux qui n’ont pas le courage de lire tous les avis.

La boutique qui ne propose à la vente que le meilleur produit de chaque catégorie

Terminons enfin avec une troisième innovation : les sites d’enchères ludiques. Le principe est d’introduire une mécanique de jeu (gambling) dans la vente aux enchères de produits. L’exemple le plus emblématique de cette catégorie est Swoopo, un service canadien qui a fermé ses portes en début d’année (il existe une page Wikipedia).

Placez vos enchères chez Swoopo pour avoir le droit d'acheter un produit soldé

La mécanique est redoutable : les utilisateurs sont incités à enchérir sur les produits mis en vente pendant un créneau d’1 h, mais les enchères ne se font que par unité de 1$. À chaque fois qu’un utilisateur enchérit sur un produit, le prix est incrémenté de 0,15$ et le temps est rallongé de 15 s. L’astuce (ou l’arnaque) est donc la suivante : si un produit à 400$ est mis aux enchères, les utilisateurs enchérissent chacun leur tour pour remporter le droit de l’acheter. Vous êtes donc amené à enchérir des dizaines de fois (donc à payer des dizaines de $) pour avoir le droit d’acheter le produit. Plusieurs personnes se retrouvent donc à enchérir des dizaines de fois pour un produit unique. Au final, celui qui remporte la mise en gagnant, mais ceux qui ont enchéri perdent leur mise. Oui je sais, c’est un attrape-couillon, mais je peux tout à fait concevoir que l’on se prenne au jeu, d’autant plus que les enchères (« bid ») peuvent être achetées par packs avec un tarif dégressif : New Swoopo.Com Auction Site, A Little Ingenious, A Little Evil.

Je ne comprends pas bien comment le site a pu faire faillite avec un modèle aussi redoutable (peut-être un problème juridique), toujours est-il que les successeurs sont déjà là avec notamment BidRodeo (je ne connais pas d’exemple français).

BidRodeo, l'autre site d'enchères ludiques

Donc au final est-ce ça l’avenir : des astuces pour stresser les utilisateurs et « forcer » les ventes en jouant sur les névroses des prospects ? Je ne sais pas. Par contre l’alternative « historique » pour doper les ventes n’est pas non plus très reluisante : enchérir sur des mots-clés dont nous savons pertinemment qu’il n’y a qu’un seul gagnant (Google).

Ces trois approches ne sont qu’un exemple d’innovations d’usage, il en existe de nombreuses autres, notamment en jouant sur le levier social. Bien évidemment ces innovations ne s’opposent pas à un enrichissement de l’interface et de l’expérience d’achat, mais elles nous ouvrent les yeux sur d’autres façons d’approcher le commerce en ligne, pour les plus téméraires ou ceux qui n’ont rien à perdre !