La guerre des boutons

Le social commerce est un sujet complexe. J’ai déjà eu l’occasion de publier de nombreux articles sur cette pratique, qui jusqu’à preuve du contraire, n’avait pas réellement fait ses preuves (Tout reste à faire en social commerce). La situation vient cependant de changer d’un coup avec les annonces successives de Instagram et Pinterest d’inclure des boutons d’achat , des annonces qui font écho à celles précédemment faites par Facebook et Twitter. Facebook s’est notoirement illustré pour avoir essayé différentes approches du social commerce, avec le succès qu’on leur connait. Je ne reviendrais pas sur ces échecs, car la situation a bel et bien changé : les habitudes sont maintenant prises et les usages autour des smartphones se sont largement développées. En résumé : le timing est le bon.

Maintenant que (quasiment) tout le monde s’est lancé dans la course, il convient de prendre un peu de recul et de se poser les bonnes questions : Why ‘Buy’ Buttons Will Pose Big Challenges for Google, Facebook, Pinterest and Twitter. Insérer un bouton d’achat dans une publication n’est effectivement pas très compliqué. Le problème vient de la logistique que l’on va devoir mettre en oeuvre avant l’affichage des boutons et après le clic : vérifier la disponibilité du produit, proposer les différentes variantes (couleur, taille…), valider un paiement, déclencher une commande, orchestrer une livraison… le tout à travers un smartphone !

Certes, le potentiel est gigantesque, mais il y a de nombreux défis techniques et logistiques à relever, et tous les participants à cette course à l’armement n’en sont pas au même niveau. Instagram semble être le plus loin, car ils ne proposent pas de tunnel de commande intégré : Instagram Beefs Up Ads With App Install And Buy Buttons, Interest Targeting, API.

instagram-buy

Tumblr a opté pour une approche similaire avec des boutons qui se déclinent en différentes actions : Tumblr Now Has ‘Buy,’ ‘Pledge,’ And ‘Get Involved’ Buttons From Etsy, Kickstarter, Artsy + Do Something.

tumblr-buy

En ce qui concerne Pinterest, l’expérience d’achat proposée est bien plus fluide avec un parcours de recherche / sélection / commande parfaitement intégré : Coming soon: Buyable Pins!. En revanche, Pinterest s’est associé avec des prestataires techniques (Demandware et Shopify), ce qui limite les possibilités et les rend dépendants…

pinterest-buy

De son côté, Twitter a annoncé un partenariat avec Stripe pour l’encaissement, ce qui les place dans une situation intermédiaire : Twitter Is Working With Payments Startup Stripe on Its Commerce Initiative.

twitter-buy-button

Nous sommes toujours dans l’expectative de ce que va proposer Facebook, puisque son annonce remonte à l’année dernière : Testing a New Way for People to Discover and Buy Products on Facebook. La logique voudrait que les équipes de Facebook développent tout de A à Z, après tout ils avaient déjà de l’avance avec « Gifts », mais le moins que l’on puisse dire est qu’ils se font très discrets. Une annonce a été faite la semaine dernière, mais pas directement par Facebook : Shopify and Facebook Announce Expanded Beta Test For « Buy » Call-To-Action Button.

facebook-shopify

Tous ces compromis réalisés par les uns et les autres nous prouvent à quel point la vente en ligne est un métier complexe. Au final, ce sont les spécialistes du commerce en ligne qui sont à priori les mieux placés, à l’image d’Amazon qui dispose déjà d’une logistique ultra-performante et de la confiance de centaines de millions de clients. Sauf que… les internautes vont acheter sur Amazon quand ils ont une idée en tête, mais n’ont pas le réflexe de s’y rendre pour flâner et y trouver l’inspiration. Certes, le géant de Seattle fiat des efforts (Say hello to Amazon Stream, a Pinterest-like endless shopping experience), mais la sauce ne prend pas.

Dans cette grande course, il nous reste encore à aborder le cas de Google qui n’a pas manqué de faire parler de lui avec des rumeurs de l’intégration d’un bouton d’achat à ses annonces : Can Google Outsell Amazon and eBay?. Certains d’entre vous pourraient me dire que Google est complètement largué sur le sujet du social commerce, et je serais bien d’accord avec vous. En revanche, Google dispose d’atouts qui font trembler toute la profession :

  • un moteur de recherche et de comparaison de produits (Google Shopping) ;
  • plusieurs systèmes de paiement (Google Wallet, Android Pay) ;
  • un mécanisme de vérification de l’inventaire des boutiques en ligne (Trusted Stores) et locales (Inventory Ad).

Au final, Google n’est peut-être pas très bien positionné en amont du parcours d’achat (la phase d’inspiration et de découverte), mais ils sont parfaitement outillés pour tout le reste du cycle de sélection et de passage de commande. Si l’on assemble toutes les pièces du puzzle, Google peut potentiellement ouvrir une marketplace. Cette éventualité ne serait pas si effrayante s’il n’y avait pas des rumeurs d’un partenariat d’envergure avec Macy’s : Google “Buy Buttons” Could Start Showing On Mobile Shopping Ads In A Matter Of Weeks.

google-buy-button

La situation est-elle préoccupante ? Pas réellement dans la mesure où les clients pourraient apprécier le fait d’avoir accès à un mécanisme de paiement mobile performant, et où les marchants pourraient également en bénéficier. Après tout, pourquoi proposer soit même un moyen défaillant alors que l’on peut s’appuyer sur celui d’un prestataire qui accessoirement à un accès direct à 2 milliards de smartphones ?

Vous noterez au passage que tout ceci s’inscrit dans la tendance actuelle de balkanisation du web, c’est à dire son morcèlement au sein d’applications mobiles propriétaires comme WeChat, Facebook ou Snapchat. Les prochaines semaines vont donc être décisives pour savoir si les géants du web vont accroitre encore plus leur domination ou si… heu… ha bah non en fait, il n’y a pas d’alternatives. Autant être attentif pour savoir à quelle sauce vous allez être mangés !

L’avenir du commerce en ligne est au commerce, et inversement

« Là je n’ai plus le produit en stock, mais je vais être livré samedi matin« . J’imagine que vous avez déjà dû entendre cette phrase des dizaines de fois dans divers magasins. Je ne sais pas pour vous, mais à chaque fois je me retiens de dire « Mais bien sûr… vous me prenez pour un pigeon ?« . La dure réalité du commerce de distribution est que ce modèle ne fonctionne plus. Du moins il ne fonctionne beaucoup moins bien au XXIe siècle. Certes, il y aura toujours des inconditionnels du commerce de proximité, mais force est de constater qu’il y a une fracture entre des clients et produits qui sont passés à l’ère numérique et des boutiques et vendeurs qui sont encore coincés à l’ère analogique :

  • D’un côté nous avons des consommateurs qui sont équipés de smartphones, comparent les prix et achètent en ligne depuis des années ; des produits qui sont distribués par tous les grands sites de vente en ligne grâce aux marketplaces, dont les caractéristiques sont parfaitement détaillées, avec des tonnes de photos et avis…
  • De l’autre nous avons des boutiques avec un stock très limité, des cabines d’essayage pas forcément pratiques, ou à défaut des conditions de manipulation du produit quasi inexistantes (souvent derrière une vitrine) et des vendeurs sous-payés et débordés, donc pas forcément motivés, compétents ou disponibles.

Il en résulte des tensions dans le processus d’achat et des producteurs / distributeurs qui s’efforcent de trouver le bon modèle. Et si nous faisions fausse route depuis toutes ces années ? Je pense qu’il est urgent de remettre en cause ce que nous tenions pour acquis (cf. The Case for Continuous Commerce).

Il n’y a plus de e / mobile / social commerce, simplement du commerce

Pendant des années, on nous a expliqué que le commerce en ligne était un modèle plus performant que le commerce traditionnel. On nous a ensuite dit que le social commerce était mieux. Puis finalement que le mobile commerce était vraiment mieux. J’entends les arguments des uns et des autres, mais qui a raison dans cette histoire ? N’est-il pas plus simple de se dire que toutes ces pratiques appartiennent à la grande famille du commerce et que le reste n’est qu’une question de compromis ?

Personne e peut aujourd’hui affirmer qu’il détient la formule magique. Ce dont nous sommes certains, c’est que les habitudes et attentes des clients ont changé : Enjeux et opportunités du web-to-store, Les cyberacheteurs veulent du web-to-store à Noël. ROPO, showrooming… sont des termes complexes qui servent à décrire l’évolution du comportement des acheteurs. Si le commerce en ligne connaît une croissance spectaculaire sur les dix dernières années, je doute que ce modèle de distribution soit LA solution universelle. L’acte d’achat est un processus psychologique qui ne peut se résumer à la mise au manier d’une image et la saisie d’un N° de carte bancaire.

Nous sommes maintenant dans une configuration de marché bien plus complexe qu’aux débuts de l’internet :

Que ce soit dans les prédictions (What’s Next in Commerce, Five Global Retail Trends That Will Shape 2014) ou dans les statistiques (70% des visiteurs du site de Boulanger se rendent en magasin), tout le monde s’accorde à dire que le cross-canal n’est plus un levier compétitif, mais un prérequis : Le Cross canal, une évidence pour les marques.

Il est donc grand temps de mettre à jour notre discours et de gommer le « e » de « e-commerce« . Et tant qu’on y est, autant gommer également le « m » et le « social« . Après tout, il n’y a pas de « TV-commerce » et pourtant personne ne remet en question les émissions de TV achat.

Bref, tout ça pour dire que le marché évolue (clients, prospects…) et qu’il faut maintenant envisager une activité commerciale comme ou tout : une boutique en ligne avec livraison gratuite, une boutique physique avec des vendeurs compétents, une présence diversifiée sur les médias sociaux et les terminaux mobiles… Dans cette optique, je suis particulièrement séduit par des projets comme iShoes.

iShoes

Le renouveau du point de vente

Il n’aura fallu qu’une pomme pour que Newton échafaude la théorie de la gravité. De même, il aura fallu que la célèbre marque à la pomme triomphe avec ses Apple Stores pour que l’on s’intéresse à nouveau aux points de vente. Au final, la recette était connue de tous (bon emplacement, belle boutique, beaux produits, vendeurs agréables…), mais elle s’était perdue en route.

Boardriders

Le point de vente peur donc être à la fois rentable et générateur de valeur pour une marque ou un distributeur. Soit, mais toutes les enseignes ne peuvent implanter des showrooms de la même qualité que ceux d’Apple, Nespresso ou Quiksilver (je suis fan de leur nouvelle boutique Boardriders à Bercy Village). Certains ont donc tenté d’expérimenter de nouveaux concepts : Tesco transforme la grande surface en centre-villeHarry’s Is Opening A Barbershop, Or, A Bridge For Online And Offline Customer Behavior.

Sans aller dans ces exemples particulièrement ambitieux, je constate ces derniers mois une tendance très forte autour du magasin connecté et du concept de commerce « phygital«  (physique + digital). Nous avons tous en tête l’exemple de ce supermarché « virtuel » dans le métro de Séoul, une belle arnaque, car c’était une opération éphémère uniquement destinée à rafler des Lions d’Or au festival de la publicité de Cannes. Il existe cependant des exemples beaucoup plus proches de magasins mariant parfaitement commerce physique et commerce en ligne (à l’image de Woodbrass ou Hawaii Surf) sans en faire des tonnes sur la « révolution » du commerce de distribution.

En fait tout est question de bon sens :

  • Être présent là où sont les prospects (sur les médias sociaux, sur les terminaux mobiles) ;
  • Proposer des scénarios de vente en fonction de l’humeur des clients (pas le temps + pas cher = commerce en ligne, découverte + manipulation des produits = magasin) ;
  • Assurer le même niveau de service, quel que soit le canal (magasin, site web, téléphone…).

Comme précisé en début d’article, je suis convaincu qu’il y aura toujours un noyau dur de techno-réfractaires, mais je suis persuadé que nous entrons maintenant dans l’ère du « client savant » : celui qui compare les prix (sur son ordinateur et son smartphone), celui qui s’informe sur les produits et services avant d’acheter (caractéristiques, comparaisons et avis), celui qui sollicite et contribue à la communauté (questions / réponses, conseils…), celui qui ne se satisfait plus des réponses laconiques de vendeurs rendus amorphes par des conditions de travail dégradées. J’ai bien conscience de jouer les démagogues, mais pourquoi s’acharner à ouvrir et maintenir des points de vente si cela se fait dans de mauvaises conditions ?

Le triptyque du commerce du XXIe siècle

Nous sommes dans une situation économique tendue. L’heure n’est plus aux économies, mais aux paradigmes : il est grand temps de passer à autre chose et refermer la page de modèles de distribution qui montrent leurs limites, aussi hors qu’en ligne. Pour être déjà intervenu auprès de grands acteurs de la distribution, j’ai élaboré en toute modestie un modèle de distribution moderne qui repose sur trois piliers : le magasin connecté, le vendeur augmenté et l’expérience d’achat enrichie.

J’ai déjà évoqué la tendance du magasin connecté. Il existe quantité d’exemples que vous pouvez trouver sur des blogs comme Connected-Stores. Sachez néanmoins que les technologies permettant de numériser un point de vente ne sons pas neuves et évoluent à très grande vitesse :

  • Vitrines et bornes interactives (ex : King Jouet) ;
  • Tables tactiles (ex : Empreinte) ;
  • Murs interactifs (ex : Carrefour) ;
  • Cabines sensorielles (ex : Gomus) ;
  • Cintres et mobiliers intelligents (ex : C&A et Kiabi)
  • Réalité augmentée (ex : IBM) ;
  • Capteurs de micro-géolocalisation (ex : Macy’s) ;
  • Vitrines à écran transparent (ex : Sublimeeze)…

Le deuxième élément crucial de ce triptyque est le vendeur. Véritables interfaces entre les clients et les produits, les vendeurs peuvent faciliter ou ruiner une vente. Voilà pourquoi je suis intimement convaincu que le personnel visible en point de vente (ceux que l’on peut solliciter dans les rayons) doit être équipé d’outil leur permettant de sublimer leur fonction, de les transformer en vendeurs augmentés qui seraient omniscients et omnipotents : qu’ils puissent être en mesure de répondre à toutes les questions (sur les produits, la disponibilité…) et de pouvoir satisfaire tous les besoins des clients (personnaliser un produit, résoudre un problème…). Là encore il existe de nombreux exemples de magasins mettant à disposition des bornes ou des tablettes pour faciliter le travail des vendeurs (ex : Milonga ou Mango) ou de véritables outils de configuration comme c’est le cas chez Biretco avec les Bike Specialists.

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Le dernier pilier de mon triptyque concerne l’expérience d’achat. Certes, les enseignes de distribution ont accès maintenant à d’innombrables gadgets technologiques pour créer de l’animation en point de vente (et attirer les curieux), mais je pense que la principale évolution doit se faire au niveau de la relation entre le client et le vendeur : ne pas se contenter d’aider le client à trouver un produit en rayon et à l’encaisser, mais l’impliquer dans une relation différente et proposer une expérience d’achat enrichie. C’est notamment ce que proposent des enseignes comme Apple avec les Genius Bar ou Jc Penney avec les Mini-Stores : le personnel n’est pas là pour vous refourguer le maximum de produits, mais pour vous conseiller et optimiser votre expérience avec la marque.

genius-bar

Dernier exemple tout à fait représentatif de cette nouvelle façon d’aborder la relation client-vendeur : l’enseigne de produits cosmétiques Kiehl’s où il n’y a pas de vendeurs, mais des customer representatives qui travaillent POUR le client.

Les clients ont changé, les pratiques commerciales doivent évoluer

J’espère vous avoir convaincu que les habitudes, attentes et pratiques autour de l’acte commercial ont beaucoup évolué ces dernières années. Si vous en êtes encore à hésiter pour savoir si vous devez lancer une boutique en ligne, alors les prochaines années vont être très douloureuses…

Pour les autres, ceux qui ont déjà mené des premières expérimentations de magasin connecté, sachez néanmoins que l’évolution des pratiques de commerce de distribution ne repose pas toujours sur les nouvelles technologies. Il est ainsi possible d’identifier un certain nombre de tendances et expériences non-technophiles :

Bref, tout n’est pas aussi simple que d’installer une vitrine interactive. Comme je l’ai déjà mentionné, l’acte d’achat est complexe : le parcours client se densifie, les prospects sont exigeants et se lassent très vite. Il faut donc redoubler d’efforts pour rester compétitifs. Et ne vous y trompez pas : baisser vos prix pour attirer du monde n’a jamais été une tactique rentable. Pour pouvoir durablement augmenter vos résultats et vos marges, il va falloir innover sur plusieurs fronts et ne pas se laisser enfermer dans des dogmes du XXe siècle.

Amazon + Ebay + Google = Alibaba ?

En ce moment la blogosphère qui s’intéresse au sujet de la mobilité est en ébullition suite à l’affrontement juridico-commercial entre Google, Acer et Alibaba (La domination d’Android menacée par les cloudphones et Aliyun ?). Même si cela peut sembler insignifiant à l’échelle du commerce mondial, je pense que cette échauffourée est en quelque sorte la bataille de Verdun numérique du XXIème siècle, à savoir l’affrontement de deux superpuissances sur un « petit » champ de bataille.

Voilà un petit bout de temps que la Silicon Valley et Wall Street surveillent du coin de l’oeil la montée en puissance inexorable des acteurs du web asiatique. Tant que cette ascension ne dépassait pas les frontières asiatiques, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Sauf que le tigre Alibaba commence à se sentir à l’étroit dans sa cage et qu’il commence à le faire sentir. D’où une levée de boucliers qui marque le premier round d’un combat qui s’annonce titanesque entre le GAFE occidental (GoogleAmazon, Facebook, Ebay) et le BAT chinois (Baidu, Alibaba et Tencent).

Alibaba, le géant du commerce en ligne chinois

Des trois acteurs majeurs du web chinois cités précédemment, Alibaba est certainement celui dont la réussite est la plus spectaculaire : près de 4 MM$ de C.A. pour un bénéfice supérieur à 1,2 MM$ (How Big Will Alibaba Group Become? Over $150 Billion by 2016). Des chiffres dignes de Facebook pour une activité diversifiée et bien plus pérenne que ce dernier dont les prévisions de croissance ne font plus rêver personne. Fondé au siècle dernier, le groupe Alibaba a bâti sa fortune sur sa place de marché et petit à petit rajouté des activités complémentaires plus ou moins centrées sur le commerce en ligne.

Le groupe s’organise ainsi autour d’une petite dizaine de sites web :

  • Alibaba, la place de marché BtoB qui fait référence dans le monde ;Alibaba
  • 1688, une place de marché locale pour les PME et TPE ;
  • Taobao, une place de marché entre particuliers (l’équivalent de Ebay) ;Taobao
  • Tmall, un portail marchand (l’équivalent de Amazon) ;Tmall
  • Etao, un moteur de recherche marchand (l’équivalent de Google Shopping) ;Etao
  • Juhuasuan, un site d’achat groupé (un concept qui fonctionne encore très bien en Chine) ;
  • Alipay, un service de paiement en ligne (l’équivalent de Paypal) ;Alipay
  • Koubei, un portail localisé, ancien Yahoo! China, qui donne accès à des news et promos locales (à mi-chemin entre Groupon et Yahoo!) ;
  • Laiwang, un réseau social mobile assez proche de Google+ ;laiwang
  • Alisoft, un éditeur de logiciels et d’APIs ;
  • Alicloud, un fournisseur de solutions de cloud computing (l’équivalent EC2 d’Amazon)
  • Aliyun, un système d’exploitation mobile pour smartphones (l’équivalent de l’OS du Kindle Fire, dérivé de Android).AliyunOS

Force est de constater que si l’on met tous ces sites web et services bout à bout, cela forme un tout terriblement efficace. Certes, Alibaba est encore un agneau sur le terrain des médias sociaux comparé à des géants comme Sina Weibo, RenRen ou Qzone, mais ils ont les moyens de s’imposer sur ce créneau. Vous pourriez me dire que les chinois ne sont pas réputés comme étant des innovateurs dans le domaine des services en ligne (China’s Renren social network copies Facebook Timeline), mais il faut bien leur reconnaitre une capacité un délivrer tout à fait exceptionnelle. D’autant plus qu’ils bénéficient du soutien du gouvernement (Baidu, Alibaba And Tencent Receive Million Of Government Subsidy In Cloud Computing).

Alibaba se révèle donc être une authentique némésis pour les géants occidentaux de l’internet. Pire, Alibaba n’est qu’un des trois acteurs majeurs du web chinois. Ces derniers affichent également une réussite flamboyante (Baidu and Tencent Are Now Worth More Than China Telecom and China Unicom) et lorgnent également sur le secteur du commerce en ligne (Open Sesame for China’s E-commerce Brand Alibaba. Baidu, Tencent next?).

Un patron à l’ambition sans limites

À l’origine de la réussite de Alibaba, il y a Jack Ma, entrepreneur de génie qui s’inspire ouvertement de Jeff Bezos (le fondateur d’Amazon) tout en revendiquant son héritage culturel. Il a récemment bouclé une levée de fonds de plus de 8 MM$ pour pouvoir racheter les 20% de son capital encore détenu par Yahoo afin d’avoir le contrôle total de son groupe, et certainement de passer à une phase d’expansion beaucoup plus agressive.

jack-ma

Si la direction d’Alibaba a été décapitée récemment pour une histoire de malversation (Alibaba CEO and COO Step Down), Jack Ma se veut être un modèle de réussite dans son pays et est régulièrement cité comme l’un des patrons les plus influents d’Asie, où ses conseils sont religieusement écoutés par des hordes de fans (Alibaba: E-commerce Changes Lives in China, Talks About Social, Data, and the Future).

Preuve ultime de sa réussite, un film retraçant son parcours (Crocodile in the Yangtze) va sortir dans les prochains mois : New Film Chronicles How Jack Ma and Alibaba Beat eBay.

S’il est encore tôt pour chiffrer le risque que représente ce concurrent chinois pour les acteurs du web occidental, l’irrésistible ascension de l’empire de Jack Ma devrait en inspirer (terrifier ?) plus d’un. Surveillez vos arrières, car entre Alibaba et Rakuten, le paysage du commerce en ligne est en train de changer et les rapports de force Est / Ouest de s’inverser.

美好的一天

Les géants de l’internet s’affrontent pour imposer leur commerce OS

Celles et ceux qui suivent de près l’actualité du commerce en ligne n’ont pas pu ignorer les récentes annonces des géants de l’internet : rachats, nouveaux produits, améliorations… En à peine deux ans, le paysage de l’internet, et plus particulièrement du commerce en ligne, a radicalement changé. L’enjeu de ces manoeuvres pour les géants de l’internet est de s’imposer comme l’acteur leader en matière de commerce en ligne, ou plutôt en matière de solutions et services en rapport avec le commerce en ligne. Avec cet article, je vous propose de faire le point sur les acteurs à la lutte.

Amazon, Ebay, Adobe et Google à la lutte, IBM et Microsoft à la traîne

Même si l’écosystème du commerce en ligne est composé d’une infinité d’acteurs, je me contenterais de faire un récapitulatif de la situation pour les quatre principaux. Si ces listes ne sont pas exhaustives, merci de me le signaler dans les commentaires.

Commençons avec Amazon, le leader historique du commerce en ligne qui propose les services suivants :

  • Des APIs pour pouvoir exploiter se base de données de produits ;
  • Une série de boutiques thématiques sur les produits de puériculture (Diapers), de soin (Soap), les chaussures (Javari),  les jouets (Yoyo), les produits pour animaux (Wag)…

    Le site de produits d'hygiène d'Amazon
  • Une marketplace pour les « petits » vendeurs et commerçants qui ne veulent pas ouvrir leur propre boutique en ligne, de même que l’offre logistique qui va avec ;
  • Amazon Checkout, une solution de paiement déportée pour les marchants, mais aussi pour les clients (Amazon Payments) ;

    La solution de paiement d'Amazon
  • EC2, une offre de cloud computing très robuste pour acheter de la ressource informatique à prix très compétitif ;
  • La gamme Kindle de e-readers et tablette pour distribuer (commercialiser) des contenus numériques.

Poursuivons avec Ebay, autre acteur historique qui propose lui aussi une large offre de services au travers de sa plateforme x.commerce :

  • Une gigantesque marketplace ouverte aux particuliers et aux pros (ainsi que des APIs pour l’exploiter), des portails comme Shopping et des sites verticaux comme Automobile.fr ou Half ;

    Le portail de vente d'automobiles d'occasion de Ebay
  • Paypal, la solution de paiement ainsi que son offre Paypal Express Checkout pour les e-commerçants ;
  • GSI et Magento, deux fournisseurs de solutions de création de boutique en ligne et de délégation ;

    La solution de commerce en ligne Magento
  • Hunch, un moteur de recommandations reposant sur le principe de graphe d’intérêt, de même que d’autres startups rachetées ces derniers mois comme RedLaser (application mobile pour scanner les codes barre) ou Milo et Where (shopping local).

    Le moteur de recommandations Hunch

Changeons d’univers avec Adobe qui propose également un certain nombre de choses :

  • Scene7, des briques technologiques pour valoriser et personnaliser vos produits ;
  • Omniture, un fournisseur de nombreuses solutions allant de l’analyse d’audience au ciblage comportemental ;

    L'offre Omniture d'Adobe
  • Business Catalyst, la solution de création et d’hébergement de boutiques en ligne.

    La solution de commerce en ligne Business Catalyst

Terminons avec Google et ses très nombreux services :

Face à cette pléthore de services, des éditeurs comme IBM, Microsoft, Vignette ou ATG font pâle figure (euphémisme). Certes, il existe toujours une infinité d’acteurs encore indépendants (dont Prestashop, notre fierté nationale), mais la comparaison est tout de même difficilement soutenable face à quatre acteurs leaders cités plus haut.

Un enjeu d’intégration

Les e-commerçants ont à leur disposition un ensemble de services et de briques fonctionnelles / techniques pour faire tourner leur boutique et gérer le quotidien. Je pense ne pas me tromper en disant que l’important n’est pas de choisir les briques les plus performantes, mais de disposer d’une plateforme cohérente qui puisse faciliter le quotidien des e-commerçants plutôt que leur compliquer.

Mon raisonnement repose sur le postulat suivant : mettre en place et exploiter une boutique en ligne implique la prise en charge d’un grand nombre de tâches de base (sourcing, gestion de la gamme, animation commerciale, logistique, relation client…). Plus vous passer du temps sur les interfaces de gestion des briques technologiques, et moins il vous en reste pour assurer ces fameuses tâches de base. D’où l’intérêt d’opter pour des solutions intégrées qui proposent une interface unique, ou du moins qui limite le nombre d’interfaces. Il existe des offres d’hébergement de boutique en ligne comme Oxalis, 42Stores… qui vous promettent l’interface unique, mais pour moi l’intégration la plus poussée était atteinte avec l’offre de GoodBarry (qui a depuis été fondue dans Business Catalyst).

L’enjeu pour les géants de l’internet va donc être d’intégrer le plus grand nombre de briques et services possibles sur leur plateforme pour « verrouiller » les e-commerçants et de leur proposer un maximum de prestations payantes. Je ne me risquerais pas à commenter la pertinence de telle ou telle offre, je constate simplement que les pièces sont en train d’être mises en place sur les échiquiers de chacun pour imposer sa plateforme comme le commerce OS de référence.

Le marché est déjà ultracompétitif sur le web, nul doute que les places les plus intéressantes sont à prendre sur les canaux alternatifs (médias sociaux, mobiles…). Et à ce petit jeu là, l’acteur le mieux placé est… heu… c’est qui déjà ?

Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?

Le week-end dernier, j’ai essayé d’expliquer à mes petits garçons ce qu’est l’internet. Un exercice de style à priori pas si complexe, mais qui nécessite d’expliquer également ce que sont les ordinateurs et les contenus numériques. Je ne vais pas vous raconter ma vie privée, mais pour faire court, disons que je les ai perdus en route (pourtant j’avais fait des schémas et tout). Plus j’y repense, et plus je me rends compte que je n’aurais jamais dû m’enliser sur ce terrain glissant et me concentrer sur ce qui les intéresse réellement : les contenus. Ils se moquent bien de comprendre comment fonctionne un ordinateur ou même le WiFi, tout ce qui les intéresse, c’est le contenu (de préférence en rapport avec les Pokemons).

Ce qui me mène au sujet du présent article : Après 30 ans de domination des constructeurs d’ordinateurs et éditeurs de logiciels (Microsoft, HP, Dell, IBM…), l’hégémonie des acteurs traditionnels de l’industrie informatique est aujourd’hui remise en cause par de nouveaux entrants (Google, Amazon, SalesForce…). Pourquoi ? Car les ordinateurs sont devenus une commodité, un moyen d’accès aux services et contenus proposés sur le web. Bien évidemment nous avons toujours besoin de processeurs, de cartes mères, d’écrans, de claviers… mais la comoditisation de l’équipement informatique est un phénomène inaltérable. Pire : Malgré la baisse régulière des prix pour les rendre toujours attractifs, les ordinateurs sont perçus comme des outils de plus en plus ringards, et dispensables (La fin de l’ordinateur individuel est programmée).

En à peine quelques années, les smartphones et tablettes se sont imposés comme des alternatives tout à fait crédibles aux ordinateurs traditionnels : plus mobiles (en raison de leur encombrement et autonomie), plus rapides (allumage en quelques secondes), plus versatiles (grâce à l’interface tactile, à la connexion 3G, au GPS…) :

  • Les ventes des smartphones et tablettes ont dépassé celles des ordinateurs en 2010 ;
  • Windows vient de passer sous la barre des 50% des parts de marché des terminaux connectés ;
  • Les smartphones et tablettes représentent déjà 5% de trafic en Europe…

Bref, vous l’aurez compris, le marché est en train de basculer en faveur des alternatives aux ordinateurs, et cette tendance va s’accélérer pour le grand public tout comme pour le marché de l’entreprise avec la montée en puissance des smartphones low-cost, la disponibilité de contenus et services offrant des expériences novatrices (Pourquoi les interfaces tactiles peuvent révolutionner l’industrie musicaleVers de nouvelles expériences d’achat et de consultation) et les offres de cloud. Je suis persuadé de ne rien vous apprendre en disant que les usages des smartphones s’intensifient au détriment de celui des ordinateurs, je tiens néanmoins à insister sur le fait que les smartphones et tablettes ne sont qu’une première étape de déportation des usages vers un ensemble de terminaux alternatifs (tablettes, cloudbooks, TV connectées…).

Les grands gagnants de cette nouvelle configuration de marché sont Google, Amazon ou SalesForce. Bien évidemment les acteurs historiques ne sont pas encore condamnés, mais ils doivent fournir des efforts considérables pour ne pas se laisser distancer, à l’image de Microsoft et Apple qui investissent lourdement pour trouver un second souffle et préparer l’avenir (avec respectivement l’interface gestuelle de Kinect et l’interface vocale de Siri).

Vous avez du mal à vendre ? Louez !

Il y a encore quelques années, quand vous achetiez un ordinateur, les constructeurs essayaient de vous refourguer par tous les moyens un accès à internet, source de revenus récurrents. Aujourd’hui, la bataille de l’accès ne compte plus, le prochain défi sera de vous vendre un abonnement pour que vous puissiez accéder à vos contenus depuis n’importe quelle terminal. Microsoft, Google, Apple ou Amazon s’efforcent ainsi de s’imposer comme le fournisseur le plus légitime en matière de cloud personnel. De même, dans le monde de l’entreprise, on ne vend plus des licences, mais des accès à des services en ligne. Il y a quelque mois, Marc Andressen faisait sensation en publiant un article intitulé « Why Software Is Eating The World« , je pense que sa vision et la mienne se rejoignent : La valeur ajoutée ne se situe plus dans le matériel, mais dans les services et contenus. Oui, il est toujours possible de dégager de grosses marges avec du hardware, mais tout le monde ne s’appelle pas Apple. Il est ainsi moins risqué et plus rentable de miser sur la monétisation des contenus et services, plutôt que sur les moyens d’y accéder (et cette approche se vérifie aussi dans d’autres secteurs : Airbnb CEO: The future is about access, not ownership).

À la question « Est-ce la fin de l’ordinateur individuel ?« , je réponds un grand « oui« . Encore faut-il que l’on s’entende sur ce qu’est un ordinateur individuel : Nous parlons bien des ordinateurs traditionnels. Je fais ainsi le distinguo entre un ordinateur portable et le Chromebook de Google. D’un côté nous avons une machine avec un disque dur pour stocker des contenus et des logiciels, de l’autre, nous avons une interface entre des utilisateurs et des contenus et services en ligne. Certes, les ordinateurs traditionnels assurent pleinement cette fonction d’interfaçage, mais les chromebooks sont définitivement moins complexes à prendre en main, initialiser et maintenir. À l’image des tablettes comme l’iPad : on les allume et on profite.

Une vision hédoniste de l’outil informatique

« Profitez« , je pense que c’est bien là le maitre-mot : après des décennies d’humiliation, la patiente des utilisateurs est à bout, ils ne veulent plus s’embêter à installer les bons drivers, mettre à jour et paramétrer les logiciels, s’assurer que les protections anti-virus  sont opérationnelles… Les utilisateurs veulent devenir de simples consommateurs de contenus et services, et pour cela, ils sont prêts à faire des concessions : troquer de l’évolutivité et de la souplesse contre de la simplicité et de la tranquillité, même si cela implique de se rendre dépend de Apple ou Google. Qu’importe, après tout ce sont des marques cool, non ?

Pour résumer une longue explication, j’écrirais ceci : nous quittons l’ère où nous capitalisions sur l’outil informatique (avoir une machine robuste et évolutive pour qu’elle puisse durer plus longtemps) pour rentrer dans celui des contenus et services pervasifs (qu’importe le terminal d’accès, l’important est que je puisse accéder à mes fonctions sociales, ma musique, mes jeux… et ceux depuis n’importe où).

Quel impact pour les marques ?

La grande question que vous devez maintenant vous poser est la suivante : votre offre s’inscrit-elle dans cette tendance ? Pour pouvoir sereinement anticiper l’avenir proche, vous devrez ainsi vous assurer que :

  • Vos produits sont consultables et achetables dans n’importe quel contexte (principalement en mobilité), de même que votre service client ;
  • Vos contenus sont accessibles au travers de différents types de terminaux (pas que l’iPhone ou l’iPad) et ils offrent une valeur ajoutée propre à chacun des formats (intuitivité de l’interface tactile, largeur de l’écran d’une TV, localisation d’un smartphone…) ;
  • Vous proposez une expérience sans couture à vos clients qui consulter vos contenus et exploiter vos services à différents moments de la journée et sur différents supports.

J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous convaincre de démultiplier les points d’accès, mais l’étude récente de Brand Online Commerce devrait vous aider à sauter le pas : Les smartphones et tablettes représentent 10% des visites des sites web de mode et produits de beauté ainsi que 7 % des ventes en ligne. Encore plus intéressant : le taux de transformation des ventes réalisées à partir d’un iPad est supérieur de 42% à celui des boutiques en ligne. Ces chiffres ne me surprennent pas, car ils illustrent une réalité du marché : Acheter en ligne est devenu un acte banal (froid et sans émotion), alors que les terminaux alternatifs proposent des expériences plus enrichissantes pour les clients et prospects, d’autant plus s’il y a du contenu à valeur ajouté (Upcoming Zappos iPad App Mimics a Fashion Magazine et L’avenir de l’internet est aux contenus, pas au SoLoMo). Et quand bien même vous n’avez ni les moyens, ni l’organisation pour produire du contenu, les smartphones et tablettes offrent d’innombrables opportunités pour réenchanter votre expérience de marque, à l’image de ce qu’à fait Audi au Brésil :

Au final, même si la transition entre les ordinateurs personnels et les nombreuses alternatives (Chromebooks, tablettes…) va prendre un certain temps, de nombreux annonceurs se sont déjà approprié ces nouveaux supports et parviennent à générer de nouvelles opportunités d’affaires grâce à des scénarios d’engagement novateurs.

Même si aujourd’hui l’essentiel des interactions en situation de mobilité est issu des terminaux Apple (iPhone et iPad), les alternatives low-cost (Android, Kindle) et les nouveaux formats (tablettes 7″, TV connectées…) vont venir bouleverser l’ordre établi. En d’autres termes : Ne pensez pas être à l’abri avec vos applications iPhone et iPad, car vous n’avez parcouru qu’une toute petite portion du chemin menant au nirvana du monde numérique – des contenus et services pervasifs pour des clients connectés en permanence et en recherche de nouvelles expériences.

A quoi ressemble le commerce en ligne en 2011 ?

Le commerce en ligne est un sujet que j’aborde régulièrement sur ce blog (quoi que pas assez). Par contre, je me rends compte que je n’ai jamais eu la tentation de faire dans le sensationnalisme avec un article du type « La révolution du E-commerce 2.0« . Pourquoi ? Tout simplement parce que le commerce en ligne est une discipline très complexe qui a mis des années à atteindre le niveau de maturité que nous connaissons et qu’il ne peut pas y avoir de rupture dans les pratiques de vente en ligne. Au mieux, il y a des évolutions progressives dans les tendances de consommation, mais pas de changement de paradigme (cf. mes réflexions sur ce sujet en 2010 et 2009). Voilà pourquoi je voudrais au travers de cet article faire le point sur la réalité du commerce en ligne en 2011.

Ce qui a changé

Beaucoup de choses ont changé la donne ces deux dernières années… mais finalement pas grand-chose. J’attire ainsi votre attention sur le fait qu’au siècle dernier Amazon et Ebay pratiquaient déjà le commerce en ligne avec une forte dimension communautaire, qu’il était possible de payer avec son téléphone mobile, qu’acheter à plusieurs sur Clust faisait baisser les prix et que Ciao employait déjà plusieurs animateurs de communautés pour gérer les avis client.

Ceci étant dit, plusieurs facteurs sont en train de reconfigurer progressivement les réflexes et habitudes d’achat en ligne :

  • Les médias sociaux. Pour résumer une longue histoire, nous pouvons dire qu’avec les médias sociaux, de nombreuses nouvelles pratiques ce sont développées (cf. Tour d’horizon du social commerce) et que Facebook est devenuune destination privilégiée pour y faire la promotion ou la vente de produits et services (cf. Les pratiques de commerce en ligne sur Facebook gagnent en maturité). Après plusieurs mois d’observation, les premiers retours d’expérience sont plus mitigés (cf. Les pratiques de commerce en ligne sur Facebook ou F-commerce gagnent-elles vraiment en maturité ? et Social shopping : «Il faut arrêter de se focaliser sur les boutiques Facebook»). Nous sommes tous d’accord pour dire que les plateformes sociales offrent de nombreuses opportunités pour les marques (feedback, discussions, co-création…) mais qu’elles ne sont pas le support idéal pour du e-commerce. Malgré tout ce qui a été dit, je reste tout de même persuadé que la vente en ligne peut se faire dans de bonnes conditions sur Facebook (sur la base d’une construction communautaire avec une sélection saisonnière et contextuelle des produits). Je ne m’enliserais pas plus loin dans ce débat, car cela risquerait de polluer la discussion. Toujours est-il que mes convictions sont aujourd’hui plus tournées vers des systèmes experts de recommandations fondés sur l’intérêt déclaré des utilisateurs (de type Hunch ou Pandora) plutôt que sur le graph social (une notion qui commence à prendre du plomb dans l’aile).
  • Les terminaux mobiles. Là encore, je ne vais pas vous refaire un topo sur la montée en puissance de l’iPhone (cf. De la place des smartphones dans notre quotidien), mais plutôt constater que les terminaux mobiles contribuent fortement à modifier nos habitudes en facilitant le partage et la sollicitation de ses amis (envoie de la photo d’un produit), les achats impulsifs (recherche d’un point de vente proche avec disponibilité immédiate) et la comparaison de prix. Bien évidemment, le m-commerce n’ambitionne pas de remplacer le commerce en ligne traditionnel, mais de le compléter. Plusieurs innovations technologiques sont ainsi là pour nous faciliter l’acte d’achat (micro-paiement, réalité augmentée, code à barres 2D…) mais les terminaux mobiles sont aussi des canaux de communication très efficaces pour améliorer le service et la relation client après l’acte d’achat (infos livraison et points de retrait, SAV, conseils d’installation…). Nous n’en sommes qu’au tout début de ce que les terminaux mobiles peuvent apporter dans la vente en ligne et je suis persuadé qu’il existe d’innombrables leviers d’innovation avec les autres terminaux alternatifs (touchbooks, TV connectées…).
  • Les local deals. Normalement je ne devrais pas avoir besoin de vous présenter Groupon, LE phénomène de l’année 2010 qui remet au goût du jour les achats groupés avec une dimension locale et une petite touche de sociale. Avec le recul, nous savons maintenant qu’il y a anguille sous roche (cf. J’ai failli acheter chez Groupon) et quel a concurrence comme a être sacrément rude : Facebook Deals, Google Offers et LivingSocial racheté récemment par Amazon.
  • Les nouvelles contraintes auxquelles doivent faire face les e-commerçants : Il y a tout d’abord cette projet d’harmonisation vis à vis de la législation européenne (cf. Quand l’Europe menace le ecommerce et La mort du ecommerce ? Pas de panique !). Il y a ensuite l’encadrement d’affichage des mentions légales (la police de caractère utilisée doit être de la même taille que celle de description de l’offre). Bref, le législateur est en train d’encadrer de plus en plus fortement le commerce en ligne avec pour ambition de mieux protéger le consommateur. Etant moi-même gros consommateur, je ne prendra is pas parti.
  • Les innovations diverses que l’on commence à voir se généraliser : Retargeting, gamification, 3D… les dernières trouvailles sont nombreuses et la tendance est grande de les implémenter pour compenser un site web en voie de banalisation. Résistez !

Tout ceci est très stimulant, mais ne perdez pas de vue que le commerce en ligne se perfectionne depuis plus de 10 ans et qu’il ne suffit pas d’ouvrir une boutique sur Facebook ou lancer une application iPhone pour démultiplier votre potentiel de vente. Loin de là, la vente en ligne reste un secteur ultra-compétitif où l’expérience et la pertinence de l’offre priment sur l’effet wow.

Ce qui n’a pas changé

Intéressons-nous maintenant aux fondamentaux du commerce en ligne, ce qui fait qu’une boutique en viable sur le long terme. Plus j’y réfléchis, et plus je trouve que les recettes sont les mêmes depuis plus de 10 ans :

  • La marque. Avoir une bonne image de marque est le meilleur moyen de vous différencier de vos concurrents. C’est également le moyen le plus efficace de compenser l’effet néfaste des comparateurs de prix. Amazon et Zappos n’ont pas attendu Facebook ou l’iPhone pour construire une marque solide reposant sur un service infaillible et une confiance inébranlable de leurs clients (ce n’est d’ailleurs pa un hasard si le premier a racheté le deuxième). Ceci est d’autant plus vrai qu’une promotion ne compensera jamais une relation-client défaillante. Rectification : Les promotions vous permettront de prolonger artificiellement la fidélité de vos clients mais biaiseront irrémédiablement la relation.
  • Le référencement. Il est primordial d’avoir une bonne visibilité sur la toile. Les techniques de SEM sont de plus en plus redoutables et la barrière à l’entrée est très élevée. Soit, à vous de faire preuve d’imagination pour ne pas vous attaquer à une niche où l’intensité concurrentielle est trop forte. Dernièrement nous avons pu voir de nombreux services se lancer sur le créneau des gestionnaires de flux vers les marketplaces et comparateurs. Vous pouvez également vous servir des médias sociaux comme d’un bon canal d’apport de trafic et de récurrence (oui ça fonctionne pour celles et ceux qui savent faire preuve de subtilité dans leur approche communautaire). Vous pouvez enfin miser sur le référencement naturel. Oui je sais, avec le temps c’est devenu une notion surannée (euphémisme), mais je tiens néanmoins à vous encourager à investir dans des actions privilégiant le référencement durable (ça me fait une transition pour le point suivant).
  • Les contenus. Que ce soit les descriptions de vos produits, les contenus éditoriaux saisonniers ou les contenus utilisés pour l’animation de vos communautés… le rédactionnel est et sera toujours une valeur sûre. Miser sur les médias sociaux est une démarche intéressante, mais ne vous laissez pas éblouir (Recommandation produits, la blogosphère loin devant Facebook et Twitter).
  • La valorisation des produits. Peut-on envisager une boutique où les clients ne pourrait pas approcher et toucher les vêtements ? Sur le web c’est la même chose : la sensation tactile peux parfaitement être reproduite avec des photos de suffisamment bonne qualité et grande taille (il n’y a pas de limite), de même que des vidéos ou des vues à 360°. Pour mémoire, j’ai commencé à parler de rich commerce il y a près de 8 ans (cf. Après le Rich Media, voici le Rich Commerce), nous sommes en 2011 et la majorité des sites de commerce en ligne proposent encore des visuels d’à peine 300 pixels de large. Une honte !
  • L’utilisabilité. Là encore, il y a beaucoup de progrès à faire : réassurance, persuasion, optimisation du parcours-client… Pourtant les règles sont simples et connues de tous. Il suffit juste de se motiver et d’essayer de relever le niveau (il ne suffit plus de faire au moins aussi bien que votre concurrent direct). Optimiser la lisibilité et le guidage des pages critiques de votre boutique n’est pas un si gros chantier, il faut juste commencer par les améliorations les plus évidentes et lutter contre la fatalité (ex : De l’intérêt de soigner votre page de paiement).

Ouvrir (et animer) une boutique en ligne représente beaucoup de travail, mais je vois encore beaucoup trop de commerçants se perdre en chemin et ne plus savoir gérer les bonnes priorités (« Vite, il faut que je recrute un community manager !« ). Ouvrir et animer une boutique en ligne représente un travail considérable, mais tout est une question de planification et de définir une offre cohérente. Après tout, une boutique en ligne performante se construit dans la durée par améliorations successives, pas sur un coup d’éclat. Certes, les modifications récentes des habitudes des internautes (médias sociaux, mobilité…) forcent les commerçants à accélérer le rythme d’évolution, mais il ne faut pas pour autant négliger les fondamentaux.

De la naïveté des médias concernant Facebook et les données personnelles

Cette semaine nous avons encore doit à une énième polémique sur l’exploitation des données personnelles par Facebook : Facebook in Privacy Breach. Cette polémique est la dernière d’une longue série d’articles publiés par le Wall Street Journal sur le sujet, elle dénonce la transmission de données personnelles à des sociétés de marketing par certaines applications Facebook (plus précisément : les social games de Zynga). Officiellement pour Facebook, il s’agit d’une « faille de sécurité » qui a été corrigée. Cet article a été immédiatement dénoncé par la blogosphère (à juste titre) et notamment par Techcrunch : Fear And Loathing At The Wall Street Journal.

Pourquoi cet article est-il risible ? Tout simplement parce que le modèle économique de Facebook repose sur l’exploitation des données personnelles (ils appellent ça le graphe social pour ne choquer personne). C’est comme si je publiais un article pour dénoncer la consommation d’essence par les voitures ! Ce n’est pas explicitement dit dans la page consacrée à la confidentialité (Controlling How You Share) mais il faut vraiment être naïf pour penser qu’ils ne font pas autrement.

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Ce n’est pas la première fois que Facebook se fait épingler pour ce type de dérapage (Facebook iPhone app shares all your phone numbers, Facebook Illegally Accessed, Saved Non-User’s Data, Facebook Privacy: 6 Years of Controversy…) et quelque chose me dit que ça ne sera pas la dernière…

FacebookPrivacyTimeline

Bon, ceci étant dit, cette pratique n’est pas une exception et d’autres s’y adonnent également : Facebook, MySpace Confront Privacy Loophole, Canada, Spain Find Google Violated Privacy Laws, Collected Loads of Personal Data, Medical Records. Les données personnelles sont le trésor de guerre des plateformes sociales, si ces dernières sont gratuites, il y a une contre-partie : l’exploitation de vos données personnelles. Et alors ?

Je vais vous faire une confidence : chaque fois que vous ouvrez votre navigateur, vous êtes surveillé et vos moindres faits et gestes sont revendus à des spécialistes de l’analyse comportementale. C’est à ça que servent les cookies et autres shared objects. Jusqu’à présent cela n’a jamais dérangé personne (certains vont même plus loin : Pour Tim O’Reilly, améliorer le monde vaut bien un peu de vie privée). Et de toute façon les sociétés qui exploitent les bases de données e-marketing sont des enfants de coeur comparés à ce que font (et possèdent) les spécialistes de la donnée consommateurs comme Consodata.

Bref, exploiter les données personnelles n’est pas vraiment un sujet polémique, c’est ce qui permet aux marques d’améliorer leur offre et aux agences de mieux cibler leurs campagnes. Ce que je ne comprends pas bien, c’est pourquoi les journalistes qui ont rédigé l’article s’enflamment à propos de l’exploitation potentielle de données disponibles dans le profil public des membres de Facbeook. Profil public = Tout le monde peut voir ce qu’il y a dessus (les autres membres, Google, les bases de données marketing…). Ceci fait écho à un paradoxe que j’ai déjà décrit : les membres veulent de la visibilité mais veulent également protéger leur vie privée (La schizophrénie des membres va-t-elle tuer Facebook ?).

Cette polémique récurrente met surtout en évidence un manque flagrant d’éducation du grand public (et des médias) vis-à-vis des pratiques de ciblage comportementale et de leur dangerosité. Au pire, que peut-il arriver : se faire spammer sa boîte aux lettres.

Pour le moment il n’y a rien de très alarmant, mais je suis par contre plus inquiet pour l’avenir : combien de temps Facebook va-t-il entretenir l’ambigüité sur l’exploitation du graphe social par les annonceurs ? Si l’on s’en tient à ce qui se passe sur Facebook, vous ne risquez pas grand chose. Par contre, c’est plus gênant avec des systèmes d’authentification automatique comme Facebook Connect qui sont déployés à grande échelle, car il n’est pas compliqué de déduire des informations « sensibles » à partir de vos actions :

  • Vos convictions politiques en fonction des articles qui sont lus et aimés sur les sites d’information (comme CNN) ;
  • Vos orientations religieuses ou sexuelles en fonction des endroits que vous fréquentez ou notez sur Yelp (un resto kasher ou un bar gay) ;
  • Vos antécédents médicaux en fonction des recettes que vous consultez et partagez sur un site de cuisine (recettes sans sel ou allégées)…

Bref, la situation n’est pas alarmante, mais pourrait rapidement le devenir si l’opinion publique ne prend pas conscience d’une réalité : Facebook a BESOIN d’exploiter les données personnelles de ses membres pour pouvoir financer son activité et sa croissance. Et il en est de même pour l’ensemble des plateformes sociales gratuites. Encore une fois, je ne condamne pas ces pratiques, mais je trouve que l’attitude de Facebook est bien trop ambiguë à mon gout : l’exploitation des données personnelles n’est pas une faille de sécurité, c’est un modèle économique.

Conclusion : Éduquer les internautes sur les dangers de l’exposition des données personnelles en ligne (mais également les bénéfices) devrait être une priorité pour les acteurs du web social, ou au moins un pré-requis. C’est ce que fait notamment Google en publiant et en expliquant clairement leur charte de confidentialité (Trimming our privacy policies).