Interfaces riches : des expérimentations, de la mesure d’audience et des marques

Je vous propose ce soir un billet dédié aux interfaces riches :

Microsoft élargit son offre de client riche avec la sortie d’Acropolis

Microsoft vient d’annoncer la sortie d’une première version (Community Technology Preview 1) de son environnement d’exécution WPF et WinForms : Acropolis, autrement appelé Windows Client.

Logo de Windows Client

Vous avez du mal à suivre ? C’est normal, moi aussi !

Donc récapitulons :

  • avec Vista, il est possible de faire tourner des applications riches (des RDA) via une technologie de description d’interfaces (WPF) ;
  • mais on peut également faire tourner de très belles applications riches à l’aide du framework .Net et de Smart Client ;
  • et vous avez en plus la possibilité d’exploiter Silverlight (pour lequel il y a deux sites : Silverlight.net et Microsoft.com/Silverlight), un plug-in qui permet de faire tourner des applications .Net ET WPF ;
  • et comme si ça ne suffisait pas, maintenant on nous parle de Windows Client qui fait la même chose mais en mieux parce qu’il supporte les WinForms !

Au final, on se retrouve avec un Windows Client dont on ne sait pas bien s’il est le concurrent d’Apollo, d’Eclipse RCP, de Netbeans, de la machine virtuelle Java, de JavaFX… ou même de Silverlight !

Bref, c’est pas simple et c’est bien dommage car l’enjeu est énorme : les applications d’entreprise. Espérons que Microsoft va simplifier sa gamme et positionner ses produits de façon un peu plus précise.

En attendant, je vous propose quelques articles :

Bilan du MIX07

Et voilà, c’est la fin du MIX07 qui c’est déroulé pendant tout une semaine à Las Vegas. Alors que je suis encore en train de me remettre du décalage horaire, je vous propose de prendre un peu de recul et de faire un petit bilan de la semaine et des impacts à prévoir pour les prochains mois (années ?).

Une réorientation stratégique pour Microsoft

Je ne suis pas un habitué des conférences et autres évènements Microsoft, mais ce qui est certain, c’est que nous avons pu observer un nouveau virage dans le discours de Microsoft : Abandonner cette image de position dominante et afficher une volonté d’ouverture. Pas une seule conférence n’a été faite sans que l’on nous rassure sur la compatibilité vers d’autres navigateurs (Firefox, Opera, Safari) ou d’autres systèmes d’exploitation (principalement Mac). Les démonstrations étaient ainsi systématiquement montrées sous Windows / IE et Mac / Firefox.

Ca n’a l’air de rien, mais ceci est révélateur d’une nouvelle posture pour Microsoft qui semble avoir assimilé le fait qu’une partie des utilisateurs de l’outil informatique sont maintenant définitivement acquis au culte Apple. Il était intéressant de compter le nombre de Mac Book qui trainaient dans les couloirs ou dans la Blogger Room. Après tout, comme le dit si bien Manuel : mieux vaut un Mac avec une licence Office plutôt qu’un PC avec un logiciel piraté !

Le choc des cultures

En voulant élargir son audience aux concepteurs et designeurs, Microsoft s’aventure sur un terrain qu’il ne connait pas avec un discours qu’il ne maîtrise visiblement pas. Et effectivement on ne raconte pas la même chose à des développeurs qu’à des designeurs. Il était très facile de ranger dans deux catégories les intervenants aux conférences : les employés de Microsoft (qui parlent de code) et les autres (qui parlent d’expérience utilisateur, d’émotion…).

LasVegas9

L’écart était ainsi vertigineux entre les employés de Microsoft qui ne faisaient que de la revue de code et les autres qui essayaient tant bien que mal de nous faire assimiler des notions comme le design 3.0, l‘innovation managériale ou encore les nouveaux modèles d’agences web.

En tout cas ce qui est certain, c’est que Microsoft est bien décidé à s’implanter durablement sur ce créneau et qu’ils ont mis en place une organisation centrée sur des community managers en charge d’évangélisation (en interne comme en externe) et de fédérer.

Un nouveau marché à conquérir

Avec la gamme Expression, Microsoft s’attaque à une véritable institution où règne sans partage Adobe (et Macromedia). Quelle stratégie Microsoft va-t-il devoir mettre en place pour grignoter des parts de marché ? En fait la bonne question est plutôt : quelles concessions ? Il y a ainsi fort à parier que Microsoft ne se risquera pas à vendre ses produits à l’unité, mais plutôt à les écouler au travers des licences globales des grandes entreprises : une sorte de cerise (les outils Expression) sur le gâteau (les licences Windows, Office…).

Reste à résoudre le problème de la montée en compétence : il n’existe pas de formation aux outils Expression. Microsoft va donc devoir jouer de son influence pour que les organismes et autres écoles élargissent leur catalogue de formation ou rajoutent des modules spécifiques aux nouveaux outils de Microsoft.

Une vision transverse

Avec le langage XAML, Microsoft vise plusieurs cibles : les navigateurs web (au travers de Silverlight) et le système d’exploitation (Vista et autres à l’aide de Smart Client). En s’attaquant à la fois au marché des RIA et des RDA Microsoft essaye de prendre de vitesse Adobe qui est encore en phase de pré-lancement pour Apollo (et probablement de recyclage pour Flex).

Et ce n’est qu’un début puisque certaines conférences plaçaient les premières pierres d’une vision beaucoup plus large qui inclue également les produits d‘entertainment (Media Center, Xbox…).

Plusieurs gros chantiers à mener

Avec les annonces faites durant la semaine (et avec le repositionnement en cours), il reste un long chemin à parcourir pour Microsoft. Certes, il faut bien un premier pas, mais les équipes de Microsoft devront s’attaquer de front à plusieurs chantiers :

  • Améliorer les outils de production (la V2 de Blend est déjà proposée en beta) ;
  • Stabiliser les environnements d’exécution (à commencer par Silverlight 1.1 Alpha) ;
  • Convaincre la filière (écoles, organismes de formation, agences, freelances…)
  • Séduire la communauté (bloggeurs, forums, portails, associations et lobby…).

Ouf ! La liste est longue et Microsoft devra concentrer ces efforts pour réussir et surtout ne pas se disperser (non mais c’est quoi ces rumeurs de rachat de Yahoo!). Pour donner de la crédibilité à son action, ils se sont déjà associés à des pointures comme Avenue A / Razorfish et AKQA ou à des ultra-spécialistes comme MetalIQ ou IdentityMine.

En tout cas ce qui est certain, et je le répète volontairement, c’est que le paysage et l‘écosystème des interfaces riches est définitivement modifié.

Réflexions autour de Silverlight

Passé l’effet d’annonce, je vous propose 2 ou 3 petites réflexions sur Silverlight et la stratégie d’attaque de Microsoft.

Si l’on prend du recul sur ce qui c’est passé ces trois dernières années, il est possible de faire deux constats :

  1. Il y a eu un véritable foisonnement technologique avec une multiplication des langages et framework, mais la capacité d’adoption de toutes ces nouveautés par le marché est limitée) ;
  2. Les services ayant connu la plus forte croissance (MySpace, YouTube…) reposent sur l’exploitation de contenus audio et vidéo et sur l’utilisation de Flash comme lecteur universel.

A partir de là, Microsoft a choisi deux leviers pour accélérer l’adoption de Silverlight :

  • Les contenus vidéo qui sont particulièrement bien exploités par Silverlight (manipulation et nombreux traitements graphiques de façon native) de même que les services qui vont avec (hébergement et streaming) ;
  • La prise en charge d’un environnement de développement existant (la plateforme .Net) qui n’impose pas l’apprentissage d’un nouveau langage.

Je me permets néanmoins d’émettre des réserves sur ce dernier point. La promesse de Microsoft est la suivante : avec la nouvelle version de la plateforme .Net, vous utilisez le langage qui vous arrange le plus (C#, PHP, Python, Ruby…) et le code source est compilé pour être ensuite exécuté sur Silverlight via la machine virtuelle CLR (Common Language Runtime). On parle ainsi d’un environnement d’exécution universel (voir à ce sujet le billet suivant : The scoop on Silverlight for developers).

La promesse est belle, mais la réalité sera plus complexe : Le traducteur de la plateforme .Net saura-t-il respecter toutes les subtilités des autres langages de programmation ? Si vous avez commencé à développer en PHP ou en Ruby, pourquoi traduire tout cela avec la plateforme .Net qui est payante alors qu’il existe de nombreux framework de développement d’interfaces riches (Zend pour PHP, Ruby on Rails…) ? L’histoire nous a montré que Microsoft avait les moyens de ses ambitions, mais ils devront faire leurs preuves.

Il y a par contre une bonne nouvelle : Silverlight va à mon avis très fortement accélérer le développement de RIA dans le monde de l’entreprise (d’intranets riches ?). Adobe a fait (et fait encore) de gros efforts pour évangéliser les interfaces riches dans le monde de l’entreprise, mais c’est Microsoft qui risque de remporter la mise car Flash a très mauvaise réputation dans les grands compte (du moins pour une exploitation interne dans le cadre d’applications d’entreprise).

On peut ainsi espérer que Silverlight va créer des besoins au sein des entreprises : ces dernières disposent déjà des ressources de production (les développeurs .Net), il leur manque maintenant les ressources créatives (concepteurs d’interfaces riches). Là où les équipes créatives étaient cantonnées à la réalisation de sites web, peut-être vont-elles être sollicitées pour la conception d’applications internes sous forme de RIA ou de RDA.

Il va donc falloir s’attendre à de nombreux bouleversements dans le monde des applications d’entreprises ainsi qu’à une évolution vers des intranets 2.0 (reposant sur des interfaces riches et des services de collaboration en ligne). Pour plus d’infos, je vous recommande l’article suivant : Silverlight: The Web Just Got Richer.

En passant par MD-Expo…

C’est aujourd’hui qu’à eu lieu le salon du marketing direct (MD-Expo) au cours duquel j’ai pu intervenir sur un des mes sujets fétiches, les interfaces riches. Merci à la FEVAD de m’avoir accordé ce temps de parole, et voici le support de ma présentation : L’apport des interfaces riches pour le e-marketing (format PDF, 5,2 Mo).

Rien de bien neuf pour ceux qui me lisent régulièrement, mais une bonne entrée en matière pour les novices. Dans tout les cas de figure, c’est déjà une très bonne chose que de pouvoir évangéliser ces pratiques à un public assez large.

J’aurais également une seconde chance d’intervenir lors de ce salon jeudi prochain sur le thème des blogs : Comment maîtriser les règles de la communication sans filet ? Normalement cette conférence sera filmée donc vous n’avez même pas besoin de vous déplacer !