Vers des comportements de recherche extrêmes ?

En à peine 10 ans Google est passé du statut de start-up dans un garage à celui d’ultra-leader incontesté de la recherche (il récolte tout de même près de 90% des parts de marché en France).

Nous ne discuterons pas ici des raisons de cette adoption massive et sans précédent mais plutôt des dérives comportementales que cela entraine. A commencer par une modification profonde des habitudes de recherche : les internautes font de plus en plus confiance à Google et à la pertinence légendaire de son moteur.

Illustration avec les résultats plutôt inquiétant de cette étude menée par Think Eyetracking : Has Google gotten better? (via GrokDotCom). Elle démontre un changement notable dans la façon dont les internautes cherchent et surtout parcourent la page de résultats :

search_behaviour

 

Hé oui, l’attention est maintenant fortement concentrée sur les trois premiers résultats (et non plus les 5 comme c’était le cas d’une précédente étude menée en 2005).

Que pouvons-nous en déduire ? Que les internautes apprennent à mieux se servir d’un moteur de recherche et qu’ils préfèrent affiner leur équation de recherche plutôt que de devoir fouiller dans la liste. Gloups ! Un changement plutôt inquiétant en si peu de temps (3 ans). Comment vont-ils se comporter en 2011 ? Ils ne regarderont pus que le premier résultat de la liste ?

Déjà que la compétition sur les mots-clés était rude, avec ce type d’étude les enchères risquent d’être encore plus acharnées !

En tout cas je me réjouis de cette étude car me permet de faire le lien avec une théorie que j’avais publié il y a plus de 2 ans sur les comportements de recherche extrêmes : Vers la règle du clic unique ?.

27 commentaires sur “Vers des comportements de recherche extrêmes ?

  1. C’est très drôle comme étude, car j’ai fait le même constat sur mon utilisation de google search depuis deux ou trois ans. Et effectivement je ne regarde presque plus que les 4/5 premiers résultats en affinant mes recherches à grands coups de +, – et autres «  ».

    On ne parle même plus des pages maintenant, il s’agit juste du positionnement dans la première page… :)

  2. A ce sujet, Google Suggest pourrait bien encore accentuer cet effet.
    Il faut également noter (cf une étude de Jacob Nielsen dont j’ai perdu le lien) que les internautes utilisent mieux les moteurs de recherche (comme Google, donc) et utilisent plusieurs mots clés, au lieu d’un, comme c’était encore bien souvent le cas au début des années 2000. Plusieurs mots clés, donc des résultats déjà bien plus pertinents. Ceci pourrait expliquer le postulat montré par cette étude.
    Doit-on s’en réjouir ? Cela signifie-t-il que les internautes sont devenus plus stupides ou que Google les sert encore mieux qu’auparavant ? Ou bien qu’ils utilisent mieux Google ?
    Cela devrait aussi accentuer la course à la visibilité et privilégier la publicité payante (Adwords) qui donne à ceux qui veulent être visible plus de sûreté pour être vu, quitte à payer. D’ailleurs, quid des liens payants ? Sont-ils plus ou moins cliqués qu’auparavant ?

  3. Cette étude ne traduit-elle pas un approfondissement d’une fracture numérique parmi les usagers d’internet à mesure que l’usage d’internet devient un usage de masse ?

    Un usage raisonné de Google, en connaissance des grandes limites qu’il présente au niveau de la pertinence réelle des résultats qu’ils propose (même s’il progresse, même si c’est déjà étonnant de parvenir à un tel résultat avec une procédure robotisée…), conduit à ne le considérer que comme un outil de premier défrichage : les résultats réellement pertinents ne sont souvent pas sur la première page, et ne sont parfois même pas référencés. Il faut un « re-travail » humain important pour exploiter Google. Ça demande du temps et une compétence, pour parvenir à un résultat convenable.

    Cette étude pourrait, à mon sens, montrer qu’avec la massification de l’usage du moteur, les utilisateurs « avisés », qui « retraitent » les propositions de Google, pèsent aujourd’hui proportionnellement moins (voir presque plus), par rapport à ceux qui n’ont pas un abord aussi raisonné, et se contentent du premier résultat.

    Peut-être ces « nouveaux utilisateurs » ne considèrent-ils d’ailleurs pas Google comme un outil de recherche mais plutôt comme un média de diffusion, et traitent-ils les résultats comme une offre de programmes sur laquelle on zappe comme sur sa télévision… Google serait pour eux, finalement, une sorte de télécommande de télévision.

    Le chercheur Olivier Le Deuff relève que les outils de recherche sociaux basés sur les folksomies, tels que delicious ou magnolia, commencent à arriver à maturité (peut-être ont-il franchi un seuil en nombre d’utilisateurs actifs et en taille d’index agrégé par ces utilisateurs) et que leurs résultats commence (d’un point de vue scientifique) à être plus pertinent et rapides d’accès que ceux proposés par Google.

    Le grand avantage de cette méthode sur les moteurs est de permettre d’identifier rapidement des « personnes ressources » qui pratiquent une veille de qualité sur un sujet donné (ce qui s’avère bien plus difficile avec Google), ce qui donne immédiatement accès à des stocks de ressources hautement pertinentes.

    Le perfectionnement de la qualité de la recherche (en termes de pertinence réelle des résultats) me semble en tout cas s’essouffler chez Google, qui dispose peut-être, à ses yeux, d’un outil « suffisant » pour développer une stratégie qui s’éloigne aujourd’hui de la recherche pour aller vers celle de sélectionneur de contenus diffusés, voire de programmateur de médias.

    Les progrès en terme en recherche « pure » me semblent aujourd’hui se déplacer de la recherche par algorithme vers la recherche sociale…

  4. Si on voulait avoir une approche anxieuse de ces résultats, on pourrait dire qu’il faut à tout prix trouver d’autres moyens d’atteindre ses utilisateurs potentiels que Google.

    Les réseaux sociaux, Twitter ou sa version décentralisé identi,ca… et tout simplement la communauté que tisse les blogs et leurs commentaires. Et même youtube, flickr…

    Car le jour où vous êtes brutalement désindexé de Google, ou descendu en deuxième page ce qui revient dans les faits au même — s’est arrivé à de nombreux blog et sites — vous vous retrouvez isolé.

    En plus de la course à l’optimisation pour les moteurs de recherche, il faut désormais décider de stratégies qui contrebalancent au maximum la dépendance à Google.

    Dans ce cas, cela passe par une stratégie web qui ne soit pas centrée sur *le site web*, mais élargisse le périmètre.

  5. « …Comment vont-ils se comporter en 2011 ? Ils ne regarderont pus que le premier résultat de la liste ?… »

    Enquiro Research s’est posé cette question en fin d’année dernière et a publié un livret blanc sur ce thème :
    « Search Engine Results: 2010 What search engines may look like in the future, including personalization, universal search, eye tracking and interviews with leading industry experts (Jakob Nielsen,…) ».

    Je vous invite à télécharger ce document (PDF – 3.6 Mo – Contenu en anglais) très instructif à l’adresse suivante : http://app.marketo.com/lp/enquiro/search-engine-results-2010.html

  6. La prochaine étape, c’est la suggestion avec l’omnibar de chrome et le j’ai de la chance :), comme ça, on réduit à la saisie de quelques lettres et la touche entrée.

    Comme ça, 90pourcent des recherches porteront sur quelques dizaines de milliers de mots clés.

  7. Je pense réellement que Google nous a influencé (forcé?) à ne regarder uniquement les premiers liens grâce à son formidable référencement, mots-clés payants, suggestions et autres « j’ai de la chance »… malheureusement, les internautes ont pris le coup et limitent leurs recherches aux premiers liens, ne se donnent peut-être plus autant la peine de confronter les infos(et la réputation de wikipedia en pâtit d’autant plus…) et se contentent donc de ce qu’on leur propose immédiatement et donc… ne recherche plus ! faire une recherche deviendrait ainsi comme « zapper » sur un site ?

  8. Bonjour

    Et si l’explication résidait dans l’amélioration de la qualité des résultats ?

    Dans ma pratique, les deux premiers liens m’apportent une réponse pertinente dans 95% des cas.
    Notamment, quand je veux trouver un site (celui-ci) j’ai plus vite fait de taper cavazza dans Google que de gérer des favoris ou de taper une adresse.

    Il m’arrive de parcourir plus de 10 résultats, mais cela représente une petite partie de mon activité de recherche, quand je veux fouiller un sujet.

    Bref, rien ne permet de penser que cette hégémonie des premiers résultats est obligatoirement un problème.

  9. J’effectue de plus en plus mes recherches via mes réseaux sociaux .. ma patience et mon temps étant de plus en plus limités les résultats doivent arriver vite, compte tenu du nombre de sources à vérifier ..

    à la limite il faudrait un outil qui envoie un microblog sur ping.fm du type : fred is searching for …

  10. @Dominique Dupagne : Effectivement, il doit y avoir de ça aussi. Et c’est vrai que le tour de force de Google réside surtout dans le fait que nous faisons souvent des recherche qui n’en sont pas vraiment.

    C’est surtout des raccourcis au système de DNS qui pour finir n’est pas si pratique que ça.

  11. Cette étude est il me semble à tempérer. En effet, nous ne savons pas quel type de recherche effectuait les internautes testés. Dans une situation professionnelle, j’imagine mal un veilleur, un journaliste se contenter des 3 premiers résultats. Il en va de même pour n’importe quelle personne (ingénieur, enseignant, étudiant, commercial…) qui cherche une information relative à sa profession ou son cadre de recherche.

    Deuxième commentaire : petit rappel sur le fonctionnement de Google. Il indexe en fonction du nombre de consultation, donc c’est un marché de dupes > plus le site est consulté, plus il est haut dans la page et plus il est haut dans la page, plus il est consulté(et je ne parle même pas des accords pubs et de mise en avant). Donc, ce qui est très inquiétant (mais c’est pas nouveau) c’est qu’une partie des internautes considère comme fiable la recherche de Google et ne se pose pas plus de question que ça en allant cliquer sur les premiers résultats.

  12. Le futur de la recherche passe vraisemblablement par une meilleure compréhension des recherches pour chaque individu

    – L’omnibar de Google Chrome, apprend à connaître vos habitudes de recherches avec le temps (la même expression fournira un résultat différent pour deux individus)
    – Google Suggest vous oriente vers les expressions les plus demandées grâce à un travail sémantique
    – enfin les liens connexes proposés en bas de page des résultats permet là aussi d’affiner vos recherches pour vous recentrer sur le plus pertinent (ou le plus disputé en adwords !?)

    mais les bases restent les mêmes (si, si et depuis 1999 que je pratique c’est pareil, il y a juste davantage d’outils) :

    1. un site accessible
    2. un contenu original, mise à jour et rédigé pour les internautes
    3. faire parler de son site ailleurs (mais si le point 2 est rempli et c’est toujours là que ça pêche, ça marche presque tout seul).

    David

  13. Je suis d’accord avec AlexandraM, cette étude met en avant un certain type d’internautes et pas tous.
    Je suis d’accord sur le fait que les internautes « grand public » s’intéressent de moins en moins aux résultats qui suivent les 2 ou 3 premiers.
    Mais dans le cas de recherches approfondies d’information (les cas sont nombreux : veilles, études, prix, produits…)l’internaute peut dépasser la 1ère page…
    Encore une fois, cela dépend des conditions de recherche et du type d’internaute…

    L’utilisabilité ne fait pas de règle qui généralise les internautes. Bien au contraire, elle s’adapte aux différents internautes.

  14. @fred2baro « J’effectue de plus en plus mes recherches via mes réseaux sociaux »

    C’est une remarque de plus en plus fréquente. (ex : http://www.cybersoc.com/2008/04/the-end-of-sear.html )

    « ma patience et mon temps étant de plus en plus limités »

    Tu utilise celui des autres !! Pas mal :-)

    On pourrait dire qu’il y a là une logique économique rationnelle : je donne la tache de recherche à quelqu’un qui a déjà l’info — ou qui saura la trier et la trouver plus rapidement que moi.

    Le moteur humain perd du temps (à utiliser Google, probablement), mais globalement, il y a du temps de gagné.

    Il faut pour que ça marche au mieux que chaque personne soit convaincue qu’à sont tour, elle peut compter sur les autres pour lui faire gagner du temps.

    La « scalability » de la recherche par personne ressource reste un mystère. On cherche parfois sur des sujets très, très spécifique, dont le spécialiste est caché dans une cabane dans les bois ;-)

  15. @Julien Cela signifie du coup de pousser au maximum l’interactivité social avec son réseaux pour améliorer son « endorsment croisés ». Lorsqu’un des mes « cybercopains » me réponds il sait que d’une certaine il a gagné des points et la fait savoir. C’est encore plus efficace quand celui qui recherche l’info lui répond et améliorer ainsi l’image narcissique de celui qui répond. Cela donne à la recherche sur internet une expérience sensorielle qui améliore de loin la perception du résultat et l’investissement affectif.

    Vous voyez j’ai tendance à penser que la recherche via les réseaux sociaux est un acte « gagnant gagnant »

  16. Le jour où il faudra vraiment s’inquiéter de ça, c’est quand le bouton « rechercher » disparaitra au profit d’un unique « j’ai de la chance » ;)

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