Facebook et le syndrome du canard

En réponse à un billet publié récemment par Cédric (Comment expliquer le succès de Facebook?), je souhaiterai pointer du doigt une particularité de Facebook qui a fait son succès mais qui le fragilise en même temps : sa polyvalence.

Facebook est en effet capable de proposer un très large éventail d’outils et fonctionnalités « sociales » qui lui permettent de rivaliser avec un très grand nombre de services… sans pour autant en faire des arguments de différenciation fort. Donc pour faire simple : Facebook sait tout faire, mais rien en particulier.

Pour illustrer ceci, je vous propose de prendre la métaphore du canard. Les canards sont des animaux formidables car ils savent tout faire : nager, courir, voler. Le problème, c’est que les canards nagent moins bien que les poissons, volent moins bien que les oiseaux et courent moins bien que les mammifères. Ils sont donc des proies faciles pour tous les animaux « spécialisés » dans un moyen de locomotion.

facebook-canard

 

Pour Facebook, c’est la même situation. Il est en effet possible de partager des photos, de rédiger un blog et/ou un microblog, de faire des rencontres, de faire du réseautage professionnel, de partager des vidéos… Par contre, même s’il est intéressant de pouvoir tout faire au sein d’une même plateforme, force est de constater que Facebook est moins performant que ses concurrents de niche :

Bien évidement vous pourriez argumenter que c’est là toute la force de Facebook (être une sorte de meta-plateforme sociale), mais c’est également là son point faible : l’intérêt de Facebook grandit avec le nombre de services qui sont greffés dessus, mais tous ces services peuvent vivre sans Facebook, est-ce que l’inverse est vrai ? Non, car ces services n’ont pas du tout les même problématiques de montée en charge ni de monétisation (leur frais de structure sont bien plus faibles).

Traduction : si Facebook a su innover avec sa Platform et bénéficier ainsi du levier social de l’ensemble des services qu’il héberge, il ne réussira pas pour autant à en tirer des revenus (cf. Why Platforms Are Letting Us Down – And What They Should Do About It). D’une part car les utilisateurs ont bien compris qu’ils pouvaient prendre le contrôle du navire et le faire changer de cap (cf. le projet Beacon et la polémique autour de la nouvelle mise en page), d’autre part car ces même éditeurs vont rapidement commencer à exiger des dividendes en cas de bénéfices (pesant ainsi sur une hypothétique marge).

Bref, si le canard n’est pas l’espèce dominante sur la planète c’est pour une bonne raison : sa polyvalence l’empêche de remonter le long de la chaîne alimentaire. La polyvalence de Facebook l’empêchera également de remonter le long de la chaîne de valeur et de récupérer les plus gros maillons.

Pour être plus clair : Facebook est en bout de chaîne, il ne lui reste que des miettes qu’il a bien du mal à ramasser en tentant de monétiser son social graph qui se révèle bien décevant. L’avenir est dans les niches et la rentabilité est dans la maîtrise des coûts, pas dans la croissance aveugle qui ressemble plus à une fuite en avant qu’à une stratégie viable sur le long terme (cf. le discours de Mark Zuckerberg lors de son passage à Paris : Facebook à la recherche d’un second souffle).

Pour prolonger la refléxion sur les problèmes auxquels Facebook doit faire face, je vous propose cet autre article : Comment expliquer l’échec de Facebook ?.

Espérons pour Facebook que la crise financière et l’hiver nucléaire qui en découlera ne prendra pas des airs de grippe aviaire…

MàJ (31/10/2008) : Visiblement je ne suis pas le seul à emmetre des doutes quand à la viabilité de FacebookFacebook May Be Growing Too Fast. And Hitting The Capital Markets Again. En résumé : ils ont dépensés la quasi totalié des 500 millions de $ levés cette année, leuts coûts d’exploitation explosent, la croissance est principalement réalisée à l’étranger où les frais sont encore plus élevés et où la monétisation des graphes sociaux est trop complexes (barrières linguistiques, culturelles, législatives…).

44 commentaires sur “Facebook et le syndrome du canard

  1. Moi aussi je préfère des sites spécialisés.

    D’ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi facebook ne permettait choisir la création d’un profil professionnel ou personnel. De cette façon, il n’aurait pas de mélange entre les deux. Il pourrait y avoir la possibilité d’obtenir les deux options aussi.
    Il me semble que ça serait pratique.

    Linkedin est un très bon réseau de contact professionnel, mais il manque d’option. Les gens semblent préférez facebook pour réseauter, c’est plus facile.

  2. Ce n’est pas faux mais si Facebook n’avait que le graphe social, ça ne serait déjà pas si mal. Aujourd’hui si je veux envoyer un message à mon entourage, le moyen le plus efficace est Facebook !

    Facebook est en train de se positionner comme l’écho de votre activité sur le web, tout comme FriendFeed, mais aussi de la vie réelle.

    Je pense que le jour où Facebook aura une vrai plate-forme de publicité contextuelle et une audience encore plus importante. Ils feront la nique à Google (à moins que ça ne soit Google qui la fournisse :-)). Mais à l’évidence, ils ont encore un souci de ce coté là, sinon je n’aurais pas de pub pour les sites de rencontres alors que j’ai indiqué mon statut en « marié ». A moins qu’ils ne disposent pas d’assez d’inventaire pour utiliser le ciblage et qu’ils soient obligés d’écouler de la pub non pertinente car les budgets pubs ne sont pas dépensés assez vite.

    Toutes nos infos passeront par Facebook, il n’y a pas de raison qu’ils ne puissent pas nous cibler quand tout sera en place. Il ne peut cependant y avoir qu’un seul Facebook car faire migrer tout son entourage sur un autre réseau social n’est pas envisageable.

    Par contre, une multitude de niches peuvent exister et comme cela a déjà été dit, les niches sont beaucoup plus faciles à monétiser. Et vous savez quoi, j’y travaille…

  3. D’accord avec Cédric mais à moitié je trouve que l’exemple Google n’est pas bien choisi car l’algorythme de Google est le meilleur à quoi qu’on le compare…Cependant étant moi-même dans la difficulté de former des consultantes PR qui ne connaissent que peu le Web 2.0 j’ai constaté très récemment qu’il était bcp plus aisé pour moi d’utiliser Facebook où tout le monde est pour partager des photos, même de qualité médiocre que de les faire toutes s’inscrire sur Flickr…à mon grand regret…

  4. Intéressant. On a effectivement ce sentiment paradoxal où facebook ressemble à un réseau révolutionnaire, et parfois une application inutile.
    Pourtant même si facebook sait tout faire et au contraire ne rien faire, ce qui fonctionne a mon sens, est justement ces multiples fonctionnalités ambiguës qui favorisent les pratiques de bricolage et de détournement, et c’est le seul site social à le faire si bien.
    Mis à part ça, ce qui fonctionne aussi c’est la première connexion, l’amorce, où finalement, facebook fait un pont virtuel entre des personnes qui se connaissent physiquement (invitation du carnet d’adresse de l’adresse web). L’impact des sites sociaux dans le domaine des relations entre personnes physiques (cercle familial et proche) est sous estimé. Pourtant des études récentes mettent à jour cette importance primordiale qui renforce les liens familiaux et proches.
    Ce qui me fait penser que facebook a de la ressource.

  5. Poste intéressant, pour il convient de se mettre dans la peau d’un utilisateur lambda parfois. Et j’en suis parfois un.

    Et en tant qu’utilisateur lambda, j’en ai marre de devoir passer plus de temps à entrer mes identifiants + mdp qu’à utiliser le service visité.
    Donc FB a du bon parce que:
    – ça fait plein de trucs à la fois (photos, musique, videos, échange de commentaires/chat…), un peu au même titre qu’un Google account (Picasa, Google video, Gmail/GTalk…)
    – c’est l’endroit où je retrouve le plus de contacts. Et ça, c’est un cercle vertueux. Plus des gens s’inscrivent, et plus j’ai intérêt à m’y inscrire et éventuellement à délaisser des services plus de niche, où je trouve 4-5 geeks que je connais (comme mentionné plus haut)…

  6. Si Facebook est un canard, ceux qui l’utilisent sont les puces du canard, de petits parasites qui ne savent pas nager, pas voler et à peine marcher…Le canard fait tout à leur place.

    Et si le canard se noie, les puces disparaissent. Si le canard s’écrase au sol, les puces éclatent.

    Je préfère regarder les canards depuis la berge…Et ne pas voir les puces.

    Bon amusement quand même à ceux qui n’ont rien d’autre à faire dans la vie, de plus intelligent ou de plus utile…

  7. Rencontrer des gens, dialoguer avec un membre de sa famille, trouver une copine, retrouver un copain d’enfance…

    Et sortir, téléphoner, écrire, parler réellement avec de véritables personnes, échanger avec un voisin, nouer des contacts dans son travail…Facebook ou la vraie vie, Facebook ou un vrai monde, la machine ou l’homme…?

    Il faut être soit un peu attardé, soit intellectuellement très pauvre, socialement très étroit, sexuellement très coincé, technologiquement très malhabile pour se satisfaire de ces fenêtres virtuelles qui apportent bien moins qu’une bonne poignée de main, un regard, un dialogue ou un baiser…

    Mais il est vrai que Facebook a quelques avantages : vous n’avez pas besoin de préservatif, vous n’attraperez pas la grippe, vous ne saurez pas que votre amie siffle son litre de vin en vous débitant des propos vides de sens, que son chien sent mauvais, que ses toilettes ne sont pas propres, que sa cuisine est infame… Sur facebook, elle est belle, et c’est tout ce qui compte.

    Pauvre de vous.

  8. Alors je tombe sur ce billet en nettoyant mon agrégateur, l’ouvre, voyant le titre « Facebook ou le syndrome du canard »,je cherche une contrepèterie, mais rien à faire.

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