De l’hégémonie des réseaux sociaux

Malgré tout ce que vous avez pu lire sur ce blog au sujet de l’importance qu’on prit les médias sociaux dans le paysage culturel actuel, je pense qu’il faut tout de même savoir garder les pieds sur terre et prendre un peu de recul par rapport à ce phénomène.

Les réseaux sociaux ne remplaceront pas l’email

À l’origine de cette réflexion se trouvent cette série d’articles très optimistes prédisant la fin de l’email au profit des réseaux sociaux : Social Networking More Popular Than Email et Facebook Eats Away at Email Usage on Today’s Web. OK , soit, je veux bien croire que les chiffres de croissance de l’audience de Facebook et Twitter sont spectaculaires, que l’internet vit maintenant au rythme de l’information en temps réel, que les échanges ne sont plus textuels mais multi-formats (photos, vidéos, live…), que l’on valorise plus facilement le graph social étendu que les carnets d’adresses privés, bla bla bla… mais il faut tout de même prendre un peu de recul sur le phénomène des réseaux sociaux :

Autant je pourrais me passer de mon profil Facebook et même fermer mes blogs, autant sans email je ne peux plus travailler et je ne suis pas certain de pouvoir communiquer efficacement avec mes amis et mon réseau. Je ne comprends pas bien d’où ce débat est parti, en tout cas je suis persuadé qu’il n’est pas raisonnable d’opposer réseaux sociaux et email (l’un ne va pas remplacer l’autre), ils peuvent tout à fait cohabiter pendant encore de très nombreuses années.

Les réseaux sociaux ne remplaceront pas les CV

Il en va de même pour les CVs : j’entends à droite et à gauche que le CV est mort et que l’important est de soigner sa présence sur les médias sociaux et son personnal branding. OK, mais à un moment où un autre du processus de recrutement il va bien falloir fournir un CV, et s’il n’est pas optimisé vous serez pénalisé.

Quand au danger que représente votre profil Facebook pour votre carrière professionnelle, j’espère ne rien avoir à vous apprendre sur ce sujet…

Les réseaux sociaux ne remplaceront pas les moteurs de recherche

Idem pour le search, il parait que votre réseau d’amis est bien plus pertinent que les moteurs de recherche. Ha bon ? Alors je veux bien que vous me donniez accès à votre réseau ! Plus sérieusement comment un réseau « d’amis » peut fournir une meilleure pertinence que Google ? Cela relève de la science fiction. Peut-être sur des sujets ultra-ciblés (la dernière campagne de buzz qui tourne depuis ce matin) mais très certainement pas pour le grand public. C’est bien beau d’avoir des moteurs de recherche sociaux en temps réel comme OneRiot mais est-ce que la réponse la plus fraiche est forcément la meilleure ?

Alors il y a bien entendu le problème du bruit et de la surabondance d’informations auquel les filtres sociaux sont censés apportés une réponse. OK, j’adhère à la théorie qui veut que vous avez forcément dans votre graph social des personnes qui font un travail de veille et de filtrage amont pour vous aider à gagner du temps, mais que se passe-t-il quand c’est vous le filtre ? Qui me fait gagner du temps à moi ? Si je fais 3 à 4 heures de veille par jour, c’est avant tout pour que cela me profite sinon il va impérativement falloir que j’y trouve une compensation.

Il y a également le principe de la sérendipité et de la faculté des médias sociaux à vous faire découvrir de nouveaux contenus : Social Media: The Next Great Gateway for Content Discovery?. OK très bien, mais dans ce cas là nous parlons de recherche passive, ce n’est pas tout à fait la même chose.

Et même dans le cas de campagnes publicitaires / d’influence, la réalité est mitigée puisque les deux se complètent : The Synergy of Search and Social Media.

Les réseaux sociaux ne vont pas remplacer votre site corporate

J’ai gardé le meilleur pour la fin : l’audience, la couverture et l’influence des médias sociaux serait telle que plus personne ne s’intéresse à votre site institutionnel (cf. Is Social Media Making Corporate Websites Irrelevant?). OK et alors ? Faut-il le mettre hors ligne et le remplacer par un page Facebook ou un profil Twitter ? Mais non enfin soyons sérieux : Les médias sociaux fonctionnent comme des relais, chambre de résonance, des lieux de discussion… mais ils ne peuvent décemment pas être considérés comme des sources d’information. Je suis intimement persuadé qu’une information se propage d’autant plus vite qu’elle est facilement vérifiable (au hasard, sur un site officiel).

Une présence sur les médias sociaux est à envisager comme un complément et surtout comme uns stratégie sur le long terme. Ce n’est pas parce que vous ouvrez un flux Twitter que vous aller avoir des dizaines de milliers de followers du jour au lendemain qui vont être pendant à leur lecteur en attendant vos updates. Une présence sur les médias sociaux se réfléchit, se prépare et se travaille. Autant vous êtes maitre de votre site web, autant vous devez mériter votre place sur les médias sociaux.

Nous en revenons donc au message que j’essaye de faire passer depuis le début : Les médias sociaux ne servent pas à compenser une faiblesse. Ils ne sont réellement bénéfiques que si vous n’avez pas grand chose à vous reprocher. Cela veut dire qu’il faut au préalable avoir une offre en phase avec le marché… ou un site web qui assure un minimum de chose : une identité graphique cohérente avec votre positionnement et votre posture de marque, des informations fiables (à défaut d’être très fraiches) et des moyens de contact valides.

Conclusion : soignez vos fondamentaux

Donc au final :

  • N’abandonnez pas tout de suite votre adresse email car elle va encore servir pour de nombreuses années (oui, même pour s’inscrire à Google Wave il faut un email) ;
  • Mettez à jour votre CV pour qu’il fournisse un minimum d’informations pertinentes ;
  • Apprenez à vous servir des équations de recherche et des options de filtre de Google ;
  • Aligner votre site web à vos ambitions / votre stratégie.

Quand vous aurez fait tout ça, alors investissez du temps et de l’énergie dans les médias sociaux.

W3C, IMDB, MSDN… quand les dinosaures se font une jeunesse

La loi des série c’est encore une fois vérifiée car à peine un mois après la publication d’un article sur la refonte de « vieux » sites (Wikipedia et Craigslist) voici qu’en quelques jours se sont trois dinosaures du web qui ont changés de peau : W3C, IMDB et MSDN. Ne vous méprenez pas, « dinosaures » n’est pas un terme péjoratif ou synonyme de mauvaise qualité ou ringard, il désigne juste des sites web de plus de 15 ans d’existence (un record de longévité). Prenons ainsi l’exemple du crocodile, une bestiole qui n’a quasiment pas évoluée depuis sa « version » préhistorique, tout simplement parce qu’elle n’a pas eu besoin d’évoluer. Pour certains sites web c’est la même chose : certains devaient évoluer, d’autres non.

Tout ceci tombent justement à pic pour illustrer les propos de Jakob Nielsen sur la refonte incrémentale : Fresh vs. Familiar: How Aggressively to Redesign. Les propos du Dr Nielsen sont de dire que les internautes n’aiment pas trop le changement et qu’il est préférable de procéder à une refonte par petits bouts (incrémentales) plutôt que de tout casser et reconstruire au risque de provoquer un sentiment de rupture et une perte de repères.

Commençons par l’exemple du W3C qui a complètement refondu son site (mise en page, structure, navigation…) :

Le nouveau site du W3C
Le nouveau site du W3C

Les changements sont importants mais sont-ils réellement perturbant dans la mesure où il n’y avait quasiment rien à garder dans la précédente version : un contenu mal structurer, un design archaïque et un système de navigation très limité. La nouvelle version apporte une solution à chacunes des ces lacunes avec un design moderne, une navigation simplifiée par groupes de standards et une grille de lecture cohérente. Non vraiment je ne regretterais pas l’ancienne version.

Intéressons-nous maintenant au cas de IMDB qui n’a pas changé grand chose à son site si ce n’est le header :

Le nouveau site d'IMDB
Le nouveau site d'IMDB

Ce cas de figure est intéressant car le cœur de page fonctionnait bien (structure et lisibilité des fiches) et parce que la navigation latérale ne représentait pas un handicap (évolutivité, intuitivité). Du coup, seules la navigation et la recherche avaient besoin d’une refonte. Un coup de neuf qui ne perturbe donc pas les habitués tout en améliorant l’expérience utilisateurs. Un authentique coup de force surtout lorsque l’on sait que ce site vient de fêtes ses 19 ans !

Terminons nos exemples avec MSDN qui a subit une cure de minceur :

Le nouveau site de MSDN
Le nouveau site de MSDN

Beaucoup de place a donc été gagnée au niveau de header par rapport à la précédente version. Même si la grille de lecture est plus dense, les traitements graphiques minimalistes allègent la mise en page et procurent une lisibilité maximale tout en améliorant les performances (un critère très important pour la cible visée). Vous noterez au passage l’intégration de Bing comme moteur de recherche officiel.

Voici donc trois cas de figure intéressants pour illustrer un travail de refonte : du plus « léger » au plus « lourd ». Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à les signaler dans les commentaires.

Les acquisitions ratées de Google

Alors que Google vient d’annoncer des résultats trimestriels flamboyants et que les invitations pour Google Wave distribuées au compte goute se revendent sur eBay, je m’interroge sur les raisons de l’échec du rachat de certaines start-up. Échec ? Oui tout à fait, car si l’on remonte le temps, toutes les acquisitions de Google n’ont pas été fructueuses :

  • Jotspot, un formidable outil de collaboration en ligne qui a été refondu en Google Sites. Quel dommage de dénaturer cette solution d’intranets applicatifs à la sauce wiki en un produit de collaboration un peu cheap, il y avait réellement de quoi barrer la route à SocialText.
  • Measure Map, un très bon outils de mesure d’audience dédié aux blogs qui a été refondu dans Google Analytics. Un beau gâchis, surtout si l’on met ça en parallèle avec le rachat de FeedBurner, l’outil d’analyse des flux RSS, dont le service n’a quasiment pas évolué (et dont le fondateur est parti). Là encore il y avait de quoi verrouiller le marché de l’analyse d’audience des blogs (site + flux RSS).
  • Jaiku, un très visionnaire outil de microblogging qui a depuis été abandonné et dont le code source a été publié. Il n’y avait pas de quoi faire barrage à l’irrésistible ascension de Twitter mais un potentiel largement suffisant pour étouffer FriendFeed ou Tumblr.
  • DodgeBall, un réseau social local qui a fait long feu et dont le fondateur est parti pour créer FourSquare. Idem, ce service ne demandait qu’à exploser et surtout à neutraliser le volet « social » de Yelp.

Pourquoi ? Pourquoi ces 5 pépites (car en avance de phase au moment de leur acquisition) n’ont-elles pu bénéficier de l’effet de levier de Google ? Étrange dans la mesure où Google nous a montré sa capacité à faire cohabiter des marques fortes (Blogger, YouTube, Picasa…) au sein de sa galaxie. Peut-être cela est-il dû à une incompatibilité des équipes avec la culture interne, après tout Google n’est plus réellement une strat-up !

Toujours est-il que cela prouve que l’intégration de start-up dans une plus grosse structure n’est pas chose facile. Yahoo! par exemple n’a toujours pas fini de « digérer » FlickR, Delicious ou MyblogLog.

Attendons donc de voir ce que Facebook va faire de FriendFeed et soyons attentif aux prochaines acquisitions…

10/GUI réinvente le pavé tactile pour remplacer la souris

Depuis le début de la semaine on peut voir tourner une vidéo énigmatique sur un concept révolutionnaire de pavé tactile géant multi-touch qui viendrait remplacer la souris. Remplacer la souris ? Oui tout à fait, car il faut dire qu’en presque 40 ans la souris n’a pas beaucoup évoluée, tout au plus lui a-t-on retiré son fil, sa boule et lui a-t-on rajouté quelques boutons et une molette. Mais j’ai comme l’impression qu’avec le succès de l’iPhone et la généralisation prochaine des terminaux multi-touch, cette dernière va bientôt se retrouver en pré-retraite. À moins qu’Apple et Microsoft ne parviennent à lui donner une seconde vie (cf. Apple to Ship Multitouch Mice With New iMacs Soon et Microsoft Research shows off multitouch mouse prototypes).

Toujours est-il qu’un certain Clayton Miller a décidé de révolutionner notre façon d’interagir avec les ordinateurs en proposant ce concept remarquable  : 10/GUI.

http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=6712657&server=vimeo.com&show_title=1&show_byline=1&show_portrait=0&color=00ADEF&fullscreen=1

La base de sa réflexion est de dire que les terminaux multi-touch qui vont arriver sur le marché posent des problèmes ergonomiques en créant des tensions au niveau du bras (pour un écran sur pied) ou du coup (pour un touchbook) :

10GUI_1

Son approche est de remplacer la souris par un gigantesque pavé tactile multi-touch :

10GUI_2

Vous noterez au passage que cette idée de grande zone tactile n’est pas neuve puisqu’on la retrouve notamment sur les palettes graphiques Bamboo de Wacom ou sur l’OLPC :

olpc

Petite différence par rapport aux autres pavés, il propose de remplacer les deux boutons par deux zones de chaque côté :

10GUI_3

Mais sa réflexion ne s’arrête pas là car il propose également d’adapter l’écran de travail (le bureau) à cette nouvelle interface en abandonnant le système de fenêtres multiples qui flottent au profit de fenêtre alignées dans une grande frise à mi-chemin entre l’Exposé de Mac OS et le alt+tab :

10GUI_4

Le bureau ressemble donc à un bureau « traditionnel » avec ses widgets, mais la grande nouveauté vient de l’affichage des doigts à l’aide d’un senseur de proximité qui détecte ces derniers lorsqu’ils sont juste au-dessus du pavé (ici l’utilisateur fait un clic avec son auriculaire) :

10GUI_5

Un clic du doigt sur la zone tactile à droite fait apparaitre le menu des applications et des services (search) :

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En cliquant sur la zone de gauche vous accédez aux fonctions de l’application active (ici un traitement de texte) :

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La manipulation des fenêtres et objets se fait à l’aide de combinaisons : deux doigts pour manipuler un objet dans une application, trois doigts pour basculer d’une application à une autre et quatre doigts pour minimiser les fenêtres d’application et accéder à la fameuse frise :

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En pinçant vos doigts vous réduisez la taille des fenêtres et pouvez accédez à une vue d’ensemble où les fenêtres sont regroupées par application (si plusieurs documents sont ouverts en même temps) et sont illustrées avec des pictos :

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Rien à redire, ce système est redoutable. Même si cela peut vous paraitre déroutant d’abandonner votre souris, imaginez ce périphérique comme un pavé tactile de nouvelle génération :

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Même si ce produit n’existe que sous forme conceptuelle, il faut bien admettre que le concept est très poussé qui pourrait aller de paire avec les bureaux 3D et pourquoi pas les interfaces en relief.

Plus sérieusement je pense que ce concept préfigure ce qu’Apple risque bien de nous sortir avec sa futur MacTablet (cf. Why Apple’s Tablet Will Rock).

Alors, ça vous tente ?

Bientôt une version 3.0 pour Papervision3D optimisée pour Flash 10

Annoncée en mars dernier, la nouvelle version de Papervision3D (baptisée provisoirement PapervisionX) a enfin été annoncée officiellement : Papervision3D is Shifting Gears. Il s’agira donc de la version 3.0 qui représente une évolution majeure par rapport à la 2.1 puisqu’entièrement réécrit pour profiter pleinement du Flash Player 10.

Voici donc une excellente nouvelle… mais qui ne se concrétisera pas avant plusieurs mois !

En attendant, vous pouvez toujours prendre votre dose quotidienne de 3D dans Flash sur les différents blogs de la « galaxie » Papervision :

Il y a assurément une communauté solide derrière cette librairie qui semble vouloir distancer les autres. À ce sujet je suis preneur d’un comparatif des librairies 3D, n’hésitez pas à déposer vos liens dans les commentaires (billet à suivre bientôt).