Minimalisme et inspiration chez Nordstrom

Aux États-Unis, Nordstrom est une institution : marque centenaire, cette chaîne de grands magasins fait partie du quotidien des américains et exploite par la même un site de commerce en ligne qui figure parmi mes favoris. Récemment ils ont… tout changé (à l’américaine) pour proposer une expérience radicalement différente.

Ça commence dès la page d’accueil avec un carrousel façon Polaroïd et un bandeau de navigation minimaliste (seulement trois items) :

Nordstrom_home

Au niveau des pages intérieures, nous gardons ce même esprit minimaliste avec beaucoup d’espaces blancs et une attention concentrée sur les visuels. Ici, le Style Guide se manipule très facilement à la souris en cliquant sur les silhouettes et les views :

Nordstrom_StyleGuide

Vous noterez l’étonnant bandeau de navigation où le fil d’Ariane est directement intégré dans l’onglet. Inédit, mais plutôt efficace pour bien cloisonner les univers (produits, marques, communauté).

La page de catégorie est également un très bel exemple de minimalisme avec un moteur de filtre très simple d’utilisation en haut de page et des variantes de produit facilement accessibles (bouton « See colors » sous la photo) :

Nordstrom_Category

Il y a également une fonctionnalité d’assistance au choix très originale qui mélange formulaire narratif et inspiration visuelle (glissez les vignettes dans les espaces blancs) :

Nordstrom_CreateStyle

Il y a également un univers éditorial et communautaire un peu plus « touffu » avec des articles, de la vidéo et des fonctionnalités sociales dans tous les sens. Rien de très révolutionnaire, mais une belle mise en scène des titres et liens :

Nordstrom_Conversation

J’ai été au début très déstabilisé par cette nouvelle version qui tranche par rapport à la précédente (beaucoup moins funky mais diablement efficace). L’ensemble est parfaitement cohérent (assez proche du site des 3 Suisses) et procure une très expérience d’usage très agréable. Mission accomplie !

Non, les blogs ne sont pas morts, bien au contraire !

Ces derniers temps je n’entends parler que de Facebook, Twitter et Foursquare. Ces plateformes sociales sont bien évidemment très actives, mais j’ai comme l’impression qu’elles sont largement sur-représentées par rapport aux autres médias sociaux et aux blogs en particulier. Aussi je souhaiterais mettre en lumière deux choses avec cet article :

  1. La blogosphère ne s’essouffle pas, elle se transforme ;
  2. Les blogs sont la matière première des conversations qui alimentent les autres médias sociaux et notamment ceux qui favorisent les conversations rapides (Twitter et Facebook).

Pour étayer mes propos, je profite de plusieurs grosses études publiées récemment.

La blogosphère ne s’essouffle pas, elle se transforme

La firme eMarketer a ouvert le bal le mois dernier avec un rapport sur les usages des blogs aux US : Blogging is Alive and Well, Says Report. Non seulement la fréquentation des blogs est en croissance, mais également le nombre de blogueurs :

Blogging_stats_sep10

Ces chiffres ne sont pas des statistiques 100% mais des prévisions. Il n’empêche que les analystes sont résolument optimistes vis-à-vis des blogs, du moins sur le marché US. Cette tendance est confirmée par BlogPulse qui a dénombré près de 150 millions de blogs actifs : State of The Blogosphere in 2010.

Le panel est mondial et nous montre surtout que la blogosphère est dominée par la langue anglaise, de ce fait, les pays anglophones sont de plus gros consommateurs. Le rapport confirme également la tendance à la stabilisation du nombre de rédacteurs. Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cette stagnation :

Bref, tout ceci participe à tirer le nombre de blogs actifs vers le bas (au plus proche de la réalité). Ce n’est pas plus mal, car cela permet de se baser sur des chiffres fiables (contrairement à certains réseaux sociaux qui confondent manifestement nombre d’utilisateurs actifs et nombre de comptes ouverts, hum-hum).

Une autre étude de Forrester apporte par contre un éclairage plus intéressant : A Global Update Of Social Technographics. Cette étude qui compile les données de plus de 275.000 utilisateurs du web met en évidence l’émergence d’une nouvelle catégorie d’utilisateurs : les conversationalists (désolé, pas de traduction française).

European_Social_Technographics-532x550

Cette nouvelle catégorie représente près d’1/3 des usages des médias sociaux et vient donc fortement aplanir les courbes de croissance des catégories adjacentes (Creators et Critics). Le tassement de la croissance des blogs s’explique donc par une explosion des conversations rapides qui permettent d’assouvir le besoin d’expression des utilisateurs :

MS_Growth_World

Au niveau européen et même français, certains créateurs de contenus se rabattent donc sur une forme d’expression moins laborieuse (environ 11% des adultes français sont des créateurs de contenus « sociaux »). Cette tendance signe-t-elle la fin des blogs ? Non pas du tout, bien au contraire !

Les blogs sont la matière première des conversations

Nous venons donc de voir que la mécanique de Darwin s’applique à la blogosphère : seuls les plus motivés subsistent, les autres évoluent. Cette évolution n’est pourtant pas synonyme d’un changement du rapport de force : les blogueurs sont en minorité, mais ils restent au centre des attentions. D’une part, car les conversations rapides ne naissent pas spontanément, elles se nourrissent forcément d’une matière première (les billets). D’autre part, car les volumes d’audience des plateformes conversationnelles (Facebook, Twitter) renforcent encore la visibilité des écrits. En d’autres termes : moins il y a de blogueurs et plus ils bénéficient d’une visibilité élevée car ils ne sont pas mis en « compétition » sur leur plateforme : A Blog is a Better Social Media Hub Than Twitter.

Ceci vient renforcer ce que j’avais constaté il y a quelques mois au sujet de la qualité des contenus sur Facebook : les conversations les plus intéressantes naissent et vivent à proximité immédiate des contenus (les blogs) et perdent de l’intérêt à mesure qu’elles s’en éloignent (relayées par une chaine à plusieurs maillons sur Facebook et Twitter).

Conclusion : Même si les chiffres montrent que l’audience est concentrée sur Facebook, il est impératif de continuer à surveiller de près la blogosphère car les blogs sont à la source de l’influence.  Le plus pertinent serait donc de mettre en place un dispositif à la fois qualitatif (sur les blogs et forums où les discussions sont plus nourries) et quantitatif (sur des plateformes comme Facebook et Twitter qui vont démultiplier la portée d’un article ou d’une discussion).

Microsoft en quête de compétences pour sa future plateforme virtuelle sociale

La semaine dernière le petit monde des univers virtuels était en ébullition suite aux rumeurs de rachat de Second Life par MicrosoftMicrosoft making a play for Linden Lab (et accessoirement d’Adobe également). Linden Lab dans le panier du géant de Redmond ? La rumeur peut surprendre, mais elle est visiblement bien réelle (précisons que Linden Lab a refusé l’offre). Qu’à cela ne tienne, quand Microsoft a une idée derrière la tête, rien ne les arrête. La preuve puisque dans la foulée nous apprenons que Vivaty, le tchat en 3D qui avait fermé ses portes il y a quelques mois, a en fait été repris par Microsoft. Pire, cette acquisition ne serait que le début d’une longue série : Microsoft Buys Vivaty For New Project, May Be Looking For More.

Vivaty

Cet investissement est surprenant car :

  1. Les environnements virtuels « casual » n’ont plus vraiment la cote (Metaplace et There ont également fermé boutique cette année) ;
  2. Le montant est tout de même sacrément élevé (entre 50 et 75 millions de $) ;
  3. Le marché a plus les yeux braqués sur les social games.

Ceci étant dit, il s’avère que Microsoft est également en recherche active de studios de développement de social games : Microsoft’s Secret Acquisition Spree. Mais alors pourquoi miser sur la 3D ? Tout simplement pour faire la différence avec la concurrence.

Je m’explique :

  • Le segment des casual games est hyper-concurrentiel (mouvements de consolidation dans tous les sens) mais également très instable (les éditeurs étant à la merci de Facebook et de ses CGUs qui changent tous les mois) ;
  • Opérer une plateforme virtuelle sociale à très grande échelle est un véritable challenge technologique qui n’est pas à la portée de tous (souvenez-vous que Google s’y est cassé les dents avec Lively) ;
  • La tendance retro-gaming a fait ses preuves sur des plateformes de jeux comme l’iPhone et ne devrait pas tarder à conquérir d’autres supports.

L’idée de Microsoft serait donc de mélanger social gaming avec une touche rétro et le tout avec beaucoup d’ambition… tout ceci ne vous rappelle rien ? Game Room, Bingo !

GameRoom_logo

 

En début d’année Microsoft avait ainsi annoncé le lancement prochain de Game Room, un environnement virtuel pour Xbox et PC où les joueurs peuvent créer leur propre salle d’arcade, la décorer, acquérir des licences de jeux vintages et y inviter leurs amis (cf. CES 2010, les nouveautés de Microsoft, Lego, Blizzard et Build-a-Bear).

MS_game_room

L’équation de Microsoft est donc la suivante : Environnement virtuel + jeux retro + couche sociale. Ils maitrisent déjà la distribution et la monétisation (Xbox Live), ils ont déjà signé des accords avec les éditeurs (Atari, Intellivision, Konami…), ils ne leur restaient plus qu’à acquérir les compétences pour faire fonctionner un environnement virtuel à grande échelle (d’où la grosse somme pour s’assurer de récupérer les meilleurs collaborateurs de Vivaty) et pour maitriser les mécaniques sociales (d’où la série d’acquisitions à venir).

Tout ceci n’est que supposition, mais je suis persuadé que l’ambition de Microsoft va bien plus loin que ce Game Room tel qu’il est commercialisé. Dans un premier temps la prochaine étape sera de s’affranchir des contraintes de distribution / installation avec un environnement virtuel dans le navigateur (Silverlight devrait pouvoir faire ça sans problème, sinon ils passeraient par une technologie propriétaire de transition). La deuxième étape de cette transformation serait de développer une nouvelle génération de social games qui s’appuieraient sur le 3D pour proposer des environnements plus immersifs et se démarquer de concurrents redoutables comme Zynga, Playfish (propriété d’EA) ou Playdom (propriété de Disney).

Est-ce que ça fait sens pour vous aussi ?

Unity3D bientôt la référence des Rich Internet Games ?

La semaine dernière Unity a sorti la version 3 de sa plateforme : Unity 3, what’s new? Par « plateforme », comprenez l’environnement de production (l’éditeur), de déploiement (les moteurs graphiques disponibles sur de nombreuses plateformes desktop et mobiles) ainsi que le web player. Longtemps attendue, cette nouvelle itération représente un saut qualitatif très important pour une solution bien plus abordable que d’autres moteurs graphiques : Unity 3 brings very expensive dev tools at a very low price.

Les améliorations concernent surtout la gestion de la lumière et des textures. Le rendu est visuellement très impressionnant comme en témoigne cette vidéo :

Outre les qualités indéniables de cette nouvelle version (j’y reviendrais plus bas), Unity s’est également trouvé un partenaire de choix avec Electronic Arts qui va utiliser la plateforme pour accélérer le temps de développement / déploiement d’un certain nombre de ses produits sur différents supports (PC, Mac, consoles, iPhone/iPad, Android…) : Electronic Arts Gives Unity’s Game Development Platform A Big Wet Kiss. Ce partenariat prolonge ainsi une collaboration déjà entamée sur Tiger Woods PGA Tour Online.

Tiger-Woods-PGA

Pour bien apprécier les capacités de cette technologie, rien de tel qu’un petit jeu en ligne comme le tout récent Bootcamp qui vous place dans la peau d’un soldat. Le but n’est pas de proposer un jeu au gameplay parfait mais plutôt de mettre en scène les possibilités graphiques du plugin. Ça commence donc avec une vue aérienne dans les nuages pendant le chargement (avec de très beaux volumes) :

Unity3D_Bootcamp0

Vous avez ensuite accès à une vue depuis l’intérieur du cockpit pour admirer la profondeur de champ :

Unity3D_Bootcamp1

Puis, vous vous posez et vous pouvez admirer la finesse des détails (arbres, buisson, rivière…) ainsi que les rayons de soleil atténués par les branches d’arbre :.

Unity3D_Bootcamp2

Au bout de quelques pas, vous accédez à une zone plus urbaine avec des bâtiments de grande taille qui ne ralentissent pas le rendu grâce à la technique de l’Occlusion Culling (le moteur n’affiche que ce qui est visible par les yeux du joueur) :

Unity3D_Bootcamp3

Vient ensuite une partie plus rythmée où vous pouvez vous entrainer au tir avec des drones :

Unity3D_Bootcamp4

Au final, nous avons un rendu visuel et des algorithmes de traitement de premier choix. Bon par contre il faut bien avouer que l’affichage de tous ces détails monopolise une bonne partie de la ressource de votre machine (en fait TOUTE la ressource). Ceci signifie que cette troisième mouture ne bénéficie par encore pleinement de l’accélération matérielle, donc que le plugin ne peut pas se reposer sur la carte graphique à 100%.

Concrètement, nous avons donc une technologie de rich internet games qui semble en avance sur la concurrence… mais pas tout à fait prête pour le marché des desktops. Autant cette plateforme est utilisée avec succès sur les terminaux mobiles, autant je pense qu’il faut plus regarder du côté de WebGL pour une solution « industrielle » plus robuste sur les desktops. Plus robuste pour quoi au juste ? Plus robuste pour proposer une solution viable afin de prendre des parts de marché aux jeux traditionnels ou aux jeux en free-to-play qui nécessitent encore l’installation d’un gros software.

Mais ça ne veut pas dire non plus qu’Unity n’est pas une solution viable : Paradise Paintball est ainsi un très bel exemple de compromis intelligent entre qualité du rendu graphique, jouabilité et potentiel social. J’attends à ce sujet avec impatience la quatrième version qui devrait certainement exploiter les capacités de la plateforme d’Unity 3.

Conclusion : Unity 3 a pris une bonne longueur d’avance sur les plateformes mobiles (smartphone, PSP…) mais doit encore progresser avant de pouvoir se mettre à l’abri de concurrents comme les solutions propriétaires (par exemple celle utilisée pour Quake Live ou InstantAction) ou encore les moteurs de jeux reposant sur HTML5 comme l’Aves Engine de Dextrose récemment racheté par Zynga.

Une nouvelle expérience de consommation des médias avec les webdocumentaires

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des webdocumentaires, un format à mi-chemin entre site web et DVD-Rom : France5 et CuriosphereTV expérimentent les web-documentaires. Je souhaiterais aujourd’hui rattraper une grande injustice et vous faire l’apologie de Prison Valley, un superbe web documentaire sorti il y a quelques mois et coproduit par Arte, Upian et le CNC qui vous plonge dans l’univers incroyable d’une ville-prison du fin fond de l’Amérique.

PrisonValley_accueil

Ce n’est pas le premier webdocumentaire réalisé (il me semble que le premier date de 2007 : Thanatorama) mais c’est à ce jour le plus abouti avec près de 250 K€ de budget et un certain nombre de récompenses (cf. Les webdocumentaires d’Upian). Ce qu’il y a de particulièrement intéressant avec ce « site » c’est qu’il intègre de façon parfaitement harmonieuse la narration vidéo interactive et la dimension sociale. Pour accéder au documentaire, il faut ainsi se créer un compte ou se connecter avec un profil Facebook ou Twitter. Pourquoi ? Tout simplement pour faire vivre le site de nombreux mois après sa publication, ou plus précisément pour faire vivre les discussions en rapport avec le sujet traité.

Le site est ainsi étendu sur différents médias sociaux avec un blog, un forum, une page Facebook et un compte Twitter. Le « produit » est également disponible en VOD, en application iPhone et en livre.

Mais ce qui nous intéresse particulièrement c’est le site web et son incroyable modèle d’interaction où la trame narrative est enrichie par de nombreux d’éléments interactifs. Le fil rouge est bien entendu le documentaire en lui-même qui est découpé en plusieurs chapitres :

PrisonValley_video

L’interface est très épurée avec une timeline et un bouton unique qui permet de rentrer au motel où séjournaient les journalistes. La chambre du motel sert ainsi d’écran d’orientation entre les différents chapitres de la vidéo et les contenus additionnels :

PrisonValley_motel

Au fur et à mesure du visionnage des séquences vidéo, vous amassez des indices qui vous apportent un complément d’information sur l’enquête en cours. La référence au monde des jeux vidéo est ici évidente, mais elle fonctionne particulièrement bien dans ce contexte :

PrisonValley_indices

Les différents personnages qui sont mentionnés dans le reportage viennent compléter une galerie à laquelle il est possible d’accéder, toujours pour avoir des compléments d’infos :

PrisonValley_perso

L’expérience d’utilisation de ce site est réellement unique : l’immersion est totale et le documentaire est ponctué de nombreux embranchements pour maintenir l’attention de l’internaute et lui donner envie de consulter les bonus. Le basculement d’un écran à un autre est parfaitement intuitif et les boutons sont suffisamment larges pour pouvoir manipuler cette interface à l’aide d’un touchbook.

Un touchbook comme l’iPad ? Non car l’iPad souffre de limitations qui ne permettent pas de consulter ce site (en Flash), mais de nombreux modèles concurrents vont voir le jour d’ici la fin de l’année et permettront de pleinement profiter de ce format. Pleinement ? Oui car c’est en position de repos (assis ou allongé) que ce documentaire se consomme, les manipulations étant réduites au strict minimum.

Là où je suis particulièrement conquis par ce format c’est qu’il fonctionne à la fois sur les touchbooks (pour un premier visionnage) mais également sur un ordinateur (pour l’accès au bonus et la participation aux discussions). La formule magique semble donc avoir été trouvée : un document vidéo chapitré + des contenus additionnels + une interface minimaliste + des espaces d’interactions sociales.

Ce documentaire préfigure-t-il l’avenir du web ? Non car les sites traditionnels continueront de dominer le web pour de nombreuses années. Par contre, attendez-vous à voir fleurir de nombreux autres formats novateurs de ce type qui parviennent à repousser les limites du web.