Google ambitionne-t-il de devenir notre système d’exploitation personnel ?

Voici un extrait d’un article publié en 2005 par le Time Magazine (On the Frontier of Search) : « Vous atterrissez tard dans la soirée dans une ville où vous ne connaissez personne. Vous n’avez pas eu le temps de réserver un hôtel, votre bagage ne s’est pas présenté dans le carrousel et l’air conditionné de l’avion vous a donné un petit mal de gorge. Que faire ? Avec votre téléphone mobile, vous Googlez votre valise – elle est équipée d’une petite puce qui vous permet de la localiser – pour constater qu’elle a été déposée 200 mètres plus loin, au terminal suivant. En allant la chercher, vous en profitez pour chercher une chambre d’hôtel. L’écran de votre téléphone vous montre des images de plusieurs hôtels dans votre gamme de prix, avec des vues depuis la fenêtre de votre chambre. Votre moteur de recherche vous donne la liste des pharmacies qui sont encore ouvertes à cette heure et vous annonce que votre groupe de blues favori jouera au festival de la ville durant le week-end. Le moteur, qui peut chercher sur votre ordinateur resté à domicile, vous rappelle qu’un ami de collège vous a envoyé un mail il y a un an pour vous dire que lui et sa femme avaient déménagé dans cette ville (ce que vous aviez oublié). Vous décidez de les inviter au festival. » (traduction extraite d’Internet Actu : L’avenir de la recherche).

À l’époque, cet article m’avait paru complètement surréaliste, et les différents commentaires tournaient essentiellement autour de la confidentialité et de l’utilisation abusive des données personnelles. Huit ans plus tard, la situation a bien changé, car Facebook a réussi à nous faire admettre que la confidentialité est un truc de ringard (« We live in an open world« ) et car Google a déjà livré la plupart des services décrits dans cet article (Google Now, le nouveau Google Maps, Google+…). En prenant un minimum de recul, on se rend compte que le pas franchit par Google en moins de dix ans est gigantesque, et qu’au cours des dix prochaines années ils vont nous livrer des services encore plus incroyables sur la base du Knowledge Graph ou des Glass (cf. Quels usages pour les lunettes Google Glass).

Si le Siri d’Apple avait fait beaucoup (trop ?) de bruit à sa sortie, je pense que nous ne mesurons pas bien le potentiel derrière Google Now. Le plus impressionnant avec cet assistant est sa capacité à anticiper vos besoins. Par exemple, il regarde dans votre agenda l’heure et le lieu de votre prochain RDV, calcul le temps de trajet en fonction des données en temps réel de la circulation ou de l’état des transports en commun, vous signale quand il est temps de partir et vous propose de notifier vos interlocuteurs par SMS de votre retard éventuel. Tout ceci est rendu possible grâce à la stratégie de diversification de Google dont les services concernent maintenant quasiment l’ensemble de nos activités quotidiennes :

Tous ces services étant bien évidemment liés par le biais d’Android et/ou Chrome. Le dernier domaine sur lequel Google n’a que peut d’emprise est la télévision, mais les choses pourraient changer avec les micro-consoles. Donc oui, effectivement, Google sait énormément de choses sur vous et votre quotidien : toutes vos données personnelles sont stockées, analysées, recoupées… dans le but de vous proposer des services à valeur ajoutée comme Google Now ou les très impressionnants Gmail Action Buttons : Take action right from the inbox.

Loin de moi l’idée de relancer le débat sur la confidentialité et les dérives potentielles de l’exploitation des données personnelles. Je pense ne pas me tromper en disant que notre économie et la société dans laquelle nous vivons reposent sur des systèmes d’information qui exploitent les données personnelles à très grande échelle, et ce depuis des décennies. Mais si vous ne voulez pas être fiché, débarrassez-vous de votre téléphone, de votre carte de crédit, de votre carte de transport, votre passeport… et adoptez le mode de vie d’après-guerre (la seconde guerre mondiale, pas la guerre du Golf).

Bref, le débat ne porte pas sur la confidentialité, mais plutôt sur notre dépendance à  l’internet et à Google en particulier puisqu’il occupe une place centrale sur la toile. Signalons que les premiers écrits sur ce sujet remontent à 2008 (Is Google Making Us Stupid?) et que l’on nous ressort la question régulièrement (Does the Internet Make You Dumber?Does the Internet Make You Smarter?) et à toutes les sauces (Les objets intelligents nous rendent-ils bêtes ?). Je ne me risquerais pas à vous livrer une analyse sur ce thème, simplement je pense que nous sommes autant dépendant de notre smartphone, que d’une calculatrice : nous pourrions nous débrouiller sans, mais c’est quand même nettement plus pratique avec. Ceci étant dit, je constate qu’il y a vingt ans je connaissais le N° de téléphone de mes amis par coeur, alors que je n’en connais plus aucun maintenant. Suis-je devenu plus stupide entre-temps ? Non pas pas réellement, car l’intelligence ne se mesure pas à la capacité de mémorisation ou à la rapidité de calcul (les ordinateurs seront toujours bien plus performants que nous dans ce domaine).

Donc non, notre dépendance à Google (ou par extension à l’internet) n’est pas forcément à craindre. D’une part, car nous sommes également dépendants au quotidien d’une infinité de choses que nous sommes incapables de produire nous-mêmes (pétrole, plastique, Nutella…). D’autre part, car l’intelligence de l’homme, celle qui en a fait l’espèce dominante de la planète, est plus liée à sa sensibilité (ses émotions), ses intuitions (déductions empiriques), sa capacité de discernement (sa conscience), sa créativité… Oui j’ai entendu parler de ce projet de drone qui peut prendre la décision de tirer tout seul sur ses cibles, mais ça relève plus de la science-fiction que de la réalité opérationnelle (je vous rappelle qu’un de nos soldats s’est fait récemment sanctionner pour avoir porté un foulard « non réglementaire »).

Nous en revenons donc à Google et à la place centrale qu’il occupe maintenant dans notre quotidien. J’ai eu l’occasion de lire ces derniers jours un certain nombre d’articles plus ou moins alarmistes (Welcome to Google IslandIt’s Google’s world, and we’re just living in itGoogle Glass in 10 years: The view from dystopia…), mais je reste confiant sur la capacité d’une société quôtée en bourse de se fixer ses propres limites. Certes, je ne vois pas de limite à l’ambition de Google, mais en tant qu’utilisateur j’aurais toujours la possibilité de me déconnecter, même si c’est une expérience… compliquée (I’m still here: back online after a year without the internet).

Oui j’ai volontairement confié une masse considérable de données personnelles à Google, dont les équipes les exploitent à des fins statistiques et comportementales. En contrepartie, ils me fournissent des services gratuits qui facilitent grandement mon quotidien. Cet arrangement tacite fonctionne plutôt bien et je n’ai pas l’intention de le dénoncer, car les bénéfices sont supérieurs aux désagréments. De plus, j’estime que les services et innovations que me propose Google (et par extension d’autres acteurs de l’internet) s’inscrivent dans une dynamique d’évolution sociétale : la société évolue et j’évolue avec elle grâce (en partie) aux nouvelles technologies. Ma vie serait-elle meilleure sans Google, Twitter, Amazon, mon smartphone, ma tablette… ? Difficile de répondre objectivement à cette question. Par contre, je serais très nettement en décalage avec mon entourage. J’imagine que Google n’occupe qu’une place très mineure dans le quotidien de moines tibétains, mais dans mon quotidien, c’est un incontournable.

Pour conclure, je vais répondre à la question posée dans le titre : oui, je pense que Google ambitionne de devenir notre système d’exploitation personnel, au même titre que Microsoft a dû l’ambitionner à sa grande époque ou qu’Alibaba ou Rakuten ambitionnent de le devenir sur leur marché. Tout est une question d’ambition, de moyens et de temps. Ils finiront par y arriver, j’en ai la certitude. Après ça, la grande question est de savoir qui fixe le rythme d’innovation / d’adoption : les entreprises privées ? Les institutions ? Les gouvernements ? Début de réponse chez Erwann Gaucher : Ces fétichistes du papier qui sont au pouvoir.

Adobe et Mozilla misent sur deux approches très différentes du cloud

L’informatique distante a toujours été un créneau très dynamique. Plutôt que de dynamisme, il serait plus réaliste de parler de la ruée vers les nuages tant les investissements sont importants. Il ne se passe ainsi pas un seul mois sans une grande annonce ou acquisition, aussi bien de la part des acteurs historiques (ex : Salesforce acquires Web clipping and sharing company Clipboard et Google now offers 15GB of shared storage for Drive, Gmail, and Google+ Photos, Apps customers get 30GB), que des startups (ex : Box acquires Crocodoc, will bake its HTML5 document viewing tech into its core service). Je pense ne pas me tromper en disant que le cloud computing est le principal moteur de l’informatique d’entreprise du début du XXIème siècle.

cloud_computing

Tous les grands acteurs de l’informatique investissent une plus ou moins grande part de leurs ressources dans le cloud, mais deux sociétés se distinguent avec des annonces d’envergure.

Plus de licences pour Adobe, uniquement des logiciels à l’abonnement

Voilà plusieurs années qu’Adobe a entamé sa révolution en basculant progressivement son business sur le cloud. Historiquement, le métier d’Adobe est de vendre des licences de logiciels créatifs, mais les choses ont changé en 2009 (Hypothèses sur le rachat d’Omniture par Adobe). Non seulement l’offre est maintenant scindée en deux domaines (Creative et Marketing), mais elle repose maintenant entièrement sur le cloud : After nearly 10 years, Adobe abandons its Creative Suite entirely to focus on Creative Cloud.

La première offre reposant sur les nuages d’Adobe a commencé en 2007 avec les lancements d’Adobe Share et Acrobat.com. Puis ils ont annoncé l’année dernière leur nouveau modèle de tarification. La dernière pierre à cet édifice a été apportée ce mois-ci avec l’annonce de l’abandon des licences : les logiciels seront dorénavant uniquement disponibles au téléchargement avec un système d’abonnement pour les mises à jour et l’accès aux services. C’est donc un virage à 180° pour Adobe qui abandonne son modèle économique historique pour s’aligner avec celui de sa Marketing Suite.

Adobe_Creative_Cloud

Certes, il faut toujours installer les logiciels, mais ce nouveau modèle tarifaire est une authentique révolution pour l’industrie. Nous avons donc trois modèles de référence : le tout en ligne (Salesforce), l’abonnement en ligne (Adobe) et l’hybride pour Microsoft qui propose à la fois des logiciels (Office 13) et des logiciels en ligne (Office 365). Le plus intéressant dans cette nouvelle offre unique d’Adobe est que les logiciels sont associés à des services en ligne, comme le partage de fichiers-sources.

Encore plus intéressant, Adobe a également racheté en fin d’année dernière Behance, une plateforme sociale et collaborative pour les créatifs (Behance & Adobe: Serving The Future Of The Creative World). Cette plateforme sociale serait le ciment d’une grande communauté qu’ils tentent désespérément de reconstituer depuis les années Macromedia.

Behance

Maintenant que ce virage est complété, les équipes d’Adobe vont pouvoir se concentrer sur des projets plus novateurs à l’image de ces stylos et règles connectés : Adobe Debuts “Project Mighty” Smart Stylus For Tablets And “Napoleon,” A Digital Ruler And Guide.

Mozilla ressuscite l’ASP avec OrbX

Autre acteur historique du web, Mozilla ne c’était jusque là pas trop impliqué dans le cloud, concentrant toutes ses ressources sur Firefox. Aussi la surprise a été totale en début de mois quand ils ont présenté conjointement avec Otoy une technologie révolutionnaire de streaming : ORBX streaming tech could revolutionize computing. Otoy est une société spécialisée dans les moteurs de rendu 3D, ils se sont associés avec Mozilla pour développer OrbX.js, un codec vidéo en javascript. Pour vous la faire simple, un codec est un algorithme de compression / décompression qui permet à un logiciel d’afficher des vidéos. H.264 est par exemple le codec qui assure le rendu de la plupart des vidéos que vous regardez. Avec OrbX, Mozilla et Otoy transforment donc votre navigateur en un lecteur vidéo capable d’afficher et d’interagir avec un flux vidéo en streaming. Cette prouesse technique a été réalisée avec le soutien de Brendan Eich, le créateur de javascript et évangéliste chez Mozilla : Today I Saw The Futur.

Avec OrbX, vous allez donc pouvoir héberger vos applications dans les nuages et les exploiter localement avec n’importe quel ordinateur : Coming Soon: Desktops Hosted On The Cloud, Usable Anywhere. Avec cette technologie, Mozilla ressuscite donc le concept de bureau distant popularisé au siècle dernier par les Application Service Providers. La démo réalisée à l’occasion de cette annonce est incroyablement spectaculaire puisqu’ils font tourner 3DS Max sur un netbook :

Mozilla et Adobe ont donc une approche très différente de l’informatique distante, qui elles-mêmes diffèrent avec ce que peuvent proposer Google, Salesforce ou Microsoft (tout en ligne ou hybride). Dans tous les cas de figure, il n’y a pas de bon ou mauvais choix, simplement des compromis différents. Dans l’absolu, je considère que tout ce qui nous éloigne de l’ancien modèle (logiciels et fichiers stockés sur le disque dur d’ordinateurs individuels) est bénéfique.

Pour le moment nous ne réalisons pas réellement l’impact du nouveau modèle tarifaire d’Adobe, ni le potentiel derrière OrbX.js. Rassurez-vous j’aurais d’autres occasions de vous reparler.

Les interfaces gestuelles gagnent en maturité

Les interfaces tactiles sont-elles déjà dépassées ? C’est la question que pose le Smashing Magazine dans un récent article illustré d’interfaces d’applications mobiles qui prônent la suppression des éléments d’interface traditionnels (boutons, menus…) : Beyond The Button, Embracing The Gesture-Driven Interface. Si l’on peut difficilement anticiper la disparition des interfaces tactiles (qui font encore largement référence), les choses sont en train de bouger pour la prochaine génération d’interface, les interfaces gestuelles, qui font de plus en plus parler d’elles.

Pour votre information, les interfaces gestuelles ne datent pas de la Wii, puisque les premières expérimentations remontent aux années 60 : A Brief History of Gestural Interfaces. Popularisées par les films de science-fiction (What Sci-Fi Tells Interaction Designers About Gestural Interfaces), elles sont rapidement sorties du cadre ludique (Les interfaces gestuelles sortent des jeux).

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Le boîtier Kinect lancé par Microsoft pour sa console Xbox a ainsi beaucoup contribué à la vulgarisation des interfaces gestuelles, et entraîné dans son sillage de nombreux projets et domaines d’application grand public qui partent dans tous les sens : Gesture-based interfaces are out of control. On retrouve ainsi des télécommandes ou des smartphones qui utilisent les mouvements pour effectuer des tâches simples : Orange taps Movea to create a gesture-based set-top box et Galaxy S4 Features: Air Gesture.

galaxy-s4-air-gesture

Sur la base du succès de sa première version, les équipes de Microsoft sont en train de finaliser une seconde version de Kinect, beaucoup plus sophistiquée, pour la nouvelle console Xbox One : The all-seeing Kinect: tracking my face, arms, body, and heart on the Xbox One.

Je pense ne pas me tromper en disant que SixthSense est le premier projet « sérieux » à attirer l’attention des industriels. Trop visionnaire, son créateur s’est laissé doubler par des entrepreneurs plus pragmatiques comme Leap Motion, avec un petit boîtier à connecter en USB à votre ordinateur. Il existe déjà de nombreuses expérimentations (Leap Motion + Google Earth), mais c’est le couplage avec Windows 8 qui m’a le plus séduit : Leap Motion shows off Windows 8 touch free computing.

Leap Motion n’est pas le seul acteur sur ce créneau, car il y a également le très impressionnant MYO qui a choisi de communiquer sur des usages plus diversifiés : The MYO gesture-control armband senses your muscle’s movements.

Tout ceci peut vous sembler un peu gadget, mais je vous rappelle que l’on parlait déjà des interfaces gestuelles couplées à de la bureautique il y a quelques années (Les bureaux 3D se trouvent un champion avec BumpTop) et que ce concept a séduit Google qui a racheté Bumptop en 2010. Qui sait si les prochains Chromebook n’intégreront pas un capteur pour recréer ce type d’interactions…

Toujours est-il que les interfaces gestuelles gagnent en maturité et que nous commençons à voir des concepts tout à fait crédibles et même extrêmement alléchants à l’image du Arc Menu présenté par le Studio Omec UX : Designing a Practical UI for a Gesture-Based Interface.

Mais outre les applications ludiques ou bureautiques, ce sont les applications couplées à la réalité augmentée qui génèrent le plus d’attentes. Sur ce créneau, les Google Glass occupent un incroyable terrain médiatique et de premiers travaux artistiques commencent à voir le jour : Various UI concepts for Google’s wearable computer. La ferveur autour de ces lunettes connectées est telle, que Google a d’ores et déjà publié ses recommandations d’interface : Google Glass UI Guidelines.

google-glass-run

Tout ceci est très intéressant, et vous seriez extrêmement surpris de constater à quel point les premiers produits grand public sont quasi-finalisés. Il faut dire que l’intensité concurrentielle est très forte et que les premières interfaces neuronales directes commencent à voir le jour (Brain–computer interface), à l’image du Muse commercialisé par Interaxon et de ses nombreux concurrents (Comparison of consumer brain–computer interfaces).

Si le sujet vous intéresse, je ne saurais que trop vous recommander le très bon blog Neuro Gadget.

Comme vous pouvez le constater, l’innovation est en marche et les interfaces gestuelles vont très rapidement devenir une réalité de marché, avec un premier plateau de maturité en 2014. D’où la nécessité de définir des standards ou à minima de faciliter la prolifération de conventions pour ne pas perdre les utilisateurs en route et décourager les premiers acheteurs potentiels.

Si vous avez des études ou des retours d’expérience sur ce sujet, je suis preneur…

Les plateformes sociales piétinent pour imposer leurs jeux mobiles

Je pense ne rien vous apprendre en vous disant que les terminaux mobiles sont au centre de toutes les préoccupations et convoitises. Nous savions déjà que les smartphones étaient devenus nos nouveaux compagnons du quotidien : au réveil, dans la journée, mais également le soir devant notre TV ou en sortie. Ce succès est majoritairement tiré par les applications sociales et par les jeux. Combinez les deux, et vous obtenez le jackpot, comme ce fut le cas pour Draw Something (qui vient d’ailleurs de sortir une seconde version sous le patronage de Zynga).

Bref, si vous voulez gagner rapidement de l’argent, il faut miser sur deux chevaux à la fois : les jeux mobiles et sociaux. Dans un premier temps, les éditeurs se sont efforcés de sociabiliser les jeux mobiles (Les point sur les plateformes sociales pour jeux mobiles), puis de s’appuyer sur leur plateforme sociale pour lancer des jeux mobiles, c’est notamment le cas de Facebook et Zynga qui sont ont marqué leur séparation sur ce thème-là (Facebook et Zynga s’éloignent à mesure que les jeux sociaux gagnent en maturité).

Nous en étions resté à cette configuration de marché : des éditeurs ayant bâti leur audience sur les réseaux sociaux qui tentent d’envahir les terminaux mobiles avec des jeux conçus à cet effêt : Facebook pour les marchés occidentaux et DeNA / Mobage pour les marchés asiatiques. Sauf que, la donne est en train de changer avec l’arrivée d’une nouvelle génération de compétiteurs issus de la mouvance mobile first : L’avènement des applications sociales mobiles.

WeChat, Line et Kakao sont ainsi les dignes représentants d’une série de plateformes sociales asiatiques ayant misé en priorité sur les smartphones. Leur succès est incontestable et leurs ambitions sont au moins aussi fortes que celles de leurs homologues occidentaux, si ce n’est plus. Ils se lancent donc dans la course avec ou sans partenaires :

Dans les deux cas, l’originalité n’est pas de mise, car les principes de jeu sont très classiques : match three, run… L’objectif inavoué est donc visiblement d’éviter de se faire vampiriser ses membres par la concurrence. Je constater néanmoins que la tâche n’est pas aisée, car trouver la bonne formule pour un jeu mobile relève plus du génie (ou de la chance), comme en témoigne le récent succès de Dots. D’autant plus que les gardiens du temple (Apple et Google) intègrent dans leur système d’exploitation mobile une couche sociale liée aux jeux (Game Center pour iOS et le tout nouveau Game Service API pour Android).

La lutte pour la domination de la sphère socio-mobilo-ludique risque donc d’être acharnée entre :

  • Facebook qui tente toujours d’imposer son Game Center, mais souffre d’une très faible marge de manoeuvre laissée par les éditeurs d’OS mobiles ;
  • Amazon qui est également à la traîne, mais bénéficie d’une entière liberté sur sa plateforme ;
  • Les nouvelles plateformes sociales mobiles qui peuvent compter sur le soutien des mastodontes de leur pays d’origine (Tencent pour WeChat, DeNA pour LINE, Nexon pour Kakao), mais sont également contraintes par les OS ciblés.

Dans cette histoire, le dernier mot revient donc légitimement aux éditeurs des plateformes mobiles. Dans la mesure où Apple semble avoir abandonné toute prétention sur la sphère sociale, Google reste donc, jusqu’à preuve du contraire, l’acteur le plus puissant, et surtout celui qui possède l’ensemble des maillons de la chaîne : le système d’exploitation (Android), la couche sociale intégrée (Game Services), la plateforme sociale (Google+) et la place de marché (Play). Sa position est d’autant plus dominante qu’Android est de loin l’OS mobile le plus populaire sur les marchés émergents. Par contre, sa légitimité sur le créneau des jeux mobiles reste encore faible.

Comme toujours dès qu’il y a des milliards de $ en jeu, l’intensité concurrentielle est très élevée et les rapports de force très tendus. Il est en tout cas très intéressant de constater que les citadelles que l’on pensait imprenables il y a quelques années (Facebook et Apple) sont aujourd’hui quasi distancées.

L’avènement des applications sociales mobiles

Si vous lisez ce blog régulièrement, vous devez très certainement être familié avec le concept de SoLoMo (Social + Local + Mobile) et aux innombrables opportunités qu’il offre. Jusqu’à présent, les applications de social location comme Foursquare étaient les seules à tirer parti des trois leviers, mais les usages autour de cette plateforme se sont tassés (euphémisme). Mais comme c’est toujours le cas, un créneau ne reste jamais libre très longtemps, et une nouvelle génération d’applications sociales mobiles a émergé en très peu de temps. Nous assistons donc aujourd’hui à une authentique bataille de chiffres autour de la soit-disants plateforme dominante. Une bataille d’autant plus intéressante, que les applications asiatiques sont en train de distancer les applications occidentales.

À l’origine de cette tendance, il y a les ancêtres (Yahoo! Messenger, MSN Messenger, ICQ…) qui ont popularisé les usages de messagerie instantanée. Puis nous avons vu arriver une série d’applications mobiles de group chat comme GroupMe ou Beluga (racheté par Facebook), qui ont évolué en des applications de partage comme WhatsAppKik ou SnapChat (qui permet de partager des vidéos ou photos éphémères). Ces applications rencontrant un grand succès auprès des jeunes, les grands acteurs se sont empressés de relancer ou repackager les leurs : Skype pour Microsoft, Hangouts pour Google et BB Messenger pour RIM. Même Orange s’est lancé timidement sur ce créneau avec Libon. Pourquoi un tel engouement pour les applications de messagerie instantanée sur mobile, alors que nos smartphones sont de plus en plus puissants et offrent des fonctionnalités bien plus sophistiquées ? Tout simplement car ces applications remportent un succès phénoménal en Asie, et que ce succès leur permet de s’attaquer maintenant aux marchés occidentaux. Peut-on parler de manoeuvre défensive ? Oui je pense.

Parmi les applications sociales mobiles les plus populaires en Asie, nous distinguons :

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que l’avènement de ces quatre applications mobiles dépassant les 100 millions d’utilisateurs est un sacré signe de l’appétence du marché. Nul doute que ces applications mobiles vont savoir capitaliser sur leur base d’utilisateurs dans leur pays d’origine. Par contre, la conquête de l’Ouest risque d’être plus compliquée, à moins de bénéficier de moyens financiers importants. C’est justement ce qui fait la force de WeChat (né Weixin) qui a été lancé par Tecent, la maison-mère de QQ (entre autres).

Outre les fonctions classiques de messagerie de groupe, VoIP et partage de photos / vidéos, WeChat propose des fonctionnalités tout à fait inédites :

  • Moments, qui permet de partager des photos et vidéos éphémères (qui s’effacent au bout de quelques secondes) ;
  • Shake et Look Around, qui permettent d’interagir avec d’autres utilisateurs à proximité ;
  • Drift Bottle, qui sert à envoyer un message à un inconnu (comme de jeter une bouteille à la mer) ;
  • Web WeChat, pour poursuivre une conversation initiée sur un smartphone sur n’importe quel ordinateur (et inversement).

Comme vous pouvez le constater, l’application est plutôt sophistiquée et favorise la mise en relation avec des inconnus (10 Awesome Features from WeChat That You Don’t Wanna Miss). De plus, elle propose une plateforme pour les applications tierces et jeux (comme Facebook) et des pages officielles pour les marques : Starbucks Gets Even More Social in China, Lets Fans Follow in WeChat App.

L'utilisation de WeChat par Starbucks
L’utilisation de WeChat par Starbucks

Outre la richesse fonctionnelle, ce qui semble particulièrement plaire aux utilisateurs est de développer des interactions sociales éphémères, contrairement à tout ce que l’on peut faire sur Facebook ou Twitter qui laisse des traces (Les échanges éphémères pour avoir l’impression de reprendre le contrôle de ce dont on est dépossédé ?). Sur ce point-là il semble que le choix d’ouverture de Facebook joue en sa défaveur, car les utilisateurs lui préfèrent des alternatives plus « discrètes » : Study says teens are ditching Facebook for Snapchat, 4chan, Wanelo and Kik et Korea-only KakaoHome outpaces Facebook Home with 500,000 downloads in its first 9 days.

WeChat est-il donc le futur Facebook ? Heu… non pas tout à fait dans la mesure où Facebook est cinq fois plus gros et où l’on peut tout à fait utiliser les deux plateformes parallèlement (l’une ne remplaçant pas l’autre). Ceci étant dit, il serait tout à fait opportun pour les marques d’exploiter les opportunités locales et contextuelles de cette plateforme, notamment les Drift Bottles et les Moments.

Encore une fois, je ne pense pas qu’il faille parler de remplaçants de Facebook ou Twitter, mais plutôt d’une évolution dans les usages et surtout d’un phénomène de renouvellement naturel des supports : les internautes migrant d’une plateforme à une autre simplement pour l’attrait de la nouveauté (The Future Of Mobile-Social Could Spell The End For Social Networks). Assurément une tendance à suivre de près…