Les micro-consoles vont-elles devancer les TV connectées ?

Voilà maintenant quelques années que l’on nous parle de TV connectée. Sauf que… les usages ne semblent pas décoller. Il y a certes de très beaux produits en vente, mais l’essentiel des usages tourne autour de la catch-up TV au travers des offres de replay des box proposées par les opérateurs. Parallèlement à cette très lente courbe d’adoption des usages de la TV connectée, nous observons une explosion des usages des terminaux mobiles (smartphones et tablettes) aussi bien pour les jeux qu’en tant que second écran : Smartphones & Tablets To Be Primary Screen For Gamers, Says Analyst, Powering 64BN+ Games Downloads By 2017. Il n’en fallait pas moins à quelques startups américaines (encore eux !) pour surfer sur ces deux tendances.

Partant du principe que les écrans de TV sont sous-exploitées et que les jeux mobiles connaissent une croissance fulgurante, plusieurs projets de micro-consoles ont vu le jour en quelques mois. Pour résumer une longue explication, les micro-consoles sont aux consoles de jeux traditionnelles ce que les netbooks sont aux ordinateurs : des alternatives low-cost qui séduisent des acheteurs qui subissent la crise de plein fouet.

Micro-consoles

Les trois projets en course sont les suivants :

Il existe d’autres projets de consoles alternatives comme le Shield de Nvidia qui intègre une manette de jeu, le Razer Edge ou le Xi3 Piston qui misent sur les jeux PC ou encore la RetroN 5 qui se focalise sur les vieilles cartouches. Si ces 4 variantes sont très intéressantes, elles s’adressent avant tout aux hardcore gamers, ce qui n’est pas le cas des trois projets cités précédemment. Si la GameStick mise avant tout sur le nomadisme (un bel anachronisme en cette époque où les smartphones sont rois), la Ouya et la GamePop se positionne très clairement comme des extensions de votre télévision, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si leur site web respectif possède une URL en « .tv ».

Avec des offres très compétitives en terme de prix (99$ pour la Ouya et un abonnement de 7$ / mois pour la GamePop), ces deux micro-consoles ont toutes les chances de rencontrer un fort succès et de s’écouler à des dizaines de millions d’exemplaires. Là où ça devient intéressant, c’est que ces deux consoles sont propulsées par le système d’exploitation Android, celui qui donne accès à Google Play avec ses centaines de millions d’applications et surtout ces films et séries TV. Les jeux seraient donc potentiellement un produit d’appel pour accrocher des dizaines de millions de clients pour la boutique de films et séries TV. Les deux fabricants se rémunéreraient ainsi à la fois sur la vente de jeux, mais également de films, séries ou musiques.

Google est déjà en mesure de mesurer tous vos usages sur votre ordinateur (Chrome), votre smartphone ou tablette, imaginez qu’ils puissent également surveiller les films, séries et programmes TV que vous regardez. Ces données seraient d’une très grande valeur, d’autant plus qu’ils sont maintenant capables de les agréger : Cross Device Measurement in Google Analytics will turn mobile marketing on its head.

Avec un tel dispositif, Google disposerait de données bien plus riches et précises que les panellistes traditionnels dont l’offre repose encore sur des extrapolations. Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de vous ressortir toujours le même discours de paranoïa, mais de vous décrire l’impact de l’arrivé »e sur le marché des micro-consoles et surtout l’enjeu que cela représente pour les annonceurs. 2013 sera l’année de la TV connectée, l’année où les premiers usages vont enfin commencer à décoller, d’autant plus avec les consoles de dernière génération (PS4, Xbox Infinity) qui proposeront également des innovations en ce sens.

La curation est-elle l’avenir du commerce en ligne ?

Qui n’a pas entendu parlé de curation, terme un peu barbare qui désigne « une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du Web pour une requête ou un sujet donné » (source : Wikipedia). Les pratiques autour de la curation ont été popularisées grâce à des services emblématiques comme Flipboard pour les actualités ou Pinterest pour le commerce. Les pratiques et services de curation ont généré beaucoup de buzz ces deux dernières années, mais nous commençons à y voir un peu plus clair sur des applications concrètes, à l’image de Shopcade. Ceci étant dit, les esprits se sont-ils calmés pour autant ? Non, pas réellement, car les observateurs privilégiés commencent à pointer du doigt les limites des boutiques en ligne et surtout  les habitudes très néfastes prise par les internautes : The dark side of ecommerce. L’auteur de l’article explique fort justement qu’internet a réussi à s’imposer comme le canal de distribution de référence en matière de choix. OK, mais est-ce que plus de choix va générer plus de ventes en ligne ? Pas forcément, car la surabondance de produits disponibles en ligne a tendance à décourager les internautes qui ne se servent plus du web que pour chercher les prix les plus bas. En d’autres termes : les mega-boutiques en ligne (dopées par leur place de marché) comme Amazon, Price Minister ou RueDucommerce proposent tellement de produits qu’elles font fuir les acheteurs en phase de « repérage », ces derniers allant puiser l’inspiration ailleurs et ne revenant que si le prix de vente est réellement compétitif. Autant dire que cette configuration de marché n’est pas tenable, car elle entraîne mécaniquement les marges vers le bas, toutes les marges. À ce petit jeu là, ce sont les plus gros acteurs qui gagnent, ceux qui ont la plus grosse logistique.

À partir de ce constat, comment renverser la tendance ? Soit en proposant du contenu inspirationnel comme Net à Porter avec son magazine, soit en proposant une sélection de produits comme le fait Zappos avec son tout nouveau site Glance.

Glance, le site de curation de Zappos
Glance, le site de curation de Zappos

Nous pouvons difficilement dire que Zappos a innové sur ce coup-là, car les sites de sélection journalière existent depuis très longtemps. Woot, le pionnier a été racheté par Amazon en 2010, mais de nombreux autres se sont positionné sur ce créneau avec brio comme The Fancy, Uncrate ou encore Grand St., le petit dernier de la bande.

La page d'accueil de Grand St.
La page d’accueil de Grand St.

Pourquoi un tel engouement pour les sites de curation ? Car ils savent fidéliser une audience homogène et leur proposer une sélection de produits pour lesquels ils ont de très bonnes conditions d’achat. Certains pensent que l’avenir du commerce en ligne se situe dans cette direction : The Frontier of Online Retail is Curation. Précisons que la curation regroupe d’autres pratiques associées au commerce en ligne :

Encore plus surprenant, nous assistons à un retour en force des blogs comme moteur d’inspiration des cyber-acheteur. Le blogshop est d’ailleurs devenu un authentique phénomène sur des marchés mûrs comme à Singapore (The Blogshop Phenomenon in Singapore). On dénombre ainsi 4 blogs dans le Top10 des boutiques en ligne, à l’image d’Agneselle ou de Dressabelle.

Un blogshop de Singapore
Un blogshop de Singapore

Moins risqués et plus rémunérateurs, les sites et services de curation de contenu sont donc les nouveaux chouchous du commerce en ligne. Parce qu’ils ont su recréer l’acte de flâner en ligne, ils se sont imposés comme nouvel intermédiaire en amont de l’acte d’achat en ligne. Certes, les commissions y sont faibles, mais les investissements très limités. L’astuce consiste à fidéliser des lecteurs réguliers au travers de différents supports (blog, médias sociaux, email…) et à monétiser cette audience.

Plus que jamais, le contenu (et donc l’audience) se révèle donc être un actif immatériel stratégique pour les e-commerçants. Négligez-le et vous serez relayé dans la catégorie « discounters en ligne« . Moralité : plutôt que de vous faire vampiriser votre marge par d’autres, investissez dans du contenu pour inspirer vos clients et ne pas vous faire relayer en fin de parcours d’achat (coupon de réduction + carte bancaire).

Un second souffle pour les images interactives

Souvenez-vous, au commencement du web, les images étaient statiques. Puis Flash a été popularisé et faire des images interactives est devenu simple. Puis les terminaux mobiles se sont généralisés (sans Flash) et les images sont redevenues statiques. Heureusement certains services se sont positionnés sur ce créneau et proposent des solutions simples en HTML et javascript pour que n’importe qui puisse faire des images interactives. Quel est l’intérêt de rajouter une couche d’interactivité aux images ? De faire passer plus d’informations, de mieux engager les internautes, de prolonger la visite… L’intérêt est en fait le même qu’il y a 10 ans quand les premiers usages d’images interactives sont apparus avec Flash.

Les deux principaux fournisseurs de services dans ce domaine sont ThingLink et StippleKiosked et Luminate proposent également des solutions similaires, mais ils ont un positionnement différent. Le principe est de vous fourni un service qui superpose une couche d’interactivité à vos images pour pouvoir y incruster des liens, des photos, des vidéos… En fiat il n’y a pas de limites aux éléments qui vous pouvez lier, certains s’intègrent mieux que d’autres.

Si mes sources sont exactes, ThingLink est le premier à avoir proposé ce genre de service pour les particuliers et les professionnels. Le service se présente sous la forme d’un éditeur qui vous permet d’insérer des rich media tags à vos photos et de les partager en y insérant un petit bout de javascript : ThingLink Rich Media Tags, An overview. Dans la pratique, ça ressemble à ça :

//cdn.thinglink.me/jse/embed.js

En passant votre souris au-dessus de l’image, vous allez voir apparaître des petits pictos menant à des contenus supplémentaires : photos, vidéos, musiques, profils de réseaux sociaux, mais aussi pages produit sur Amazon, Best Buy ou Etsy. Des liens particulièrement intéressant dans le cadre d’une activité marchande, regardez par exemple cette expérience menée par Ikea :

//cdn.thinglink.me/jse/embed.js

L’interface du service permet également d’avoir de comptabiliser le nombre de clics sur les images ou certains pictos.

ThingLink_business

Le plus intéressant dans ce service, est qu’il fonctionne aussi sur Facebook, Twitter et Tumblr. Dans le même genre, Stipple propose également de rajouter une couche d’interactivité aux images. Le fonctionnement est à peu près le même, avec un petit bout de code javascript à rajouter. Exemple avec Lexus (qui fonctionne aussi sur Twitter) :

stippled-photo-49473559
https://stipple.com/embed/49473559.js

Mais ils vont aussi plus loin avec leur offre Stipple Shopping qui ambitionne de transformer une image en mini-boutique intégrée :

L’ambition de ce service est donc nettement plus forte. Je ne saurais vous dire si les boutiques encapsulées dans une image sont viables, mais toujours est-il que celà ouvre d’innombrables possibilités pour étendre les possibilités d’interaction au sein même des flux de messages des plateformes sociales. Malheureusement ces deux solutions passent par Flash pour ajouter une couche d’interactivité au sein de la timeline de Facebook : Stipple allows Facebook pages to share interactive images and drive e-commerce et ThingLink Adds Interactive Image Sharing to Facebook Timeline.

(via Blog Ergo Sum)

Les plateformes de collaboration s’ouvrent à l’extérieur

Depuis le temps que je rédige ce blog, plus de 5 ans, la collaboration a toujours été une thématique constante : solution de collaboration  espaces collaboratifs, pratiques collaboratives… Les différents services et solutions évoquées au fil des années (souvent appelés social software) ont été conçus pour faciliter, stimuler et structurer la collaboration. La collaboration peut prendre différentes formes (co-rédaction, discussion, approbation, suggestions…) mais elle est systématiquement associée à la notion de partage : on partage des documents, des données, un avis, des trouvailles… En théorie, plus on partage de choses et plus les interactions sont nombreuses. En pratique, les collaborateurs étant déjà noyés sous les emails et réunions, ils se passent volontiers des choses partagées sur les plateformes collaboratives. Pour limiter ce problème de saturation, et celui de la confidentialité, l’accès et la visibilité des interactions au sein de ces espaces de collaboration sont restreints. Il est bien évidemment possible de créer des accès pour des personnes externes à l’entreprise (fournisseurs, prestataires, sous-traitant, partenaires…), mais cette gestion reste laborieuse. Ce principe de cloisonnement était la norme tacitement admise par l’ensemble des solutions, jusqu’à récemment.

Annoncé en fin d’année dernière, la fonction Share de Podio, récemment racheté par Citrix, a été pensée pour apporter une solution à ce problème : With Podio Share, you can collaborate on single Projects & Tasks with anyone.

La fonction Share de Podio
La fonction Share de Podio

L’idée derrière cette fonction Share est de donner la possibilité aux collaborateurs de partager seulement un élément avec des personnes extérieures à la plateforme : message, document, tâche, réunion, discussion… Une fonction bien pratique si vous n’avez pas envie de multiplier le nombre de comptes et si vous voulez impliquer des interlocuteurs de façon ponctuelle.

Je trouve cette fonction particulièrement pratique, elle ouvre de nombreuses possibilités, mais pour le moment ça reste très timide. En ce sens, je rejoins l’avis exprimé ici : Podio feels like another portal, Citrix could make it into the desktop of the future.

Autre exemple chez Salesforce qui vient également de lancer les CommunitiesSalesforce announces summer launch for Communities, its service to unite customer and business conversations. L’approche de Salesforce est différente et surtout plus ambitieuse dans la mesure où ces communautés sont prévues pour durer dans le temps.

Encore plus intéressant, il existe quatre types de communautés :

  • Pour les populations commerciales, où les distributeurs, partenaires et fournisseurs peuvent discuter et collaborer autour de problématiques commerciales et logistiques ;
  • Pour les populations marketing, où les agences, prestataires, mais également les clients peuvent discuter des produits et prestations ;
  • Pour les fonctions de support, où les clients peuvent interagir avec les services d’aide ou de réclamation ;
  • Pour n’importe qui, afin de créer des espaces collaboratifs sans aucune contrainte.
Les communautés de Salesforce
Les communautés de Salesforce

Dans l’exemple ci-dessus, une communauté commerciale pour Rossignol, vous noterez la présence d’onglets Leads et Sales qui permettent de structurer les échanges. Si cette distinction entre les populations commerciales, marketing et support semble un peu grossière, l’intention est tout à fait louable et évite de se perdre dans une segmentation trop fine qui ne correspondrait pas forcément à la réalité des organisations.

Autant vous dire que je suis particulièrement impressionné par ces Communities qui seront disponibles dans la prochaine version le mois prochain. Le fait de pouvoir faire cohabiter plusieurs entités en un même endroit rejoint tout à fait l’ambitieux projet Bluehouse lancé par IBM en 2008 (malheureusement abandonné moins d’un an après). Salesforce réussira-t-il là où IBM à échoué ? Peut-être, toujours est-il que ces communautés sont un très bon signal envoyé au marché. Certaines questions restent en suspend, comme par exemple la gestion des communautés entre-elles : possibilité de faire communiquer deux communautés initiées par deux entreprises ? De fusionner deux communautés ? De scinder une communauté en plusieurs sous-communautés ?

En travaillant la question u peu plus profondément, on se demande si Salesforce ne serait pas en train de recréer les portails BtoB verticaux des années 2000 (Salesforce Communities: Portal Killers?). Auquel cas, il faudrait envisager des communautés « neutres » où tous les coopétiteurs d’un même domaine pourraient se retrouver. Mais dans ce cas, ne serait-ce pas plutôt à LinkedIn d’assurer ce rôle ? Bref, nous n’en sommes qu’au début et je me réjouis des innombrables possibilités que ces nouvelles fonctionnalités vont offrir.

Le triomphe des mises en page façon magazine

Comme annoncé dans mon précédent article, le jury des Webby Awards vient d’annoncer les lauréats de la dix-septième édition, et on y trouve des choses très surprenantes, surtout du côté des magazines en ligne. J’avais déjà abordé cette tendance en début d’année (Les magazines à la recherche d’une nouvelle expérience de lecture en ligne), et cette recherche de déstructuration de la mise en page semble avoir atteint son apogée !

Le grand vainqueur de cette édition 2013 des Webby Awards est le magazine DuJour avec deux récompenses très prestigieuses (Best Home Page et Best Navigation). Force est de constater qu’ils proposent une expérience réellement en rupture avec une mise en page inédite et un système de navigation au clavier réellement intéressant.

DuJour

On aime ou pas, mais ce site ne laisse pas indifférent, j’imagine que c’est le but recherché. Si je devais chipoter, je dirais que cette mise en page directement inspirée des magazines classique a déjà été adoptée il y a plus de 5 ans par MSN sur son site Glo. De même, si la navigation au clavier est plutôt agréable, je suis complètement abasourdi par le fait que cette page d’accueil ne s’adapte pas aux smartphones et tablettes, un authentique anachronisme !

Encore plus étrange : le magazine Interview était nommé dans les mêmes catégories, alors que c’est une véritable catastrophe ergonomique. Incompréhensible…

Autre grand vainqueur : The Daily Beast, récompensé pour la deuxième année consécutive dans la catégorie News. Là encore, il y a un indéniable engagement créatif pour imposer une mise en page novatrice (tout l’inverse du New Yorker, également nommé dans cette catégorie).

DailyBeast

 

La langue anglaise facilite les titres courts et accrocheurs, mais personne ne peut nier l’effet hypnotique des 3 colonnes à structure asymétrique. À noter que la section Fashion est également nommée dans la catégorie… Fashion.

Terminons avec le magazine Mental Floss, gagnant de la catégorie Blog Cultural et nommé dans Magazine. Comme pour les deux précédents exemples, un maximum de place est laissé aux images et aux titres pour maximiser l’envie de cliquer.

MentalFloss

Sur ce dernier exemple, un réel effort a été fait pour limiter la pollution visuelle et garder un maximum de blanc sur la page (encore une astuce pour concentrer l’attention sur les titres). Par contre, les pages intérieures sont plus classiques.

Encore une fois, si l’on ne peut que constater le succès de ces mises en page, ne vous amusez pas à les reproduire sur votre site institutionnel. Elles sont en effet conçues pour valoriser les contenus et correspondent à un rythme de publication très soutenu (des dizaines de nouveaux articles par jour). Traduction : ces mises en page risquent de poser problème avec du contenu plus statique.