En début d’année j’avais mis les pieds dans le plat en osant dire qu’il est plus rentable de créer des conversations chez vous que sur Facebook. Mon propos n’était pas de prôner un retrait de la plateforme pour les annonceurs, mais plutôt d’adopter une vision plus réaliste : n’espérez pas générer des conversations à forte valeur ajoutée sur Facebook, car ce n’est pas le bon endroit pour le faire. Ceci étant dit, Facebook reste la plateforme sociale la plus populaire, comme nous le démontre une nouvelle fois la World Map of Social Networks (vous noterez que l’on confond toujours réseaux sociaux et médias sociaux, mais bon… je chipote).
Des études récentes viennent relancer le débat, à commencer par le rapport publié par Social Code sur l’intérêt d’acheter des Likes : Should Facebook pages still pay to acquire new fans?. L’objectif de ce rapport n’est pas de vous mettre en garde contre les pratiques d’achat de fans, mais de vous aider à évaluer le nombre de fans qu’il vous faudrait pour atteindre vos objectifs. Le postulat de départ de l’étude est que la portée organique des publications est quasi-inexistante (les données de SocialFlow nous le confirment : Study shows 99% of organic social posts create almost no engagement).
À partir de ce constat, est-il encore rentable d’investir pour augmenter son nombre de fans alors qu’il est devenu quasi-obligatoire de payer pour leur parler ? La question est légitime, et l’approche de SocialCode est intéressante : partant du principe que les messages sponsorisés fonctionnent mieux auprès des fans qu’auprès de membres lambda, ils préconisent d’évaluer le nombre de fans nécessaires à partir du nombre d’impressions souhaité. Dans l’exemple ci-dessous, un annonceur souhaitant mener une campagne de 500.000 impressions devra au préalable recruter 1,25M de fans pour donner à ses messages un « contexte social », c’est-à-dire bénéficier du soutien informel des fans.
Oui je sais, 1,25M de fans est un nombre gigantesque, mais les américains ne font jamais dans la demi-mesure ! Bref, tout ça pour dire que tout est question de calcul du coût d’exposition : il est parfois plus rentable d’acquérir des fans au préalable plutôt que de lancer une campagne auprès de membres lambda. La conclusion de l’étude est sans surprise : ça fonctionne mieux pour les marques affinitaires (pas du tout pour les produits low-cost) et il faut de toute façon cibler au maximum ses publications (cf. Facebook est un support publicitaire de précision, pas un média de masse).
Tout ceci se complique quand on prend en compte les autres supports. Une récente étude de Convertro nous apprend ainsi que les médias sociaux (principalement Facebook et YouTube) ont un impact plus faible que les bannières en milieu de tunnel (phase d’étude des alternatives) et bien inférieur à l’affiliation ou aux mots-clés en fin de tunnel (phase de comparaison des offres) : Publicité sur les réseaux sociaux : Quels impacts sur le parcours d’achat ?.
Moralité : Facebook est une plateforme ultra-concurrentielle sur laquelle il est quasi-impossible de faire des « hold-ups publicitaires ». Formulé autrement : ne fantasmez pas sur une campagne magique qui va faire exploser les compteurs, car ça n’arrivera plus. Pour performer sur Facebook, il faut beaucoup de travail, de l’organisation, de la discipline, des circuits de décision courts… Bref, il faut une organisation en béton et de préférence une marque forte. Certes, ils essayent régulièrement d’améliorer leur offre publicitaire (New Facebook Right-Hand-Side Ads Prove Bigger Is Better et Facebook Will Now Ask People Why They Hid An Ad, Banish Offensive Ones), mais ça reste un exercice de style périlleux.
Le meilleur conseil que je puisse vous donner est le suivant : n’investissez pas tous vos efforts sur Facebook, car vous n’êtes pas certain du résultat. Certes, Facebook est une plateforme publicitaire de premier ordre, mais le modèle qu’ils ont mis en place commence à montrer ses limites pour les annonceurs lambda (ceux qui n’ont pas les mêmes moyens que les grandes marques internationales ou des contenus aussi engageants que Red Bull ou GoPro). Le plus rentable est encore de se concentrer sur la satisfaction client, et de ne pas se disperser à faire la course aux fans.
Cette nouvelle version apporte deux nouveautés notables : la possibilité d’inviter des clients et l’intégration avec les autres outils de la gamme : Salesforce Community Adds Customers And Partners To Growing Cloud. Une marque va ainsi pouvoir connecter au sein d’une même plateforme ses équipes internes, ses partenaires et ses clients finaux. Certes, nous ne sommes pas dans le cadre des plateformes conversationnelles comme on en trouve dans le BtoC, mais plutôt dans un contexte BtoB où il est tout à fait envisageable de faire interagir ces différentes populations. L’objectif est de faire en sorte que tout le monde se parle et puisse échanger autour de thématiques et projets.
Chose intéressante, il est possible de définir des règles qui déclencheraient des alertes. Par exemple, une question posée par un client qui ne trouverait pas de réponses serait automatiquement ajoutée à la file d’attente des équipes de support au sein de la plateforme CRM. Chaque utilisateur dispose donc de son profil, qui lui-même hérite des informations disponibles sur la plateforme SalesForce.
D’autres cas d’usages en dehors du BtoB « traditionnel » sont présentés comme par exemple le domaine médical où les différents praticiens pourraient échanger autour du cas d’un patient.
Le patron de SalesForce ne cache pas ses ambitions concernant ce nouveau Community Cloud : il veut concurrencer LinkedIn et imposer sa plateforme comme LA solution de référence pour la collaboration en ligne et le réseautage. Vous noterez que IBM avait tenté une approche similaire il y a quelques années avec BlueHouse, une plateforme sociale ouverte pour le monde professionnel (cf. IBM lance une plateforme sociale de collaboration en ligne). Près de 2.000 communautés sont déjà en ligne, sachant que le ticket d’entrée est de 500$ (à vérifier, car il doit forcément y avoir des frais annexes).
Quoi qu’il en soit, cette nouvelle offre est une très bonne chose, car elle permet de faire le pont entre l’interne (les collaborateurs et sous-traitants) et l’externe (les clients finaux). Selon cette optique, SalesForce suit sa vision de la Social Enterprise. Le problème est que LinkedIn bénéficie d’une excellente réputation dans le monde professionnel, et je doute que les membres veille l’abandonner pour une plateforme propriétaire. À moins qu’une fusion entre les deux ne rende tout ça possible…
Après de longs mois d’attente, Apple a enfin levé le voile sur ses nouveaux produits : l’iPhone 6 et la Watch. Pas d’annonces fracassante dans la mesure où les nombreuses rumeurs qui circulaient avant nous ont permis de nous faire une idée assez précise de ce qui allait être présenté. Quoi qu’il en soit, Apple n’a pas déçu, car les nouveaux produits sont d’une part visiblement très aboutis, et s’accompagne de nouveaux services, notamment dans les domaines de la santé et du paiement dématérialisé.
Quatre capteurs pour une montre qui vous mesure en permanence
Plusieurs mois de spéculation et de maquettes soi-disant fiables n’auront pas réussi à anticiper la forme ni les fonctionnalités exactes de la montre connectée de la marque à la pomme : Apple Unveils the $349 Apple Watch, Its Wearable Device for Communication, Health and Fitness. La Apple Watch se présente donc sous une forme rectangulaire avec un bouton à couronne du plus bel effet. Comme les autres montres connectées de sa catégorie, la Apple Watch est une sorte d’écran distant qui nécessite impérativement un iPhone 6 pour pouvoir être exploitée.
À priori rien de révolutionnaire, de nombreux bracelets connectés et applications mobiles proposent déjà de collecter ce type de données personnelles. Sauf que les ingénieurs d’Apple ont apporté quelques innovations, notamment sur l’iPhone 6 (Apple’s new motion chip can tell the difference between cycling and running) et sur les capteurs de la montre (Apple Watch’s Wristful of Sensors and MEMS). Du coup, les données collectées seront visiblement beaucoup plus fiables, et plus facilement exploitables grâce à la nouvelle application Health d’iOS 8.
Outre cette nouvelle application, c’est tout l’écosystème qui va s’organiser autour qui est intéressant : les APIs pour gérer les accès d’applications tiers, ainsi que les partenariats avec des établissements de santé comme le réseau Mayo Clinic. Malheureusement, rien n’a encore été annoncé en France…
Une solution de paiement dématérialisée réellement sécurisée
Autre grosse annonce de la soirée d’hier, la sortie de deux nouveaux modèles de smartphone : Apple unveils the iPhone 6 and iPhone 6 Plus. ! Là encore, les rumeurs ont largement diminué le suspense, d’autant plus que le cahier des charges est grosso modo le même à chaque fois : plus de mémoire, de puissance, de pixels, de batterie…
Là où les choses commencent à devenir très intéressantes, c’est le lancement de l’offre Apple Pay, un système de paiement dématérialisé : Apple Announces Mobile Payment Solution Called Apple Pay. Ce système vous permet d’ajouter des cartes bancaires à l’application PassBook et de faire des achats auprès de marchands équipés de terminaux de paiement adéquats. Comme pour l’Apple Watch, ce n’est pas du côté des applications qu’il faut regarder, puisqu’il existe déjà quantité de concurrents (Google Wallet, Paypal One Touch, Stripe Checkout…). Certes, l’iPhone 6 intègre maintenant une puce NFC, mais Apple Pay se différencie des autres solutions grâce à deux composants hardware : le système d’authentification par empreinte digitale (Touch ID) et la puce qui stocke vos données bancaires (Secure Element).
Cette fameuse puce Secure Element est intéressante à plus d’un titre, car elle permet d’isoler vos données de paiement du reste du système (mémoire principale, processeur…) et de n’échanger avec les marchands que des autorisations uniques (des tokens qui ne servent qu’une seule fois). En intégrant ces trois composants hardware (la puce NFC, le lecteur d’empreinte digitale, la puce de stockage des données bancaires, l’iPhone est ainsi le premier smartphone grand public à être conforme avec la législation sur la dématérialisation des transactions (cf. l’article que j’avais écrit à ce sujet il y a plus de trois ans : Le smartphone deviendra-t-il notre moyen de paiement principal ?). De plus, Apple a d’hors et déjà noué des partenariats avec les principaux opérateurs de cartes bancaires (Visa, MasterCard, Amex), des banques ainsi que des grandes marques comme Nike, Sephora, McDonlad’s, Subway…
Autant le dire tout de suite : il y aura un avant et un après iPhone 6 en matière de paiement dématérialisé (Here’s why ApplePay will shake up consumer payments, even if it gets lost amid the iDevice frenzy). Jusqu’à présent, toutes les tentatives précédentes se heurtaient à la barrière législative, mais il n’y a maintenant plus aucun frein pour que cette solution puisse débarquer en France et en Europe. Nous ne connaissons pas encore les détails des partenariats, mais il y a des chances que l’Apple Pay soit la nouvelle machine à cash d’Apple, à condition qu’ils parviennent à vendre suffisamment d’iPhone 6, ce qui est loin d’être évident vu les prix de vente.
Toujours est-il qu’avec ces annonces Apple va entraîner dans son sillage les autres fabricants (Samsung, HTC, Motorola…) qui proposeront très certainement des systèmes équivalents dans les prochains mois. Nous sommes assurément à l’aube d’une nouvelle ère pour le paiement dématérialisé, et c’est une très bonne chose. Vivement la suite, car avec le paiement, viennent toutes les applications liées à la fidélisation et aux achats d’impulsion. Miam !
Les médias sociaux ne sont pas des supports très stables dans la durée, ça vous le saviez (contrairement aux grands portails qui changent de look, mais proposent toujours la même chose). En revanche, aviez-vous remarqué à quel point les pratiques des internautes sur les médias sociaux avaient changés ? Je vos propose de faire le point sur cette très regrettable tendance à la non-conversation.
Des médias sociaux devenus plus « médias » que « sociaux »
À l’origine, les médias sociaux étaient décrits comme des supports de publication et de conversation ouverts à toutes et à tous (cf. ma définition). Or, nous constatons qu’au fil des années les conversations se sont faites de plus en plus rares. Deux facteurs peuvent expliquer cette évolution :
Ces deux facteurs combinés accélèrent l’évolution des usages et notamment la prédominance des contenus visuels au détriment des contenus textuels (Snapchat Is Exploding In Popularity — It’s Even Hotter Than Twitter). Ne pensez pas que cette tendance est nouvelle et qu’elle affecte principalement les jeunes de la côte ouest des États-Unis, car elle a déjà été largement constatée en France, notamment dans l’observatoire des réseaux sociaux de l’IFOP :
Comme vous pouvez le constater sur le graphique précédent, les utilisateurs passent plus de temps à consulter et s’envoyer des messages privés plutôt qu’à discuter et publier. Cette tendance est corroborée par la perte de vitesse de la blogosphère, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était il y a encore quelques années. Conséquence : les grandes plateformes sociales comme Facebook ou Twitter sont majoritairement utilisées comme des médias de diffusion de contenus en masse plutôt que de conversation (Facebook est le premier portail du XXIe siècle).
Garde tes opinions pour toi si tu veux rester populaire
Non seulement il y a moins de conversations, mais la surexposition inhibe les utilisateurs comme le démontre cette étude du cabinet Pew : Social Media and the ‘Spiral of Silence’. Près de 2.000 adultes ont été interrogés pour savoir s’ils étaient plus ou moins enclins à parler d’un sujet sensible en fonction du contexte :
Les personnes interrogées avouent avoir des réticences à dévoiler leur opinion sur Facebook ou Twitter, ce qui n’est pas forcément le cas en famille ou avec des amis. J’avais déjà anticipé ce comportement il y a des années (Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs) et mes craintes se sont révélées exactes : la surexposition volontaire des membres et leur recherche du paraitre les poussent à se conformer à l’opinion générale plutôt que de sortir du lot et de s’exprimer librement. Je constate avec beaucoup d’amertume que les médias sociaux qui étaient censés libérer la prise de parole nous imposent au bout du compte la loi du silence (Est-il vraiment possible de dialoguer de manière intelligente et constructive sur les médias sociaux ?). Pour résumer : on s’exhibe pour ne rien dire.
Il est plus facile de se confier à un voisin ou à un inconnu
De même, les applications mobiles reposant sur l’anonymat des publications font un tabac, à l’image de Whisper ou de Secret.
Ceci n’a rien d’étonnant, il s’agit simplement d’un retour du balancier : trop d’exposition nous poussent à redevenir anonymes. Il est même possible de faire des dîners entre anonymes pour pouvoir partager ses secrets les plus intimes sans avoir à assumer les conséquences de ces révélations : Secret Users Have Started Hosting Secret Dinner Parties, and They Are Brutal.
Les conversations à valeur ajoutée sont devenues une denrée rare
Le règne de la superficialité a donc petit à petit eu raison des conversations en ligne. Même s’il reste des irréductibles des blogs et forums, la norme est aux micro-publications (partage de photos, commentaires de quelques mots…) et aux interactions de surface (Like, RT…). Dans ce contexte, la présence des marques et l’exploitation des médias sociaux deviennent plus complexes, car il y a une authentique surenchère à la publication de contenus toujours plus racoleurs (cf. le succès de BuzzFeed ou Vice) et de visuels toujours spectaculaires (Full Speed Ahead: Brands Immediately Hop on Board Instagram’s Hyperlapse).
Ceci étant dit, le marketing conversationnel n’est pas condamné pour autant. J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous expliquer que la course à l’engagement sur Facebook est une bataille perdue d’avance (Il est plus rentable de créer des conversations chez vous que sur Facebook), et je persiste en vous disant que seule une très faible minorité des marques ont la capacité à produire des contenus susceptibles d’intéresser les utilisateurs dans ce contexte de superficialité. Cette nouvelle configuration de marché ne doit néanmoins pas être considérée comme une contrainte, mais comme une opportunité : celle de travailler différemment, mais de travailler mieux. L’idée est de perdre moins de temps à essayer d’amuser les foules avec des chatons, et d’investir dans la construction de plateformes conversationnelles à plus faible visibilité, soit, mais qui généreront bien plus de valeur (conversations à valeur ajoutée, données comportementales fiables…).
Il y a 15 ans, la célèbre marque Levi’s s’est lancée dans l’aventure du commerce en ligne. Malheureusement, ils ont rapidement été obligés de fermer leur boutique en ligne face à la pression des distributeurs qui y voyait une forme de concurrence déloyale. Le problème n’était pas économique, technique ou logistique, il était purement émotionnel : les distributeurs ont eu peur. Depuis, la situation a bien changé, car Levi’s est une marque très novatrice, ils ont notamment été les premiers à faire du social commerce en ajoutant des boutons Like sur les pages de leurs produits. La marque est maintenant parfaitement bien représentée sur les médias sociaux et les terminaux mobiles, malgré un lourd héritage à porter et des produits qui ne se renouvellent pas beaucoup (le jean). C’est un très bel exemple de transformation digitale à grande échelle, le genre d’exemple que l’on cite pour motiver les troupes. La question que vous devez vous poser est la suivante : pourquoi les troupes ont-elles besoin d’être motivées ? Tout simplement parce que la transformation digitale est un chantier nécessaire, mais douloureux dont on ne perçoit pas les bénéfices.
La transformation digitale est un sujet à la mode, tout le monde en parle comme si c’était la dernière marotte des directions générales. Mais ne vous y trompez pas, c’est un sujet de première importance qu’il ne faut surtout pas prendre à la légère et qui représente un authentique cap pour les entreprises : celui du passage au XXIe siècle.
Il n’est pas trop tard pour changer de siècle
La transformation digitale est un sujet bien pratique, car on y met ce que l’on veut. Éditeurs de logiciels, cabinets de conseil, instituts de formation… tout le monde y va de son article pour décrire la nouvelle poule aux oeufs d’or. Pourtant ce n’est pas un sujet récent : ce n’est ni plus ni moins que la prise de conscience du basculement vers un quotidien où le numérique a pris le dessus sur l’analogique.
Nous vivons dans un quotidien numérique
Rassurez-vous, je ne vous ferais pas l’apologie du consommateur numérique 2.0 qui passe ses journées sur sa phablette et collectionne les objets connectés. Le basculement que je mentionne est lié à une proportion toujours plus importante de supports, contenus, services, offres et habitudes qui sont liés au numérique dans notre vie courante, nos loisirs, notre travail… Cette prise de conscience n’est pas évidente, car nous parlons d’une transition lente qui s’est effectuée sur plusieurs années et qui nous a amené dans le quotidien numérique que nous connaissons : que vous le vouliez ou non, le web et les services en ligne sont omniprésents, il n’y a pas moyen d’y échapper, sauf en fournissant des efforts importants et venir rejoindre la secte des techno-réfractaires.
Si vous lisez mes blogs régulièrement, j’espère vous avoir convaincu qu’il n’y a plus de frontière entre les activités en ligne et hors ligne : les Français exploitent indifféremment des médias en et hors ligne, ils consomment en et hors ligne en fonction du contexte et se soucient peu de savoir dans quelle catégorie ethno-comportementale ils sont rangés. Tout comme l’informatique est petit à petit devenue omniprésente dans le monde professionnel, la santé, l’éducation… le numérique s’est petit à petit imposé dans les habitudes et réflexes des consommateurs. À partir de ce constat, est-il bien sage de continuer à faire tourner des entreprises avec une culture et des outils analogiques ? Vous pourriez me dire que le numérique ne touche pas tous les secteurs d’activité et que de nombreux métiers « analogiques » vont perdurer, et je vous répondrais que le numérique n’impacte pas forcément la fonction principale, mais les fonctions périphériques. Un coiffeur continuera à manier ses ciseaux, mais la visibilité de son salon, ses prises de RDV, son approvisionnement, sa comptabilité, la musique qu’il diffuse… tout repose maintenant sur le numérique. Ceci est vrai pour les TPE, et ça l’est encore plus pour les grandes entreprises. Sauf que la résistance au changement est forte et que de nombreux collaborateurs restent ancrés dans leur carcan culturel : « ce n’est pas à moi de changer, c’est le problème des autres« , « j’ai toujours bien fait mon boulot, il n’y a pas de raison pour que ça change« , « nous avons déjà un site web, une page Facebook et une application mobile« …
La somme de toutes les peurs
Le véritable défi de la transformation numérique est de faire comprendre que la transformation n’est pas externe, mais interne : elle concerne avant tout les processus et les mentalités. De ce point de vue là, ce chantier de transformation concentre toutes les peurs latentes liées au changement : « vais-je perdre mon emploi« , « va-t-on me remplacer« , « suis-je trop vieux« … pourtant on imagine mal une entreprise renouveler intégralement ses collaborateurs pour en trouver des plus jeunes, en quoi cela règlera-t-il le problème s’ils ne savent pas faire tourner la maison ?
La créature du lagon en 2D (clin d’oeil que les membres de la génération Y ne peuvent pas comprendre)
Le facteur le plus important à prendre en compte est le côté émotionnel : rassurer les collaborateurs quant à leur avenir et surtout leur expliquer qu’ils vont être les principaux acteurs de cette transformation. L’idée n’est pas de procéder à une refonte complète du fonctionnement de l’entreprise, mais d’adapter les processus, habitudes et outils de travail aux nouveaux réflexes et besoins des consommateurs. Sous cet angle, nous parlons plus de transition numérique que de transformation digitale.
Le but de la manoeuvre va être d’étudier l’évolution des usages et des besoins des clients, notamment avec la montée en puissance du commerce en ligne, des médias sociaux ou de la mobilité, afin d’adapter en conséquence les missions, méthodes de travail et objectifs des différents services (communication, marketing, ventes, CRM, RH…). L’accompagnement des collaborateurs dans les phases d’audit et de formalisation est essentiel pour ne pas laisser s’installer la peur et la résistance au changement. La responsabilisation des collaborateurs est également très importante pour ne pas générer de tensions et susciter l’adhésion (« vous êtes les architectes de vos propres changements« ).
Au final, initier un chantier de transformation digitale revient à prendre en compte tous les facteurs de transformation de ces dernières années (commerce en ligne, médias sociaux, mobilité, big data…) pour faire une grosse itération, plutôt que de procéder à des ajustements dès qu’une nouvelle tendance perturbe trop les ventes.
Dans cette démarche, il me semble judicieux de bien faire comprendre aux collaborateurs l’intérêt de cette transition numérique (créer de la valeur, explorer de nouvelles pistes de travail) et les risques du non-changement.
Un projet d’entreprise transverse
Bien évidemment, vous vous doutez qu’il n’est pas question de laisser les collaborateurs se débrouiller seuls. Il convient dans un premier temps de leur ré-expliquer les différents aspects du numérique afin de leur fournir un tableau d’ensemble. Cette phase d’acculturation est essentielle pour éviter que chacun se rejette la faute : « c’est à cause de la DSI qui bloque tout« , « c’est le problème du marketing, pas le mien« …
Le cabinet Altimeter a publié dernièrement une étude très intéressante sur le niveau de maturité des entreprises par rapport à la transition numérique : The 2014 State of Digital Transformation. Ce rapport met notamment en évidence l’importance perçue de différentes initiatives : améliorer les processus, refondre le site web, intégrer les médias sociaux et terminaux mobiles, mettre à jour les systèmes CRM…
Hiérarchisation des besoins de transformation
Les résultats de cette étude sont plutôt rassurants dans la mesure où les items les plus importants sont placés en tête de liste, à l’exception de la mise à niveau du service client. Comme précisé plus haut, la transformation digitale est un projet d’entreprise, qui concerne donc tous les services : intégrer des experts du web au sein de l’équipe marketing ne comblera pas des lacunes dans le service client. Encore une fois, pour que la transformation soit réellement perceptible de l’extérieure, elle doit être effective à l’intérieur. Comprenez par là qu’un dispositif numérique piloté par un prestataire, aussi innovant soit-il, ne favorisera pas la transformation digitale, au contraire : cela rendra les collaborateurs encore plus dépendants d’une expertise externe.
Nous parlons bien d’une transformation culturelle en profondeur, dans la continuité de ce qui a pu être initié à travers des initiative de collaboration 2.0. J’aime beaucoup l’idée émise par Bertrand Duperrin que la transformation digitale est une version plus ambitieuse du Social Business qui prend en compte tous les aspects du numérique, et pas que les médias sociaux. Par analogie avec le Mobile First, nous pourrions dire que la transformation digitale consiste à repenser l’entreprise (la marque, son offre, ses processus…) dans une optique Digital First.
En vous documentant sur le sujet, vous remarquerez qu’il y a un sujet récurrent : la nécessité de changer la culture de l’entreprise. Les grandes entreprises du XXe siècle se sont ainsi formées sur des fondamentaux qui montrent leurs limites aujourd’hui (productivité individuelle, pyramide décisionnelle, verrouillage du marché par des brevets, sur-spécialisation des profils). Avec des acteurs fortement disruptifs comme Uber, Square ou Salesforce, il convient d’adopter des pratiques et crédo plus agiles (que vous avez le loisir de découvrir dans des ouvrages comme Wirearchy ou The Lean Startup).
Les enjeux de la transformation digitale
Vous vous doutez que pour assurer cette fameuse transition numérique il ne suffit pas de lire des bouquins, quoique je vous recommande humblement les deux miens ;-) Le livret blanc cité plus haut nous apporte des données précieuses sur les principaux challenges rencontrés :
Hiérarchie des challenges de la transformation digitale
La culture interne se retrouve naturellement en tête de liste, mais l’on trouve des choses très intéressantes comme la nécessité d’aller au-delà des aspects tactiques (lancer une nouvelle campagne) pour réfléchir / agir à un niveau stratégique, comprendre l’évolution du comportement des clients, s’assurer du soutien de la direction…
Au-delà des différents challenges identifiés dans ce livret blanc, je pourrais vous en citer trois autres :
Embarquer tous les services dans une dynamique de transformation, pour éviter que certaines fonctions se déresponsabilise au profit d’autres (le marketing est ainsi souvent attendu comme moteur de la transformation, alors qu’elle concerne tous les métiers).
Éviter de centrer le débat sur les nouvelles technologies. « Se mettre au numérique » ne veut pas forcément dire « Passer au zéro papier », c’est avant tout une démarche visant à faire évoluer le modèle économique, les méthodes de travail et les mentalités, pas à mettre à jour des logiciels.
Ne pas tomber dans les clichés. On nous explique bien trop souvent qu’il faut « penser comme un entrepreneur du web » et « adopter la start-up attitude », mais je n’ai jamais trop compris ce que cela voulait dire. De même, je ne vois pas trop l’intérêt d’envoyer les équipes internes en stage pour leur apprendre à coder en Ruby ou à hacker des drones. Ces clichés sur la culture de l’innovation ou le growth hacking font à mon avis plus de tort qu’autre chose.
Je pense ne pas me tromper en disant que le meilleur moyen de faire comprendre aux collaborateurs l’intérêt d’une transformation digitale est de partir des usages de leur entourage direct : inutile de faire des voyages d’étude dans la Silicon Valley, alors qu’il suffit de regarder autour de soit pour constater l’importance qu’à prit le numérique dans notre quotidien, notamment avec les médias sociaux et les smartphones (cf. Nous vivons maintenant dans un monde mobile).
–
Je n’ai pas la prétention de couvrir le vaste sujet de la transformation digitale en un seul article. En revanche, j’espère que ces quelques paragraphes vous auront éclairés sur le fond du problème et les véritables enjeux de cette transition numérique. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler…
Manage Cookie Consent
We use cookies to optimize our website and our service.
Functional
Toujours activé
The technical storage or access is strictly necessary for the legitimate purpose of enabling the use of a specific service explicitly requested by the subscriber or user, or for the sole purpose of carrying out the transmission of a communication over an electronic communications network.
Preferences
The technical storage or access is necessary for the legitimate purpose of storing preferences that are not requested by the subscriber or user.
Statistics
The technical storage or access that is used exclusively for statistical purposes.The technical storage or access that is used exclusively for anonymous statistical purposes. Without a subpoena, voluntary compliance on the part of your Internet Service Provider, or additional records from a third party, information stored or retrieved for this purpose alone cannot usually be used to identify you.
Marketing
The technical storage or access is required to create user profiles to send advertising, or to track the user on a website or across several websites for similar marketing purposes.