Retour sur mes prédictions 2020

La fin de l’année est proche, c’est l’ouverture de la saison des prédictions. Je me livre donc à un bilan de prédictions publiées en 2019. Comme l’année passée, je n’avais pas pris énormément de risque dans mes prédictions, il n’y a donc pas vraiment de surprises. Certes, le virus a bouleversé l’économie mondiale et notre quotidien, mais il a surtout stimulé les usages numériques et accélérer la réalisation des phénomènes énumérés dans mes prédictions.

2020 a été une année hors normes marquée par la pandémie et les périodes de confinement qui ont été ordonnées partout dans le monde, sauf en Suède. Une situation exceptionnelle qui a contribué à une accélération très nette des usages numériques, notamment le commerce en ligne qui a explosé, surtout sur certaines catégories comme l’alimentaire ou la cosmétique. Pour bien mesurer cette accélération, je vous propose le Bilan du e-commerce au 3ème trimestre 2020 de la FEVAD et eCommerce Statistics and Trends 2020.

Cette intensification des usages a naturellement accentué les problèmes déjà constatés avant (harcèlement, infos, arnaques…) et concentré l’attention des sphères politiques et médiatiques. Il en résulte une situation extrêmement tendue où tout le monde a un avis sur la question (ex : faut-il interdir les GAFA ou la 5G ? Comment réguler le télé-travail ?…), mais personne ne trouve de solutions concrètes et surtout viable, dans la mesure où l’économie et les pratiques numériques sont devenues extrêmement complexes et qu’il est impossible de cadrer toutes ces activités en quelques semaines dans un contexte d’urgence sanitaire. Bref, tout ça pour dire que ce n’est pas si simple et que l’intensification des usages aura sacrément complexifié la donne.

Je vous propose maintenant de revenir sur mes différentes prédictions formulées l’année dernière.

✅ Plus de numérique et plus de GAFAM

Bon OK sur ce coup-là, je ne m’étais pas beaucoup mouillé. Si la croissance des usages numériques est effectivement une constante ces vingt dernières années, la crise sanitaire a largement profité aux géants du numérique.

Le triomphe des GAFAM est incontestable en 2020, ils récoltent effectivement les fruits des dizaines de milliards de dollars investis pour s’assurer ces positions dominantes. La puissance accumulée par les GAFAM leur permet maintenant de lorgner sur l’ensemble des secteurs d’activité (Are you a seal?) et même de concevoir leur propre hardware (The Tech Monopolies Go Vertical).

Au-delà des GAFAM, l’année 2020 a surtout vu la consécration des plateformes de mise en relation et des plateformes de plateformes qui grignotent de pans entiers de certains secteurs d’activité : Are the hyper-platforms going to kill your business?.

✅ Plus de politique et plus de régulation

Cela ne vous aura pas échappé : le numérique occupe une part toujours plus importante de notre quotidien, il est donc tout à fait normal que les personnalités politiques prennent position sur ce sujet et que les législateurs y consacrent tous leurs efforts.

Cette année 2020 aura été particulièrement prolifique puisque les pays européens se sont enfin mis d’accord sur un cadre commun avec la finalisation prochaine des Digital Markets Act et Digital Services Act (Comme l’Union européenne entend domestiquer les GAFA) ainsi que sur des premières mesures fiscales et sanctions financières (France starts collecting tax on tech giants et France fines Google $120M and Amazon $42M for dropping tracking cookies without consent).

Ces avancées tombent à point nommé, car le numérique est bel et bien au coeur de la quatrième révolution industrielle, c’est donc un enjeu critique pour l’ensemble des pays développés : The world’s most valuable resource is no longer oil, but data.

✅ Plus de fake news et de « vérités alternatives »

Entre les élections américaines et la crise sanitaire, l’année 2020 a atteint un record en matière de désinformation, emmenée par le réseau QAnon et les médicaux-sceptiques : QAnon, voyage depuis les États-Unis vers la France et Le CSA pointe l’inquiétante propagation des fake news sur Twitter.

De l’infox particulièrement présente sur les médias sociaux qui pousse les grandes plateformes sociales à mettre en place des mécanismes de protection contre les institutions (Instagram begins to label posts from ‘state-controlled media’) et à être beaucoup plus actives sur la modération (Facebook and Twitter remove Trump posts over coronavirus misinformation).

Un problème de désinformation qui se professionnalise, même dans le commerce (Les faux avis, un marché en plein boom), et qui risque de prendre encore plus d’ampleur avec les outils d’automation.

✅ Plus de scandales et de plantages

Il y a toujours eu des pirates informatiques, mais nous avons encore une fois battu des records cette année avec des attaques parfaitement orchestrées (The massive Twitter hack could be a global security crisis) et de très grande ampleur (Russia, China and Iran launched cyberattacks on presidential campaigns, Microsoft says). Nous avons visiblement franchi un cap, puisque la cybersécurité devient maintenant un enjeu géopolitique (« Les conflits de demain vont être numériques, tous les grands Etats s’y préparent », dit le patron de l’Anssi) et militaire (Le ministère des Armées annonce la création de l’Agence du numérique de Défense).

Des pirates motivés par l’appât du gain (En 2020, le business model des ransomwares a changé), mais également par des velléité à déstabiliser la société et nous mettre en danger (Hackers Are Targeting the Covid-19 Vaccine ‘Cold Chain’).

Plus généralement, avec la généralisation du télétravail, c’est toute la chaine de sécurité des informations et données qui est exposée à de nouveaux risques : L’épineuse question de la sécurité à l’heure du cloud.

✅ Plus de contenus à valeur ajoutée et de réalité augmentée – virtuelle

2020 a été l’année des newsletters payantes (Paywalls, Newsletters, and the New Echo Chamber) et des services à abonnement (Apple’s answer to Amazon Prime, is finally launching). Des contenus qui servent à améliorer la visibilité (Improving a digital ecosystem through content strategy) et surtout à s’adresser directement aux consommateurs (How Away has built a travel brand through storytelling) pour pouvoir leur déposer un cookie first-party (très utile à l’approche de la disparition des cookiers tiers).

Cette ruée sur les contenus s’est également opérée sur les médias sociaux où l’on a assisté cette année à une uniformisation des formats de contenu avec la généralisation des stories et ds micro-vidéos (Spotify tests Snapchat-like stories for playlists et Snapchat’s Spotlight Confirms That the TikTok, Instagram Social Media War Is On).

2020 a également été une grande année pour la réalité augmentée une prise en charge toujours plus avancée des smartphones (Snapchat among first to leverage iPhone 12 Pro’s LiDAR Scanner for AR), de très belles initiatives en e-commerce (Amazon launches an AR app that works with new QR codes on its boxes et Amazon’s New Augmented Reality App Highlights Dog Reality Stars from Prime Video Series ‘The Pack’), des marques plus audacieuses (L’Oréal Paris lance une expérience de make-up digital avec Virtue et Carrefour continue de miser sur la réalité augmentée pour son catalogue de Noël), toujours plus d’investissements dans les contenus (To own an AR future, Niantic wants to build a smarter map of the world) et la sortie prochaine de nouveaux matériels (Oppo will launch AR glasses with gesture control in 2021).

En ce qui concerne la réalité virtuelle, les choses sont plus compliquées. Si les pratiques s’intensifient en entreprise (KLM veut former tous ses pilotes grâce à la réalité virtuelle, visites virtuelles, mesures de sécurité… Comment Danone digitalise la formation de ses collaborateurs) le marché est en croissance, mais nettement plus étroit pour le grand public avec 6,4 M de casques vendus d’ici à la fin de l’année (2020, année record pour le marché de la VR). Facebook est incontestablement l’acteur leader du créneau de la réalité virtuelle, une domination qui fait fuir les autres (Google wakes up from its VR daydream et Google shutting down Poly 3D content platform).

Qu’à cela ne tienne, il y a encore d’énormes opportunités à saisir avec la transformation du secteur de l’événementiel (Tencent Music investit dans Wave, organisateur de concerts virtuels) et la montée en puissance de technologies mixtes (VRDays : où en est la XR en 2020 ?).

✅ Plus de promesses technologiques

C’est une posture récurrente dans le monde de l’informatique et du numérique : penser que tout peut être résolu grâce aux outils technologiques du moment que l’on a suffisamment de puissance. Voilà pourquoi tout le monde s’excite autour de l’informatique quantique (The Quantum Internet Will Blow Your Mind. Here’s What It Will Look Like). Un domaine de recherche extrêmement complexe puisqu’il repose entièrement sur une approche divergente de la physique que l’on nous enseigne à l’école (pour des explications gratuites, complètes et en français : Comprendre l’informatique quantique édition 2020).

La chose la plus importante à savoir sur l’informatique quantique est que ça reste pour le moment un domaine de recherche. De ce fait, il y a d’énormes disparités entre le matériel qui sert à faire des expérimentations dans en laboratoire et celui qui commence à être commercialisé (ex : Honeywell announces its H1 quantum computer with 10 qubits vs. D-Wave’s 5,000-qubit quantum computing platform handles 1 million variables). Est-ce que 5.000 qubits calculent plus vite que 10 qubits ? Visiblement la réponse est plus complexe que « oui » ou « non », car tout dépend de ce que l’on veut calculer, de comment on le calcul et surtout du niveau de fiabilité de la réponse.

De même, est-ce que les chercheurs chinois on réellement mis au point un ordinateur quantique 10 milliards de fois plus rapides que celui de Google et 100 billiards de fois plus rapides qu’un super-calculateur classique (China claims fastest quantum computer in the world) ? Difficile à dire, car cette réussite ne concerne qu’un seul type de calcul.

À une époque, la Russie et les USA s’affrontaient sur le plan technologique à travers la conquête spatiale. Aujourd’hui, c’est visiblement avec l’informatique quantique, un affrontement épique qui mérite bien un arbitre impartial : Atos annonce Q-score, la seule métrique universelle capable de mesurer la performance et la supériorité quantiques.

Une autre innovation technologique qui a fait beaucoup parler d’elle ces dernières années est la blockchain. L’année 2020 n’a été qu’une redite des promesses et « incroyables opportunités » offertes par les chaines de blocs pour réinventer des secteurs entiers de l’économie (Could Tokenized Property Change the Real Estate Market for the Better?). Au moins, certains s’en servent pour la bonne cause : Ubisoft launches blockchain-based Rabbids collectibles to raise money for UNICEF.

❎ L’année de la maturité pour les crypto-monnaies

Si vous lisez ce blog régulièrement, alors vous savez que j’ai toujours été extrêmement sceptique vis-à-vis des crypto-monnaies. Un scepticisme déplacé, car force est de constater qu’entre les montants faramineux des transactions (The most secretive Bitcoin wallet just moved nearly $1 billion) et l’usage effectif à grande échelle de la monnaie numérique nationale chinoise (We got some digital yuan! et China’s Central Bank Transacts $160 Million in Digital Yuan), les crypto-monnaies ont su convaincre et prouver leur viabilité.

Face à l’adoption rapide des usages autour des crypto-monnaies et les nombreuses dérives, le Gouvernement s’organise pour tenter de cadrer un minimum les risques : France Declares War on Crypto Anonymity, Cites ‘Terrorism’ in KYC Mandate.

Ceci conclut le bilan de mes prédictions 2020. Encore une fois, dans la mesure où je n’avais pas pris beaucoup de risques, et où le virus a largement stimulé les usages numériques, je n’en tire aucune fierté. Ma seule interrogation concerne les crypto-monnaies : J’ai beaucoup de mal à me faire une opinion positive sur le sujet, peut-être par manque de connaissances…

Je vous donne maintenant rendez-vous la semaine prochaine pour mes prédictions 2021.

Un commentaire sur “Retour sur mes prédictions 2020

  1. Un vrai commentaire cette fois : je partage tes interrogations sur les crypto-monnaies mais, comme tu le soulignes, il semble bien qu’elles se soient « installées dans le paysage » !
    Et 100% d’accord avec toi sur l’informatique quantique : c’est seulement un domaine de recherche (insister sur « recherches » avec tous les aléas que ce termes suppose…) et ce pour encore un certain temps (des années).

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