Les smartphones vont-ils tuer les terminaux portables dédiés

J’ai comme l’impression  qu’en ce moment entre le Peek et le WikiReader c’est la mode des terminaux portables dédiés. Les quoi ? Mais si enfin, les terminaux dédiés, ces petites machines portables (connectées ou non) qui sont entièrement dédiées à un service, par opposition aux assistants personnels qui sont capables de faire de nombreuses choses.

Même si le concept de terminal dédié présente des avantages (conception adaptée) il semblerait que cette approche soit en train de subir une concurrence fatale de la part des smartphones.

Navigateurs GPS vs. smartphones

Historiquement se sont les systèmes de navigation personnels qui ont ouvert la voix :

roadmate

Le problème est que les routes évoluent (changement de noms) et que les données contextuelles (travaux, état du trafic…) sont très précieuses. De ce fait, ces systèmes embarquent maintenant des systèmes de synchronisation « over the air » qui peuvent faire doublon avec votre abonnement de téléphonie.

Illustration avec l’application iPhone proposé par TomTom :

tomtom-iphone

C’est grosso-modo la même chose (écran tactile, GPS, compas…) mais vous ne payez que le soft et les données en temps réel. Je n’ai pas testé donc merci de ne pas troller sur le prix de l’application.

Là où ça se corse, c’est quand Google décide de sortir son propre service (Google Maps Navigation) qui exploite à la fois les données cartographiques de Google Maps, les photos de Google Street View :

AndroidNavigation

Non seulement l’interface est un modèle d’intuitivité mais en plus l’application bénéficie de la base de données de Google Local. Cerise sur le gâteau : cette application est gratuite pour les terminaux propulsés par Android. Inutile de vous dire que cela doit donner des sueurs froides aux fabricants.

Baladeurs MP3 vs. smartphones

Autre exemple « historique », les baladeurs MP3 (dont l’iPod) qui doivent maintenant subir la concurrence des smartphones comme l’iPhone ou Android :

iphone_itunes

Autant la gestion de la musique sur Android mérite encore quelques améliorations, autant l’iPhone est parfaitement au point et bénéficie en plus de l’intégration d’iTunes pour télécharger directement de la musique sans passer par l’ordinateur.

Là où ça devient intéressant, c’est quand des services en ligne musicaux par abonnement commencent à voir le jour (Spotify, Lala…). Idem pour des services de recommandation comme Pandora qui présentent un avantage compétitif sans précédent par rapport à un simple baladeur MP3.

Consoles de jeux portables vs. smartphones

Oui je sais bien que Nintendo a réussi à vendre près de 120 millions de Game Boy et 115 millions de DS, mais le marché surveille tout de même de très près l’iPhone qui représente plus de 10% des parts de marché des jeux mobiles. Bien évidement il y a encore beaucoup moins d’iPhone en circulation que de consoles portables (un peu plus de 300 millions d’unités il me semble) mais c’est parce que les autres ont beaucoup d’avance. Dans tous les cas de figure, ce ne sont pas les caractéristiques techniques qui sont en défaveur de l’iPhone (si je ne dis pas de bêtise il est plus puissant qu’une DS ou une PSP) qui arrive en plus à conquérir un public différent grâce à son écran mulit touch :

FIFA10

La situation est d’autant plus critique pour les fabriquant historiques de consoles portables qui viennent à peine de revoir leur modèle de distribution (qui reposait jusqu’à présent sur les cartouches) avec le lancement de jeux à télécharger. D’ailleurs la toute récente PSP Go ne propose que des jeux à télécharger.

Encyclopédie et outils de communication dédiés vs. smartphones

Derniers nés de cette catégorie « terminaux dédiés portables », le très intéressant WikiReader qui vous donne accès à la gigantesque base de données de Wikipedia :

WikiReader

Ce petit appareil a d’indéniables qualité (prix réduit, ergonomie adaptée, autonomie…) mais subit de fait une concurrence frontale avec la version mobile de Wikipedia (ou l’application) qui évite de devoir faire des mises à jour (facturée 29$).

Dernier exemple avec le Peek, un terminal dédié à la communication qui permet d’envoyer/recevoir des emails et messages à volonté (pour 15$/mois) :

Peek

Une offre intéressante car les forfaits « data » des opérateurs réservent parfois des surprises et car ce terminal est parfaitement adpaté à cette tâche. OK… mais les BlackBerry sont aussi positionnés sur ce créneau et remplissent parfaitement leur rôle.

Qu’à cela ne tienne, ils s’apprêtent à commercialiser une version spécifique pour Twitter (tweets illimités pour un prix de vente à 199$) : TwitterPeek. Là encore une offre qui fait réfléchir, mais qui va sûrement avoir du mal à trouver sa place face aux nombreuses applications de tweeting disponibles sur les smartphones : Would You Pay $199 for a Mobile Twitter Device With “Lifetime” Service?.

Conclusion

Comme nous venons de la voir, les smartphones sont capables de rivaliser avec chacun de ces terminaux de façon tout à fait convaincante. Pour le moment c’est l’iPhone qui tient le haut du panier avec une machine et un écosystème redoutablement bien intégré (et rentable pour Apple) mais qui sait ce que les autres acteurs nous préparent (Google / Android, Nokia…) ?

De mon point de vue il n’y a pas photo : je possédais un téléphone, un PDA, un baladeur numérique et une Game Boy. Maintenant tout ce dont j’ai besoin c’est de mon iPhone (et en prime il peut même faire modem 3G pour mon ordinateur). Peut-être les nouvelles générations de netbooks ou de touchbooks apporteront-elles du neuf dans cette compétition. À moins que la future tablet d’Apple nous replonge dans une situation de quasi-monopole…

Netbook + TabletPC = Touchbook (et le web devient tactile)

Alors que le marché des netbooks n’en finit plus de grossir (ils représentent maintenant 1/5 des ventes : Netbooks Now A Fifth Of All Portable Computer Shipments), j’ai comme l’impression que nous sommes en train de voir émerger un nouveau segment : les touchbooks (des netbooks à écran tactile). Certains pourraient dire que les Tablet-PC existent depuis de nombreuses années, certes, mais je pense que ce type de terminaux va connaitre une seconde jeunesse en bénéficiant de l’expérience acquise par les constructeurs sur les netbooks (des machines « low-cost« ). Entendons-nous bien : « low-cost » ne rime pas forcément avec mauvaise qualité, il s’agit plus d’un positionnement différent où l’on ne recherche pas les meilleures performances mais plutôt le meilleur rapport valeur/prix (cf. The Good Enough Revolution: When Cheap and Simple Is Just Fine).

En tête de liste des prétendants à ce nouveau segment nous avons le Tabbee d’Orange :

tabbee

 

À peine sortie, cette machine fait déjà des émules avec le JournE Touch de Toshiba :

Journe_Touch

 

Nous retrouvons ensuite le fameux CrunchPad qui devrait sortir d’ici peu :

crunchpad

 

Moins sexy mais bien meilleur marché il y a le TouchBook de Always Innovating qui est proposé en open source pour le software ET le hardware (merci à Piffeur pour le lien) :

touchbook_AI

 

Mais on trouve également des formats alternatifs comme les Internet Tablet d’Archos :

archos-a5h-android

 

Ou encore les netbooks à écran tactiles comme le T91 d’Asus :

EeePCT91

 

Le point commun de toutes ces machines est de proposer un écran tactile, mais pas forcément l’interface qui va avec ! Et c’est là où il y a comme un problème, alors que le segment des netbooks est encore en train de chercher le bon système d’exploitation (cf. Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks).

Apple a révolutionné la téléphonie mobile avec son iPhone, les constructeurs précités sauront-ils en faire de même avec ces nouvelles machines ? Difficile à dire pour le moment, surtout avec le lobbying de Microsoft et de son futur Windows 7 qui devrait proposer des choses très intéressantes en terme d’interfaces tactiles. Intéressantes pour une utilisation intensive voire exclusive ? J’en doute, mais je peux me tromper. Archos montre l’exemple en proposant des Internet Tablet propulsée par Android mais est-ce suffisant pour convaincre le grand public… pas certain non plus car cela limite les domaines d’applications.

Dans l’idéal il faudrait attendre l’annonce d’un Macbook Touch pour avoir une machine cohérente (avec une interface parfaitement adaptée) mais ça ne sera visiblement pas pour cette année.

apple_netbook

Pour le moment le produit qui me semble le plus intéressant est le Qooq, un terminal dédié à la cuisine :

qooq

Pour faire simple, il s’agit d’un touchbook entièrement dédié à la cuisine (un « coach culinaire ») avec tout un tas de recettes à suivre pas à pas, des vidéos de préparation, des astuces et interviews de grands chefs et même une application de gestion des courses. Bref, c’est un terminal « intégré ».

Vous noterez qu’un effort a été fait pour adapter le terminal à son contexte d’utilisation (écran protégé contre les projections, pied pour le maintenir en position verticale…) de même que l’interface particulièrement réussie. Cette machine est proposée avec un abonnement (13 €/mois) qui donne accès aux recettes, aux fiches ingrédients ainsi qu’à un magazine vidéo sur l’art culinaire. Un modèle économique particulièrement intéressant pour un terminal proposé à 350 € (il fait aussi station météo et cadre numérique).

Peut-être que le Qooq ouvre la voix à toute une série de touchbooks de niche avec une ergonomie, une interface et des services verticalisés pour le grand public (pour les personnes âgées, pour les 5-7 ans…) ou les professionnels. En tous cas je me réjouis d’avance car ce type de machine va permettre de remettre en question les interfaces jusqu’alors proposées et apporter de l’innovation dans un marché stagnant (à quand remonte la dernière grosse innovation en matière d’informatique grand public ?).

Si vous connaissez d’autres exemples, les commentaires sont là pour ça…

Résumé de l’actualité estivale 2009

Voilà, c’est la rentrée. Le moment est donc venu de faire le point sur les les événements marquants du mois d’août.

Facebook rachète FriendFeed (et autres annonces)

C’est LA grosse annonce des vacances : après plusieurs années de négociations, FriendFeed accepte l’offre de rachat par Facebook (cf. FriendFeed accepts Facebook friend request). On parle d’un montant de 50 millions de $ pour récupérer les activités de FriendFeed ainsi que les 12 employés. Je ne p ense pas que ceci puisse être interprété comme la volonté de contenir la montée en puissance de Twitter car ces deux services sont en fait assez différents. FriendFeed n’a jmais été un réel concurrent pour Twitter, plutôt un concurent pour le Friends Update. Par contre Facebook Lite est une attaque on ne peut plus directe à l’égémonie de Twitter.

Quelle sera la suite ? Difficile à dire pour le moment si ce n’est quelques rumeurs notamment autour de Bebo dont AOL voudrait bien se débarrasser et qui permettrait à Facebook de rajeunir son audience. Il y a également des rumeurs concernant Spotify, LE service de streaming musical dont tout le monde parle en ce moment et qui pemettrait à Facebook de se remettre à niveau sur ce créneau là. D’autant plus que…

MySpace rachète iLike

Autre grosse nouvelle de l’été, le géant MySpace qui se reveille et prend le contrôle de iLike pour 20 millions de $. Un petit montant pour une très belle opération permettant à MySpace d’injecter du sang neuf dans sa base d’utilisateurs et de renforcer sa position sur la social music. Pour le moment on ne sait pas trop comment va se passer la cohabitation avec MySpace Music mais espérons que l’intégration se fera en douceur.

Prochaine étape : pourquoi pas un partenariat indistriel avec Apple/iTunes ou un autre rachat (au hasard Pandora).

Une nouvelle version de Google ?

Beaucoup de question autour d’une possible nouvelle version de Google dont le nom de code est Caffeine. Visiblement un nouvel algorithme de recherche serait à l’étude, de même qu’une nouvelle architecture technique pour plus de rapidité (cf. Google Caffeine: A Detailed Test of the New Google).

Plusieures hypothèses sont possible : un nouveau système de rating (évolution du page rank), de la recherche en temps réel… Je laisse les spécialistes s’exprimer.

Les services mobiles « next-gen » sont à la mode

Alors que Twitter et Facebook/FriendFeed se tranquilement en train de conquérir les masses (et donc de se ringardiser vis à vis des adopteurs précoces), des applications mobiles de dernière génération sont en passe de devenir les nouveles coqueluches de la blogosphère. Il y a ainsi FourSquare (un réseau social localisé) qui n’est pour le moment pas disponible en France. Il y a aussi Layar (un browser mobile à la sauce réalité augmentée) qui vient de sortir sa V.2 (cf. Layar Augmented Reality Browser Now World Wide on Android, iPhone is Next) et la toute récente Métro Paris que j’ai testé avec succès.

Pour le moment ce marché est encore assez confidentiel du fait de la taille réduite d’utilisateurs-cible (les possesseurs de smartphone) mais il y a potentiellement de gros revenus à tirer de cette niche à forte valeur ajoutée.

Nouvelles versions de Mac OS et Windows

C’est demain que sort Snow Leopard, la nouvelle version épurée de Mac OS qui va mettre l’accent sur les performances. Windows 7 ne devrait pas tarder à suivre avec une promesse similaire de refonte « en profondeur ». Je pense qu’il faudra attendre quelques mois avant de voir les réels améliorations côté services et notamment une intégration plus fine avec les infrastructures on-the-cloud.

Nokia sort un netbook

Alors que l’on spécule de plus en plus sur une Mac Tablet (15 ans après le Newton), c’est finalement Nokia qui a fait sensation en présentant son Booklet 3G : Nokia Booklet 3G mini laptop unveiled. Une superbe machine qui intègre enfin la 3G de façon native mais qui n’a toujours pas communiqué sur le prix. Mon intuition me dit que ce n’est pas un hasard si ce produit ne s’appelle pas « netbook » : c’est parce qu’il va dépasser la barre symbolique des 500 $ et ne plus trop correspondre ainsi à la « norme » des netbooks. L’idée de génie est d’avoir prévu un emplacement pour pouvoir glisser « à chaud » une carte SIM. Attendons de voir si cette machine tient ses promesses (cf. Why It’s Too Early To Be Excited About Nokia’s Late Netbook) et surtout de voir si l’on peut utiliser un autre système d’exploitation que le Windows annoncé (lequel déjà ?).

Voilà, ça fait beaucoup pour un mois d’août. J’ai oublié des choses ?

Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google

Cela fait à peine 24 H que l’annonce de Chrome OS a été faite et pourtant les avis convergent en ce qui concerne les intentions de Google : réinventer l’outil informatique et les usages des services en ligne. En fait cela avait déjà commencé avec l’annonce de Wave, mais cette entreprise ne se fera pas en un jour (ni en un an).

Chrome OS ?

Reprenons depuis le début avec ce que nous savons sur Chrome OS :

  • Ce n’est pas un nouveau système d’exploitation mais une nouvelle interface graphique reposant sur un noyau Linux ;
  • Il sera gratuit (normal car les équipes de Google comptent s’appuyer sur la communauté pour le finaliser) ;
  • Il pourra tourner sur un netbook et plus si affinités (grâce au support des processeurs ARM en plus des architecture x86 d’Intel) ;
  • Il reposera essentiellement sur le navigateur Chrome qui servira d’environnement d’exécution pour des applications en ligne « standards » (HTML ou Flash) ou spécifiquement conçues pour Chrome (sous-entendu reposant sur les technologies Google comme NaCl ou avec le futur HTML 5) ;
  • Il devrait sortir pour mi-2010.

Nous ne savons donc pas encore grand chose sur Chrome OS, toujours est-il qu’il serait illusoire de croire que Google a la capacité de nous sortir un système d’exploitation en à peine un an car c’est un chantier titanesque qui demande des années et une armée de développeurs.

Pourquoi cibler les netbooks ?

Au-delà des taux de croissance très impressionnants annoncés par l’industrie, le marché des netbooks ressemble plus à une niche qu’à autre chose : 11 millions d’unités vendues en 2008 pour une prévision de 39 millions de machines en 2013 (Let’s all take a deep breath and get some perspective). C’est peu, à peine 1/10ème du marché des ordinateurs, mais c’est suffisamment gros pour s’y intéresser. D’autant plus que les netbooks n’ont pas encore trouvés leur place : les « observateurs » du marché s’acharnent à les faire passer pour des ordinateurs low cost alors que leur potentiel réside dans de nouveaux usages et surtout dans une nouvelle approche de l’outil informatique.

C’est également un marché très instable apparamment dominé par Microsoft avec un produit en complet décalage avec le potentiel des machines. Pour résumer : les 97% de parts de marché de Microsot ne sont qu’un leurre, le grand public réclame Windows car c’est le seul OS qu’il connaisse mais donnez-leur un iPhone et il leur pousse des ailes. Tout ce qu’il manque aux netbooks c’est un acteur qui daigne investir de l’argent pour éduquer et convaincre les clients.

C’est enfin un marché sur lequel Google peut compter sur des partenaires de taille : Des constructeurs (Acer, Asus, HP, Lenovo), des fabricants de puces (Qualcomm, Texas Instrument) et même un éditeur (Adobe).

Quelques difficultés à prévoir

Mais tout ne va pas être simple pour Google car le géant de la Silicon Valey devra faire face à de nombreuses difficultés, à commencer par les ressources : les équipes de Google ne peuvent pas être sur tous les fronts à la fois et la communauté risque de se lasser d’être sans cesse sollicitée (notamment comme cela a été le cas pour Android).

Il y a ensuite le douloureux problème de la compatibilité des périphériques : Sera-t-il possible de faire fonctionner votre webcam, votre imprimante ou de brancher votre appareil photo numérique ? Difficile à imaginer, il faudrait alors que les constructeurs fournissent un effort considérable pour livrer les bons drivers.

Il y a enfin le problème des marges très réduites sur le créneau des netbooks. Concrètement, avec un système d’exploitation gratuit Google cible le bas du marché. OK, mais comment vont-ils gagner de l’argent ? Autant iTunes est gratuit mais Apple gagne beaucoup d’argent avec (il faut payer d’un côté pour le hardware et de l’autre pour les musiques ou applications) autant si Chrome OS est gratuit, comment Google va-t-il dégager des revenus ? Certainement pas avec le matériel, ni avec les services puisque l’offre de Google est majoritairement gratuite.

Pas réellement un concurrent pour Windows

Malgré les apparences, Chrome OS n’est pas un concurrent de Windows mais plutôt de Linux. Au risque de me répéter : Faire tourner Windows sur un netbook est une aberration car cela limite fortement l’usage que l’on peut en faire (Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?). Les netbooks n’ont pas besoin de Windows, mais Windows a besoin des netbooks pour maintenir les ventes. Et à ce petit jeu Microsoft est passé champion dans l’art de verrouiller un marché et d’étouffer la concurrence. Sauront-ils étouffer Google ? J’en doute, certainement pas avec Windows 7 qui ne prend pas en compte les spécificités des netbooks (contrairement à Moblin).

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Mais ne vous en faites pas pour Microsoft, ils ont d’autres tours dans leur sac (Five Reasons Why Microsoft Does Not Need To Worry About Google Chrome OS), à commencer par une grosse annonce à venir sur la prochaine version d’Office (qui sera très certainement disponible en mode SaaS : Why Chrome OS Now? Because Microsoft Office In The Cloud Comes Monday). Il y a de plus ce projet de navigateur chez Microsoft Research (nom de code Gazelle) qui se veut être le premier « browser-based OS«  (Introducing Microsoft’s Gazelle, A Web Browser as a Multi-Principal OS) ça ne vous rappelle rien ?

Pas du tout un concurrent pour Apple

Vient ensuite logiquement la question de savoir si cette annonce ne va pas faire de l’ombre à Apple qui a toujours craché sur le segment des netbooks mais qui compte (d’après les rumeurs) sortir sa propre machine d’ici l’année prochaine. Rassurez-vous, cela ne va pas le moins du monde affecter Apple qui a toujours su se créer sa propre niche (Why Google’s Chrome OS Bomb Has Minimal Fallout On Apple). Traduction : Apple ne sortira pas de netbook mais un produit légèrement différent qu’il sera le seul à maitriser.

D’un autre côté, le grand public est très friand des services simples et efficaces de Google, réussiront-ils à lancer une alternative crédible (la qualité d’Apple sans en payer le prix) ? Pas sûr dans la mesure où les consommateurs ne sont pas dupes : le Gphone est un très bel appareil, mais ce n’est pas un iPhone. Bref, tout ça pour dire que Google sait très bien faire du Google mais qu’ils ne rivaliseront jamais avec Apple.

Le jeu sera-t-il le premier domaine d’application crédible pour les netbooks ?

J’avais déjà exprimé en début d’année la possibilité d’une approche verticale pour les netbooks avec le marché des enfants. Je crois toujours fortement à cette hypothèse, tout comme celle d’une machine sponsorisée par des éditeurs de jeux. Le principe est simple :  proposer une offre à moins de 100€ pour un netbook avec des jeux pré-installés dessus. Disney le fait déjà, pourquoi pas Adibou ou Prizee ? (cf. Hands On With Disney’s Netbook for Kids)

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Le netbook pour les enfants de Disney

Les netbooks ne sont pas des machines très puissantes, mais pour faire du casual games ils sont largement suffisants : How Will Google Chrome OS Change Gaming?. Rappelons de plus que Google compte intégrer O3D dans la prochaine version de Chrome, de quoi en faire un parfait candidat pour du Rich Internet Games.

Une nouvelle génération de système d’exploitation pour une nouvelle génération d’ordinateurs

Au risque de me répéter (bis) : les netbooks ne sont pas de petits ordinateurs (ni même de gros smartphones), ils piochent le meilleur de ces deux mondes pour proposer une nouvelle approche et surtout correspondent à de nouveaux usages. Inutile de se poser la question de savoir s’il sera possible de faire tourner Photoshop sur Chrome OS puisque de toute façon il ne tourne pas sur un netbook avec Windows XP, là n’est pas l’objectif des netbooks.

Aujourd’hui c’est Intel avec son Moblin qui nous montre le vrai potentiel des netbooks : un usage intensif (exclusif ?) de services en ligne, une mobilité sans compromis et des applications à réinventer. Il y a aussi Jolicloud sur le créneau, mais leur approche n’est pas aussi poussée que celle d’Intel.

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L'interface révoltutionnaire de Moblin

Il reste bien évidemment d’autres questions en suspens comme par exemple la possibilité de faire tourner des applications en ligne en mode déconnecté ou la gestion de la synchronisation, mais les travaux autour de HTML 5 avancent à grand pas et le futur des applications next-gen est en marche. Quand Gmail est sorti il y a 5 ans, je ne me doutais pas qu’il allait me faire complètement oublier les logiciels de messagerie, et pourtant… jamais plus je ne reviendrais à un système de messagerie classique.

C’est donc un pari sur l’avenir que Google fait en misant sur le tout en ligne (ou plutôt sur les applications légères) mais de toute façon leur Chrome Os est encore loin d’être prêt donc ils ont tout le temps pour continuer à préparer le marché.

Conclusion

S’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est qu’à sa sortie Chrome Os ne va pas révolutionner le monde de l’informatique ou de l’internet. Ce chantier se gagnera sur le moyen terme (5 ans), tout comme c’est le cas pour Wave, un produit révolutionnaire mais qui mettra du temps avant de réveler son potentiel.

J’ai également une autre certitude : Chrome OS va être la pierre angulaire de la stratégie de Google, le lien entre les différents services et le digne successeur de Google Desktop qui n’a pas réussi à s’imposer (mais qui aurait pu jouer ce rôle). En poussant la réflexion, on peut également se dire que Chrome est la pièce centrale d’un puzzle que Google élabore depuis de nombreuses années.

Et si ce Chrome OS n’était qu’un galop d’essai ? Un échauffement pour une ambition encore plus vaste : Après les netbooks, les ordinateurs ? Pourquoi pas… d’ici là ils devront d’abord résoudre le problème de la compatibilité des périphérique et au moins lancer un site web, ça serait la moindre des choses !

Google lance Chrome OS, un système d’exploitation pour netbooks

Après de nombreuses rumeurs, voilà c’est officiel, Google vient de lancer son système d’exploitation pour netbooks : Introducing the Google Chrome OS. Ils ont pour ambition de repenser les systèmes d’exploitation. Nous ne savons pour le moment pas grand chose de ce projet, juste que son code-source sera publié en open source dans le courant de l’année (comme les autres projets Google) et qu’il sera disponible sur des produits grand public à partir du milieu de l’année prochaine.

Quelques précisions sur ce projet :

  • Il fonctionnera sur les netbooks équipés de processeur x86 / Intel et ARM (contrairement à Moblin et Windows 7) ;
  • L’architecture logicielle repose sur un kernel Linux, un nouveau système de fenêtrage dont on ne connait pas les détails et Chrome ;
  • Il pourra potentiellement entrer en concurrence avec Android (qui a déjà été installé avec succès sur certains netbooks).

Visiblement l’accent sera mis sur la rapidité (temps de démarrage), la sécurité (le choix de Linux semble judicieux) et les services en ligne (forcément puisque c’est un produit de chez Google). N’y voyez pas un premier pas vers un authentique système d’exploitation made in Google qui pourrait concurrencer Windows, ce Chrome OS n’est qu’une interface graphique posée sur un noyau Linux. Il existe déjà des acteurs ayant adopté la même stratégie comme gOS.

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Chrome OS dans votre netbook

Et justement, puisque l’on parle de la concurrence : Windows 7 va être le premier touché, logique puisqu’ils ont près de 90% des parts de marché (cf. Google’s Biggest Direct Assault on Microsoft: Open Source Desktop OS Based on Chrome). Mais c’est surtout à Intel que je pense avec son tout récent Moblin. Intel est un acteur très puissant mais possède-t-il la même force de persuasion que Google ? De plus, Intel est avant tout un fournisseur de puces, pas de services, d’où des leviers peu efficients comparés à Google. Il y a ensuite Jolicloud qui repose sur une architecture similaire, mais le marché est grand et ces deux systèmes peuvent tout à fait cohabiter sans trop de se faire de tort (au même titre que Netvibes et iGoogle). Évacuons la concurrence probable avec Android : Chrome OS sera un système d’exploitation conçu et optimisé pour les netbooks, ce qui n’est pas le cas pour Android qui a été conçu pour tourner sur différents types de processeurs et surtout dont l’interface est adaptée aux contraintes des mobiles.

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Une relique du passé ?

Le choix de « Chrome OS » comme nom n’est pas anodin : ils veulent privilégier au maximum les services en ligne et installer un minimum de choses sur la machine. Ceci va de pair avec la stratégie de Google et surtout avec la stratégie d’intégration verticale autour de Chrome dont la prochaine version risque de nous réserver de nombreuses surprises et notamment l’intégration prochaine de Native Client et O3D (cf. Opera 10, Chrome 4, Firefox 4 : Vers des plateformes sociales et applicatives). Chrome confirme donc son statut de cheval de Troie, plus particulièrement pour le marché des netbooks qui sont des machines à fortes contraintes (puissance du processeur, capacité de stockage…). D’après ce que l’on sait, Google souhaite tout miser sur les applications en ligne en posant la promesse suivante : les applications développées pour Chrome OS pourront également tourner sur n’importe quelle machine du moment que c’est dans Chrome. La boucle est bouclée : Chrome est maintenant désigné comme la plateforme applicative de Google, ne reste plus qu’à sortir une version stable pour Linux (oups !).

Plusieurs questions restent en suspens :

  • Chrome OS sera-t-il gratuit ? Oui tout comme Android, une stratégie simple pour couper l’herbe sous les pieds de Microsoft et favoriser l’adoption.
  • Pourra-t-on utiliser un autre navigateur que Chrome ? Oui mais cela limitera les possibilités car toute la logique applicative repose sur Chrome.
  • Y aura-t-il de la publicité ? Non ils ne sont pas stupides à ce point, les revenus viendront d’autres sources.
  • Chrome OS va-t-il révolutionner l’expérience des netbooks ? Oui certainement car un système qui démarre de façon quasi-instantanée risque de faire beaucoup de tort à Windows qui ne parvient pas à descendre sous la barre des 30 secondes. Rapidité et sécurité sont les deux maîtres-mots de Google pour son OS, une posture vraiment agressive vis à vis de Microsoft (Five Things Google’s Chrome OS Will Do for Your Netbook).
  • Google risque-t-il de faire de l’ombre à Apple ? Non pas réellement car Apple est passé maître dans l’art de se créer sa propre niche. Il n’empêche que cette annonce doit tout de même faire grincer des dents (Prediction: Google and Apple go to War).
  • Chrome OS permettra-t-il aux netbooks de conquérir le marché des entreprises ? Oui certainement, du moins pour les entreprises déjà clientes de Google Apps (10 Things We’re Dying to Know About Chrome OS).
  • Google parviendra-t-il à trouver un partenaire industriel ? Oui tout à fait, à commencer par ARM qui se fera un plaisir de faire rentrer un constructeur dans la danse (Google Chrome OS & What It Means For Future of Computing).

Cette annonce confirme en tout cas le potentiel des netbooks (Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?) et surtout le fait que la bataille se situera au niveau du système d’exploitation (Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks). Maintenant que Sony a annoncé sa ligne de netbooks (Netbooks Finally Exist: Sony VAIO W to Hit for $499), il ne reste plus qu’Apple se décide enfin à rentrer dans l’arène pour que le créneau des netbooks explose en 2010 !

Il parait que Microsoft va faire une grosse annonce la semaine prochaine au sujet de Windows 7 et potentiellement d’une version optimisée pour les netbooks de Windows 7. Attendons et observons…