Quand les people sociabilisent les marques

Aviez-vous remarquez à quel point il était délicat pour une marque d’être présente au sein de réseaux sociaux. Il y a bien les exemples de L’Oréal ou Garnier mais tout ça reste très laborieux car les membres sont globalement réfractaires à l’intrusion des marques dans leur espace social. Quand je parle de marques, je parle des marques courantes, pas de Apple ou Harley Davidson qui sont plus des marques-symboles et pour lesquelles les règles sont différentes (ce sont des contre-exemples).

Bref, tout ça pour vous dire que la solution de ce problème ne se trouve pas forcément sur les réseaux sociaux traditionnels mais plutôt sur des réseaux dédiés. Dédiés aux marques ? Non, dédiés aux people.

Prenons ainsi l’exemple de Coolspotters, une plateforme sociale où les membres recensent les produits portés par les people :

coolspotters_home

Vous noterez que le concept est redoutable car ce ne sont pas les marques qui se mettent en avant, ce sont les internautes (et indirectement les people) qui en parlent. Jugez plutôt avec cette impressionnante liste de marques :

Coolspotters_directory

Le service est extrêmement bien fait car il existe également des pages de marque où l’on retrouve une liste des produits ainsi que des people qui les portent :

Coolspotters_brand

Et ce service n’est pas un cas isolé car il en existe d’autres notamment en Angleterre avec MyCelebrityFashion, qui propose un concept similaire mais plus éditorialisé :

MyCelebrityFashion_home

On retrouve dans ce service le même principe de repérage de marques sur les people :

MyCelebrityFashion_celeb

Dernier exemple avec CelebStyle (du réseau PopSugar) qui reprend ce même principe :

CelebStyle_home

À noter la très intéressante fonction ‘How Wore it Best‘ :

CelebStyle_battle

Il existe d’autres fonction plus marchande sur ce site comme Trend Alert, The Bag to Have, Looks for Less ou encore How would you wear it.

Avec ces trois exemples nous sommes bien face à un canal de recommandation / promotion très crédible pour les marques. Certes la cible est pour le moment très féminisante, mais rien n’empêche les éditeurs de faire des déclinaisons pour les hommes ou d’autres cibles. Assurant un exemple à suivre…

LeWeb’08, un concentré de médias sociaux à Paris

Paris est à l’honneur les 9 et 10 décembre prochains avec la cinquième édition des conférences LeWeb de notre Loïc Lemeur (inter)national : LeWeb’08.

Le thème de cette année est l’amour (« Love » comme disent les américains) mais ne vous y trompez pas, il s’agit plus de l’amour de son prochain (ou de soi-même) car il y sera question du web social. Les médias sociaux seront donc à l’honneur cette année avec un programme tout à fait intéressant et des intervenants prestigieux : LeWeb’08 Program.

Même si le programme ne vous motive pas, cette conférence est assurément un évènement incontournable pour le networking. Outre les stars de la blogosphère US, vous pourrez ainsi y croiser des stars du web francophone et européen grâce au programme réservé aux blogueurs officiels (dont votre serviteur fait partie). J’espère donc y retrouvez de vieilles connaissances comme les amis Claude et Bertrand ainsi que des personnes de talent que je ne croise pas assez comme Frédéric et Cédric (et la liste est longue).

Et même si ni le programme ni les personnes que vous pouvez croiser dans les couloirs ne vous intéressent, alors il vous reste toujours la Start-up Competition dont la liste vient d’être dévoilée : LeWeb’08 Startup Competition: Companies Selected and Judges Announced.

Je reteindrais de cette liste quelques concepts très prometteurs :

  • Des social software orientés « Entreprise 2.0 » comme KonoLive et Producteev ;
  • Des services plus orientés « médias » comme Radionomy ou Kaltura ;
  • Des services tournés vers le microblogging et le micro-partage comme ShoutEm et Zipipop).

Bien évidement cette liste n’est pas exhaustive car la plupart des services en compétition sont en beta ou en langue étrangère que je ne comprends pas.

Voilà, j’espère bien croiser certains d’entrevous là-bas. En tout cas il faut que l’on s’organise…

Rétrospectives sur mes prédictions 2008

Comme chaque année, avant de me lancer dans le délicat exercice des prédictions de l’année 2009, je souhaiterais au préalable revenir sur les prédictions que j’avais faites en début d’année et voir si elles se sont réalisées.

1/ Interopérabilité forcée entre les réseaux sociaux

À défaut de forçage, on peut parler de bonne volonté, même si la route sera longueOpenID (implémenté par à peut-près tout le monde de Google à Yahoo! en passant par Microsoft), OpenSocialData AvailbilityData Portability… les initiatives ne manquent pas et des projets propriétaires comme Facebook Connect apparaissent comme ridiculement isolés. Dans tous les cas de figure, entre les réseaux sociaux de niche, les plateformes de création de réseaux sociaux et la socialisation des plateformes communautaires traditionnelles (type casual gaming…), l’avenir est bien évidement dans l’interopérabilité universelle.

Verdict : On y est pas encore mais ça va venir.

2/ Des jeux disponibles sur iTunes

Lancée en juillet 2008, l’App Store est une véritable machine de guerre qui génère des millions de $ de bénéfices, à tel point que l’iPhone est maintenant plus vu comme une console portable que comme un smartphone (cf. Is iPhone The New Gaming Platform?).

Verdict : Bingo !

3/ Hybridation des univers virtuels et des réseaux sociaux pour les jeunes

Pas un seul univers virtuel n’est lancé (ou n’est en exploitation) sans une très forte dimension sociale. Ce phénomène dépasse même largement le segment des jeunes (Réseaux sociaux + Univers virtuels = ExitReality ?) et concerne également les univers entre eux (Vers une extra-opérabilité des univers virtuels avec Myrl).

Verdict : Bingo !

4/ Hybridation entre jeux vidéos et réseaux sociaux

Inutile de revenir là-dessus car je me suis déjà largement exprimé sur ce sujet : Social Networks + Casual Games = Social GamesLa Brute + MMO + Facebook = Elven Blood et Entropia Universe et Prizee au Salon du Jeu Vidéo.

Verdict : Bingo !

5/ Bientôt les UGG (User Generated Games)

Idem, je me suis déjà exprimé sur ce sujet : Microsoft lance une plateforme de création de jeux en ligne et EA se lance dans les User Generated Games.

Verdict : Bingo !

6/ Le P2P trouve d’autres domaines d’application

Visiblement les architectures P2P font plus peur que rêver ! Toujours est-il qu’avec l’arrêt de projets comme Outback Online, et la refonte de Joost en un portail de diffusion plus traditionnel nous comme loin de mes prédictions.

Verdict : C’est raté !

7/ Apparition d’indicateurs spécifiques aux réseaux sociaux et univers virtuels

La question de la monétisation (donc de l’évaluation) et du ROI des campagnes ciblant ces supports est plus que jamais d’actualité en cette période de « réduction de la voilure ». Comprenez par là que ces fameux indicateurs sont maintenant une nécessité mais que personne n’accepte encore de communiquer ouvertement dessus (chacun ayant son algorithme de social scoring). En attendant d’avoir un référentiel stabilisé et partagé par l’ensemble de la profession, vous pouvez toujours calculer votre Social Media Score.

Verdict : On y est pas encore mais ça va venir.

8/ Des territoires d’expression sur-mesure pour les plus grandes marques

En plus d’un certain nombre de marques comme Mc Donald’s, Disney et Renault qui se sont lancées, nous voyons se multiplier les univers virtuels de niche en rapport avec des émissions de télévision (Star’Ac World, Plus belle la life) sous l’impulsion d’acteurs comme There ou Taatu (cf. There veut marcher sur les plates bandes de Second Life et Taatu, une solution “clé en main” qui séduit les annonceurs) de même que l’apparition de réseaux sociaux centrés sur des people (Les peoples envahissent les réseaux sociaux).

Verdict : Bingo !

9/ Accélération de l’innovation dans le e-Commerce

Nombreuses sont les innovations qui ont vu le jour cette année : au niveau de l’interface (3D, vidéo… des tonnes d’exemples à découvrir sur RichCommerce.fr), au niveau des terminaux mobiles (Bientôt le ‘visual search engine’ sur iPhone), au niveau des utilisateurs et de leur capacité de recommandation (Amazon et la longue traîne du web TV shopping). Il y a également de la nouveauté dans les solutions de paiement avec 3D Secure mais je ne préfère pas aborder le sujet car ça risque de dégénérer… Bref, le e-Commerce se porte bien et l’innovation n’est pas prête de s’arrêter.

Verdict : Bingo !

10/ Une seconde chance pour le web sémantique

Décidément le web sémantique n’en finit plus d’être (re)lancer avec des services comme Twine, Swirrl et des notions comme semantic desktop ou les semantic web apps. Bref, il y a des couches sémantiques à tous les étages… mais pas chez les moteurs de recherche. Visiblement nous nous dirigeons donc vers une « sémantisation sociale » du web (contenus, applications, utilisateurs…) réalisée par les internautes et non par des agents intelligents. Donc ils ne le sont pas tant que ça en fait (intelligents) (les agents).

Verdict : C’est raté !

 

Bon… avec 6 prédictions réalisées et 2 en voie de réalisation ça me fait un très beau palmarès, non ? J’espère que mes prédictions 2009 connaitrons une même réussite !

Facebook et le syndrome du canard

En réponse à un billet publié récemment par Cédric (Comment expliquer le succès de Facebook?), je souhaiterai pointer du doigt une particularité de Facebook qui a fait son succès mais qui le fragilise en même temps : sa polyvalence.

Facebook est en effet capable de proposer un très large éventail d’outils et fonctionnalités « sociales » qui lui permettent de rivaliser avec un très grand nombre de services… sans pour autant en faire des arguments de différenciation fort. Donc pour faire simple : Facebook sait tout faire, mais rien en particulier.

Pour illustrer ceci, je vous propose de prendre la métaphore du canard. Les canards sont des animaux formidables car ils savent tout faire : nager, courir, voler. Le problème, c’est que les canards nagent moins bien que les poissons, volent moins bien que les oiseaux et courent moins bien que les mammifères. Ils sont donc des proies faciles pour tous les animaux « spécialisés » dans un moyen de locomotion.

facebook-canard

 

Pour Facebook, c’est la même situation. Il est en effet possible de partager des photos, de rédiger un blog et/ou un microblog, de faire des rencontres, de faire du réseautage professionnel, de partager des vidéos… Par contre, même s’il est intéressant de pouvoir tout faire au sein d’une même plateforme, force est de constater que Facebook est moins performant que ses concurrents de niche :

Bien évidement vous pourriez argumenter que c’est là toute la force de Facebook (être une sorte de meta-plateforme sociale), mais c’est également là son point faible : l’intérêt de Facebook grandit avec le nombre de services qui sont greffés dessus, mais tous ces services peuvent vivre sans Facebook, est-ce que l’inverse est vrai ? Non, car ces services n’ont pas du tout les même problématiques de montée en charge ni de monétisation (leur frais de structure sont bien plus faibles).

Traduction : si Facebook a su innover avec sa Platform et bénéficier ainsi du levier social de l’ensemble des services qu’il héberge, il ne réussira pas pour autant à en tirer des revenus (cf. Why Platforms Are Letting Us Down – And What They Should Do About It). D’une part car les utilisateurs ont bien compris qu’ils pouvaient prendre le contrôle du navire et le faire changer de cap (cf. le projet Beacon et la polémique autour de la nouvelle mise en page), d’autre part car ces même éditeurs vont rapidement commencer à exiger des dividendes en cas de bénéfices (pesant ainsi sur une hypothétique marge).

Bref, si le canard n’est pas l’espèce dominante sur la planète c’est pour une bonne raison : sa polyvalence l’empêche de remonter le long de la chaîne alimentaire. La polyvalence de Facebook l’empêchera également de remonter le long de la chaîne de valeur et de récupérer les plus gros maillons.

Pour être plus clair : Facebook est en bout de chaîne, il ne lui reste que des miettes qu’il a bien du mal à ramasser en tentant de monétiser son social graph qui se révèle bien décevant. L’avenir est dans les niches et la rentabilité est dans la maîtrise des coûts, pas dans la croissance aveugle qui ressemble plus à une fuite en avant qu’à une stratégie viable sur le long terme (cf. le discours de Mark Zuckerberg lors de son passage à Paris : Facebook à la recherche d’un second souffle).

Pour prolonger la refléxion sur les problèmes auxquels Facebook doit faire face, je vous propose cet autre article : Comment expliquer l’échec de Facebook ?.

Espérons pour Facebook que la crise financière et l’hiver nucléaire qui en découlera ne prendra pas des airs de grippe aviaire…

MàJ (31/10/2008) : Visiblement je ne suis pas le seul à emmetre des doutes quand à la viabilité de FacebookFacebook May Be Growing Too Fast. And Hitting The Capital Markets Again. En résumé : ils ont dépensés la quasi totalié des 500 millions de $ levés cette année, leuts coûts d’exploitation explosent, la croissance est principalement réalisée à l’étranger où les frais sont encore plus élevés et où la monétisation des graphes sociaux est trop complexes (barrières linguistiques, culturelles, législatives…).

Pour ou contre la nouvelle version de Facebook ?

La blogosphère est particulièrement agitée en ce moment. Non pas à cause de la crise financière mondiale mais pour un sujet bien plus grave : la nouvelle version de Facebook. Outre une nouvelle page d’accueil (plutôt bien faite), c’est la page du profil des membres qui fait grand bruit : elle a été nettoyé de toutes les applications et autres widgets pour laisser la place à un flux d’activité (social feeds) qui occupe toute la largeur.

Voici l’ancienne version :

facebook_profile_1

Et la nouvelle version où les applications sont accessibles en bas de page et où les widgets sont rassemblés derrière l’onglet « Boxes » :

facebook_profile_2

Je trouve ce nouveau format de mise en page bien plus efficace, mais visiblement les autres membres ne partagent pas mon avis. Le problème vient bien de la disparition des applications et widgets qui « assuraient le spectacle » et surtout favorisaient leur prolifération virale.

Avec cette nouvelle version, les innombrables widgets qui ne proposaient que très peu d’interaction (comme le Bumper Sticker) perdent considérablement en visibilité et donc en potentiel viral. Résultat : le trafic et la prolifération s’effondrent à l’image de ce qui est décrit ici : The Future of Widgets on Facebook: Dead.

widget-traffic

 

Du coup, cette nouvelle mise en page risque de complètement modifier la dynamique virale autour des widgets (cf. Widgets find a home on the New Facebook). Deux conséquences directes sont donc à prévoir :

  • Un déplacement de l’intérêt des annonceurs des widgets vers les social feeds ;
  • Une gestion des widgets dans l’onglet « Boxes » qui va se rapprocher de celle des start pages.

Traduction : Facebook s’éloigne du modèle de MySpace pour se rapprocher de ceux de FriendFeed et Netvibes.

Certains anticipent même des recours en justice orchestrés par les éditeurs de widgets qui se sentiraient lésés : Who will be the first to sue Facebook over the site redesign?.

Au risque de me répéter, je préfère largement cette nouvelle version qui va recentrer l’activité « sociale » du réseau sur les membres (leur profil au travers des social feeds) et non sur ces widgets à la con qui finissaient par faire ressembler les profils Facebook à des pages MySpace. Non ?