Comment sortir Facebook de l’impasse ?

150 millions. C’est le nombre d’utilisateurs que Facebook devrait atteindre d’ici quelques mois (semaines ?). Vous pourriez penser que ce chiffre est encourageant et que nous avons enfin trouvé LA plateforme sociale ultime, je serais plutôt d’avis de se méfier de cette croissance (trop) rapide. Ma motivation pour écrire ce billet n’est pas de jouer une fois de plus au rabat-joie de service, mais plutôt de prendre le temps d’analyser la situation et d’évaluer le risque d’explosion en cours de vol de cette start-up.

Explosion en cours de vol ? Oui tout à fait car les temps sont rudes et que personne n’est à l’abri, même pas Google qui se voit contraint de fermer récemment un certain nombre de services. Start-up ? Oui tout à fait car Facebook est une société encore très jeune qui n’est pas à l’abri d’une fermeture pour manque de liquidité (il parrait que même l’état de  Californie a des difficultées de trésorerie en ce moment !).

Facebook est-il vraiment menacé de fermeture ?

Pourquoi parler de fermeture ? Tout simplement parce que Facebook perd encore de l’argent. Hors, plus de membres = plus de frais (bande passante, capacité de stockage et de traitement, salaires…). Là où ça devient inquiétant, c’est qu’au-delà d’un certain seuil les économies d’échelle ne fonctionnent plus : pour un certain volume de données à stocker / traiter (nous parlons de dizaines de millions de vidéos et de milliards de photos) les coûts sont exponentiels car la plateforme requiert des technologies et des compétences très rares.

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le problème de rentabilité de Facebook mais il semblerait que cela ne gène pas son jeune dirigeant qui est convaincu qu’augmenter le nombre d’utilisateurs va régler le problème. Certains pourraient appeler ça « avoir une vision ambitieuse » mais pour moi ça ressemble plus à une fuite en avant. Appliquer cette stratégie à un service tout récent et en pleine croissance comme Twitter n’est pas très problématique (ils n’ont pas beaucoup de charges / dette) ; mais le faire à beaucoup plus grande échelle et durant une période de crise est beaucoup plus inquiétant.

Inquiétant pour qui ? Inquiétant pour les utilisateurs dont les données personnelles pourraient être bradées à des marchands peu scrupuleux. Pour le moment ce scénario n’est pas envisagé par les fondateurs qui sont emplis de bonnes volontés, mais que se passera-t-il après la prochaine levée de fond lorsque les actionnaires prendront le pouvoir ? Ceux d’entre-vous qui ont connu la folie de la fin des années 90 se souviennent peut-être de ce qu’il est advenu de services comme Spray. Tristes souvenirs…

Inquiétant également pour les annonceurs qui ont investi beaucoup de temps, d’énergie et d’argent sur une plateforme qui va droit dans le mur. Si Facebook ferme ses portes, c’est tout un pan de votre stratégie de présence sur les médias sociaux qui s’effondre. Il faudra alors tout recommencer mais sur une autre plateforme sociale.

Mais assez parlé du scénario catastrophe, parlons plutôt des solutions.

Conseil N°1 : Un système de ciblage comportemental fiable

Ceux qui ont tenté l’expérience de communiquer sur Facebook vous le confirmeront : les taux de transformation sont très bas (moins de 0,1 %). Outre le problème de contexte d’usage (les utilisateurs sont avant tout sur Facebook pour draguer et pour déconner, pas pour cliquer sur de la pub), c’est le système de ciblage qui semble faire défaut. Quel dommage, surtout dans la mesure où le social graph est le trésor de guerre que Facebook fait miroiter aux annonceurs.

Face à cette incapacité à fournir ce qu’ils promettent, peut-être serait-il temps de changer de posture et d’adopter un système plus fiable. Wunderloop pourrait être un bon candidat, mais il en existe d’autres. L’idée serait de déployer un système de ciblage qui bénéficierait et pourrait faire bénéficier un réseau de sites et d’arrêter de faire cavalier seul.

Les utilisateurs de Facebook sont potentiellement de bons clients, encore faudrait-il pouvoir les reconnaître et les cibler en dehors de la plateforme. D’où le recours à une solution partagée qui permetttrait de capitaliser sur les profils des membres et sur leur comportement.

Conseil N°2 : Une standardisation technique

La plateforme Facebook repose aujourd’hui sur un langage propriétaire, le FBML. Même si ce dernier évolue dans le bon sens (plus d’ouverture) et plus rapidement que ses concurrents (notamment OpenSocial de Google dont la première version des spécifications était jugée plutôt décevante), force est de constater que l’avenir n’est pas à la multiplication des formats, mais plutôt à l’unification. La raison est toute simple : avec la crise et la compression des coûts, un annonceur / éditeur va rechigner à déployer plusieurs versions d’un même widget social.

Rejoindre des initiatives mutualisées comme OpenSocial ou DataPortability serait bénéfique aux annonceurs (dont les coûts de développement / maintenance seraient abaissés), aux utilisateurs (qui bénéficieraient de widgets socials universels) et aux équipes de Facebook qui pourraient se décharger d’une grosse partie du travail sur les autres membres du consortium.

Conseil N°3 : Une offre premium

Le modèle économique de Facebook est un problème récurrent car ils ne sont pas très clairs sur la façon dont ils gagnent de l’argent, alimentant ainsi les fantasmes d’exploitation abusive des données personnelles. Mais qui a dit qu’il n’était pas possible de facturer un ou des services ? Au vue de l’état d’addiction de certains membres il serait tout à fait possible d’envisager un modèle premium proche de ce que pratiquent d’autre plateformes : plus d’espace de stockage (façon FlickR), plus de visibilité (façon Badoo), pas de limitation sur le nombre de contacts (façon Highrise), pas de pub (façon Gamespot), débridage de fonctionnalités (façon Xanga ou Ning), un service de rencontre réservé à certaines catégories d’utilisateurs (façon Ulteem), une meilleure disponibilité de la plateforme (sur des serveurs à part)… Les possibilités sont nombreuses et elles pourraient être décuplées avec la mise en œuvre d’un système de micro-paiement ou avec la mise en place de partenariats plus forts avec d’autres services spécialisés (qui reverseraient une partie de la recette).

La justification de cette offre premium serait de proposer une expérience encore plus riche à des membres qui en demandent toujours plus. A partir du moment où cette offre ne bride pas l’utilisation de la plateforme mais permet de l’étendre, qui s’en plaindrait ?

Conseil N°4 : Des partenaires industriels et des appuis politiques

Avec une croissance aussi fulgurante (souvent au détriment de services plus anciens et payants comme Meetic ou CopainsD’avant), le moins que l’on puisse dire c’est que Facebook fait des jaloux, voir des ennemis. Je ne parle pas que des concurrents directs (Friendster, Hi5…) mais plutôt de gros acteurs comme Google (cf. le deal avec Microsoft et la concurrence avec Orkut), Yahoo! (dont ils ont refusé l’offre pourtant généreuse à l’époque) ou encore Newscorp (qui se bat pour maintenir l’audience de MySpace).

Le problème c’est que dans ce milieu il n’est pas possible de faire cavalier seul bien longtemps. Pour pouvoir survivre en cette période de crise (dans laquelle nous venons à peine de rentrer) Facebook devra impérativement se trouver des partenaires industriels (pour l’aider dans sa croissance), des partenaires commerciaux (pourquoi pas de grosses agences comme Omnicom, WPP ou Publicis) et surtout des partenaires financiers capables de les aider dans les décisions stratégiques ou dans les négociations périlleuses.

Outre les acteurs du même secteur, ce sont les appuis politiques qui risquent également de manquer à Facebook. Si Google ne parvient pas à empêcher le bridage de ses services dans des pays comme la Chine ou la Turquie (respectivement pour le search et YouTube), comment Facebook y parviendrait-il ? Avec une audience dépassant les 30% dans certains pays il y a fort à parier que les gouvernements et parlements vont très rapidement s’intéresser de très près à ce phénomène. Et ce n’est très certainement pas un patron en tongs d’à peine 25 ans qui va les convaincre du bien fondé de ses ambitions. D’autant plus que le coup du p’tit jeune avec de drôles de chaussures qui veut changer le monde ne date pas dh’ier (qui se souvient de Jonas Birgersson et des ses rangers ?).

Conclusion

Voilà donc quelques pistes de réflexion qui permettrait à Facebook de se sortir d’une situation bien délicate, non pas qu’ils ont fait d’énormes erreurs de gestion ou de mauvais choix, mais plutôt que le marché risque de sanctionner durement une étoile qui ne va plus briller longtemps dans ce contexte d’hiver nucléaire (surtout aux Etats-Unis).

Le meilleur conseil que je pourrai donner aux annonceurs serait de bien prendre conscience de la fragilité de ce géant aux pieds d’argile. Si vous avez pris la décision d’investir les médias sociaux, il est impératif de ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier et de diversifier votre présence et vos campagnes sur plusieurs « supports sociaux » (blogs, réseaux sociaux de niche, forum, micro-blog…) et de vous intéresser à la relève qui est déjà là (imeem, Netlog, Buzznet…).

MàJ (03/02/2009) : Visiblement Facebook parle d’ouvrir très prochainement sa base de données aux annonceurs sous forme de questionnaires très ciblés (cf. Facebook Plans to Make Money by Selling Your Data).

Rencontre avec l’équipe de LinkedIn

J’ai eu la chance hier soir de dîner avec l’équipe de LinkedIn (en compagnie d’autres blogueurs). L’occasion pour moi de mieux connaître ce service et surtout d’avoir le point de vue du staff : Reid Hoffman (fondateur et chairman), Kevin Eyres (DG Europe), Jean-Luc Vaillant (CTO).

Jacques Froissant en pleine discussion avec Reid Hoffman (à droite)

Première grande nouvelle concernant LinkedIn, la disponibilité de la version française : LinkedIn en Français is now a fait accompli!. Le français vient donc s’ajouter aux 40 autres langues de la plateforme qui compte maintenant plus de 31 millions de membres dont la moitié en dehors des États-Unis. Vous noterez que l’application iPhone a elle aussi été traduite. Autre nouveauté, mais qui est liée à la première, la possibilité de créer plusieurs profils (un par langue). Ils comptent beaucoup sur un partenariat avec l’APEC pour booster l’audience française (600.000 membres) et doper le taux de croissance qui est déjà très important (1,5 millions de nouveaux membres par mois).

Voici un petit résumé des différents points discutés avec Reid :

  • Les pratiques de réseautage professionnel et de réseautage social sont très différentes, ils ne craignent donc pas la concurrence d’autres réseaux beaucoup plus gors comme Facebook ou la concurrence de profils universels comme Wikia People ou les Google Profiles ;
  • Ils n’envisagent pas d’exploiter les CV vidéo pour le moment car les usages ne concernent pas que la recherche d’emploi (il y a aussi le Networking, les Company profiles et Answers) ;
  • Un principe de social score lui parait très réducteur par rapport aux membres (tout dépend de ce que vous attendez de lui) ;
  • Il existe des groupes privatifs qui rassemblent les collaborateurs d’une même société (l’email servant de filtre), ils envisagent à terme de pouvoir déployer des services à l’intérieur du domaine de confiance du S.I. de l’entreprise ;
  • La plateforme (compatible avec Open Social) sert de pont avec les autres réseaux / services.

Un autre résumé de ma discussion avec Jean-Luc :

  • Le choix d’Open Social s’est plus fait sur la taille potentiel de la base d’utilisateurs que sur des critères techniques (la platform de Facebook étant pour le moment plus performante) ;
  • Les spécifications 1.0 d’Open Social (qui vont sortir très prochainement) vont visiblement grandement améliorer le fonctionnement des applications (plus de stabilité, le support de REST et une version server-side) ;
  • Ils viennent juste de refondre le socle technique des pages profils (une instance d’XML mais qui n’est pas pour autant compatible avec des langages structurés comme HR-ML).

Voilà, je vous invite aussi à lire le compte-rendu de la soirée de Jacques Froissant ainsi que cette interveiw du CEO : LinkedIn CEO touts growth of network.

Ne confondez plus communautaire et social

Souvenez-vous de l’époque où Facebook et MySpace n’existaient pas encore, nous ne parlions pas de médias sociaux mais les communautés étaient déjà au centre de nombreuses attentions (cf. l’introduction en bourse de Multimania ou les premières expérimentations communautaires sur des plateformes marchandes comme Castorama ou Plantes et Jardins). Depuis, le monde (en ligne) a complètement changé et on ne parle plus que de « social » : réseaux sociaux, platefomes sociales, social softwareil y a du social à tous les étages.

Pourquoi un tel engouement ? Parce que derrière ces outils « sociaux » il y a des utilisateurs (des vrais gens). De vrais utilisateurs… comme dans les forums. « Forum« , voilà un terme issu du passé qui ne fait plus rêver personne (ni les blogueurs, ni les journalistes, ni les annonceurs), et pourtant… Les forums sont toujours aussi actifs et il remplissent une fonction bien différentes des plateformes sociales à la Facebook ou Twitter (lire à ce sujet mon précédent billet : Les forums, nouveaux piliers des médias sociaux ?).

Il existe ainsi une grosse différence entre les plateformes communautaires et les plateformes sociales. Différences qui peut être illustrée comme ceci :

commu-social

 

À droite, des plateformes sociales comme Facebook, FlickR et Twitter où les membres publient du contenu dans une dynamique passive : ils s’expriment mais n’attendent pas nécessairement de réaction. La dynamique sociale sur ces plateformes repose avant tout sur le besoin d’appartenance (« moi aussi j’ai un profil Facebook« ) et l’égo (« ma vie intéresse forcément les autres« ) des membres qui sont motivés par la visibilité et les rencontres (personnelles ou professionnelles). Il n’y a pas réellement de dialogue au sein de ces plateformes, juste des micro-discussions entre visiteurs de passage.

À gauche, des plateformes communautaires comme les forums où les membres engagent des conversations : ils posent des questions, débattent, se chamaillent et témoignent. La dynamique communautaire repose avant tout sur l’empathie (« je cherche des personnes ayant eu la même expérience que moi« ) des membres qui cherchent à partager une passion ou un vécu (cf. les gigantesques forums pour passionés d’automobile, de produits high tech ou pour les femmes enceintes). Le dialogue est donc l’ingrédient essentiel des communautés.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce que je vois beaucoup trop de marques et annonceurs qui cherchent à se rapprocher de leurs clients / prospects avec une présence sur les plateformes sociales. Est-ce qu’un profil ou une application Facebook permet d’initier le dialogue entre une marque et ses clients ? Non pas du tout. Cela permet juste à la marque de s’exprimer aux côtés des autres. Mais est-ce bien efficace ? C’est la question que je pose ici : Médias sociaux et publicité sont-ils compatibles ?

Il en faut plus pour se rapprocher réellement des clients, c’est un travail de terrain laborieux qui passe obligatoirement par des échanges de personnes à personnes, un dialogue entre un représentant de la marque et un client, pas un bref échange entre un support de campagne et une cible non-identifiée.

Si vous diffusez un film à caractère viral, vous n’êtes pas en train de dialoguer avec vos clients. Si vous publiez un widget sur Netvibes ou Facebook, vous n’êtes pas en train de dialoguer. Si vous lancez une campagne où des blogueurs gagnent des lots en relayant votre message, vous n’êtes pas en train de dialoguer.

Je ne suis pas en train de critiquer les actions cités plus haut, mais juste de bien vous expliquer la différence entre les modèles communautaires et sociaux qui sont régis par des motivations et des dynamiques bien distinctes.

Faut-il abandonner les plateformes sociales pour autant ? Non bien évidement, mais ne vous leurrez pas sur les retombés que vous pouvez espérer d’une campagne sur les médias sociaux. Car pour établir une relation réellement durable ou obtenir un feed-back réellement fiable, rien ne remplace les contacts d’humain à humain (même si c’est au sein d’un forum). D’où l’importance pour les marques d’investir sur des profils de community manager.

Quand les people sociabilisent les marques

Aviez-vous remarquez à quel point il était délicat pour une marque d’être présente au sein de réseaux sociaux. Il y a bien les exemples de L’Oréal ou Garnier mais tout ça reste très laborieux car les membres sont globalement réfractaires à l’intrusion des marques dans leur espace social. Quand je parle de marques, je parle des marques courantes, pas de Apple ou Harley Davidson qui sont plus des marques-symboles et pour lesquelles les règles sont différentes (ce sont des contre-exemples).

Bref, tout ça pour vous dire que la solution de ce problème ne se trouve pas forcément sur les réseaux sociaux traditionnels mais plutôt sur des réseaux dédiés. Dédiés aux marques ? Non, dédiés aux people.

Prenons ainsi l’exemple de Coolspotters, une plateforme sociale où les membres recensent les produits portés par les people :

coolspotters_home

Vous noterez que le concept est redoutable car ce ne sont pas les marques qui se mettent en avant, ce sont les internautes (et indirectement les people) qui en parlent. Jugez plutôt avec cette impressionnante liste de marques :

Coolspotters_directory

Le service est extrêmement bien fait car il existe également des pages de marque où l’on retrouve une liste des produits ainsi que des people qui les portent :

Coolspotters_brand

Et ce service n’est pas un cas isolé car il en existe d’autres notamment en Angleterre avec MyCelebrityFashion, qui propose un concept similaire mais plus éditorialisé :

MyCelebrityFashion_home

On retrouve dans ce service le même principe de repérage de marques sur les people :

MyCelebrityFashion_celeb

Dernier exemple avec CelebStyle (du réseau PopSugar) qui reprend ce même principe :

CelebStyle_home

À noter la très intéressante fonction ‘How Wore it Best‘ :

CelebStyle_battle

Il existe d’autres fonction plus marchande sur ce site comme Trend Alert, The Bag to Have, Looks for Less ou encore How would you wear it.

Avec ces trois exemples nous sommes bien face à un canal de recommandation / promotion très crédible pour les marques. Certes la cible est pour le moment très féminisante, mais rien n’empêche les éditeurs de faire des déclinaisons pour les hommes ou d’autres cibles. Assurant un exemple à suivre…

LeWeb’08, un concentré de médias sociaux à Paris

Paris est à l’honneur les 9 et 10 décembre prochains avec la cinquième édition des conférences LeWeb de notre Loïc Lemeur (inter)national : LeWeb’08.

Le thème de cette année est l’amour (« Love » comme disent les américains) mais ne vous y trompez pas, il s’agit plus de l’amour de son prochain (ou de soi-même) car il y sera question du web social. Les médias sociaux seront donc à l’honneur cette année avec un programme tout à fait intéressant et des intervenants prestigieux : LeWeb’08 Program.

Même si le programme ne vous motive pas, cette conférence est assurément un évènement incontournable pour le networking. Outre les stars de la blogosphère US, vous pourrez ainsi y croiser des stars du web francophone et européen grâce au programme réservé aux blogueurs officiels (dont votre serviteur fait partie). J’espère donc y retrouvez de vieilles connaissances comme les amis Claude et Bertrand ainsi que des personnes de talent que je ne croise pas assez comme Frédéric et Cédric (et la liste est longue).

Et même si ni le programme ni les personnes que vous pouvez croiser dans les couloirs ne vous intéressent, alors il vous reste toujours la Start-up Competition dont la liste vient d’être dévoilée : LeWeb’08 Startup Competition: Companies Selected and Judges Announced.

Je reteindrais de cette liste quelques concepts très prometteurs :

  • Des social software orientés « Entreprise 2.0 » comme KonoLive et Producteev ;
  • Des services plus orientés « médias » comme Radionomy ou Kaltura ;
  • Des services tournés vers le microblogging et le micro-partage comme ShoutEm et Zipipop).

Bien évidement cette liste n’est pas exhaustive car la plupart des services en compétition sont en beta ou en langue étrangère que je ne comprends pas.

Voilà, j’espère bien croiser certains d’entrevous là-bas. En tout cas il faut que l’on s’organise…

Rétrospectives sur mes prédictions 2008

Comme chaque année, avant de me lancer dans le délicat exercice des prédictions de l’année 2009, je souhaiterais au préalable revenir sur les prédictions que j’avais faites en début d’année et voir si elles se sont réalisées.

1/ Interopérabilité forcée entre les réseaux sociaux

À défaut de forçage, on peut parler de bonne volonté, même si la route sera longueOpenID (implémenté par à peut-près tout le monde de Google à Yahoo! en passant par Microsoft), OpenSocialData AvailbilityData Portability… les initiatives ne manquent pas et des projets propriétaires comme Facebook Connect apparaissent comme ridiculement isolés. Dans tous les cas de figure, entre les réseaux sociaux de niche, les plateformes de création de réseaux sociaux et la socialisation des plateformes communautaires traditionnelles (type casual gaming…), l’avenir est bien évidement dans l’interopérabilité universelle.

Verdict : On y est pas encore mais ça va venir.

2/ Des jeux disponibles sur iTunes

Lancée en juillet 2008, l’App Store est une véritable machine de guerre qui génère des millions de $ de bénéfices, à tel point que l’iPhone est maintenant plus vu comme une console portable que comme un smartphone (cf. Is iPhone The New Gaming Platform?).

Verdict : Bingo !

3/ Hybridation des univers virtuels et des réseaux sociaux pour les jeunes

Pas un seul univers virtuel n’est lancé (ou n’est en exploitation) sans une très forte dimension sociale. Ce phénomène dépasse même largement le segment des jeunes (Réseaux sociaux + Univers virtuels = ExitReality ?) et concerne également les univers entre eux (Vers une extra-opérabilité des univers virtuels avec Myrl).

Verdict : Bingo !

4/ Hybridation entre jeux vidéos et réseaux sociaux

Inutile de revenir là-dessus car je me suis déjà largement exprimé sur ce sujet : Social Networks + Casual Games = Social GamesLa Brute + MMO + Facebook = Elven Blood et Entropia Universe et Prizee au Salon du Jeu Vidéo.

Verdict : Bingo !

5/ Bientôt les UGG (User Generated Games)

Idem, je me suis déjà exprimé sur ce sujet : Microsoft lance une plateforme de création de jeux en ligne et EA se lance dans les User Generated Games.

Verdict : Bingo !

6/ Le P2P trouve d’autres domaines d’application

Visiblement les architectures P2P font plus peur que rêver ! Toujours est-il qu’avec l’arrêt de projets comme Outback Online, et la refonte de Joost en un portail de diffusion plus traditionnel nous comme loin de mes prédictions.

Verdict : C’est raté !

7/ Apparition d’indicateurs spécifiques aux réseaux sociaux et univers virtuels

La question de la monétisation (donc de l’évaluation) et du ROI des campagnes ciblant ces supports est plus que jamais d’actualité en cette période de « réduction de la voilure ». Comprenez par là que ces fameux indicateurs sont maintenant une nécessité mais que personne n’accepte encore de communiquer ouvertement dessus (chacun ayant son algorithme de social scoring). En attendant d’avoir un référentiel stabilisé et partagé par l’ensemble de la profession, vous pouvez toujours calculer votre Social Media Score.

Verdict : On y est pas encore mais ça va venir.

8/ Des territoires d’expression sur-mesure pour les plus grandes marques

En plus d’un certain nombre de marques comme Mc Donald’s, Disney et Renault qui se sont lancées, nous voyons se multiplier les univers virtuels de niche en rapport avec des émissions de télévision (Star’Ac World, Plus belle la life) sous l’impulsion d’acteurs comme There ou Taatu (cf. There veut marcher sur les plates bandes de Second Life et Taatu, une solution “clé en main” qui séduit les annonceurs) de même que l’apparition de réseaux sociaux centrés sur des people (Les peoples envahissent les réseaux sociaux).

Verdict : Bingo !

9/ Accélération de l’innovation dans le e-Commerce

Nombreuses sont les innovations qui ont vu le jour cette année : au niveau de l’interface (3D, vidéo… des tonnes d’exemples à découvrir sur RichCommerce.fr), au niveau des terminaux mobiles (Bientôt le ‘visual search engine’ sur iPhone), au niveau des utilisateurs et de leur capacité de recommandation (Amazon et la longue traîne du web TV shopping). Il y a également de la nouveauté dans les solutions de paiement avec 3D Secure mais je ne préfère pas aborder le sujet car ça risque de dégénérer… Bref, le e-Commerce se porte bien et l’innovation n’est pas prête de s’arrêter.

Verdict : Bingo !

10/ Une seconde chance pour le web sémantique

Décidément le web sémantique n’en finit plus d’être (re)lancer avec des services comme Twine, Swirrl et des notions comme semantic desktop ou les semantic web apps. Bref, il y a des couches sémantiques à tous les étages… mais pas chez les moteurs de recherche. Visiblement nous nous dirigeons donc vers une « sémantisation sociale » du web (contenus, applications, utilisateurs…) réalisée par les internautes et non par des agents intelligents. Donc ils ne le sont pas tant que ça en fait (intelligents) (les agents).

Verdict : C’est raté !

 

Bon… avec 6 prédictions réalisées et 2 en voie de réalisation ça me fait un très beau palmarès, non ? J’espère que mes prédictions 2009 connaitrons une même réussite !

Facebook et le syndrome du canard

En réponse à un billet publié récemment par Cédric (Comment expliquer le succès de Facebook?), je souhaiterai pointer du doigt une particularité de Facebook qui a fait son succès mais qui le fragilise en même temps : sa polyvalence.

Facebook est en effet capable de proposer un très large éventail d’outils et fonctionnalités « sociales » qui lui permettent de rivaliser avec un très grand nombre de services… sans pour autant en faire des arguments de différenciation fort. Donc pour faire simple : Facebook sait tout faire, mais rien en particulier.

Pour illustrer ceci, je vous propose de prendre la métaphore du canard. Les canards sont des animaux formidables car ils savent tout faire : nager, courir, voler. Le problème, c’est que les canards nagent moins bien que les poissons, volent moins bien que les oiseaux et courent moins bien que les mammifères. Ils sont donc des proies faciles pour tous les animaux « spécialisés » dans un moyen de locomotion.

facebook-canard

 

Pour Facebook, c’est la même situation. Il est en effet possible de partager des photos, de rédiger un blog et/ou un microblog, de faire des rencontres, de faire du réseautage professionnel, de partager des vidéos… Par contre, même s’il est intéressant de pouvoir tout faire au sein d’une même plateforme, force est de constater que Facebook est moins performant que ses concurrents de niche :

Bien évidement vous pourriez argumenter que c’est là toute la force de Facebook (être une sorte de meta-plateforme sociale), mais c’est également là son point faible : l’intérêt de Facebook grandit avec le nombre de services qui sont greffés dessus, mais tous ces services peuvent vivre sans Facebook, est-ce que l’inverse est vrai ? Non, car ces services n’ont pas du tout les même problématiques de montée en charge ni de monétisation (leur frais de structure sont bien plus faibles).

Traduction : si Facebook a su innover avec sa Platform et bénéficier ainsi du levier social de l’ensemble des services qu’il héberge, il ne réussira pas pour autant à en tirer des revenus (cf. Why Platforms Are Letting Us Down – And What They Should Do About It). D’une part car les utilisateurs ont bien compris qu’ils pouvaient prendre le contrôle du navire et le faire changer de cap (cf. le projet Beacon et la polémique autour de la nouvelle mise en page), d’autre part car ces même éditeurs vont rapidement commencer à exiger des dividendes en cas de bénéfices (pesant ainsi sur une hypothétique marge).

Bref, si le canard n’est pas l’espèce dominante sur la planète c’est pour une bonne raison : sa polyvalence l’empêche de remonter le long de la chaîne alimentaire. La polyvalence de Facebook l’empêchera également de remonter le long de la chaîne de valeur et de récupérer les plus gros maillons.

Pour être plus clair : Facebook est en bout de chaîne, il ne lui reste que des miettes qu’il a bien du mal à ramasser en tentant de monétiser son social graph qui se révèle bien décevant. L’avenir est dans les niches et la rentabilité est dans la maîtrise des coûts, pas dans la croissance aveugle qui ressemble plus à une fuite en avant qu’à une stratégie viable sur le long terme (cf. le discours de Mark Zuckerberg lors de son passage à Paris : Facebook à la recherche d’un second souffle).

Pour prolonger la refléxion sur les problèmes auxquels Facebook doit faire face, je vous propose cet autre article : Comment expliquer l’échec de Facebook ?.

Espérons pour Facebook que la crise financière et l’hiver nucléaire qui en découlera ne prendra pas des airs de grippe aviaire…

MàJ (31/10/2008) : Visiblement je ne suis pas le seul à emmetre des doutes quand à la viabilité de FacebookFacebook May Be Growing Too Fast. And Hitting The Capital Markets Again. En résumé : ils ont dépensés la quasi totalié des 500 millions de $ levés cette année, leuts coûts d’exploitation explosent, la croissance est principalement réalisée à l’étranger où les frais sont encore plus élevés et où la monétisation des graphes sociaux est trop complexes (barrières linguistiques, culturelles, législatives…).