Grandeur, décadence, résurrection, sublimation et transformation de Second Life

Voilà un petit bout de temps que je n’ai pas parlé de Second Life, il faut dire que je publie maintenant l’actualité des univers virtuels sur VirtualWorldsNews. Il n’empêche, d’après les discussions que je peux avoir avec mes lecteurs (quand je les croise), j’ai comme l’impression que l’image de Second Life reste irrémédiablement ternie (« ce truc dont on a tant entendu parler l’année dernière et qui s’est effondré« ).

Oui effectivement, on en a beaucoup (trop) entendu parler mais Second Life ne s’est pas effondré. Bien au contraire puisque cette plateforme continue régulièrement d’évoluer et de s’améliorer (cf. Le plein de nouveautés pour Second Life et Beaucoup de changements sous le capot de Second Life). Plateforme ? Oui tout à fait car Second Life n’est plus réellement un univers virtuel mais quelque chose de maintenant bien plus vaste, une sorte d’écosystème à part.

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Bref, ce billet est l’occasion pour moi de refaire l’historique de mes prises de position vis à vis de Second Life et pour vous d’avoir une seconde lecture :

  1. Grandeur = Tout le monde fait son show dans Second Life (Septembre 2006) ;
  2. Décadence = Pourquoi je ne crois plus en Second Life (Mars 2007) ;
  3. Résurrection = S’il ne doit en rester qu’un, ça sera Second Life – ou pas (Juillet 2007) ;
  4. Sublimation = Second Life – Linden Lab = OpenSim (Juillet 2008) ;
  5. Transformation = Vive les espaces de travail virtuels ! (Octobe 2008).

Voilà, j’espère que ces différents billets vous aideront à mieux comprendre le parcours chaotique et surtout la situation dans laquelle Linden Lab et son tout nouveau CEO se retrouvent.

Lively deviendra-t-il une plateforme de jeux ?

Voilà maintenant 3 mois que Google a sorti son univers virtuel (Lively). 3 mois pendant lesquels leurs équipes ont travaillé à l’enrichissement de cette plateforme (cf. Lively, un potentiel encore insoupçonné ?). Alors que les spéculations allaient bon train, Kevin Hanna (le directeur de création) a récemment fait une déclaration surprenante : Une API sera prochainement déployée pour pouvoir intégrer des gadgets interactifs (cf. Hanna Talks Google Lively’s Game API Extensions).

« Gadgets interactifs » ? Oui tout à fait, des gadgets interactifs qui permettraient à des développeurs indépendants de publier des jeux au sein de l’univers. Pettie précision, ces « gadgets interactifs » sont une version évoluée des « gadgets » déjà supportés qui permettent d’encapsuler de la vidéo. De là à interpréter cela comme une Game API, il n’y a qu’un pas : Lively, a Future Platform for Online Games.

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Bientôt une 3D Game API ?

Plus intéressant, ce même Kevin aurait donné plus de détails lors d’une interview accordée à Games Industry :

  • Cette API permettra d’intégrer des jeux en 2D mais devrait rapidement évoluer pour pouvoir encapsuler des jeux en 3D ;
  • Ils ne prévoient pas pour le moment de monnaie virtuelle mais un système de micro-transactions en mode P2P (une extension de Google Checkout ?) qui permettrait aux utilisateurs de… payer pour les jeux (cf. Google to Open Up Lively to Developers) ;
  • Les utilisateurs pourraient choisir entre plusieurs avatars en fonction de l’endroit où ils se rendent et de ce qu’ils vont y faire (cf. Will Lively Be a Game Platform?) ;
  • La plateforme Lively serait également exploitée pour un usage plus sérieux (cf. Google Looking at Lively for Enterprise?).

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Rich Internet Game ou Gaming Platform as a Service ?

Exploiter le plug-in de Lively comme un moteur graphique de jeu en ligne ? N’est-ce pas ce que l’on pourrait appeler un Rich Internet Game (par analogie aux Rich Internet Applications) ? Il faut dire que cette solution est plus qu’alléchante : pas de moteur physique à développer ou de plug-in complexe à faire installer, pas de système de paiement à implémenter, une très forte audience…

Bref, Lively pourrait potentiellement être considéré comme une plateforme de distribution, une sorte de Gaming Platform as a Service qui viendrait compléter  le App Engine réservé aux applications plus traditionnelles.

Bien évidement ne vous imaginez pas des jeux aussi sophistiqués que Far Cry II, mais plutôt des jeux à forte dimension sociale, des sortes de Social Games en 3D. Lively serait donc plus un concurrent pour Kongregate ou Shockwave et se différencierait ainsi des autres univers virtuels « légers » (cf. Un retour dans le browser pour les univers virtuels ?).

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Reste encore à Google d’assurer une bonne compatibilité de son plug-in (notamment avec Mac / Linux) et à développer une version plus robuste pour Chrome (car de nombreux problèmes de montée en charge subsistent encore). Et tant que l’on y est, pourquoi ne pas envisager une version mobile sur Android ?

Un concert virtuel de Motörhead dans Entropia Universe

D’habitude je réserve tout les billets concernant les univers virtuels et le v-business pour mon blog marketingvirtuel.fr, mais là… nous sommes face à une situation exceptionnelle. Motörhead s’associe avec Mindark pour préparer le lancement de la nouvelle version d’Entropia Universe : Motörhead Frontman Lemmy to Launch Own Private Army Inside Virtual World Entropia Universe.

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Pour celles et ceux qui se posent la question, Entropia Universe est un univers virtuel hors norme qui occupe le haut du panier, aussi bien au niveau de son système économique (cf. Entropia Universe, nouveau paradis du V-business) que de son moteur graphique (cf. Entropia Universe intègrera le moteur graphique CryEngine2). Il n’y a guère que Blue Mars pour venir le concurrencer sur ce terrain. L’éditeur (Mindark) annonce ainsi un volume de transactions assez impressionnant (400 millions de $ pour 2007) et la rumeur prétend qu’ils préparent une introduction à la bourse de Stockholm pour l’année prochaine (c’est une société suédoise).

Bref, tout ça pour dire que Entropia Universe s’apprête à faire peau neuve et qu’ils se sont associés à des ambassadeurs de charme (hum hum) pour assurer le spectacle (hum hum). Il est donc prévu d’ouvrir un temple du hard rock (Motorhead Stadium) où le groupe se produira régulièrement et de rassembler une armée (Lenny’s Army) pour accomplir quelques quêtes en compagnie de vos hardeurs préférés (bah oui quoi !). Dans son infinie bonté, le groupe a même prévu de vendre un certain nombre de goodies à son effigie (armures, slip en cuir…).

Je ne sais pas trop comment réagir à cette nouvelle, car d’autres groupes se sont déjà produits dans des univers virtuels (U2, DuranDuran et Suzan Vega dans Second Life, Bob Sinclar et de nombreux « groupes de jeunes » dans Taatu…). Mais force est de constater qu’en ayant recours à un vieux groupes de hard rock sur le retour ils réalisent un coup de maitre en se démarquant très nettement de la concurrence. Ce magistral coup de RP me confirme l’impression que les suédois sont passés maîtres dans le registre de la communication décalée.

Et pour celles et ceux qui se posent la question : Non, Entropia Universe n’est pas le nouveau Second Life, ces deux univers n’ont pas grand chose en commun (positionnement, ambitions, modèle économique…), à la limite There, mais c’est une autre histoire : There veut marcher sur les plates bandes de Second Life.

Et enfin pour celles et ceux qui se posent la question, Motörhead est un groupe de hard rock mythique des années 80. Pour plus d’infos, merci de vous adresser à Eric (après tout c’est son époque) ou à Tristan (après tout il est motard).

(via WorldsInMotion)

Google lance son univers virtuel (Lively)

Voilà c’est fait, après 1 an d’attente et de rumeurs, la nouvelle est enfin tombé : Google lance son propre univers virtuel. Plutôt que d’univers virtuel, nous pourrions plus parler de tchat en 3D car Lively est beaucoup plus proche de IMVU que de Second Life.

Difficile de passer à côté tant la couverture a été large :

La première impression est assez déroutante car le site est d’une austérité dramatique : trois images, une petite vidéo de teasing, un fond gris et c’est tout. Certes, c’est simple et efficace mais ça ne fait pas trop envie. Enfin bref, la suite est nettement plus intéressante, d’autant plus que l’inscription se fait en un seul clic (avec votre compte Gmail).

Lively_Home

Le web en 3D dans votre navigateur

Il faut ensuite télécharger un plug-in (uniquement sur Windows) pour pouvoir accéder à l’univers directement depuis la fenêtre de votre navigateur. Un choix très intéressant et surtout structurant pour l’approche de Google sur le web 3D. Le web 3D ? Oui tout à fait, car c’est bien de cela dont on parle pour le moment : une virtualisation des systèmes communautaires et des tchats.

Certains observateurs avertis soupconnent la « bête » de tourner sur une version modifiée de Flex (Google Uses Flex for Lively UI?) mais cela reste encore à confirmer…

Dès l’installation du plug-in vous êtes ensuite invité à rejoindre une « room« . Deuxième choix structurant de Google qui privilégie l’aspect social plutôt que les immenses espaces virtuels modélisés en 3D (laissant cela à Google Earth). Une fois dans la pièce, vous avez la possibilité de découvrir l’interface : très sobre et d’une prise en main assez intuitive. Vous noterez que l’ensemble prend très peu de place (moins de 800px de large), peut-être un moyen d’éviter de surcharger le processeur et/ou la carte graphique avec des espaces 3D trop complexes.

Lively_Interface

Viens ensuite l’étape de création de votre avatar. Plusieurs look génériques vous sont proposés comme point de départ avant de vous lancer dans une personnalisation plus fine (et facultative). Un choix très limité de coupes de cheveux et vêtements vous sont proposés afin de simplifier la procédure… et surtout de mettre en valeur la boutique. En fait de boutique il s’agit plutôt d’une place de marché d’objets virtuels. Un domaine que Google connait très bien avec le 3D warehouse qui est en ligne depuis plusieurs années.

Lively_Avatar

Maintenant que tout est en place, vous allez enfin pouvoir découvrir les pièces en elle-même. Chose surprenante, vous ne déplacez pas votre avatar avec le clavier ou avec un système de clic&go (vous cliquez à un endroit et l’avatar s’y rend avec ses petites jambes) mais avec un principe de drag&drop : vous bougez tout simplement votre avatar dans la pièce. C’est déstabilisant au début mais très efficace.

Un univers plus social que virtuel ?

Le nombre d’avatars dans une pièce semble être limité à quelque dizaines de personnes. C’est à la fois peu… et largement suffisant pour discuter, danser, faire des pitreries et sociabiliser. C’est encore une fois la preuve que Google a bien réfléchi à son produit et qu’il adopte une stratégie de niche (sociale) plutôt que d’univers à tout faire. Ce positionnement se confirme avec la possibilité d’encapsuler (de publier) sa pièce sur votre blog / page MySpace… Il n’est donc pas question pour Google de travailler à la fois sur un univers virtuel et sur un réseau social complémentaire : ils tentent plutôt de virtualiser les médias sociaux en se servant du web comme couche sociale.

Lively_Social

Ceci ne vous rappelle rien ? Oui c’est exactement la même chose qu’avec Google Friend Connect : plutôt que de gaspiller du temps et de l’énergie à attirer (détourner ?) du trafic, ils exportent le service là où il y en a. Nous sommes donc en présence d’un widget social en 3D. Et inversement, il est possible d’injecter de la musique, des vidéos (Youtube) et des photos (Picasa) dans les pièces.

My avatar is rich

Google a déjà prévenu qu’ils étaient favorables à la présence de marques (pas fou les gars !). Ceci ouvre donc la voie à de nombreuses possibilités de placement de produits, d’habillage de pièces et autres déclinaisons du v-business. D’ailleurs certaines agences spécialisées sont déjà positionnées sur le créneau : Millions Of Us, Rivers Run Red Developing Branded Spaces For Lively. C’est fou mais les premiers clients sont déjà là. En poussant cette logique, on en vient à se demander s’ils n’implanteront pas bientôt des panneaux publicitaires (des bannières virtuelles).

Lively_NationalGeographic

Pas encore de précisions sur une probable monnaie virtuelle mais il y a très fort à parier que Google saura trouver le moyen d’introduire du micro-paiement dans tout ça, notamment au travers de la place de marché et de Google Checkout.

Lively_Shop

Les derniers sont toujours les premiers (premiers à quoi ?)

Force est de constater que Google a prit son temps avant de se lancer dans l’aventure (cf. la Virtual Worlds Timeline). Quoi que cette affirmation est discutable dans la mesure où Lively est en quelque sorte le dernier maillon d’une longue chaîne : Google Earth, Google Sketchup, Google Virtual Warehouse, Google Street View… sont tous des produits liés à la 3D.

Même si Lively part avec un gros retard sur la concurrence et notamment face à IMVU (dont j’ai déjà parlé ici : Une introduction en bourse pour IMVU ?), dont le patron ne s’inquiète pas plus que cela : IMVU On Lively: Virtual World Space Is Big Enough For Both Platforms To Succeed. Il est vrai que le marché semble suffisamment porteur pour que ces univers ne se marchent pas (trop) sur les pieds : Virtual Worlds Are So Hot Right Now: $345 Million Invested So Far This Year.

Premières conclusions (hâtives)

Je me doute bien que vous risquez de trouver cet univers très décevant, et vous ne serez pas les seuls (euphémisme) : Google Lively not well recieved et What people are Twittering about Google’s Lively virtual world. Mon conseil : n’essayez surtout pas de comparer Lively à Second Life car ces deux univers (plateformes ?) ne jouent pas du tout dans la même catégorie.

Il est encore trop tôt pour pleinement mesurer l’ambition de Google via à vis de ce Lively mais on peut d’hors et déjà faire de très belles prédictions quand à une authentique stratégie de conquête du web 3D : basée sur un environnement de production (Sketchup), une place de marché des modèles 3D (3D warehouse), un univers virtuel très casual (Lively), un univers plus sérieux (Earth)…

Prochaines étapes logiques :

  • Une intégration des autres outils « sociaux » comme Google Talk ;
  • Une infiltration progressive des avatars de Lively dans tous les services Google (à l’image de ce que fait Yahoo! avec ses avatars) ;
  • Une fusion avec Orkut pour faire du nouvel ensemble une plateforme sociale plus complète capable de rivaliser avec… heu… avec qui déjà ?

La croissance s’accélère pour les univers virtuels et les plateformes de jeux en ligne

Avez-vous remarqué à quel point l’actualité est chaude autour des univers virtuels et desplateformes de jeux multi-joueurs ? En fait l’actu n’est pas « chaude » mais « archi-bouillante«  : annonces d’ouverture de nouveaux services à tout-va, montants d’investissements colossaux, taux de croissance à deux chiffres… Les univers virtuels et plateformes de jeux pour ados et préados sont en passe de devenir le nouvel eldorado des investisseurs (et prochainement des annonceurs).

Petit résumé des ces dernières semaines :

La liste est longue et il semblerait que j’avais vu juste dans mes prédictions 2008 : les pseudo-univers virtuels et plateformes de jeux en ligne vont connaitre une croissance spectaculaire en 2008 et petit à petit grignoter de la part d’audience (donc des annonceurs) aux réseaux sociaux.

Il ne vous reste plus qu’une seule chose à faire, vous replonger dans mes précédents billets qui couvrent ces sujets : L’invasion des nouvelles plateformes sociales, Réseau social + univers virtuel + jeu en ligne = $ et Après les Rich Internet Applications, les Rich Internet Games ?.