Facebook toujours dans la tourmente

Plus le temps passe et plus Facebook fascine autant qu’il déçoit. Peut-être est-ce la conséquence de la sur-médiatisation ? Peut-être est-ce parce que les utilisateurs voient en Facebook un service révolutionnaire qui va combler les lacunes des autres (et développent ainsi des attentes irréalistes donc de la frustration) ? Peut-être est-ce parce que l’équipe est en pleine crise de croissance (trop jeune, trop petite…) ? Peut-être un peu des trois… Toujours est-il que Facebook est en ce moment fortement chahuté par la blogosphère.

Il y d’abord les chiffres qui sont fortement critiqués et notamment en Angleterre (Facebook enregistre sa première baisse d’audience en Grande-Bretagne et Facebook loses a few bitches) et au Canada (Auditoire de Facebook au Québec: mon oeil !) ainsi que cette étude de Compete (Top Social Networks – February 2008) où l’on y (re)découvre que l’audience de Facebook est 3 fois moindre que celle de MySpace et que d’autres réseaux affichent des taux de croissance bien plus spectaculaires (MyYearBook, LinkedIn, Ning…). Certains y voient déjà le début de la fin : So long and thanks for all the poking.

Il y a ensuite le modèle publicitaire qui n’arrive pas à convaincre les annonceurs, si ce n’est les marchands de sexe : Facebook gets ad booty, booty ads. Il faut bien avouer que le soi-disant système de ciblage comportemental révolutionnaire ne tient pas ses promesses : Facebook Showing Signs Of a Topsy-Turvy Future. Il en résulte une situation paradoxal où Facebook nourrit un écosystème florissant mais ne parvient qu’à ramasser les miettes de cette orgie. Et la récente interview de Mark Zuckerberg au SXSW n’a fait qu’accentuer les craintes (Why Mark Zuckerberg isn’t saying anything) de même que la session de rattrapage où il ne s’en sort pas mieux (GigaOM Interview: Mark Zuckerberg, Founder & CEO Facebook).

Tout ceci engendre une situation financière qui s’annonce catastrophique avec des pertes anticipées de 150 millions de $ pour l’année 2008 (Facebook’s leaked financials reveal leaky business). Il faut dire que même si Facebook dégage du C.A., les frais de structure sont colossaux et la société doit investir massivement pour maintenir le service : ils possèdent déjà deux data centers et projette d’acheter des dizaines de milliers de serveurs. Cette fragilité financière apparente (disposeront-ils d’assez de cash pour finir l’année ?) ne motive pas réellement les annonceurs qui se contentent d’orchestrer des campagnes à court terme et évitent d’investir dans des deals trop impliquants. Et pendant ce temps là, les patrons crament de l’argent en organisant des soirées (Facebook spends $50,000 of Microsoft’s money on investor’s nightclub)…

Il y a enfin une stratégie d’internationalisation bancale où la traduction de l’interface est confiée à la communauté pour un résultat visiblement très mitigé (Facebook en français : échec 2.0 et Facebook to get lost (or found) in translation? Signs point to ‘oui’).
Rajoutez à cela le fait que les dirigeants de Facebook n’ont nullement l’intention d’investir dans des infrastructures locales (tout se fait aux US) et vous avez de quoi vous pouvez des questions sur leurs réelles ambitions à l’international.

Au final et malgré tout ce qui vient d’être dit, Facebook reste un acteur majeur et une figure emblématique des médias sociaux. Maintenant la question à 15 milliards de $ est : où va Facebook ? Difficile à dire tant leur discours est approximatif, du moins pour ce qui concerne la monétisation du trafic ou les offres de ciblage comportementale à destination des annonceurs.

Alors bien évidement ils ont déjà attiré plus de 67 millions d’utilisateurs et ce n’est pas rien. Mais force est de constater qu’il ne leur reste que très peu de temps pour trouver un second souffle et rassurer à la fois les annonceurs et les investisseurs avant de se voir voler la vedette par une autre plateforme sociale (lire à ce sujet : The Future of Social Networks at Graphing Social Patterns).

43 commentaires sur “Facebook toujours dans la tourmente

  1. Bonjour Fred,
    On peut remarquer que les réseaux sociaux baissent en statistique (informations relatées par la Blogosphére française et par Alexa). Qu’en pensez vous ? Pensez vous que bientôt nous arriverons à la fin de réseaux sociaux ?

    Les réseaux sociaux ne sont pas ma tasse de thé pour la simple et bonne raison que ça ne m’importe peu de rencontrer des gens via l’internet (et encore moins des Jean-Kevin, généralement rencontré sur Facebook ou MySpace). Et vous, quel est votre avis sur la question ? Pensez vous à un avenir des réseaux sociaux ?

  2. [Encore]un très bon article, juste que je rajouterai qu’autour de moi, la génération 18-25 voire 30 ans, tout le monde a un Facebook..quand je dis tout le monde, c’est vraiment 80% des gens que je cotoie. Alors Facebook a sûrement de l’avenir :-)

  3. @ BlAcKbUrRy > Dire que les réseaux sociaux baissent serait prendre un raccourci dangereux. Il se peut que l’audience stagne voir régresse sur certains marchés du fait d’une exposition médiatique trop soudaine qui attirent de nombreux curieux (un peu comme Second Life à l’époque).

    @ Geoffrey Dorne > Le fait que 80% de ton entourage soit sur Facebook ne règle pas leur problème de viabilité : où sont les fameux outils de ciblage comportementales révolutionnaires qu’ils nous promettent depuis le début ? L’histoire nous a prouvé qu’un réseau social majeur (Friendster) pouvait se voir « dépouillé » de son audience en qq mois.

    /Fred

  4. Effectivement il y a une éventuelle « fatigue » de facebook, mais à noter qu’à l’international ils utilisent les équipes locales de MSN pour vendre de la pub. Il faut attendre encore un peu mais je pense qu’ils ont joué un très bon coup. A suivre.

  5. Autour de moi, tout le monde n’est pas sur Facebook et je constate un essoufflement de ceux qui s’y sont inscrits il y a quelques temps et qui se lassent maintenant des quizz et videos inspides. Par contre, certains ne le découvrent que maintenant et s’en amusent beaucoup.
    Pour ma part, je crois aux réseaux sociaux sur le net à partir du moment où ils répondent à de réelles attentes et besoins : réseaux ciblés boulot (viadeo), jeunes mamans, étudiants, rencontres, loisirs …
    Facebook est peut être trop généraliste : une fois que vous avez repéré ceux que vous connaissiez, so what ?
    Comme dirait un ami à moi, geek et pourtant très refractaire à ce type de réseaux : pourquoi vouloir rétablir le contact virtuel avec des gens que tu as a délibérément perdu de vue dans la vraie vie ? Facebook, c’est pour les gens qui n’ont pas d’amis dans la vraie vie ?

  6. j’ai lu le meme article il n’y a pas si longtemps sur second life..
    c’est fou comme l’histoire se répète..
    facebook est une plateforme de mini-jeu collaborative, rien de plus.

  7. Comme tout le monde, j’ai été un utilisateur enthousiaste de Facebook avant d’en être de plus en plus déçu :
    – lenteurs récurrentes : Facebook est loin d’être stabilisé et son utilisabilité laisse énormément à désirer
    – pollution : outre le spamming de plus en plus fréquent, les applications de facebook se révèlent, pour la plupart, toutes plus inutiles les unes que les autres (je parle en tant qu’usager professionnel de facebook) et deviennent par la force des choses une source de pollution de l’information
    – ciblage pas clair : plutôt réticent aux applications de réseaux sociaux, facebook m’en a toutefois fait découvrir les plaisirs et… les limites. Ainsi, facebook ne permet que difficilement de gérer ses contacts et d’en faire une utilisation rationnelle

    Résultat : pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai demandé à mes contacts professionnels de facebook de passer sous LinkedIn. Je préfère garder facebook pour une activité web de loisirs

    Bien sûr, mon cas n’est pas une référence.

  8. Personnellement ce qui m’inquiète le plus pour Facebook à court terme c’est les difficultés financières. Son avenir de « réseau social » n’est pas trop menacé tant que les standards comme OpenId ne sont pas développés. En effet, les gens restent sur Facebook pour garder contact avec leurs relations. Quand ils pourront changer de plateforme sans perdre leurs contacts, alors là ça va devenir compliqué pour Facebook & co.

  9. La polémique autour de mon classement dans Wikio m’a amené à étudier ma popularité et mon audience. En presque 1 an, Facebook ne m’a RIEN rapporté en tant qu’utilisateur ; pas de consultations de mes blogs et contenus, pas de rencontres décisives, RIEN !

    En conséquence, j’ai procédé à mon « deFacebookage » ; c’est à dire, la suppression de tous mes contenus (pour la plupart importés), la désinstallation des applications tiers, le vidage du Wall, etc. Pour ne garder que l’essentiel ; les infos de base de mon identité, l’URL de mon LiFEstream*, et ma liste d’amis que je connaissais déjà avant Facebook ou que j’ai rencontrés via d’autres moyens.
    (*) conçu explicitement, pour sa part, pour promouvoir mes profils sociaux et contenus.

  10. Article qui résume bien la situation. Il va falloir effectivement transformer l’essai.
    Maintenant, avec Sheryl Sandberg les choses vont changer assurément du côté de l’offre publicitaire. Toute la question est de savoir si Sheryl est partie en bons termes avec Sergey-Larry-Eric parce que Facebook est en deal publicitaire avec Microsoft, sinon un deal adsense est jouable…Elle sait faire une plateforme de Ad aux enchères, même si ça prend du temps. A suivre sur mon blog quand j’en saurai plus.

  11. Le principal problème je pense c’est que facebook ne sert pas à grand chose finalement. Il y’a eu un gros buzz, beaucoup de gens découvrent facebook pendant que les lassés s’en vont…

  12. Bonjour,

    J’ai adoré Facebook et je continue de l’adorer. Je suis étudiant en échange au Canada; TOUS les étudiants on un facebook. Par ailleurs, je n’ai pas de portable, et mes amis en échange non plus: msn et facebook le remplacent sans problème. Bref, Facebook a énormément de fonctions dont je ne pourrais plus me passer:
    -écrire sur le wall (beaucoup moins protocolaire qu’un mail)
    -regarder et partager des photos et des vidéos (plus facile et mieux pensé que Flickr grâce aux tags, même si la qualité des images est ennuyante)
    -l’update de status (Il n’y a QUE les geek qui utilisent twitter)
    -ca remplace parfois ma boîte e-mail
    -rester en contact avec ses amis sans les contacter (le news-feed).

    Je dirais que pour l’utilisateur le problème est le spam d’application, mais depuis quelques temps ça s’est amélioré, et je leur fais confiance pour régler ce problème.

    Donc, en somme, j’espère que Facebook va continuer à bien se porter, c’est un service fantastique, qui reste encore révolutionnaire! C’est sûr qu’avec Firefox et le add-on adéquat, je ne vois jamais de pub sur ce site…

  13. d’un avis mitigé… suite entre autre à l’enquête que nous avons réalisé sur les usages des utilisateurs de Facebook…
    Je ne parle pas du modèle publicitaire, etc. qui je le reconnais volontier à son importance. Mais doit-on parler d’un Facebook ou de plusieurs Facebook…
    En effet, c’est l’impression qui ressort de notre enquête (désolé, nous ne pouvons publier l’ensemble des résultats pour l’instant, travail universitaire oblige :-( Mais, nous nous apercevons que selon l’âge et les milieux sociaux l’usage de Facebook est différent. Si les uns viennent en premier pour jouer (au passage, ce n’est pas la premièe activité recherché sur Facebook, la première est « en savoir plus sur les autres »), d’autres (les dirigeants d’entreprises par exemples sont plus de 10 % des 450 personnes qui ont répondu à l’enquête) tentent d’utiliser facebook autrement…
    Et si, question que je me pose, Facebook au niveau des utilisateurs était dans une position d’attente… Attente de voir ce que l’on peut faire avec cet outil. Lorsque je vois l’engouement sur le bilet que j’ai fait sur mes usages pro de Facebook, le public est en attente !
    L’autre soucis, mais corrélé au précédent, est la méconnaissance des applications qui existent dans Facebook. Beaucoup d’utilisateurs semble t-il ne connaissent pas les applications qui se trouvent dans Facebook ! Il suffit de consulter certains groupes qui « crient » leur méconnaissance !
    Enfin, autre aspect de la question « Facebook », si la tendance au « vidage » des ordinateurs se poursuit (Apple n’a t-il pas commencé avec son nouveau portable), et l’apogée des applications, du stockage et du partage en ligne, Facebook (ou un équivalent, mais lequel mis à part Google) n’a t-il pas un rôle d’interface d’entrée à jouer !
    A la différence de Second Life, cette notion d’interface « du futur » pourrait tout bouleverser !

  14. D’un point de vue publicitaire , il permet toutefois de créer une communauté autour d’une marque , les fameuses pages sponsored où on retrouve déjà la plupart des grandes marques américaines.
    Facebook n’est pas à utiliser comme un site traditionnel avec campagne CPM ou clics mais plutot comme une plate-forme où la marque peut ouvrir le dialogue .
    Ce qui est amusant est que ce dialogue est souvent ouvert à titre gracieux par les fans de marque qui vont créer et alimenter des pages ou groupes

  15. @Fred: et tu sais ô’combien les nouveaux reseaux sociaux sont bien armés pour – dépouiller – les réseaux actuels… Ce n’est plus qu’une question d’investissement marketing/communication ;o)

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