Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google

Cela fait à peine 24 H que l’annonce de Chrome OS a été faite et pourtant les avis convergent en ce qui concerne les intentions de Google : réinventer l’outil informatique et les usages des services en ligne. En fait cela avait déjà commencé avec l’annonce de Wave, mais cette entreprise ne se fera pas en un jour (ni en un an).

Chrome OS ?

Reprenons depuis le début avec ce que nous savons sur Chrome OS :

  • Ce n’est pas un nouveau système d’exploitation mais une nouvelle interface graphique reposant sur un noyau Linux ;
  • Il sera gratuit (normal car les équipes de Google comptent s’appuyer sur la communauté pour le finaliser) ;
  • Il pourra tourner sur un netbook et plus si affinités (grâce au support des processeurs ARM en plus des architecture x86 d’Intel) ;
  • Il reposera essentiellement sur le navigateur Chrome qui servira d’environnement d’exécution pour des applications en ligne « standards » (HTML ou Flash) ou spécifiquement conçues pour Chrome (sous-entendu reposant sur les technologies Google comme NaCl ou avec le futur HTML 5) ;
  • Il devrait sortir pour mi-2010.

Nous ne savons donc pas encore grand chose sur Chrome OS, toujours est-il qu’il serait illusoire de croire que Google a la capacité de nous sortir un système d’exploitation en à peine un an car c’est un chantier titanesque qui demande des années et une armée de développeurs.

Pourquoi cibler les netbooks ?

Au-delà des taux de croissance très impressionnants annoncés par l’industrie, le marché des netbooks ressemble plus à une niche qu’à autre chose : 11 millions d’unités vendues en 2008 pour une prévision de 39 millions de machines en 2013 (Let’s all take a deep breath and get some perspective). C’est peu, à peine 1/10ème du marché des ordinateurs, mais c’est suffisamment gros pour s’y intéresser. D’autant plus que les netbooks n’ont pas encore trouvés leur place : les « observateurs » du marché s’acharnent à les faire passer pour des ordinateurs low cost alors que leur potentiel réside dans de nouveaux usages et surtout dans une nouvelle approche de l’outil informatique.

C’est également un marché très instable apparamment dominé par Microsoft avec un produit en complet décalage avec le potentiel des machines. Pour résumer : les 97% de parts de marché de Microsot ne sont qu’un leurre, le grand public réclame Windows car c’est le seul OS qu’il connaisse mais donnez-leur un iPhone et il leur pousse des ailes. Tout ce qu’il manque aux netbooks c’est un acteur qui daigne investir de l’argent pour éduquer et convaincre les clients.

C’est enfin un marché sur lequel Google peut compter sur des partenaires de taille : Des constructeurs (Acer, Asus, HP, Lenovo), des fabricants de puces (Qualcomm, Texas Instrument) et même un éditeur (Adobe).

Quelques difficultés à prévoir

Mais tout ne va pas être simple pour Google car le géant de la Silicon Valey devra faire face à de nombreuses difficultés, à commencer par les ressources : les équipes de Google ne peuvent pas être sur tous les fronts à la fois et la communauté risque de se lasser d’être sans cesse sollicitée (notamment comme cela a été le cas pour Android).

Il y a ensuite le douloureux problème de la compatibilité des périphériques : Sera-t-il possible de faire fonctionner votre webcam, votre imprimante ou de brancher votre appareil photo numérique ? Difficile à imaginer, il faudrait alors que les constructeurs fournissent un effort considérable pour livrer les bons drivers.

Il y a enfin le problème des marges très réduites sur le créneau des netbooks. Concrètement, avec un système d’exploitation gratuit Google cible le bas du marché. OK, mais comment vont-ils gagner de l’argent ? Autant iTunes est gratuit mais Apple gagne beaucoup d’argent avec (il faut payer d’un côté pour le hardware et de l’autre pour les musiques ou applications) autant si Chrome OS est gratuit, comment Google va-t-il dégager des revenus ? Certainement pas avec le matériel, ni avec les services puisque l’offre de Google est majoritairement gratuite.

Pas réellement un concurrent pour Windows

Malgré les apparences, Chrome OS n’est pas un concurrent de Windows mais plutôt de Linux. Au risque de me répéter : Faire tourner Windows sur un netbook est une aberration car cela limite fortement l’usage que l’on peut en faire (Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?). Les netbooks n’ont pas besoin de Windows, mais Windows a besoin des netbooks pour maintenir les ventes. Et à ce petit jeu Microsoft est passé champion dans l’art de verrouiller un marché et d’étouffer la concurrence. Sauront-ils étouffer Google ? J’en doute, certainement pas avec Windows 7 qui ne prend pas en compte les spécificités des netbooks (contrairement à Moblin).

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Mais ne vous en faites pas pour Microsoft, ils ont d’autres tours dans leur sac (Five Reasons Why Microsoft Does Not Need To Worry About Google Chrome OS), à commencer par une grosse annonce à venir sur la prochaine version d’Office (qui sera très certainement disponible en mode SaaS : Why Chrome OS Now? Because Microsoft Office In The Cloud Comes Monday). Il y a de plus ce projet de navigateur chez Microsoft Research (nom de code Gazelle) qui se veut être le premier « browser-based OS«  (Introducing Microsoft’s Gazelle, A Web Browser as a Multi-Principal OS) ça ne vous rappelle rien ?

Pas du tout un concurrent pour Apple

Vient ensuite logiquement la question de savoir si cette annonce ne va pas faire de l’ombre à Apple qui a toujours craché sur le segment des netbooks mais qui compte (d’après les rumeurs) sortir sa propre machine d’ici l’année prochaine. Rassurez-vous, cela ne va pas le moins du monde affecter Apple qui a toujours su se créer sa propre niche (Why Google’s Chrome OS Bomb Has Minimal Fallout On Apple). Traduction : Apple ne sortira pas de netbook mais un produit légèrement différent qu’il sera le seul à maitriser.

D’un autre côté, le grand public est très friand des services simples et efficaces de Google, réussiront-ils à lancer une alternative crédible (la qualité d’Apple sans en payer le prix) ? Pas sûr dans la mesure où les consommateurs ne sont pas dupes : le Gphone est un très bel appareil, mais ce n’est pas un iPhone. Bref, tout ça pour dire que Google sait très bien faire du Google mais qu’ils ne rivaliseront jamais avec Apple.

Le jeu sera-t-il le premier domaine d’application crédible pour les netbooks ?

J’avais déjà exprimé en début d’année la possibilité d’une approche verticale pour les netbooks avec le marché des enfants. Je crois toujours fortement à cette hypothèse, tout comme celle d’une machine sponsorisée par des éditeurs de jeux. Le principe est simple :  proposer une offre à moins de 100€ pour un netbook avec des jeux pré-installés dessus. Disney le fait déjà, pourquoi pas Adibou ou Prizee ? (cf. Hands On With Disney’s Netbook for Kids)

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Le netbook pour les enfants de Disney

Les netbooks ne sont pas des machines très puissantes, mais pour faire du casual games ils sont largement suffisants : How Will Google Chrome OS Change Gaming?. Rappelons de plus que Google compte intégrer O3D dans la prochaine version de Chrome, de quoi en faire un parfait candidat pour du Rich Internet Games.

Une nouvelle génération de système d’exploitation pour une nouvelle génération d’ordinateurs

Au risque de me répéter (bis) : les netbooks ne sont pas de petits ordinateurs (ni même de gros smartphones), ils piochent le meilleur de ces deux mondes pour proposer une nouvelle approche et surtout correspondent à de nouveaux usages. Inutile de se poser la question de savoir s’il sera possible de faire tourner Photoshop sur Chrome OS puisque de toute façon il ne tourne pas sur un netbook avec Windows XP, là n’est pas l’objectif des netbooks.

Aujourd’hui c’est Intel avec son Moblin qui nous montre le vrai potentiel des netbooks : un usage intensif (exclusif ?) de services en ligne, une mobilité sans compromis et des applications à réinventer. Il y a aussi Jolicloud sur le créneau, mais leur approche n’est pas aussi poussée que celle d’Intel.

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L'interface révoltutionnaire de Moblin

Il reste bien évidemment d’autres questions en suspens comme par exemple la possibilité de faire tourner des applications en ligne en mode déconnecté ou la gestion de la synchronisation, mais les travaux autour de HTML 5 avancent à grand pas et le futur des applications next-gen est en marche. Quand Gmail est sorti il y a 5 ans, je ne me doutais pas qu’il allait me faire complètement oublier les logiciels de messagerie, et pourtant… jamais plus je ne reviendrais à un système de messagerie classique.

C’est donc un pari sur l’avenir que Google fait en misant sur le tout en ligne (ou plutôt sur les applications légères) mais de toute façon leur Chrome Os est encore loin d’être prêt donc ils ont tout le temps pour continuer à préparer le marché.

Conclusion

S’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est qu’à sa sortie Chrome Os ne va pas révolutionner le monde de l’informatique ou de l’internet. Ce chantier se gagnera sur le moyen terme (5 ans), tout comme c’est le cas pour Wave, un produit révolutionnaire mais qui mettra du temps avant de réveler son potentiel.

J’ai également une autre certitude : Chrome OS va être la pierre angulaire de la stratégie de Google, le lien entre les différents services et le digne successeur de Google Desktop qui n’a pas réussi à s’imposer (mais qui aurait pu jouer ce rôle). En poussant la réflexion, on peut également se dire que Chrome est la pièce centrale d’un puzzle que Google élabore depuis de nombreuses années.

Et si ce Chrome OS n’était qu’un galop d’essai ? Un échauffement pour une ambition encore plus vaste : Après les netbooks, les ordinateurs ? Pourquoi pas… d’ici là ils devront d’abord résoudre le problème de la compatibilité des périphérique et au moins lancer un site web, ça serait la moindre des choses !

37 commentaires sur “Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google

  1. @fred
    Fusionner flash et air n’a pas de raison d’être. Mais je comprend ton amalgame, l’offre d’adobe est visiblement conçu pour mette le dawa dans la tête des gens, en voulant caser le mot « flash » à toutes les sauces.

    En gros l’idée, qui a du mal à passer c’est que la flash plateform tourne autours du format flash (le fameux fichier SWF), en offrant plusieurs outils pour arriver à ce fichier flash (SWF), avec entre autres choix flash (en fait flash pro CS4, l’outil d’authoring orienté graphiste) et flash (en fait flash builder, anciennement flex, orienté dev), et plusieurs destination possible à ce fichier : flash (en fait le flash player, le player web) ou flash (en fait AIR, le player desktop).

    Comme on le voit AIR et Flash (n’importe lequel) font déjà partie du même écosystème.

  2. @maxime: j’ai essayé ubuntu mais impossible de synchroniser ne serait-ce qu’un iPod. Songbird marche bien mais nécessite encore des améliorations. Le plus handicapant restant l’iTunes store.
    Et comme le signal Fred; Ubuntu avec un iPhone je n’imagine même pas.
    Le plus important c’est que tant que les appli ne sont pas développées sur plusieurs OS, Ubuntu, Chrome etc ne décolleront jamais (iTunes n’est qu’un exemple) : même si des équivalents existent, il ne le sont jamais vraiment (équivalents).
    J’espère que la solution viendra des Nuages enfin des applis purement Web.

  3. @ Maxime > Non, le problème n’est ni Linux ni l’iPhone, c’est Apple (de loin le système le plus fermé du marché).

    @ cr0vax > Merci pour la précision, elle est subtile mais ça méritait d’être dit. Moblin, « juste une amélioration » ? Heu… tu est en train de critiquer l’avançée la plus notable en terme d’interface de système d’exploitation de ces 20 dernières années (un billet à suivre sur ce sujet sur SimpleWeb.fr).

    @ Jun > Non je ne fais pas l’amalgame, d’ailleurs j’ai publié un billet sur la politique de gamme d’Adobe et sa marque ombrelle Flash. Mon propos est plus de dire qu’à terme Adobe pourrait proposer au téléchargement un bundle avec Flash et Air (ou proposer l’installation de Air lors de la mise à jour vers Flash Player 11).

    /Fred

  4. @fred
    Autant pour moi, j’avais mal interpréter ton propos. Il était à une époque voulu par adobe de fusionner les player flash et pdf. Mais je pense que cela a été abandonner car trop lourd. La politique du flash player étant d’être le plus léger possible aujourd’hui.

  5. @maxime En effet, clairement le problème est Apple, et in extenso, tout les éditeurs de logiciels qui -pour cause de lobbying évidant- ne passeront surement pas sur des plateformes concurrentes. Difficile d’imaginer un MS Office disponible sur Ubuntu.

  6. Quid de l’utilisateur, privé de son accès internet du fait de l’application de la célèbre loi HADOPI, qui se retrouvera avec une machine inutilisable. Certes les Web OS n’en sont encore qu’a leurs prémices, mais cela montre encore plus le caractère archaïque et dépassé de cette loi.

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