Google Chrome OS = iOS + iTunes

Si mes calculs sont exacts, voilà 1 an 1/2 que Google a annoncé son système d’exploitation Chrome OS (cf. Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google). Une attente particulièrement longue qui pourrait probablement prendre fin bientôt, car la rumeur fait état d’un lancement probable le mois prochain : Google Chrome OS launching Nov 11? Difficile de dire si cette rumeur est infondée dans la mesure où ça n’a jamais dérangé Google de sortir un produit non achevé (euphémisme).

Toujours est-il que les attentes sont au plus fort car en 1 an 1/2 il s’est passé beaucoup de choses :

  • Apple a torpillé les ventes de netbooks avec son iPad ;
  • Les ventes de terminaux mobiles équipés d’Android cartonnent ;
  • Facebook s’est imposé comme le nouveau roi du web.

Quels enseignements peut-on tirer de ces trois faits marquants ?

  1. Le marché des équipements informatiques est en plein bouleversement (les clients veulent du neuf) ;
  2. La mobilité est une composante essentielle (indispensable pour faire des ventes)
  3. Les services « sociaux » sont mieux valorisés que les logiciels (en témoignent les publicités récentes pour des smartphones où sont surtout mises en avant les capacités à se connecter à Facebook, MSN Messenger…).

Trois enseignements qui convergent vers Chrome OS et me font dire que Google a un très gros coup à jouer (cf. Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur), d’autant plus que son concurrent le plus sérieux (Apple) se retrouve avec une marge de manoeuvre extrêmement fine.

ChromeOS_AppMenu

Apple, un géant qui risque de s’effondrer sous son propre poids

Inutile de revenir sur la succès story d’Apple avec iTunes ni sur la position dominante qu’il occupe dans la chaine de valeur des contenus numériques. Mais si l’on y regarde de plus près, Apple se trouve en fait dans une position très fragile car :

  • Étant N°1, ils sont exposés à une concurrence impitoyable (toute l’industrie cherche des solutions pour contourner ce quasi-monopole) ;
  • Ils vont devoir accélérer la diversification pour tenir les promesses faites aux marchés financiers (notamment concernant l’iPad qui devrait petit à petit s’éloigner de l’iPhone, concernant l’Apple TV ou encore les services payants), hors diversification = risques ;
  • Le modèle de revenu, qui repose sur un écosystème ultra-fermé, ne leur permet pas d’avancer aussi vite que leurs concurrents.

Pour être plus précis, ce n’est pas tant Apple qui est menacé mais plutôt le couple iTunes / iOS. Ce qui a fait la robustesse du système Apple va également faire sa faiblesse à mesure que la concurrence s’organise (et notamment celle de Google) :

  • iTunes, le canal de distribution et d’encaissement, fait figure de dinosaure avec ses mises à jour régulières de plus de 100 Mo et ses innombrables couches applicatives empilées les unes par dessus les autres (médiathèque + App Store + Genius + Ping…). À l’heure où tout le monde ne jure que par les logiciels en ligne, iTunes brille par sa rigidité et son opacité (impossible d’accéder autrement à votre iPhone / iPod).
  • iOS, le canal de consommation des contenus et applications repose sur une technologie hautement propriétaire. Présenté à la base comme le lien entre toutes les plateformes alternatives d’Apple (iPod / iPhone, iPad, iTV), ce système d’exploitation se retrouve maintenant confronté à un problème tout simple : 3 formats de terminaux = 3 types d’usages. Dur retour à la réalité pour Apple qui va devoir gérer un OS décliné en 3 distributions avec des spécificités toujours plus divergentes.

Non seulement le côté fermé du système Apple motive les hackers à sortir des jailbreaks toujours plus performants (littéralement, « jail break » = « s’évader de prison« , sous-entendu « Apple = prison« ), mais en plus, cela limite le potentiel de croissance : Plus l’écosystème Apple est fermé et plus ses revenus sont élevés. Ce qui veut dire que quand il y a une brèche dans cet écosystème (les jailbreaks), les revenus s’effondrent ; mais également que pour augmenter ses revenus, Apple doit verrouiller toujours plus d’utilisateurs. Formuler autrement : Apple a BESOIN de verrouiller ses clients et son écosystème pour maintenir ses marges et tenir les promesses faites aux marchés financiers.

Même si ce modèle de revenu a fait ses preuves, et permis à l’action Apple de dépasser la barre des 300$, sa rigidité et son exposition aux critiques et jalousies vont ralentir sa croissance. Pire, le modèle fermé d’Apple se situe à l’opposé de celui de Google qui prône l’ouverture. Illustration avec le lancement récent de Game Center, une couche de social gaming, pour récupérer les parts de marché d’éditeurs indépendants comme OpenfeintCrystalPlus+Agon

Chrome = OS + navigateur + SaaS + Store + Checkout + …

À l’opposé du modèle Apple, nous trouvons donc celui de Google avec Chrome : Un navigateur / système d’exploitation open source qui s’appuie sur la communauté. Ce n’est ainsi pas un hasard s’il n’existe pas de site web officiel de Chrome OS, uniquement un site officiel pour Chromium OS.

L’approche de Google repose donc sur des technologies et un écosystème ouverts. Le modèle économique de Google est ainsi parfaitement diversifié et sa croissance profitera à l’ensemble des acteurs de la chaine de valeur : Plus l’écosystème Chrome OS sera ouvert et plus les revenus seront élevés.

Le principal avantage de ce modèle est qu’il ne génère aucune dépendance. Mieux, Google a initié avec Android et ses partenaires industriels un deal unique : le plus que gratuit (l’OS est gratuit et Google s’engage à partager les revenus publicitaires). Il ne me semble pas que ça a été annoncé officiellement, mais il y a de fortes chances pour que de telles conditions soient appliquées avec Chrome OS.

Non seulement Chrome OS va bénéficier des faveurs de la communauté ainsi que des industriels, mais son évolution sera grandement simplifiée par le fait que les applications, services et contenus ne sont pas directement liés à l’OS ni même installés sur la machine :

Les technologies qui vont propulser Chrome OS sont également morcelées pour en faciliter la maintenance et l’évolution : GearsNaCl, O3DStorage… Et enfin, les canaux de distribution seront eux aussi désolidarisés de l’OS : Web Store, Music et Editions (qui devraient être lancés d’ici la fin de l’année). Il ne manquera plus que Google Games pour compléter ce tableau (le rachat d’une start-up comme OnLive devrait leur permettre de gagner du temps).

chrome_web_store

Google pourrait faire tourner 100% des équipements connectés

Avec Chrome OS et Android, Google pourrait potentiellement équiper n’importe quel équipement informatique :

  • Les ordinateurs, netbooks, et autres touchbooks ;
  • Les smartphones et smartbooks ;
  • Les TV et smartframes ;
  • Les kiosques et bornes tactiles ;
  • Les voitures, scooters, avions, bateaux et autres engins motorisés ;
  • Les objets connectés de plus petite taille (compteurs électriques, capteurs ambiants…)

Bref, Google pourrait devenir incontournable pour tout terminal ou outil informatique connecté. À une époque je m’étais posé la question de la concurrence entre Chrome OS et Android. Cette question ne se pose plus tant le nombre de terminaux ciblés est vaste (il est bien plus simple de couvrir tout le spectre avec deux OS qu’un seul). À partir du moment où les contenus et services sont accessibles indifféremment sur les deux OS au travers d’un navigateur ou de widgets, ça ne pose pas de problème. Chrome OS et Android seront donc au coeur d’un seul et même écosystème.

Une concurrence éloignée mais des acteurs à surveiller

Apple et Microsoft sont les concurrents « historiques », mais leur modèle économique et leur circuit de distribution diffèrent tellement de ceux que va utiliser Google que l’on ne peut pas réellement les comparer (il faut aller dans une boutique et acheter un DVD dans une boîte en carton pour mettre à jour Windows ou Mac OS, la préhistoire !).

Mais tout n’est pas si simple, car Google devra également composer avec des acteurs de taille qui vont lui compliquer la tâche :

  • Facebook dont la domination du web ne cesse de croître et qui infiltre petit à petit l’ensemble des terminaux et services ;
  • Amazon qui progresse lentement mais sûrement sur les e-readers et pourrait nous surprendre avec une nouvelle génération de terminaux ;
  • Yahoo! qui pourrait bien jouer les trouble-fête en se mariant avec AOL et pourquoi pas un autre géant des médias (la naissance d’un consortium à trois bouleverserait le rapport de force dans le paysage des médias et des contenus, donc des annonceurs).

Bref, la partie n’est pas gagnée pour autant. De nombreux paramètres sont à prendre en compte dans l’équation du succès, Google en maitrise déjà un certain nombre, mais il y en a un qui me semble décisif dans ce projet : la couche sociale. Google Me permettrait d’unifier l’ensemble des services à caractères « sociaux » et de réduire la dépendance à Facebook.

Puisque Google propose déjà un modèle économique viable, des technologies robustes, de nombreux services et contenus, il ne resterait plus qu’à remettre à niveau la couche sociale de l’écosystème Chrome OS pour se mettre à l’abri de la concurrence (du moins pour les deux prochaines années). J’anticipe ainsi une configuration de marché où Apple continuerait d’exploiter les segments supérieurs (avec un fort ralentissement de sa croissance) et où Google viendrait s’installer durablement dans le quotidien numérique des foyers (le marché de masse).

Vous pourriez me dire qu’un tel scénario (domination de Google) n’est pas très réjouissant, mais avez-vous beaucoup souffert du monopole de Microsoft ces 20 dernières années ? RDV dans un mois pour avoir un avant-goût du futur de l’informatique selon Google.

MàJ (20/10/2010) : Il va falloir rajouter Mozilla dans la liste des concurrents potentiels avec ses Mozilla Web Apps :

Ce projet est très proche de celui de Google avec des applications 100% web, un répertoire, une boutique (pour les applications payantes) et des applications auto-distribuées (un peu comme les extensions de Firefox).

MàJ (22/10/2010) : Visiblement Apple ne compte pas se laisser faire puisqu’ils lanceront d’ici la fin de l’année leur propre Mac App Store.

26 commentaires sur “Google Chrome OS = iOS + iTunes

  1. @ SebM > POint de vue intéressant sur la vision de l’industrie et les ventes. Concernant Google et son incapacité à sortir du mode beta, est-ce réellement un problème ? C’est la promesse du Web 2.0 : la beta perpétuelle.

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