L’avenir de l’internet est aux contenus, pas au SoLoMo

Ces derniers temps le nouveau buzz word à la mode semble être « SoLoMo » (Social + Local + Mobile). On ne parle plus que des services intégrant les composantes sociales, mobiles et locales. OK très bien… mais si l’avenir de l’internet est au SoLoMo, pouvez-vous m’expliquer pourquoi Facebook abandonne ses fonctions Places et Local Deals, et pourquoi Groupon retarde son introduction en bourse ? La vérité est qu’encore une fois le marché s’emballe pour une notion « tarte à la crème » qui mérite quelques clarifications.

Si je ne remets pas en cause le potentiel disruptif de la mobilité ou des médias sociaux (au contraire puisque j’édite deux blogs sur ces sujets : MediasSociaux.fr et TerminauxAlternatifs.fr), je vous propose néanmoins de décortiquer ce qui se cache derrière le SoLoMo pour mieux en appréhender les enjeux et les limites.

Comment faire du social quand tout est social ?

Voilà maintenant plus de 4 ans que l’on parle des médias sociaux. En à peine 5 ans, des services comme Facebook, YouTube ou Twitter se sont imposés comme les nouveaux rois de l’audience. La déferlante sociale a été tellement puissante qu’elle a profondément modifié les habitudes des internautes (consultation et consommation). OK très bien… une fois que nous avons dit cela, il nous reste à apprivoiser l’éléphant dans la pièce : Facebook. J’ai déjà écrit beaucoup de choses sur Facebook (cf. Rétrospective sur les 3 dernières années de Facebook) qui reste de loin la plateforme sociale la plus visible du marché. En conséquence de quoi, tous les annonceurs veulent ouvrir une page et amasser des fans. Problème : Lorsque que vous souhaitez développer une présence sur Facebook, vous rentrez dans en compétition pour l’attention de vos cibles avec leurs proches (famille, amis…), des marques mythiques (Nike, Starbucks…) et des stars planétaires (Justin Bieber, Lady Gaga…). Comment exister face à cette concurrence déloyale ? Même si dans la majeure partie des cas une présence sur Facebook est une étape obligatoire, la dure réalité est que l’intensité concurrentielle est y tellement forte que ce support en devient difficilement exploitable, à moins de distribuer des bons de réduction ou des cadeaux toutes les semaines, mais nous savons tous que cela biaise fortement la relation prospects / marques.

Vous pourriez alors être tenté de déporter la bataille de l’attention et d’exploiter les mécanismes de délégation d’authentification (Facebook Connect & cie) pour profiter du graph social de vos visiteurs sur votre site, mais là encore, vous êtes loin d’être les seuls : La majorité des gros sites exploitent déjà les social widgets de Facebook. Idem pour d’autres plateformes comme Twitter ou YouTube qui ont déjà été prises d’assaut par les plus grandes marques.

Au final, le levier social ne fonctionne plus réellement en tant qu’avantage concurrentiel, car toutes les grandes marques l’exploitent déjà (avec plus ou moins de succès). Si vous souhaitez réellement tirer un bénéfice notable des médias sociaux, il faudra envisager un dispositif bien plus ambitieux qu’une campagne virale ou une opération de recrutement de fans. Entendons-nous bien : Le problème n’est pas tant la portée des campagnes sur les médias sociaux que leur intérêt dans une approche plus industrielle de l’installation de votre marque sur les médias sociaux.

Pour pouvoir vous démarquer de la concurrence et tirer un bénéfice durable des médias sociaux, il va nécessairement falloir décloisonner l’initiative de la présence de votre marque de son département d’origine (marketing, communication…) et mobiliser un plus grand nombre d’acteurs internes (CRM, Support clients, Qualité, RH, DSI…) pour faire des médias sociaux un chantier transverse auquel tout le monde va contribuer et dont tout le monde va pouvoir bénéficier. Appelez ça comme vous voulez (Social CRM, Social Business…), moi j’emploierais plus volontiers le terme « passer la seconde« . Maintenant que les plus grandes marques, médias et institutions ont passé le pied à l’étrier, il va falloir aller plus loin pour se démarquer. Certes, c’est un chantier de longue haleine, mais il finira par payer. Un bon commencement serait de rapprocher votre dispositif d’écoute (social monitoring) des indicateurs de suivi d’audience (web analytics) et de votre programme de fidélité (CRM).

La mobilité ne concerne pas que les smartphones

Idem pour la dimension mobile : Ne pensez pas être tiré d’affaire avec votre application pour iPhone. Même si les taux de croissance sont très encourageants, les possesseurs d’iPhone ne représentent qu’une petite part des mobinautes. Il faut ainsi compter avec les utilisateurs de feature phones et de smartphones alternatifs tournant sous Android, Blackberry ou Symbian. Ceci est d’autant plus vrai que les parts de marché de l’iPhone s’érodent petit à petit face aux smartphones low-cost.

Autre point d’attention : Les smartphones ne sont qu’une première étape vers d’autres terminaux alternatifs. Les tablettes et autres TV connectées vont également monter en puissance et vous forcer à revoir entièrement votre copie (Et on reparle de la conception multi-écran). Faut-il dès maintenant bazarder votre site web et lancer un grand chantier de refonte ciblant l’ensemble des terminaux alternatifs du marché ? Non, pas pour le moment. D’une part, car le marché est extrêmement instable (il va se passer beaucoup de choses d’ici à la fin de l’année) et d’autre part, car cela vous forcerait à tout sous-traiter. Or, si vous sous-traitez, vous perdez la compétence et la compréhension.

Le meilleur moyen de vous préparer à cette transition est donc de progressivement sensibiliser vos équipes internes aux enjeux et contraintes des terminaux alternatifs afin de repenser à la fois l’offre et le modèle économique pour pouvoir profiter pleinement des opportunités offertes. Encore une fois j’insiste sur le fait que lancer une application iPhone n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. Tout comme les médias sociaux induisent de profonds changements dans la relation client, la gestion de l’image de marque et la collaboration interne (cf. Social Business Design = Web 2.0 + Médias sociaux + Entreprise 2.0), la montée en puissance de la mobilité et des terminaux alternatifs va vous forcer à revoir à la fois votre stratégie de communication, votre modèle économique et votre processus interne (nous pourrions ainsi théoriser sur du Mobile Business Design).

Business local : La poule aux oeufs d’or qui perd ses plumes

Troisième volet du SoLoMo : La dimension locale. Véritable passerelle entre le monde numérique en ligne et le mode réel, la dimension locale est censée démultiplier les points de contact, les opportunités d’affaires et fidéliser les clients à vie. En à peine 3 ans, des sociétés comme Groupon ont connu une croissance fulgurante avec un modèle économique reposant sur les coupons de réduction géolocalisés. Véritable eldorado de l’année 2010, les sites de local deals font aujourd’hui triste mine, car la concurrence est trop forte et la promesse trop faible. En un mot comme en cent, la sauce ne prend plus.

La déconfiture boursière de Groupon et ses ambitions boursières gâchées (Is Groupon killing its IPO, or is it dying of natural causes?) ne doivent néanmoins pas vous faire sous-estimer le potentiel de la dimension locale. Il y a effectivement de très nombreuses opportunités à saisir au travers d’un ancrage local, mais pas pour tout le monde (The Truth About Groupon: Yes, It Can Make Money – No, It Won’t Be Easy). Les réseaux sociaux de proximité sont ainsi d’incroyables catalyseurs d’interactions sociales localisées et d’opportunités d’affaires, mais leur implantation effective demande beaucoup plus d’efforts qu’une simple viralisation des coupons via Facebook. J’accompagne depuis maintenant près de 3 ans la société Ma-Residence.fr, et je peux vous assurer que l’ancrage durable du service dans une ville demande des moyens et des efforts considérables (une équipe de plusieurs dizaines de personnes pour une seule ville).

Alors oui, je sais qu’il existe de très beaux exemples de camions vendeurs de sandwichs qui font une utilisation maline de Twitter, de même qu’il existe de belles histoires de bars fidélisant leurs clients les plus assidus sur Foursquare, mais la mise en oeuvre d’une dimension locale de vos campagnes ou offres au travers des médias sociaux n’aura qu’une portée très limitée si elle n’est pas intégrée dans une stratégie plus large. Là encore, l’idée n’est pas de choisir le meilleur support (Foursquare ou Gowalla ?), mais de repenser votre relation client, vos offres et vos processus en fonction d’un ancrage local.

Les contenus sont la pierre angulaire d’une présence durable et d’activités viables

Nous en venons donc à LA question : Sur quoi faut-il miser ? Selon moi la réponse est très simple : des contenus de qualité. Internet est en effet un média dont l’utilité repose sur la richesse et la diversité des contenus. Investir dans des contenus, c’est miser sur ce qui a fait et continuera à faire le succès de l’internet.

Avec du contenu de qualité, vous pouvez :

  • Raconter de belles histoires pour donner de la consistance à votre marque (brand content) ;
  • Valoriser vos produits (images et vidéos de qualité, descriptifs complets) ;
  • Fidéliser vos clients (consumer magazines) ;
  • Améliorer votre référencement, donc votre efficacité marchande ;
  • Initier des interactions sociales (relais d’exposition et discussions) ;
  • Prolonger le temps d’exposition et multiplier les points de contact (notamment au travers de consultations via des terminaux mobiles) ;
  • Développer de nouveaux services ou diversifier vos revenus…

Bref, sur internet les contenus sont à la base de tout, pas de contenu => pas de business. Et ce n’est très certainement pas une application iPhone, une page Facebook ou des coupons de réduction localisés qui vont compenser cette carence. Quand on y réfléchit bien, les contenus sont l’ingrédient principal d’une relation durable avec vos clients, une relation profitable qui ne repose pas sur la recherche du prix le plus bas.

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur l’importance du contenu, et la récente (et fortement intéressante) étude Wave 5 Trends de GlobalWebIndex me conforte dans cette idée avec la mise en évidence des tendances suivantes : The Rise of the Lean-Back Web, Facebook Fatigue et A Renaissance for Professional Media. Vous noterez que cette étude mentionne également d’autres tendances qui confortent mes opinions exprimées plus haut : The Packaged Internet et The Social Brand.

Pour conclure, je préciserais une nouvelle fois que je ne remets pas en cause le potentiel disruptif de la mobilité ou des médias sociaux, je vous mets simplement en garde contre des arbitrages malheureux pouvant découler d’une mauvaise interprétation du SoLoMo. Selon moi, votre priorité doit être de capitaliser sur du contenu de qualité. Une fois cette première étape validée, vous aurez tout le loisir de l’exploiter / le valoriser sur le web et au travers de différentes dimensions sociales, locales et mobiles.

24 millions de joueurs en France

Le cabinet de recherche Newzoo (dont j’avais déjà parlé dans un précédent billet) nous offre de nouveaux chiffres très intéressants sur le marché du jeu vidéo en France : La France compte 24 millions de joueurs actifs toutes plateformes confondues (PC/Mac, mobile, consoles, en ligne…). 24 millions de joueurs, ça représente plus d’1/3 de la population française.

24M-joueurs-Fr

En moyenne, ces 24 millions de joueurs exploitent 3,4 plateformes différentes (une majorité en exploite 2 ou 3). Les statistiques suivantes nous en apprennent plus sur la répartition :

  • Les jeux sur console sont premiers en terme de dépense et de temps de jeu ;
  • Les jeux sociaux représentent la plus faible dépense, mais le second plus grand temps de jeu ;
  • Les jeux sur mobile sont étonnamment en retrait par rapport aux autres catégories (MMO et jeux installés/téléchargés).

Money-time-games-fr

Je ne sais pas trop comment interpréter ces chiffres qui minorent sérieusement les statistiques citées plus tôt dans l’année (plus de 23 millions de joueurs de jeux sociaux en France). En tout cas ces données ont le mérite de nous faire relativiser la part des jeux sociaux par rapport au marché des jeux vidéos.

Ceci étant dit, les catégories représentées dans cette étude (jeux console, jeux PC/Mac, jeux mobiles, MMO) sont des territoires où l’ont ne trouve aucun annonceur. Donc plutôt que de regarder le verre à moitié vide (moins d’1 joueur sur 2 pratique des jeux sociaux), je préfère regarder le verre à moitié plein (la part des dépenses et du temps consacré aux jeux sociaux est en augmentation). Je pense ne pas me tromper en disant que l’on peut grossièrement scinder en deux la population des joueurs : Les joueurs intensifs qui s’éclatent sur console et PC/Mac avec un gros budget d’achat de boites, les joueurs occasionnels qui se rabattent sur les jeux mobiles et sociaux moins coûteux (voire gratuits).

À partir de ce constat, soit vous parier sur une augmentation des dépenses de jeux en boite (peu probable), soit vous miser sur une croissance des jeux mobiles / sociaux avec des sources de revenus indirects (via des annonceurs). Ceci explique sûrement l’engouement des grands éditeurs pour les start-ups dans cette dernière catégorie (Electronic Arts qui rachète Playfish et PopCap, Disney qui avale Playdom et Tapulous). De même, Sony vient récemment d’annoncer un repositionnement vers les jeux sociaux pour son univers virtuel : PlayStation Home getting a redesign to focus on social games.

Et pendant ce temps là, Zynga continue d’accroitre sa domination avec le lancement prochain d’un nouveau titre offrant une mécanique de jeu novatrice (A Closer Look at Zynga’s Adventure World) qui offrira de nouvelles opportunités pour les annonceurs (Zynga to Launch Adventure World. Relevant Brands Take Note).

(via FrenchWeb)

Du renouveau des bannières interactives sur les supports tactiles

Je pense ne pas me tromper en disant que les bannières publicitaires ont largement contribué au développement de l’internet, du moins au siècle dernier ! Avec la généralisation des technologies d’interfaces riches, les bannières publicitaires se sont faites de plus en plus interactives avec de la vidéo, des animations, des quantités et prix en temps réels, des mini-boutiques… Bref, les annonceurs sont allés au bout de ce que le format bannière pouvait proposer. Nous sommes maintenant en 2011 et les bannières ne font plus rêver personne (euphémisme), à moins que nous leur offrions un second souffle sur d’autres supports, en l’occurrence les touchbooks.

Avec la sortie de l’iPad, Apple avait ainsi débuté une opération de reconquête des annonceurs avec son format propriétaire iAd. Problème : ils ne s’adressent qu’aux annonceurs les plus fortunés, fermant ainsi la porte à de nombreuses marques. Pourtant le marché est demandeur comme le témoigne cette étude de l’lIAB qui nous apprend que près des 3/4 des annonceurs comptent augmenter leurs budgets dans ce domaine : Mobile Marketers Thrilled by the possibilities of Tablets, Increase Budgets Accordingly. D’ailleurs, ce même IAB a monté l’année dernière un groupe de travail spécifiquement dédié à ce sujet (IAB Launches First-Ever Tablet Task Force) qui a publié l’année dernière un livret blanc sur le Tabvertising.

Heureusement pour les annonceurs, Apple n’a pas le monopole des bannières sur sa machine, il existe ainsi des solutions de contournement comme celle de Cooliris dont j’avais parlé en début d’année (Cooliris lance les publicités 3D pour iPad) et qui vient de lancer son propre format de bannières 3D : AdJitsu.

Les grands éditeurs proposent également leur propre solution comme Condé Nast (éditeur entre autres de Wired) qui propose des publicités interactives particulièrement réussies comme celles de Lexus ou de Nikon.

Il y a bien évidement le format HTML5 qui permet de faire de très belles choses à l’image de celle crée pour la série TV White Collar  qui a remportée le prix de la Best iPad Advertising CampainHTML5 Gamified Banner Ad on the iPad.

Mais la palme revient sans doute à Ralph Lauren qui a carrément réservé l’intégralité des espaces publicitaires de l’application du NYTimes pou y intégrer un mini-magazine : Ralph Lauren Buys Solo Sponsorship of NY Times iPad App for September.

Et comme si cela ne suffisait pas, ils vont également s’en servir pour diffuser en streaming le défilé de mode de la rentrée ! Comme vous pouvez le constater, la barre est placée très très haut. Après ça, la grande question est : Est-ce que ça marche ? De ce que j’ai pu en voir : Oui !

Cela fiat maintenant près de 15 ans que je surf sur le web et plus de 8 ans que j’utilise un bloqueur de bannières, c’est dire si j’y suis hermétique ! Et pourtant, force est de constater que les bannières 3D et autres publicités interactives proposées dans les magazines me fascinent.

Les touchbooks sont-ils le nouvel eldorado des bannières ? Pas forcément, car je souhaite tout de même émettre des réserves :

  • La publicité interactive doit être parfaitement réalisée et avec du contenu aspirationnel (je doute qu’une bannière 3D pour une boîte de ravioli fonctionne) ;
  • La prise en main doit être intuitive et immédiate (impossible de faire lire des instructions) ;
  • L’effet wow ne durera que quelques mois (passé l’effet de surprise, les lecteurs vont rapidement se concentrer sur le contenu).

Bref, tout n’est pas si simple. Terminons néanmoins sur une note optimiste : Partant du principe que les touchbooks (et l’iPad en particulier) s’enrichissent chaque année, les possibilités d’interactions devraient être également renouvelées régulièrement. À vous d’en profiter !

Toujours plus d’acteurs sur le créneau des solutions de collaboration

Voilà bien longtemps que je n’ai pas parlé de solutions de collaboration. Je profite donc du dernier rapport de Forrester pour aborder à nouveau ce sujet : The Forrester Wave: Enterprise Social Platforms, Q3 2011. Dès l’introduction du rapport, le ton est donné : « A Rapidly Maturing Field« . Il faut bien avouer que le créneau des solutions de collaboration et autres social intranet suits est en plein boom et que les différents acteurs se livrent à une bataille acharnée pour conquérir des parts de marché. Pour avoir suivi de près ce secteur, je rejoins l’avis de l’auteur du rapport qui nous explique que certains acteurs progressent plus vite que d’autres.

La classification des solutions de collaboration de Forrester

Le rapport met en évidence trois acteurs : Jive, IBM et Telligent. Dans le schéma ci-dessus, on constate que Jive est l’éditeur le plus en avance, il faut dire qu’ils ont lourdement investi pour faire évoluer leur solution. Ils comptent d’ailleurs bien profiter de cette avance pour s’introduire en bourse très prochainement, une IPO particulièrement contestée : Jive Software’s IPO Is Either Really Good News Or Really Bad News et What Jive’s IPO Says About Social Software Market. Ce n’est pas tant la pertinence de la solution qui est mise en cause, mais plutôt la fragilité financière de l’éditeur dont les pertes sont quasiment équivalentes au C.A.

Bref, inutile de jouer les oiseaux de mauvais augure, plutôt que de prédire un probable retour de la bulle spéculative sur les introductions en bourse hasardeuses des start-up, je préfère plutôt y voir un signe que les enjeux autour des solutions de collaboration sont réellement importants et que l’innovation tourne à plein régime.

Cette innovation est la bienvenue, car je constate un certain déséquilibre dans les solutions du marché. Je suis ainsi impliqué dans plusieurs missions qui m’ont amené à auditer différentes solutions et je constate une certaine disparité, à savoir une concurrence fragmentée avec des acteurs de niche, mais très peu d’offres complètes. Dans un précédent article, j’avais ainsi identifié les 5 composantes de l’intranet 2.0 : Information, connaissance, communautés, collaboration et applications / données. La plupart des offres du marché couvrent en effet une à deux composantes (en fonction de leur métier d’origine), mais rarement l’ensemble des composantes de l’intranet 2.0.

Du coup j’ai passé un peu de temps dans le référentiel Useo (dont j’avais déjà parlé ici : Nouvelle version du référentiel de RSE d’Useo et Compte-rendu de la présentation du référentiel Useo) pour voir comment le marché avait évolué. Bonne surprise, de nombreuses solutions d’éditeurs français sont venues compléter les acteurs « historiques » (Zoom sur 4 offres françaises : Xwiki, SeeMy, Jamespot et blueKiwi).

Comme je suis un indécrottable chauvin, je vous propose un petit coup de projecteur sur les solutions qui ont retenu mon attention :

  • eXo, un éditeur proposant une plateforme assez complète avec différents modules applicatifs (contenu, collaboration, connaissances, social…). Déjà bien complète en V.3, la solution s’oriente vers une plus grande interopérabilité avec votre S.I. et un focus particulier sur l’ergonomie et l’expérience utilisateur.

    Les espaces de travail dans eXo
  • Jalios avec sa solution JCMS qui se présente comme un portail collaboratif de nouvelle génération. Historiquement issue du monde de la GED et de la gestion de contenu, l’offre a été visiblement enrichie de nombreux modules fonctionnels (gestion de projet, collaboration, conversations, intégration avec les outils bureautiques…). Elle propose de plus un volet mobile avec des accès smartphones (iPhone et Android).

    La boîte à idées dans Jalios
  • Silverpeas, qui se présente comme une solution globale de communication collaborative. Cette dernière met avant tout l’accent sur la gestion de ressources documentaires et les espaces de travail, mais propose de nombreux autres modules et même une version mobile.

    Le mur d'activité dans Silverpeas

Je pousse donc un grand COCORICO, car les éditeurs français sont présents en nombre sur ce créneau ultradynamique. Bravo à eux !

(via CMS Wire)

Bel exemple de boutique en ligne mobile chez Headict

Connaissez-vous Headict ? Mais si enfin, une boutique en ligne spécialisée dans le headwear (chapeaux, casquettes, bérets…). J’avais déjà parlé de Headict dans un précédent article, car j’aimais beaucoup le design de leur site.

Headict

Cet été ils ont lancé une version mobile de leur boutique, non pas sous la forme d’une application, mais d’un site mobile en HTML5. Le résultat est très convaincant et j’en ai profité pour interviewer le patron de la boutique (Antonin) et un représentant de l’agence NewQuest qui a travaillé sur le projet :

Existait-il une version mobile avant celle-là ?

Antonin Lefebvre : Le marché du m-commerce étant tout juste naissant, nous avons mis la priorité sur l’ergonomie et le design du site classique. La version mobile est donc la première en ligne.

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire une version mobile ?

Antonin Lefebvre : Les utilisateurs surfaient sur le site traditionnel qui n’offre pas forcément toutes les facilités pour un écran de taille réduite. L’expérience n’était pas convaincante, le design soigné d’Headict se prêtait difficilement à une navigation mobile : Pages trop lourdes, menus trop importants, boutons et liens trop petits… Le mot d’ordre à donc été de simplifier au maximum l’interface.

Headict_mobile

Vous constaterez la disparition du listing produit et des mises en avant. Nous avons conservé uniquement l’essentiel : la navigation. Celle-ci est mise au format dans un but précis : Accéder facilement aux catégories et aux produits. La page est également optimisée en terme de poids : Elle fait moins de 150Ko pour la version mobile contre plus 1Mo sur la version classique. Ce travail de simplification a été réalisé sur l’ensemble des pages du site.

Quelle est la part des visiteurs via mobile par rapport aux visiteurs web ?

Antonin Lefebvre : Sur le mois de juillet, 5% des visites sont faites depuis les mobiles (iPad exclu). L’iPhone représente 75% de ces visites, Android 20% et les 5% restants sont partagés par les autres OS).

Pourquoi le choix d’une version mobile et non une application ?

Yann Costes : Pour trois raisons simples : Exploiter une technologie commune, compatible et exploitable sur le plus de terminaux possible ; Exploiter des environnements similaires à ceux que nous avons pour le développement du site traditionnel ; Ne pas imposer les étapes supplémentaires que sont : L’accès à un App Store et le téléchargement d’une application pour enfin et finalement pouvoir parcourir le catalogue. Dans le cas d’Headict comme la plupart de nos E-commerçants (car il y a bien évidemment des contres exemples), une application n’apportait pas suffisamment d’avantages pour l’activité du site.

Le site tourne actuellement sous Prestashop, pourquoi ne pas avoir utilisé les outils fournis par l’éditeur ou par les éditeurs tiers ?

Antonin Lefebvre : Prestashop va proposer une version mobile dans sa prochaine version à paraître (la 1.5), cependant l’outil permet de créer et paramétrer des applications spécifiques pour iPhone, iPad ou encore Android et nous cherchions encore une fois ne pas passer par App Store ou L’Androïd Market. L’occasion s’est présentée avec les travaux déjà approfondis par NewQuest qui nous permettent du coup de suivre une évolution et remonter nos besoins en même temps qu’ils font évoluer leur outil.

Pouvez-vous nous fournir quelques données chiffrées sur le chantier ?

Yann Costes : Nous avons pu travailler sur cette version mobile dans le cadre du projet de R&D sur lequel nous travaillons depuis un certain à NewQuest. Nous travaillons ainsi sur des outils permettant de concevoir des versions mobiles très évoluées. Lors du lancement du projet, nous avons fait part de nos avancées et travaux à l’équipe d’Headict que nous avons proposé de mettre en application sur leur site. Difficile d’évaluer le temps exact passé sur le projet (les jours se confondant parfois avec les nuits…). Un indicateur fiable est que sur les préconisations et souhaits graphiques d’Headict la version mobile est sortie de terre en moins d’un mois avec le look et le design spécifique qu’ils attendaient.

Quel est l’impact sur les visiteurs ?

Antonin Lefebvre : +30% de visites par rapport au mois de juillet sur les mobiles, le temps passé et le nombre de pages vues ont augmenté de près de 50%. Le taux de transformation est encore faible par rapport à la version classique, cependant nous pensons que les utilisateurs naviguent sur le site mobile puis passent commande chez eux, ce qui est difficile à mesurer.

Quelle est la prochaine étape du développement de la boutique en dehors d’un ordinateur (iPad ?)

Yann Costes : Nous travaillons sur une version web mobile encore plus évoluée et interactive. Nous comptons d’ailleurs l’exploiter sur la prochaine version de Timefy qui sortira d’ici peu pour ensuite faire bénéficier Headict de cette dernière version et proposer un outil packagé et prêt à l’emploi. Cette dernière version offre une plus grande souplesse de navigation et d’interaction et de nouveaux outils se greffant sur Prestashop. Elle permettra notamment une auto adaptation sur iPad en proposant des fonctions spécifiques à ce terminal. Le tout en restant compatible avec la grande majorité des smartphones et tablettes. Quelques bonnes surprises en perspectives…

Le choix d’un site web mobile fait écho à des articles déjà publiés sur mes autres blogs (Vous êtes plutôt application mobile ou site web optimisé pour les smartphones ?, HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobilesEt on reparle de la conception multi-écran). Le résultat est tout à fiat convaincant et renforce en moi l’idée que les applications natives ne sont pas la panaché des smartphones (loin de là).

Un grand merci à Antonin et Yann qui se sont prêtés au jeu des questions/réponses, souhaitons leur bon courage pour la suite, j’ai hâte de voir la prochaine version !