Qualcomm à l’assaut des smartbooks et de la convergence mobile

J’ai eu ce matin une discussion très intéressante avec Jean Viraldi et Fabien Darrigues de chez Qualcomm (merci à Cédric pour avoir organisé la rencontre). Pour vous la faire courte, Qualcomm est spécialisée dans la conception et la fabrication de solutions de télécommunication mobile (ils sont entre autre inventeur de la norme CDMA et représente 1/3 des parts de marché des puces qui équipent les terminaux mobiles). Ils sont donc tout à fait légitime pour imaginer et concevoir les outils de communication de demain, et ça tombe car ce sujet me passionne en ce moment (cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?).

La fin de l’ère x86 et le basculement vers l’informatique nomade / mobile

Intel a régné sans partage sur le monde des ordinateurs ces 30 dernières années grâce à l’architecture x86 (sur laquelle repose les familles de processeurs Intel mais aussi Cyrix, AMD, VIA…). Aujourd’hui les conditions de marché sont différentes dans la mesure où il y a bien plus de terminaux mobiles que d’ordinateurs. Les smartphones se sont ainsi imposés comme les ordinateurs de poche de notre quotidien, il s’en vend bien plus que d’ordinateurs (plus d’1,2 milliards de téléphones vendus en 2009). De même, les netbooks ont montrés les limites de l’architecture x86 en terme d’autonomie et de performances. Entendons-nous bien : Nous ne parlons pas de performance pure (un indicateur du siècle dernier) mais du ratio entre puissance et consommation. Et à ce petit jeu là, les architectures ARM sont imbattables car elles ont été conçues dans cette optique.

L’année 2010 (et dans une certaine mesure l’année 2009) sera donc la charnière entre l’ère des PC (Personnal Computer = architecture x86) et l’ère des terminaux mobiles (architecture ARM). Nous ne parlons pas ici d’un remplacement mais plutôt de l’inversement de l’échelle des valeurs : Les plus gros enjeux et les plus belles opportunités sont à chercher du côté des terminaux mobiles plutôt que du côté des ordinateurs où les marges sont plus faibles et où les modèles économiques s’épuisent.

À partir de là, la bataille ne va pas se dérouler autour des smartphones (car l’offre arrive à saturation) mais plutôt autour de nouveaux formats de terminaux dont vont découler de nouveaux services et usages : Smartbooks, touchbooks, webbooks, Personal Mobile Television, Personal Internet Viewer… les possibilités sont innombrables et nous n’en sommes qu’au début de l’informatique mobile, nomade et résidentielle.

xbook

Smartphone + Netbook = Smartbook

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des smartbooks, cette nouvelle génération de terminaux mobiles qui vont venir s’intercaler entre les smartphones et les netbooks. Après en avoir discuté avec différents interlocuteurs, j’ai maintenant la conviction qu’ils appartiennent définitivement à la grande famille des terminaux mobiles et qu’ils vont ainsi bénéficier de l’héritage culturel des téléphones (par opposition à l’héritage culturel des ordinateurs et leur fascination pour la puissance « brute »). Les premiers concepts de smartbooks faisaient apparaitre des terminaux hybrides dont on ne savait pas trop à quelle famille ils étaient rattachés :

qualcomm-smartbooks

Maintenant que nous avons un premier terminal « viable » qui va être très prochainement lancé sur la marché (le AirLife de HP-Compaq), les contours de ce segment semblent encore plus ambigus avec un aspect très proche des netbooks mais des détails rappelant fortement les smartphones (système d’exploitation Android, écran tactile, boutons « Home » et « Menu » sous le pavé tactile…) :

compaq-airlife

Toujours est-il que même si la différence avec les netbooks est subtile, elle est pourtant bien réelle : Les netbooks sont des terminaux nomades alors que les smartbooks sont des terminaux mobiles. Il y a ainsi deux différences majeures dans les usages :

  • Les terminaux nomades sont connectés de façon ponctuelle (on les allument pour s’en servir) alors que les terminaux mobiles sont allumés toute la journée et même la nuit (ils restent en veille et on les recharge une fois par jour) ;
  • Les terminaux nomades utilisent des technologies de communication pull (WiFi) alors que les terminaux mobiles utilisent des technologies de communication push (SMS, alertes…).

Ces deux différences font que l’on peut classer les terminaux dans une catégorie ou l’autre. Les smartbooks sont donc de gros smartphones et non des netbooks connectés. Qualcomm a monté une business unit dédiée à l’évangélisation des smartbooks et je compte bien suivre ça de très près car ils préfigurent l’avenir de l’internet mobile et certains analystes sont déjà très optimistes : 163 Million Smartbooks Expected to Ship in 2015.

Vers la 4G et après ?

Comment parler de terminaux mobiles sans aborder les normes ? Le Mobile World Congress de Barcelone a été l’occasion de dévoiler au grand public la roadmap vers la téléphonie mobile de quatrième génération, celle qui va autoriser des débits supérieurs à 50 Mbits/s. La norme LTE (Long Term Evolution) semble donc être bien partie pour assurer la transition entre L’HSDPA et… une version plus aboutie baptisée provisoirement LTE Advanced.

Vous seriez en droit de me dire que la course au haut débit en situation de mobilité n’est pas une finalité (après tout l’important c’est la ratio entre débit et consommation) mais la proposition de valeur de la norme LTE est de proposée une consommation inférieure pour des débits équivalents à la 3G ou la 3,5G. Une aubaine pour les smartbooks et autres terminaux mobiles cherchant à maximiser leur autonomie.

Outre les usages data où le débit n’est jamais assez élevé (LTE sera la norme de référence pour les modems-clés USB en 2011), la vidéo semble être un bon prétexte pour cette course à la bande passante. Que neni, car les réseaux de télécommunication ne supporteront jamais une montée en charge à grande échelle. Pour de la vidéo en situation de mobilité dans des conditions viables, il faudra plutôt chercher du côté de normes broadcast comme DVB-H plutôt que de rêver à une hypothétique solution viable d’unicast. Pour le moment le déploiement semble au point mort en France, mais les États-Unis semblent avoir prit une longueur d’avance avec des services déjà opérationnels comme le Flo-TV de Qualcomm.

flo_tv

Attendez-vous à voir débarquer des smartphones compatibles dès l’année 2010…

Deux autres gros segments à adresser : Feature phones et eBooks

En plus des smartphones, smartbooks et Personal Mobile Television, Qualcomm s’intéresse également à deux autres segments très porteurs : Les feature phones et les ebooks. Pour votre information (j’ai découvert ça la semaine dernière), « feature phone » est le nouveau terme à la mode pour désigner les smartphones low-cost (moins de 100 $). On n’en parle pas beaucoup dans les médias, mais les feature phones représentent les 3/4 des parts de marché. Un segment moins sexy que celui des smartphones mais avec une intensité concurrentielle bien inférieure car l’écosystème est encore atomisé.

Pour bien comprendre les conditions de marché, il faut s’intéresser aux systèmes d’exploitation : Là om l’on compte pas moins de 6 acteurs pour les smartphones (Google / Android, Apple et iPhone, RIM / BlackBerry, Nokia / Symbian, Palm, Microsoft / Windows Mobile,  Samsung / Bada) et il s’en créé encore (à l’image de MeeGo). Pour les feature phones la situation est différente puisque les OS varient d’un combiné à l’autre et qu’il n’y a pas réellement d’offre uniformisée. Qualcomm s’est donc lancé sur ce créneau avec Brew Mobile Platform, l’évolution de son système d’exploitation « maison ». Une solution particulièrement compétitive car adaptée aux « faibles » capacités hardware des feature phones qui ne peuvent s’offrir des composants trop onéreux.

Faible coût ne rime pas forcément avec compromis sur la qualité de l’interface puisque la Brew MP est capable de faire tourner Flash Lite mais également Adobe Mobile Client pour les Rich Mobile Applications. Le tout récent HTC Smart est ainsi propulsé par Brew mais propose une interface très proche d’Android, on s’y tromperait !

HTC_Smart

La prochaine étape logique pour la Brew MP devrait être une application store centralisée.

Autre segment en pleine ébullition : les eBooks. Alors que la blogosphère n’en finit plus de prédire le déclin du Kindle (équipé d’un écran à encre électronique) face à l’iPad (équipé d’un écran à LED), Qualcomm s’apprête à rentrer dans la danse avec une technologie d’affichage intermédiaire baptisée Mirasol. Cette technologie repose sur des membranes réflectives combinée à un système de rétro-éclairage à basse consommation qui autorise un excellent contraste en plein soleil, une grande autonomie, un affichage en couleur avec un taux de rafraichissement suffisant pour faire de la vidéo.

qualcomm-mirasol

Pourquoi la vidéo est-elle importante dans le contexte des ebooks ? Tout simplement parce que vidéo = belles pubs = revenus suffisant pour financer des contenus de qualité. Là où  le Kindle sera enfermé dans sa niche de livres / journaux payants, les terminaux équipés d’écran à technologie Mirasol seront plus versatiles (magazines et BD digitalisés) et plus confortables que l’iPad. Lancement prévu en fin d’année.

2010, l’année de la convergence mobile ?

Smartphones, smartbooks, personal mobile television, feature phones, ebooks… Qualcomm est petit à petit en train de se positionner sur tous les segments à fort potentiel pour s’imposer comme l’outsider de référence par rapport à des acteurs sur-médiatisés (Google, Apple, Microsoft). En proposant une plateforme intégrée (la fameuse puce SnapDragon) Qualcomm se positionne à la croisée de nombreux usages :

  • Informatique (au travers de nombreuses applications disponibles sur des systèmes d’exploitation compatibles comme Android) ;
  • Internet (avec la connectivité permanente) ;
  • Multimédia (avec des composants dédié au codage / décodage audio et vidéo) ;
  • TV (avec le réseau MediaFlo) ;
  • Jeux (les capacités 3D des composants graphiques sont largement suffisantes pour ça) ;
  • Édition (grâce à sa technologie d’affichage)…

Tout ceci est très encourageant, et il ne manque plus qu’un domaine d’activité pour compléter ce tableau : La santé. Avec le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie, ce sont des centaines des milliards de papy-boomers qui seront concernés par la nouvelle génération de terminaux à usage pseudo-médical :

  • Des téléphones simplifiés (avec de grosses touches) équipés d’une puce GPS et d’un bouton d’appel pour pouvoir facilement localisé et aider des personnes âgées en difficulté (subissant un malaise ou s’étant perdues car victime de la maladie d’Alzheimer) ;
  • Des visiophones simplifiés capables de faire du diagnostique à distance (comme le Health d’Intel) ou de retransmettre les constantes vitales de capteurs portées en permanence.

Outre les applications évidente pour les personnes du troisième âge, ce types de terminaux peut intéresser les pouvoirs publics qui y trouverait un avantage économique (cela coûte beaucoup moins cher de surveiller un patient à son domicile plutôt que dans une chambre d’hôpital). Ces terminaux seraient donc potentiellement subventionnés par la sécurité sociale dans le cadre de la médecine ambulatoire.

Plus que jamais je suis intimement convaincu que nous sommes à l’aube de gros changements dans notre façon d’appréhender les outils informatiques et de penser / concevoir les services qui accompagneront ces nouveaux usages.

La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? En partie

Vous connaissez la télévision ? Mais si enfin, ce gros boitier moche qui trône au beau milieu de votre salon, celui-là même qui n’a quasiment pas évolué en 20 ans (si ce n’est quelques centimètres d’épaisseur en moins). Et bien figurez-vous qu’après des décennies de bons et loyaux services, la télévision s’apprête enfin à connaitre sa révolution. Non je ne veux pas parler de la haute définition (il s’agit « juste » de quelques pixels en plus) mais plutôt de la révolution des services accessibles au travers de cette télévision. Des services que l’on retrouvent ailleurs (ordinateurs, mobiles…) mais qui prennent un sens différent dans le contexte de l’écran de télévision.

Télévision + Internet = $

Souvenez-vous, il y a plus de 3 ans j’avais rédigé un article sur les intérêts croisés de la télévision et de l’internet : Internet = l’avenir de la télévision (et inversement). Il y était question des ambitions de conquêtes des grandes chaînes TV sur le net et des grands acteurs du net sur la TV. Ce sujet est toujours d’actualité mais la situation a largement eu le temps de mûrir :

Bref, plus que jamais les uns convoitent les audiences des autres, ou plus exactement les parts d’audience.

Le web s’invite sur les télévisions

D’après un récent rapport de Forrester (Connected TVs Need To Sharpen Their Value Proposition), les télévisions connectées devraient représenter près d’1/3 du parc d’ici à 2014 :

Croissance des parts de marché des TV connectées
Croissance des parts de marché des TV connectées

De nombreux constructeurs sont ainsi lancés dans une course à l’armement (Samsung, Philips, Sony…), mais également des industriels comme Intel (qui vient de lancer un processeur dédié à ce marché : Intel tries anew to built its smarts into TVs), des éditeurs comme Opera (et son navigateur Opera for TV) ainsi que des éditeurs de services comme Yahoo! avec sa Yahoo! Connected TV :

FlickR sur Yahoo! Connected TV
Les widgets de Yahoo! sur votre TV

Avec autant de gros acteurs sur le créneau, il faut croire que le marché à du potentiel. Mais ce n’est pas tout, car il sera bientôt possible d’intégrer bien plus de choses que des widgets dans votre télévision.

Télévision + médias sociaux = :-)

Le problème des services distribués sur des TV connectées, c’est qu’il faut qu’elles le soient (connectables). Si ce n’est pas le cas, pas de problème il y a toujours une solution. Et cette solution c’est les consoles de jeux au travers desquelles il va être possible d’exploiter des services comme Facebook ou Twitter : Twitter and Facebook Launch on the Xbox 360 et PS3 3.10 Update Adds Facebook Features, Fixes Up Friends List.

Facebook sur votre Xbox 360
Facebook sur votre Xbox 360

Notez que cela fonctionne aussi avec des contenus TV diffusés sur le net et regardés sur votre télévision à l’aide de boitiers comme la future Boxee Box (cf. The Boxee Box will rock your sox!). Vous seriez tenté de me dire « pourquoi ne pas tout simplement être devant sa télé à l’heure où le programme est diffusé ? » et je vous répondrais « non, l’époque de l’asservissement des spectateurs par les grilles de programme est révolue !« . Car les téléspectateurs sont également des internautes comblés, comblés par la praticité de l’internet et par sa dimension sociale que l’on ne retrouve absolument pas dans la télé à papa. Ces terminaux (et une connexion haut débit) permettront ainsi de réconcilier ces deux mondes : l’interactivité et la sociabilisation de l’internet avec les contenus de la télé (cf. The future of television: Social TV).

Pourquoi la TV est-elle l’avenir de l’internet ?

Tout simplement parce qu’il reste très peu de leviers de croissance sur le web. Comprenez par là que l’audience de l’internet est en croissante constante depuis ces dernières années mais que cette croissance va très bientôt se tasser à mesure que les foyers vont s’équiper. À partir de là, comment va-t-on faire pour gagner des parts d’audience ? Tout simplement en augmentant le temps d’exposition en multipliant les occasions de connexions. Et pour cela, rien de tel que la diversification des terminaux. Vous passez de moins en moins de temps devant les programmes de la télévision pour aller sur le net ? Qu’à cela ne tienne, ils sont en train de travailler dur pour injecter le web dans votre TV pour faire en sorte que vous ne bougiez pas vos fesses du canapé. Car c’est bien là qu’est l’enjeu : vous maintenir devant l’écran (et les coupures pubs).

Autant le mobile est l’avenir de l’internet car il permet de prolonger le temps d’exposition à des services en ligne pour les utilisateurs en situation de mobilité (ça fonctionne aussi avec les netbooks), autant la télévision est également l’avenir de l’internet car il permet de prolonger le temps d’exposition à des services en ligne pour les utilisateurs en situation de repos. Hé oui, car un autre enjeu de cette évolution est de pouvoir toucher les internautes dans un contexte différent (en mode « détente ») où les sites des concurrents ne sont plus réellement à un clic de souris vu que ces internautes n’ont pas de souris à portée de main (juste une télécommande améliorée).

Elle est donc là l’astuce : repackager les services en ligne dans un contexte où les internautes seront plus perméables aux messages publicitaires (moins méfiants). Devant votre ordinateur vous êtes alerte, concentré, prêt à fermer les pop-up ou à ouvrir un nouvel onglet si un site est trop long à charger. Dans votre canapé ça sera différent : vous serez détendu (plus de temps, plus de patience) et vous n’aurez pas du tout le même équipement (un navigateur équipé d’un bloqueur de bannière).

Faut-il se réjouir ou redouter ce scénario ? Il est encore trop tôt pour le dire. Ce dont je suis certain c’est que les publicitaires ne sont pas stupides et qu’ils seront faire preuve de subtilité pour ne pas nuire à cette nouvelle expérience de consommation de services en ligne au travers de votre télévision. D’autant plus que la concurrence sera rude (lire à ce sujet cet autre rapport de Forrester sur l’IP TV : European IPTV Forecast, 2009 To 2014) et que de nouveaux entrants vont également venir briguer la place en face du canapé (notamment les fournisseurs de cloud-gaming comme OnLive).

Croissance des parts de marché de l'IPTV
Croissance des parts de marché de l'IPTV

Moralité : Grâce au web, vous passez plus de temps devant votre TV (et devant votre mobile) (et sur votre netbook).

TV + Widget = Yahoo Connected TV

Vous avez une télé, vous connaissez les widgets, alors vous adorerez Yahoo! Connected TV. Pour faire simple il s’agit d’une technologie permettant d’installer des widgets sur votre télévision et de consommer des contenus et des services directement depuis votre canapé. Présentée à la dernière édition du CES, la gamme Internet@ TV de Samsung propose ainsi des modèles compatibles qui permettent de consulter des flux RSS tout en regardant un programme :

yahootv1

Tout se pilote depuis votre ordinateur : vous construisez votre TV dashboard en installant dessus les widgets disponibles (une cinquantaine pour le moment), vous branchez un câble réseau sur votre TV et zou !

Le basculement d’un widget à un autre se fait au travers d’une interface très intuitive en bas de page :

yahootv2

Vous avez aussi la possibilité de consommer des services Yahoo comme FlickR pour pouvoir consulter des albums photos (à quand Yahoo! Messenger ?) :

yahootv3

Je trouve le principe tout à fait intéressant car il répond à une réalité du marché : la fragmentation de l’audience. En mixant plusieurs flux de contenus au travers d’un même support (l’écran de TV), vous évitez à l’utilisateur de se disperser sur différents terminaux (TV, ordinateur, téléphone) et vous assurez un seuil minimum d’exposition pour les annonceurs (les widgtes sont activés pendant la pub ou un temps creux dans l’émission).

Pour l’instant ce système est propriétaire mais nous pourrions tout à fait envisager une système équivalent pour les fournisseurs d’accès de type triple-play (un rajoutant un module à votre box) ou en open source avec un boitier qui permettrait d’afficher sa page Netvibes en sur-impression des programmes.

En tout cas ce service conforte Yahoo! dans sa position de fournisseur de contenus et services multi-support : web, desktop, mobile, TV… Une pierre de plus dans ce gigantesque édifice qu’est le Yahoo! Social OS.

(via Last100)

Le partenariat CNN Live et Facebook peut-il faire trembler Twitter (ou la TV) (ou les entraineurs de foot) ?

J’imagine que vous avez forcément entendu parlé du gros buzz lors de l’investiture de Barack Obama avec le lancement du partenariat entre CNN Live et Facebook. L’idée est de pouvoir regarder un événement live (flux vidéo venant de CNN) tout en le partageant avec d’autres (flux social venant de Facebook). Vous avez donc une fenêtre avec la vidéo à gauche et Facebook à droite où sont listées toutes les mises à jour de statut de vos amis mais également de tout ceux qui regardent :

CNN Live et Facebook réunis pour l'investiture de Barack Obama
CNN Live et Facebook réunis pour l'investiture de Barack Obama

L’expérience est très troublante car le rapatriement de la liste d’amis se fait en deux secondes  grâce à Facebook Connect et parce que le sentiment de proximité est très fort. Toujours est-il que cette opération a fait grand bruit (cf. CNN + facebook, premier exemple concret de télévision communautaire ), même si des problèmes de synchronisation avec le flux audio ne restituait pas très bien l’événement (cf. Facebook + CNN = Future of TV).

Les premières réactions ne sont pas fait attendre et l’on prédisait déjà la mort de Twitter au profit de cette démonstration de force de Facebook qui a propulsé son outil de micro-blogging au status de nouvelle star. Mais à l’instar de Michelle (À propos de l’expérience CNN/Facebook), je pense qu’il faut faire preuve de discernement et de ne pas sur-vendre cette première expérimentation.

Tout d’abord parce que ce n’est pas la première fois que Twitter est mis à contribution dans cette campagne (Current TV to Integrate Twitter into Presidential Debate Coverage) et parce que le « partenariat » de CNN avec Facebook n’est pas exclusif, les membres de la rédaction de CNN étant de fidèles supporters de Twitter (CNN Heavily Promoting Twitter On Air, Making Big Moves in Social Media).

De plus, ce n’est pas réellement l’outil Twitter en lui-même qui est concurrencé dans cette opération, mais plutôt la télévision et les médias traditionnels en règle général. Tout comme le NY Times expérimente le journalisme participatif (Le NewYork Times fait interagir ses lecteurs sur Facebook) et Netflix qui veut rendre plus sociale la VOD en introduisant la possibilité de visionner un film à plusieurs et de tchater en direct, CNN Live tente de ré-inventer le live avec une approche plus sociale.

Soit, mais l’expérience a-t-elle réellement été concluante ? Ce fut indéniablement un succès en France car la cérémonie se déroulait durant la journée (aux heures de bureau) mais un tel dispositif est-il viable sur un événement comme un match de foot ? Entre les soucis de montée en charge et de synchronisation, il serait quasiment inenvisageable de renouveler le succès de l’opération.

Vous noterez enfin que la nature même de ce dispositif revient quasiment à se tirer une balle dans le pied : à une époque où les chaînes de TV subissent de plein fouet la « crise de l’engagement » (les téléspectateurs délaissent les médias passifs comme la TV pour passer de plus en plus de temps sur les médias actifs comme le web) et la baisse de leurs revenus publicitaires, cette opération diminue d’autant l’attention des « téléspectanautes » qui doivent jongler entre le live et le flux d’activité (ils n’ont plus le temps de regarder ou de cliquer sur les bannières).

Bref, je trouve cette opération intéressante mais pas réellement viable pour un acteur traditionnel. Elle pourrait par contre s’insérer dans un dispositif participatif plus large où les téléspectanautes seraient invités à « préparer » un événement (en se documentant ou en listant des sujets de discussion), à le vivre de façon active (commentaires et échanges pendant la retransmission) et à le prolonger par la suite (discussion à chaud / froid, note…). Idéal pour un débat politique ou de société (une sorte de Droit de réponse à la sauce 2.0).

Finalement si l’on reprend l’exemple du match de foot, on pourrait se mettre à rêver d’une équipe qui permettrait à ses fans de participer à la préparation (choix des joueurs et des tactiques de jeu), à réagir pendant le match (commentaires…) et à l’analyser à froid (note des meilleurs joueurs, identification des points faibles…). Peut-être ce modèle pourrait-il être appliqué aux clubs anglais participatifs qui fonctionnent sur le principe du crowdfunding (plus précisement le club de Ebbsfleet United racheté par l’intermédiaire de MyFootballClub).

J’en étais où déjà avant de perdre le fil ? Ha oui : CNN/ Facebook et Twitter. Le mot de la fin : un beau coup de buzz pour Facebook Connect mais une opération qui mériterait d’être approfondi avec un dispositif plus complet et un mode d’interaction un peu plus riche que le status update (trop limitatif).

Internet = l’avenir de la télévision (et inversement)

En ce moment, je suis en train de tester mon dernier gadget : un tuner TNT qui tient dans une clé USB. Le test est concluant mais il sème dans mon esprit un affreux doute : si je regarde un programme de la TNT, que je l’enregistre sur mon disque dur et que je le publie sur un service comme DailyMotion ou Google Vidéo, est-ce que je suis utilisateur de la télévision ou de l’internet ? Enfin pour être exact, dans quelle typologie d’audience devrait-on me ranger : les téléspectateurs ou les internautes ?

Photo de mon stick USB pour capter la TNT

Avant, c’était plus simple

Et oui, avant nous ne pouvions pas nous poser cette question puisque ces deux médias étaient parfaitement cloisonnés :

  • d’un côté, la télévision du journal de 20 H et des vachettes d’Intervilles ;
  • de l’autre côté, nous assistions aux premiers pas des futurs géants du web (Yahoo!, eBay, Amazon…).

Maintenant, c’est plus compliqué

Et oui, maintenant les choses se compliquent puisque chacun des deux médias essayent de grapiller des parts d’audience à l’autre.

Nous assistons ainsi à une montée en puissance des portails web et des services communautaires des médias traditionnels :

  • TF1 avec son portail d’infos (TF1.fr), son portail pour les plus jeunes (TFOU.fr) et son site communautaire pour jeunes (WAT.tv) ;
  • M6 avec son service de partage de vidéos (Wideo), son réseau social (YooTribe), son expérimentation de communauté d’avatars (Skaaz) et son exclusivité sur le Habbo Hotel en France ;
  • Libération qui nous repackage son site à la sauce web 2.0…

Tandis que nous assistons à des incursions dans l’univers vidéo et télévisuel des géants du web :

  • Amazon qui lance un Talk Show (Amazon Fishbowl) ;
  • Google et Yahoo! qui nous présentent des émissions journalières sur le meilleur du web (respectivement Google Current TV et The 9) ;
  • Yahoo! Go qui « pousse » des contenus numériques (photos, vidéos, musique…) sur votre télévision…

Bref, les initiatives sont nombreuses et l’on ne sait plus très bien qui fait quoi.

Avouez-le : vous êtes largués !

Tout ceci illustre bien l’urgence de réagir aux phénomènes MySpace et Skyblog (respectivement la plus forte audience aux USA et la plus grosse part d’audience chez les jeunes en France). Il est d’ailleurs amusant de constater que les propriétaires de ces deux services en ligne fortement disruptifs sont également issus des médias traditionnels (le groupe News Corp dans un cas et la radio Skyrock dans l’autre).

Face à l’engouement des jeunes pour ces nouveaux services à mi-chemin entre réseaux sociaux et plateforme communautaire, les vendeurs d’espaces publicitaires ne peuvent pas rester les bras croisés, ils se lancent (plus ou moins précipitamment) dans l’aventure et tentent de raccrocher leurs wagons à un train qui file à plein allure. A pleine allure vers où et pourquoi, ça je ne le sais pas… et vous non plus d’ailleurs !

Il serait bien présompteux de ma part de vous expliquer de façon juste et exhaustive les raisons variées qui poussent les jeunes à bouder les médias traditionnels (internet compris) et à s’immerger dans ces nouveaux services communautaro-collaboratifs. Toujours est-il que ce phénomène de masse est en cours et qu’il n’est pas prêt de faiblir.

A chacun sa stratégie… du moment que ça marche

A partir de ce constat, les médias traditionnels (radios, chaînes de télévision…) se servent du web pour toucher des cibles devenus hermétiques à leurs coupures publicitaires et trouve de la visibilité pour leurs annonceurs en exploitant divers leviers (buzz, marketing communautaire…). Le but de l’opération étant de créer du contenu (comprenez par là des people fabriqués de toute pièce comme dans les émissions de télé-réalité) qui va fédérer les jeunes et faire rêver les ménagères.

Pour les géants du web, l’approche est différente car même si la croissance est soutenue, il faut sans cesse innover et essayer de s’implanter sur des niches vierges pour garder une longueur d’avance. Ainsi, nous voyons des géants comme Yahoo! ou eBay qui s’offrent des start-up (FlickR et del.icio.us pour le premier, Skype pour le deuxième), ou d’autres comme Google qui lancent de multiples services (Gmail, Reader, Writely, Spreadsheets…) et logiciels gratuits (Earth, Sketchup, Picasa, Desktop…).

Conclusion

Qui a la meilleure stratégie ? Je ne saurai pas vous le dire. L’échiquier se met en place, les adversaires s’observent et se testent à coup de services gratuits. La situation est d’autant plus critique que certains gros acteurs ne sont toujours rentrés dans la danse (Microsoft, Viacom, Fininvest…).

En tout cas, je peux vous assurer que l’internet est l’avenir de la télévision… et inversement (d’où le titre de ce billet !).